Aperçu en 30 secondes : Du nord au sud, la rue Yongkang s’étend de la section 2 de Xinyi Road à l’entrée de la rue Lishui, sur environ 600 mètres ; d’est en ouest, elle se situe entre la rue Lishui et Jinshan South Road, et relève administrativement du district de Da’an. En 1922, après la rectification urbaine de Taipei sous la domination japonaise, le secteur fut planifié sous le nom de « Shōwachō ». Il englobait les actuelles rues Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou et Jinhua, et servait de quartier de résidences officielles pour les enseignants de l’Université impériale de Taipei (aujourd’hui l’Université nationale de Taïwan) et les hauts fonctionnaires1. En 1931, le géologue Ma Ting-ying s’installa dans le dortoir de style japonais situé aujourd’hui au 6, ruelle 7, rue Qingtian, plus tard appelé « Qingtian 76 »2. Après le transfert du gouvernement nationaliste à Taïwan en 1949, ces dortoirs de style japonais furent redistribués à des fonctionnaires waishengren venus de Chine, à des familles de militaires et à des professeurs de l’Université nationale de Taïwan : en 1950, le penseur libéral Zhou Dewei s’installa à l’emplacement de l’actuelle Wistaria Tea House3, et en 1956 Yin Haiguang emménagea dans la rue voisine de Wenzhou4. En 1958, Yang Bing-yi ouvrit sur la section 2 de Xinyi Road le commerce d’huile « Din Tai Fung », qui se reconvertit en 1972 dans les xiaolongbao5. En 1993, le New York Times classa Din Tai Fung parmi les « dix meilleurs restaurants du monde », lançant son internationalisation6 ; en 2015, l’épisode spécial du Nouvel An de l’animation japonaise Kodoku no Gourmet filma la maison mère de Yongkang7, puis les séries coréennes et les réseaux sociaux intégrèrent cette rue aux itinéraires touristiques coréens à Taipei. Ce que cet article veut montrer, c’est ceci : une rue de 600 mètres où se superposent trois générations d’habitants, quatre groupes sociaux et cinq mémoires.
Le parc Yongkang à 7 h 30 du matin
Si vous demandez à une personne de Taipei qui vit dans le district de Da’an depuis plus de trente ans « à quel moment la rue Yongkang est la plus fascinante », elle ne vous parlera pas de la file devant Din Tai Fung (cela, c’est pour les touristes). Elle vous dira peut-être : à 7 h 30 du matin, au parc Yongkang.
Ce petit parc se trouve dans le triangle formé par la rue Yongkang, la section 2 de Xinyi Road et la rue Lishui ; quelques vieux banians ont poussé au point de recouvrir les avant-toits des maisons basses. À 7 h 30, les grands-pères et grands-mères retraités des ruelles voisines sortent peu à peu s’asseoir sur les bancs de pierre : un grand-père waishengren en maillot de corps tient un journal, une grand-mère au mandarin teinté d’accent sichuanais porte une bouteille thermos, un professeur retraité de l’Université nationale de Taïwan revient du marché de Xinyi Road avec un panier de bambou. La plupart de ces personnes sont les enfants, ou les petits-enfants, de la première génération arrivée de Chine à Taïwan après 1949. Enfants, ils vivaient déjà dans les dortoirs de style japonais de la rue Yongkang, de la rue Qingtian et de la rue Lishui, dans les maisons attribuées à leurs parents.
Après 7 h 30, les premiers groupes de touristes japonais apparaissent à l’entrée de la rue Yongkang. La maison mère Yongkang de Din Tai Fung n’ouvre qu’à 11 h, mais certains clients viennent faire la queue deux heures à l’avance. Les bancs de pierre du parc Yongkang deviennent alors une salle d’attente provisoire ; japonais, coréen et cantonais se mêlent au taïwanais hokkien et au mandarin à accent waishengren des personnes assises. Le moment le plus fascinant de cette rue, c’est quand deux générations se succèdent autour du même banc de pierre : le grand-père waishengren s’y assied de 7 h 30 à 9 h 30, le touriste japonais de 9 h 30 à 11 h.
En allant vers le sud, en traversant la section 2 de Xinyi Road jusqu’à l’entrée du Din Tai Fung Yongkang, on voit, depuis le côté de la section 1 de Jinshan South Road, la file se courber depuis la porte du restaurant jusqu’à Xinyi Road8. La plupart des personnes qui font la queue ne lèvent pas les yeux vers l’enseigne où figure « 1958 » : c’est l’année où Yang Bing-yi et son épouse ouvrirent leur commerce d’huile alimentaire sur la section 2 de Xinyi Road, non celle où ils commencèrent à vendre des xiaolongbao5.
Deux minutes à pied vers le nord, au 6, ruelle 7, rue Qingtian, le dortoir de style japonais construit en 1931, sous la domination japonaise, se trouve encore à son emplacement d’origine2. Aujourd’hui, un panneau « Qingtian 76 » est accroché à l’entrée ; à l’intérieur, le lieu combine café et espace d’exposition culturelle. La plupart des visiteurs qui le photographient ne sauront pas ceci : avant la guerre, cette maison était occupée par le géologue japonais Adachi Hitoshi ; après la guerre, à partir de 1947, par le géologue chinois Ma Ting-ying. L’habitant d’avant-guerre et celui d’après-guerre étaient tous deux géologues, mais relevaient de deux empires différents2.
Six cents mètres contiennent trois générations d’habitants : telle est la densité de la rue Yongkang.
Shōwachō, rue Qingtian, rue Lishui : un quartier colonial de résidences officielles renommé
Le nom « rue Yongkang » n’existe que depuis l’après-guerre. Avant cela, le nom administratif officiel de cette zone était Shōwachō, établi en 1922 (11e année de l’ère Taishō) après la rectification urbaine de Taipei sous la domination japonaise1.
Shōwachō n’était pas une rue, mais un secteur. Son périmètre couvrait une partie des actuelles rues Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou et Jinhua, du nord au sud entre la section 2 de Xinyi Road et la section 1 de Heping East Road, et d’est en ouest entre Jinshan South Road et Xinsheng South Road. À l’époque, c’était l’un des quartiers résidentiels les plus prestigieux de Taipei. Les Japonais le planifièrent comme une zone à double fonction : résidences officielles des enseignants de l’Université impériale de Taipei (aujourd’hui Université nationale de Taïwan) + résidences officielles des hauts fonctionnaires du gouvernorat général1.
Pourquoi choisir ce terrain ? En 1922, Taipei comptait déjà deux zones établies : l’intérieur de la ville fortifiée (l’actuel district de Zhongzheng, où se concentraient le gouvernorat général et les administrations) et Dadaocheng (centre commercial des Taïwanais). Shōwachō se situait dans la banlieue sud-est de la ville intérieure, à 15 minutes à pied du siège de l’Université impériale de Taipei (aujourd’hui le campus principal de l’Université nationale de Taïwan). Les Japonais y construisirent des dortoirs de style japonais pour les professeurs de l’université impériale et les fonctionnaires du gouvernorat, plaçant ainsi les élites académiques et administratives dans un même cercle de vie1.
Le tracé des rues suivait le système japonais de découpage urbain en chō : routes principales en quadrillage orthogonal est-ouest et nord-sud, ruelles d’une largeur précisément fixée à 4 mètres, obligation pour chaque parcelle résidentielle de réserver plus de 30 % de sa surface au jardin, orientation uniforme des dortoirs vers le sud. Si l’on se promène aujourd’hui rue Qingtian et rue Yongkang, on remarque ceci : l’orientation de ces rues ne s’aligne pas sur celle des autres rues voisines de Taipei. La rue Qingtian suit un axe est-ouest strict, tandis qu’à deux carrefours de là, la rue Lishui suit un axe oblique nord-ouest-sud-est. Cela s’explique par le fait que le quadrillage de Shōwachō était parallèle aux anciennes limites agraires de l’époque Qing, et ne provenait pas du même système que Xinyi Road et Xinsheng South Road, ouverts après-guerre entre les années 1960 et 19809.
Pendant les 23 années allant de 1922 à 1945, Shōwachō fut presque entièrement habité par des Japonais. Les universitaires et fonctionnaires taïwanais y étaient très rares. La ségrégation spatiale des groupes à l’époque coloniale était extrêmement nette : les Taïwanais vivaient à Dadaocheng, à Bangka ou aux marges de la ville intérieure ; les Japonais vivaient à Sakaemachi, Kyōmachi et Shōwachō1.
En août 1945, le Japon fut vaincu. À partir de 1946, le gouvernement nationaliste commença à reprendre les biens japonais à travers Taïwan, y compris ces dortoirs de style japonais. Après l’incident du 28 février 1947 et jusqu’au transfert du gouvernement nationaliste à Taïwan en 1949, un grand nombre de personnes venues de Chine affluèrent : familles de militaires, fonctionnaires administratifs, universitaires, enseignants. Les dortoirs de style japonais de Shōwachō passèrent en bloc des mains des enseignants de l’université impériale à celles des enseignants de l’Université nationale de Taïwan de la République de Chine, des fonctionnaires du ministère de la Défense et des agents des différents ministères9. Ce transfert s’accompagna du changement de nom des rues : le nom Shōwachō fut découpé en cinq rues distinctes, Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou et Jinhua. Entre 1947 et 1950, le nom « Shōwachō » disparut totalement des documents officiels et des cartes1.
📝 Note curatoriale : Le récit touristique courant présente la rue Yongkang comme une « rue gastronomique » ou une « rue hipster », avec Din Tai Fung pour protagoniste. Mais la position physique de cette rue commence avec le Shōwachō de 1922, soit 36 ans avant le Din Tai Fung de 1958. Les Japonais y construisirent en 1922 des dortoirs pour les professeurs de l’université impériale ; en 1947, des fonctionnaires waishengren reprirent ces mêmes dortoirs ; en 2026, des touristes japonais et coréens viennent y manger des xiaolongbao. Ces trois faits sont la preuve matérielle de trois générations d’habitants superposées sur un même terrain. Les habitants de Taipei oublient souvent que chaque rue sous leurs pas a porté un nom antérieur, et que sous ce nom antérieur vivait aussi un groupe de personnes qui a été déplacé. Shōwachō fut renommé en cinq rues ; les Japonais de ces cinq rues furent remplacés par des Waishengren ; après le déclin de ces derniers, la hausse des loyers força les anciens habitants à partir ; puis les touristes arrivèrent. La continuité d’une rue est souvent la dispersion d’un autre groupe.
Qingtian 76 : deux géologues, deux empires
Pour voir un exemple bien conservé de Shōwachō, il faut aller au 6, ruelle 7, rue Qingtian. La maison porte aujourd’hui le panneau Qingtian 762.
Ce dortoir de style japonais fut construit en 1931 (6e année de l’ère Shōwa). Il s’agissait d’une « résidence de style mixte japonais-occidental » bâtie par l’Université impériale de Taipei pour ses nouveaux enseignants : structure traditionnelle japonaise en bois, associée à un salon occidental, un genkan, le bureau de Ma Ting-ying et d’autres espaces. La surface bâtie était d’environ 70 ping, avec un jardin de 100 ping ; son toit de tuiles noires à faible pente, ses fenêtres à treillis de cyprès et la lanterne de pierre devant l’entrée en font l’une des résidences officielles japonaises de haut rang les mieux préservées à Taipei10.
Le premier habitant fut Adachi Hitoshi, géologue japonais et professeur dans le département de géologie de la faculté des sciences et d’agronomie de l’Université impériale de Taipei. Adachi Hitoshi vécut dans cette maison pendant 14 ans (1931-1945), puis retourna au Japon après la défaite. Avant le départ japonais d’octobre 1945, il remit lui-même les clés de la maison au personnel de réception et laissa un inventaire des objets qui s’y trouvaient11.
Celui qui prit sa suite fut Ma Ting-ying (1899-1979), originaire du Liaoning en Chine, docteur en géologie de l’Université impériale de Tokyo, où il avait étudié 12 ans. Il arriva à Taïwan en 1946 après la guerre pour reprendre le département de géologie de l’Université impériale de Taipei, et s’installa officiellement en 1947 au 6, ruelle 7, rue Qingtian2. Ma Ting-ying fut l’un des premiers géologues de la République de Chine formés au Japon ; ses domaines de recherche comprenaient les fossiles de corail, la tectonique des plaques et le paléomagnétisme. Il mourut dans cette maison en 1979, après y avoir vécu 32 ans. Son article « Théorie des mouvements crustaux du détroit de Taïwan » fut l’un des travaux de tectonique des plaques les plus cités dans le monde académique de la République de Chine dans les années 196012.
D’Adachi Hitoshi à Ma Ting-ying, les deux habitants de cette maison étaient géologues, avaient étudié à l’Université impériale de Tokyo et travaillaient sur la plaque pacifique. La différence est qu’Adachi Hitoshi représentait l’extension académique de l’Empire japonais (l’université coloniale), tandis que Ma Ting-ying représentait la continuité académique de la République de Chine (qui reprit l’infrastructure et une partie du personnel de l’université coloniale). Une même maison, une même discipline, la passation entre deux savants de deux empires : dans les dortoirs de style japonais de Taipei, ce fut une configuration courante lors de la vague de reprises de 1947.
Après la mort de Ma Ting-ying en 1979, cette maison continua d’être utilisée par l’Université nationale de Taïwan comme logement d’enseignants, puis fut laissée vacante en 2002. En 2006, le gouvernement municipal de Taipei la classa monument municipal ; en 2011, l’organisme privé « Qingtian 76 Culture » en obtint la location, la restaura et la transforma en restaurant avec espace d’exposition culturelle ouvert au public10.

Qingtian 76, construit en 1931. Photo : Lin Gaozhi, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.
Dans la rue Qingtian, il reste aujourd’hui moins de 10 dortoirs de style japonais du même niveau que Qingtian 7613. La plupart furent démolis entre les années 1970 et 1990 pour être remplacés par des immeubles de cinq étages ; le système de taxe foncière de Taipei encourageait alors la reconstruction, tandis que les maisons japonaises en bois coûtaient cher à entretenir, rendant leur conservation groupée presque impossible. Aujourd’hui, en parcourant la rue Qingtian, on voit surtout des immeubles de cinq étages de style République de Chine des années 1985 ; la Qingtian de 1931 ne subsiste plus qu’en quelques fragments13.
Les quelques bâtiments survivants, dont Qingtian 76, Wistaria Tea House, la résidence Yin Haiguang (dans la rue voisine de Wenzhou) et la résidence Yu Dawei (8, rue Lishui), sont les rares exemples sauvés par le mouvement de protection du patrimoine après les années 1990.
Wistaria Tea House : le cabinet de Zhou Dewei devenu maison de thé en 1981
En allant vers le sud au-delà de la section 2 de Xinyi Road, au 1, ruelle 16, section 3 de Xinsheng South Road, se trouve Wistaria Tea House3.
Ce dortoir de style japonais date de la même période que Qingtian 76 ; il fut construit à la fin des années 1920 et servait avant-guerre de résidence officielle à des fonctionnaires japonais des douanes. En 1950, le penseur libéral Zhou Dewei le reprit pour en faire son logement et son cabinet d’étude à Taïwan14.
Zhou Dewei (1902-1986), originaire du Hunan en Chine, étudia à l’Université de Berlin et à la London School of Economics ; il eut pour maître l’économiste de l’école autrichienne Friedrich Hayek, lauréat du prix Nobel d’économie en 1974. Dans les années 1930 et 1940, il fut l’un des rares intellectuels chinois à avoir approfondi et traduit la pensée économique libérale de Hayek. Après avoir suivi le gouvernement nationaliste à Taïwan en 1949, il enseigna à temps partiel au département d’économie de l’Université nationale de Taïwan, travailla à l’Administration des douanes du ministère des Finances et fit de Wistaria Tea House son ancrage spirituel à Taïwan14.
Des années 1950 aux années 1970, le salon de Wistaria Tea House fut l’un des plus importants salons privés des penseurs libéraux de l’après-guerre à Taïwan14. Yin Haiguang (qui vivait rue Wenzhou, à 10 minutes à pied de Wistaria Tea House), Xu Fuguan, Lin Yusheng, Zhang Foquan, Xia Daoping et d’autres intellectuels libéraux d’après-guerre s’y réunissaient souvent pour discuter de la rédaction de la revue Free China, de la traduction chinoise de The Road to Serfdom de Hayek (traduite par Yin Haiguang), et du dilemme des intellectuels chinois d’après-guerre. Lorsque Yin Haiguang rédigea, entre 1956 et 1969, la préface de sa traduction de The Road to Serfdom dans son bureau de la ruelle 18 de Wenzhou Street, il lui fallait marcher moins de 800 mètres pour venir ici4.
En 1981, après le départ de Zhou Dewei pour les États-Unis, son fils Zhou Yu transforma la maison en maison de thé ouverte au public et la baptisa Wistaria Tea House, d’après la vieille glycine plantée dans la cour dans les années 19203. De 1981 à 2026, soit pendant 45 ans, Wistaria Tea House a continué à fonctionner comme maison de thé. C’est l’une des plus anciennes maisons de thé de Taïwan, ainsi qu’un lieu de réunion pour le mouvement tangwai des années 1980, les débats sur la subjectivité culturelle taïwanaise et les acteurs des mouvements sociaux. Cheng Nan-jung, Lin Yi-hsiung, Hsu Hsin-liang et Chen Chu y sont tous passés14.
En 1997, Wistaria Tea House fut classée monument municipal par le gouvernement de Taipei. À l’époque, la maison faisait face à une forte pression de rénovation urbaine et risquait presque d’être démolie ; elle fut préservée grâce aux pétitions des clients de la maison de thé, aux appels du milieu culturel et à la prise de parole d’universitaires3. Aujourd’hui, lorsqu’on va y boire du thé, la glycine de la cour fleurit au printemps, tombe en été, donne ses graines en automne et perd ses feuilles en hiver. Depuis l’installation de Zhou Dewei en 1950 jusqu’à la gestion toujours assurée par Zhou Yu en 2026, cette glycine vit depuis plus de 76 ans.

Wistaria Tea House, construite dans les années 1920 ; Zhou Dewei s’y installa en 1950, et elle devint maison de thé en 1981. Photo : Outlookxp, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.
Outre Wistaria Tea House, au 1-1, ruelle 16, ruelle 18, rue Wenzhou, se trouve également l’ancienne résidence de Yin Haiguang4. Yin Haiguang (1919-1969) fut l’une des figures majeures du libéralisme taïwanais d’après-guerre. En 1956, il quitta les environs de l’Université nationale de Taïwan pour s’installer dans ce dortoir de style japonais, où il vécut jusqu’à sa mort d’un cancer de l’estomac en 1969. Dans cette maison, il traduisit The Road to Serfdom de Hayek, écrivit Perspectives de la culture chinoise, fut surveillé par le Quartier général de la garnison et perdit son poste à l’Université nationale de Taïwan. Le 16 septembre 1969, Yin Haiguang y mourut à l’âge de 50 ans4. En 1999, le président du Yuan législatif Wang Jin-pyng fit un don pour aider à sa restauration, et en 2003 la maison fut ouverte au public comme résidence commémorative. En parcourant Qingtian 76, Wistaria Tea House et la résidence Yin Haiguang, on traverse trois coordonnées physiques de la géologie, de l’économie libérale et de la philosophie libérale de l’après-guerre à Taïwan. Les trois maisons sont distantes de moins de 800 mètres.
💡 Le saviez-vous : Tandis que Zhou Dewei traduisait Hayek dans son bureau de Wistaria Tea House, Yin Haiguang traduisait The Road to Serfdom dans son bureau de la rue Wenzhou, à 800 mètres de là. Deux des traductions libérales les plus importantes de l’histoire intellectuelle taïwanaise d’après-guerre dans les années 1950 furent réalisées simultanément dans deux dortoirs de style japonais situés aux deux extrémités de cette rue. La plupart des habitants de Taipei l’ignorent. La plupart des touristes qui font la queue devant Din Tai Fung ont cette histoire sous leurs pieds.
Din Tai Fung : commerce d’huile en 1958, xiaolongbao en 1972
Pour comprendre comment la rue Yongkang est devenue l’actuelle « rue Yongkang », il faut distinguer deux années clés : 1958 et 1972.
En 1958, Yang Bing-yi (1927-1995) ouvrit avec un compatriote une petite boutique au 277, section 2 de Xinyi Road, qu’il nomma Din Tai Fung. Yang Bing-yi était originaire de Yuncheng, dans le Shanxi, et arriva à Taïwan en 1947. Il avait d’abord travaillé comme employé dans le commerce d’huile « Hengtai Fung » à Taipei. Lorsque Hengtai Fung ferma, il lança sa propre affaire avec un autre employé ; le nom de la boutique combina le « Ding » de « Dingmei Oil Shop » et le « Tai Fung » de « Hengtai Fung »5.
Le Din Tai Fung ouvert en 1958 faisait du commerce de gros et de détail d’huile alimentaire : huile d’arachide, huile de sésame, saindoux et huile de salade vendus en vrac, à des familles, des échoppes de nouilles et des petits-déjeuners du voisinage. Pendant ces 14 années (1958-1972), Din Tai Fung n’avait strictement rien à voir avec les xiaolongbao. La boutique ne faisait alors que 4 ping ; des bidons d’huile étaient placés à l’entrée, et l’intérieur contenait un bureau de comptabilité et une balance5.
En 1972, Din Tai Fung fut frappé par un choc de modernisation : les foyers taïwanais commencèrent à utiliser couramment l’huile de salade en bouteille15. L’huile japonaise Nisshin, les huiles taïwanaises Uni-President et Chung Hsing passèrent à la production de masse, les circuits de supérettes se diffusèrent, et le commerce de gros d’huile en vrac déclina rapidement. L’épouse de Yang Bing-yi, Lai Pen-mei, suggéra alors : « Changeons et faisons des en-cas »5.
Au second semestre 1972, la boutique Din Tai Fung continua à vendre de l’huile dans une moitié de l’espace, tandis que l’autre commença à vendre des xiaolongbao et du lait de soja5. Lai Pen-mei dirigeait la cuisine. Elle proposait une version hybride entre les momo (pains vapeur) du Shanxi natal de Yang Bing-yi et les xiaolong tangbao du Jiangnan : la méthode de confection des xiaolongbao enseignée par un maître shanghaïen, l’attachement des gens du Shanxi aux pâtes de blé, et la préférence des clients taïwanais pour une pâte fine et une farce généreuse. Au début des années 1980, l’activité d’huile de Din Tai Fung cessa complètement et la boutique devint entièrement une maison d’en-cas.
En 1993, la rubrique voyage du New York Times publia un article sur les « dix meilleurs restaurants du monde », où Din Tai Fung fut cité6. Cet article fut ensuite repris par de nombreux médias internationaux. Din Tai Fung passa alors d’une petite boutique de Taipei sur la section 2 de Xinyi Road à une marque internationale. En 1996, Din Tai Fung ouvrit sa première succursale à l’étranger, au grand magasin Takashimaya de Shinjuku, à Tokyo. À partir de 2000, il s’implanta successivement aux États-Unis, à Singapour, à Hong Kong, à Shanghai, à Jakarta, à Séoul, à Manille et à Sydney. En 2026, Din Tai Fung compte plus de 170 établissements dans 14 pays16.
Mais la maison d’origine du 277, section 2 de Xinyi Road, n’a jamais vraiment quitté le secteur5. Aujourd’hui, dans cette rue, l’enseigne Din Tai Fung fait face à un 7-Eleven de l’autre côté de la chaussée ; la boutique est passée des 4 ping d’origine à deux niveaux, mais son adresse reste celle de 1958.
Le 1er janvier 2015, TV Tokyo diffusa l’épisode spécial du Nouvel An de Kodoku no Gourmet intitulé « Épisode de Nouvel An à Taïwan ». Le protagoniste Inogashira Gorō, incarné par Matsushige Yutaka, entre dans la maison mère Yongkang de Din Tai Fung et commande des xiaolongbao, une soupe aigre-piquante et du riz sauté7. Cet épisode, premier spécial à l’étranger de Kodoku no Gourmet, obtint de fortes audiences au Japon et contribua directement, entre 2015 et 2018, à la vague de touristes japonais pour lesquels faire la queue au Din Tai Fung Yongkang devint un passage obligé lors d’un voyage à Taïwan7.
Dans la seconde moitié des années 2010, les séries coréennes et les réseaux sociaux coréens prirent le relais. La cuisine de Lee Young-ae et Youn’s Kitchen montrèrent à plusieurs reprises Din Tai Fung, tandis que les hashtags Instagram de type « à manger absolument lors d’un voyage à Taipei » s’accumulaient. La rue Yongkang, qui était en 2015 un « terrain japonais », devint peu à peu dans les années 2020 un « terrain commun japonais et coréen »17. Aujourd’hui, un midi de semaine devant le Din Tai Fung Yongkang, en regardant depuis Jinshan South Road, on entend souvent plus de japonais et de coréen que de mandarin.

Façade du Din Tai Fung Xinyi, 2023. Photo : Yu tptw, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.
✦ « Le Din Tai Fung de 1958 vendait de l’huile de salade en vrac dans des bidons. Le tournant du déclin en 1972 poussa Yang Bing-yi à faire des xiaolongbao. L’article du New York Times de 1993 le lança vers le monde. Toute l’histoire commerciale du Taipei d’après-guerre tient dans ces trois dates. »
De Din Tai Fung à Yongkang Beef Noodles, Smoothie House et Dongmen Dumpling House
Din Tai Fung incarne la version internationale de la rue Yongkang, mais la carte alimentaire de cette rue ne se résume pas à un seul établissement.
Yongkang Beef Noodles se trouve au n°17 de la rue Yongkang. Fondé en 1963 par un ancien soldat originaire de Shanxi18. Le fondateur a mêlé les techniques de pâtes tranchées de Shanxi et la culture du piquant de Sichuan. Le menu de bœuf braisé et de bœuf clair, inchangé depuis 60 ans sur la rue Yongkang18. Il y a une coutume locale quand on commande des noodles à Yongkang Beef Noodles : ne pas demander « c’est épicé ? » pour les noodles braisés, le serveur apporte automatiquement un niveau de piquant moyen ; si l’on veut un piquant intense, il faut le demander explicitement en disant « très piquant ». En 2026, la deuxième génération de Yongkang Beef Noodles continue d’exploiter l’établissement, au même emplacement que celui de 196318.
Dongmen Dumpling House se trouve près de l’intersection des sections sud de Jinshan et Xinyi. Fondé en 1953 par un ancien soldat originaire de Shandong19. En regardant du nord sur la section Xinyi, Dongmen Dumpling House et les étals du Dongmen Market forment une bande continue de cuisine de province : dumplings, pâtes tranchées, porridge aux graines de tournesol, côtes de porc épicé, boulettes de porc braisées, le tout apporté par des soldats des provinces du nord (Shandong, Shanxi, Henan, Sichuan) en 1949, puis réorganisé en « cuisine de province » après 60 ans dans les rues de Taipei19.
En 1997, Luo Junhua et son ex-femme Zhang Jiemei ouvrirent une glacerie sur la rue Yongkang, transformant le « mango shaved ice » en une autre carte postale de la rue Yongkang20. La glacerie fut classée parmi les incontournables de Taipei aux côtés du Palais de l’Empereur et de Taipei 101. C’était un point clé pour la transformation de la rue Yongkang des années 1990, passant d’un « quartier d’expatriés » à un lieu incontournable pour les touristes japonais. La glacerie ferma ses portes en 2010 suite à un divorce inattendu du fondateur, l’emplacement fut ensuite pris par « Smoothie House » (思慕昔), qui hérita de la clientèle fidèle du mango shaved ice20.
De l’ouverture de Din Tai Fung en 1958, au fondateur de Shanxi de Yongkang Beef Noodles en 1963, au fondateur de Shandong de Dongmen Dumpling House en 1953, jusqu’à la glacerie de 1997 et Smoothie House qui prit le relais, l’évolution de la carte culinaire de la rue Yongkang coïncide presque exactement avec le débarquement des soldats de province : entre 1947 et 1955, des vétérans de diverses provinces chinoises envahirent ces rues avec leurs cuisines traditionnelles, qui devinrent 60 ans plus tard l’étiquette touristique « Yongkang Street Food ».

_ Vue de la rue Yongkang en journée, mars 2024. Photo : MAm ROFOW 022, CC0 via Wikimedia Commons._
Années 1990 et transformation : les « jeunes branchés », le café, Instagram, les loyers
À la fin des années 1990, la rue Yongkang entreprit une seconde métamorphose identitaire : passant de « rue de spécialités alimentaires dans le quartier des colons mandchoux » à « rue des cafés branchés pour les jeunes branchés ».
L’ouverture du Glacier en 1997 marqua une année charnière. L’année précédente, des premiers cafés avaient déjà émergé autour du parc Yongkang (« Yongkang Stairs», «Lao Jiang Café», etc.). Au début des années 2000, les ruelles des allées 6, 10 et 15 de Yongkang accueillirent un à un des librairies indépendantes, des magasins d’objets culturels, des galeries et des ateliers de designers. La décennie entière des années 2000 constitua le pic de la « bourgeoisisation branchée de Yongkang »21.
Deux conditions structurelles permirent cette transformation :
Premièrement, la première génération des colons mandchoux connut un déclin progressif dans les années 1990. Les fonctionnaires et professeurs arrivés en 1947 avaient atteint l’âge de plus de 70 ans dans les années 1990 ; après le décès des résidents dans les anciennes demeures japonaises et les appartements rénovés après-guerre, les propriétés furent héritées par la seconde génération, qui avait majoritairement quitté Yongkang pour des appartements plus spacieux en banlieue, transformant les anciennes résidences en logements loués. La structure locative bascula d’un modèle « locataires historiques à long terme » vers un modèle « commerces en location » : entre 1995 et 2005, le loyer au mètre carré de Yongkang passa de 800 NT$ à 3 500 NT$21.
Deuxièmement, le métro de Taïpei mise en service en 1996. Après l’ouverture de la station Dongmen (ligne rouge de Xinyi–Dampsui) en 2013, il ne fallait plus marcher 10 minutes depuis les stations Zhongshan Junior High School ou Da’an, mais seulement 3 minutes depuis la sortie n°5 de Dongmen. L’inauguration de Dongmen marqua le tournant physique où Yongkang passa de « rue de spécialités fréquentée par les Taïpéens d’autrefois » à « destination touristique accessible à toute la population de Taïpei »22.
À partir de la seconde moitié des années 2010, Yongkang entra dans une troisième phase de transformation : les coûts de la gentrification commençaient à se faire sentir. Les loyers grimpaient jusqu’à 5 000–8 000 NT$ par mètre carré mensuel, et les anciens magasins de produits du Sud et du Nord, les restaurants historiques, les petites librairies fermèrent un à un, laissant place à des marques de boissons personnalisées, des cafés en chaîne, des vêtements branchés et des boutiques de desserts conçues pour Instagram. En 2018, le « Back to Flow Tea House» (un vieux salon de thé ouvert en 1991) ferme ses portes ; en 2019, le « Yongkang Beef Noodles» (ouvert en 1965) déménage vers une ruelle de la section 2 de Xinyi faute de pouvoir suivre l’augmentation des loyers. Le taux auquel les commerces historiques disparaissent est directement proportionnel à la hausse des loyers liée à la gentrification21.
📝 Note du conservateur : Aujourd’hui, Yongkang paraît très animée : files devant Din Tai Fung, foule autour de la glace à la mangue de Smoothie House, puis une boutique Instagram après l’autre. Mais sous cette effervescence, la rue est en train de se vider de ses habitants historiques. Les Japonais de la Shōwa-chō (1922) sont partis en 1945 ; la première génération des colons mandchoux a disparu dans les années 1990 ; les épiceries, librairies et salons de thé des années 1990 ont migré dans les années 2010 à cause de la gentrification. Il ne reste plus que les touristes et les marques en chaîne. Quand les Taïpéens disent que « Yongkang a changé », ils ne parlent pas des bâtiments (les résidences japonaises de la rue Qingtian n’ont pas été démolies en grande quantité), mais des habitants. Un renouvellement complet de la population en trois étapes, telle est l’incarnation réduite de la gentrification à Taïpei.
Trois lieux où les habitants vous emmèneraient
Les lieux photographiés par les touristes ne seront pas détaillés ici : Din Tai Fung Yongkang, la glace à la mangue de Smoothie House, le café sur réservation de Qingtian 76, les photos au parc Yongkang. Ces « incontournables de Yongkang » figurent dans tous les guides.
Voici plutôt trois lieux où les habitants vous emmèneraient, moins visibles sur Instagram mais porteurs de chaleur.
1. La résidence Yu Dawei, 8 rue Lishui
Depuis l’entrée de la rue Yongkang, traversez vers le nord la section 2 de Xinyi Road, tournez à gauche dans la rue Lishui et marchez jusqu’au numéro 8 : vous verrez un dortoir de style japonais préservé. Cette maison fut, de 1962 à 1993, la résidence officielle de Yu Dawei, ministre de la Défense de la République de Chine23. Né en 1897 à Shaoxing, dans le Zhejiang, Yu Dawei était docteur en logique mathématique de l’Université Harvard. Après la guerre, il fut successivement ministre des Transports puis ministre de la Défense pendant 11 ans (1954-1965), et fut une figure centrale des achats militaires, de l’autonomie en armement et de la coopération militaire entre Taïwan et les États-Unis dans les années 1950 et 1960. Après sa mort en 1993, la maison fut reprise par le gouvernement municipal de Taipei. Elle fut classée monument municipal de Taipei en 2014 et sa restauration fut achevée en 2017. Les après-midis de semaine, elle est le plus souvent fermée, mais depuis l’entrée on peut voir la façade intacte du dortoir japonais et le vieux camphrier dans la cour. C’est l’un des rares objets de Taipei où l’on peut encore lire la disposition complète des dortoirs japonais du Shōwachō de 1922.
2. Le marché Dongmen au petit matin, section 2 de Xinyi Road
Depuis l’entrée de la rue Yongkang, allez vers l’ouest au-delà de Jinshan South Road : vous arrivez au marché Dongmen24. Fondé en 1948, ce marché traditionnel s’est développé au même rythme que la migration waishengren d’après-guerre. Il compte deux entrées : côté section 2 de Xinyi Road, c’est le « marché Dongmen » version touristique (avec chirashi de fruits de mer et sashimi à midi), mais la porte arrière côté Jinshan South Road est la version des habitants. Entre 6 h et 10 h du matin, les grands-pères et grands-mères retraités du district de Da’an y viennent acheter les légumes, viandes, poissons et tofu du jour. De nombreux stands sont de vieux stands ouverts de 1948 à 2026, transmis à la troisième génération. Ce marché se trouve à 200 mètres de la rue principale de Yongkang, mais en y entrant on a l’impression de revenir au Taipei de 1980 : structures métalliques des stands, gris des murs de brique, vieux ventilateurs au plafond, appels des vendeurs en taïwanais hokkien. La chronologie alimentaire de Yongkang prend sa source dans ce marché.
3. La vieille librairie Qingtian Yiji au fond de la ruelle 16 de la rue Qingtian
Depuis l’entrée de la rue Yongkang, allez vers le nord au-delà de la section 2 de Xinyi Road, dépassez la ruelle 7 de Qingtian (où se trouve Qingtian 76), puis continuez jusqu’au fond de la ruelle 16 de la rue Qingtian : vous verrez une petite librairie. Cette boutique a ouvert en 2003 et fait partie des premières librairies indépendantes apparues lors du pic de hipstérisation du secteur Yongkang-Qingtian25. L’espace mesure environ 3 ping ; les étagères montent du sol au plafond ; les livres portent surtout sur la littérature taïwanaise, l’art et le design, les sciences humaines et sociales. La propriétaire ouvre généralement à 14 h et ferme le lundi. La plupart des touristes ne savent pas où se trouve cette librairie : elle n’est pas sur la rue principale de Yongkang, mais au fond d’une ruelle de Qingtian, deux rues plus loin ; il n’y a pas d’enseigne à l’entrée, seulement une feuille A4 portant le nom de la boutique. Cette librairie est l’un des rares anciens points d’ancrage de la hipstérisation de Yongkang dans les années 2000 à avoir survécu, toujours gérée par sa propriétaire d’origine.
Six cents mètres, trois générations d’habitants
Depuis le premier dortoir de style japonais du Shōwachō de 1922 jusqu’à la file du Din Tai Fung Yongkang qui, en 2026, atteint le virage de Jinshan South Road, cette rue contient 104 ans de temps. À 7 h 30 du matin, sous les vieux arbres au bord du parc Yongkang, des grands-pères waishengren sont assis sur les bancs de pierre, journal du matin à la main, tandis qu’un groupe de touristes japonais arrive depuis Xinyi Road. À 9 h 30, les grands-pères plient leurs journaux et rentrent chez eux ; le groupe de touristes finit ses photos et continue vers Din Tai Fung. C’est le relais quotidien du matin dans cette rue.
De la planification japonaise de Shōwachō en 1922 à l’installation d’Adachi Hitoshi, prédécesseur de Ma Ting-ying, à Qingtian 76 en 1931 ; de la reprise de Wistaria Tea House par Zhou Dewei en 1950 à l’ouverture du commerce d’huile Din Tai Fung par Yang Bing-yi en 1958 ; de la reconversion aux xiaolongbao en 1972 à l’article du New York Times en 1993 ; du tournage de Kodoku no Gourmet en 2015 au tourisme individuel stimulé par les réseaux sociaux coréens en 2026, cette rue de 600 mètres contient trois générations d’habitants, quatre groupes sociaux et cinq mémoires.
La prochaine fois que vous marcherez rue Yongkang, levez les yeux vers les toits de tuiles noires à faible pente des dortoirs japonais des années 1930. Les dix bâtiments dont les toits n’ont pas été démolis depuis l’époque d’Adachi Hitoshi, celle de Ma Ting-ying et jusqu’en 2026 sont les fragments de mémoire les plus complets du Shōwachō de Taipei. Les 600 mètres sous vos pas sont une coupe matérielle où se superposent, couche après couche, la géologie taïwanaise d’après-guerre, l’économie libérale, la culture alimentaire waishengren à base de pâtes de blé et l’internationalisation touristique. Les touristes photographient les files et les enseignes ; les Taipeïens se souviennent du grand-père qui a passé sa vie assis à 7 h 30 sur ce banc de pierre au bord du parc Yongkang.
Pour aller plus loin :
- Ville de Taipei : trois temps dans une même ville, du Longshan Temple de 1738 au Taipei 101 de 2004 — panorama des 12 districts de Taipei, avec le district de Da’an, où se situe la rue Yongkang, comme noyau du « Taipei culturel et éducatif »
- Culture des vieilles rues et quartiers commerciaux de Taïwan — catalogue principal des vieilles rues, comparant Yongkang à Dihua Street, Bopiliao et Anping Old Street
- Groupes ethniques (Hokkien, Hakka, peuples autochtones, Waishengren, nouveaux immigrants) — récit de la migration waishengren de 1949 ; Yongkang et le Village militaire 44 Sud illustrent deux modes d’installation waishengren
- Culture des pâtes de blé à Taïwan — liens entre Yongkang Beef Noodles, Dongmen Dumpling House, les xiaolongbao de Din Tai Fung et la carte waishengren des pâtes de blé d’après-guerre
- Cuisine des villages militaires taïwanais — croisement culinaire entre Yongkang, le Village militaire 44 Sud, Youth Park et les villages militaires de Beitou
- Dadaocheng : 800 mètres et trois siècles, du Formosa Tea au premier coup de feu du 28 février — autre quartier historique du même batch 1 ; comparaison entre rue commerçante de l’époque Qing et quartier résidentiel de haut rang japonais, deux « moments de formation » de rue
- Gongguan — Yongkang et Gongguan soutiennent ensemble le cercle de consommation des enseignants et étudiants de l’Université nationale de Taïwan, de l’époque de l’université impériale en 1928 à l’axe professeur-étudiant des tables de 2026
- Village militaire 44 Sud — village de familles de l’arsenal de 1948, mis en contraste avec le mode d’installation waishengren par reprise de dortoirs japonais à Yongkang-Qingtian : « logement militaire » versus « reprise »
Sources des images
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- TW Taipei Da’an District Yongkang Street morning March 2024 R12S 110 (rue Yongkang au petit matin) — Photo : MAm ROFOW 022, CC0
- Dortoir japonais de l’Université nationale de Taïwan — 6, ruelle 7, ruelle 183, section 1 de Heping East Road 3783 (Qingtian 76) — Photo : Lin Gaozhi, CC BY-SA 4.0
- Wistaria Tea House, district de Da’an, Taipei — Photo : Outlookxp, CC BY-SA 4.0
- Din Tai Fung Xinyi Branch 20230704 (Din Tai Fung Xinyi) — Photo : Yu tptw, CC BY-SA 4.0
- TW Taipei Da’an District Yongkang Street March 2024 R12S 650 (rue Yongkang en journée) — Photo : MAm ROFOW 022, CC0
Références
- Wikipédia : Shōwa-chō (Taïpei) — En 1922 (année 11 de Taishō), pendant l'occupation japonaise, le quartier de Taïpei fut officiellement établi, couvrant les rues Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou et Jinhua dans le district moderne de Da’an à Taïpei. Il s’agissait d’un quartier résidentiel haut de gamme à double fonction, servant d’hébergement pour le personnel de l’Université impériale de Taïpei et pour les hauts fonctionnaires du gouvernement du Japon. En 1947, après la libération, la zone fut divisée en cinq rues lorsque le gouvernement national chinois prit le contrôle, et le nom « Shōwa-chō » disparut complètement des documents officiels et des cartes.↩23456
- Bureau de la culture de Taïpei : Qingtian 76 — Numéro 6, ruelle 7 de Qingtian, construit en 1931 (année 6 de Shōwa) pour le personnel nouvellement arrivé de l’Université impériale de Taïpei. C’était un quartier de type japonais mêlant architecture occidentale et orientale, avec une superficie d’environ 70 pings et un jardin de 100 pings. Avant la guerre, l’habitant était le géologue Atarashi Jin (1931-1945). À partir de 1947, après la guerre, l’habitant devint le géologue Ma Tingying (1947-1979) jusqu’à son décès. Il fut désigné comme monuments historiques municipaux de Taïpei en 2006, puis restauré et ouvert au public en 2011 par Qingtian 76 Culture.↩2345
- Wikipédia : L’École à la vigne — Situé au numéro 1, ruelle 16, section 3 de la rue Nansheng Sud, district de Da’an, Taïpei. C’était un quartier de type japonais construit à la fin des années 1920. Avant la guerre, il servait d’hébergement pour les hauts fonctionnaires des douanes japonaises. En 1950, le penseur libéral Zhou Dawei en prit possession et l’utilisa comme salle de lecture et salon privé. En 1981, son fils Zhou Yu le transforma en galerie du thé et l’ouvrit au public sous le nom de « L’École à la vigne » (en hommage aux vignes du jardin). Il fut désigné comme monuments historiques municipaux de Taïpei en 1997.↩234
- Bureau de la culture de Taïpei : La demeure de Yin Hai-guang — Situé au numéro 1-1, ruelle 16, allée 18 de la rue Wenzhou, district de Da’an, Taïpei. Yin Hai-guang, philosophe libéral, y résida de 1956 à 1969. C’est là qu’il traduisit l’œuvre d’Hayek intitulée « Du servage » et qu’il écrivit « Les Perspectives de la culture chinoise ». Il mourut le 16 septembre 1969 à l’âge de 50 ans dû à un cancer gastrique. En 1999, le président du Conseil des représentants, Wang Jin-ping, fit un don pour aider à sa restauration. Depuis 2003, il est ouvert au public en tant que demeure commémorative.↩234
- Wikipédia : Din Tai Fung — Fondé en 1958 par Yang Bingyi (1927-1995), originaire de Yuci dans la province du Shanxi, qui ouvrit un magasin de vente au détail d’huile alimentaire au numéro 277 de la section 2 de la rue Xinyi à Taïpei, en association avec un compatriote. Le nom du magasin, Din Tai Fung, fut inspiré d’un ancien employeur, Din Mei Oil Store, et d’un autre magasin, Hengtai Feng Oil Store. En 1972, avec la popularité des huiles de salade en bouteille, les ventes d’huile à l’unité commencèrent à décliner. L’épouse de Yang, Lai P’en-mei, suggéra de se tourner vers les petits pains et les soupes de lait, et d’ici le début des années 1980, toutes les activités liées à la vente d’huile furent abandonnées pour se concentrer sur la restauration.↩234567
- Le Monde : Les 10 meilleurs restaurants du monde 1993 — En 1993, Le Monde publia un article intitulé « Les 10 meilleurs restaurants du monde » dans sa rubrique voyage, mettant en avant Din Tai Fung. C’était un tournant décisif pour le restaurant, passant d’un petit établissement local à Taïpei à une marque internationale. Cet article fut ensuite repris par de nombreux médias internationaux. En 1996, Din Tai Fung ouvrit son premier restaurant à l’étranger dans le quartier de Shinjuku à Tokyo.↩2
- Wikipédia : Le Solitaire gourmand — Série télévisée japonaise adaptée d’un manga culinaire produit par TV Asahi. Le 1er janvier 2015, un épisode spécial d’année nouvelle intitulé « L’Épisode de Taïwan » fut diffusé, où le personnage principal, Inoue Gorō (interprété par Matsushige Yutaka), visita Din Tai Fung à Yongkang, ainsi que des pâtes à la viande et des marchés nocturnes. C’était la première fois qu’un épisode spécial de la série était tourné à l’étranger. Cette diffusion eut un fort impact au Japon et déclencha une vague de touristes japonais qui se rendirent à Taïpei pour goûter les fameux raviolis de Din Tai Fung entre 2015 et 2018.↩23
- Site officiel de Din Tai Fung : Sièges sociaux et succursales — Le siège social de Din Tai Fung se trouve au numéro 194 de la section 2 de la rue Xinyi (déménagé de l’ancien numéro 277 en 1996), et le siège principal de Yongkang est l’autre point clé de Taïpei. Le restaurant de Yongkang est souvent si fréquenté par des touristes que les files d’attente s’étendent jusqu’à la rue Xinyi, en faisant l’un des lieux emblématiques de Taïpei.↩
- Bureau de la culture de Taïpei : Histoire locale de Da’an — L’histoire administrative de Da’an : pendant l’occupation japonaise, les quartiers de Shōwa-chō, Tomita-chō et Fushimin-chō furent officiellement établis en 1922. En 1947, après la libération, ils furent renommés en Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou, Jinhua, Dongfeng Donglu et Nansheng Nanlu. Les rues de la période post-guerre diffèrent des réseaux de rues de l’époque japonaise, créant un phénomène itératif dans la structure des rues de Taïpei.↩2
- Site officiel de Qingtian 76 Culture — Après avoir été restauré et mis en location par l’équipe de Qingtian 76 Culture en 2011, le bâtiment fut ouvert au public. Il s’agit d’un quartier de type japonais construit en 1931 (année 6 de Shōwa), avec un toit en tuiles noires, des fenêtres en bois de cèdre, une lanterne de pierre à l’entrée, et des pièces comme la salle de lecture et le salon. C’est l’un des rares bâtiments de type haut de gamme japonais de l’époque de l’occupation japonaise à Taïpei à être conservé dans son état original.↩2
- Musée national de Taïwan : Archives de la réception des biens japonais en 1945 — En août 1945, après la défaite du Japon, le gouvernement national chinois commença à récupérer les biens japonais en 1946. Le personnel et les résidents de l’Université impériale de Taïpei remirent officiellement les clés, les meubles et les listes aux autorités chinoises. Les chercheurs japonais, tels qu’Atarashi Jin, complétèrent les démarches de remise avant leur évacuation en octobre 1945. Ces archives sont conservées au Musée national de Taïwan et au Bureau des archives historiques.↩
- Bureau des archives de l’Université nationale de Taïwan : Ma Tingying — Ma Tingying (1899-1979), originaire de Liaoning en Chine, obtint son doctorat en géologie à l’Université impériale de Tokyo et y resta douze ans. Il arriva en 1946 pour prendre possession de la salle de géologie de l’Université impériale de Taïpei. À partir de 1947, il devint professeur et directeur du département de géologie de l’Université nationale de Taïwan. Ses domaines de recherche incluaient les fossiles de coraux, la tectonique des plaques et l’archéomagnétisme. Il publia notamment l’article « La théorie du mouvement de la croûte dans le détroit de Taïwan ». Il mourut en 1979 dans la ruelle 7, rue Qingtian.↩
- Base nationale de la mémoire culturelle : Groupe de quartiers japonais de Qingtian — Les quartiers japonais de Qingtian, Yongkang, Lishui, Chaozhou et Jinhua furent construits pendant l’occupation japonaise. Entre 1970 et 1990, en raison des incitations fiscales pour la rénovation et du coût élevé d’entretien des bâtiments en bois japonais, de nombreux immeubles furent détruits et remplacés par des immeubles de cinq étages. Aujourd’hui, les bâtiments préservés comprennent Qingtian 76, L’École à la vigne, la demeure de Yin Hai-guang et la demeure de Yu Da-wei, parmi moins de dix bâtiments. La plupart ont été sauvés par des mouvements de protection du patrimoine dans les années 1990.↩2
- Wikipédia : Zhou Dawei — Zhou Dawei (1902-1986), originaire du Hunan en Chine, étudia à l’Université de Berlin en Allemagne et à l’École de commerce et de science politique à Londres, au Royaume-Uni, où il suivit les enseignements de l’économiste autrichien Hayek. En 1949, il suivit le gouvernement national chinois en partant pour Taïwan, où il enseigna à l’Université nationale de Taïwan et travailla au bureau des douanes du ministère des Finances. À partir des années 1950, L’École à la vigne devint son lieu de résidence, sa salle de lecture et un salon privé pour les penseurs libéraux. Des érudits tels que Yin Hai-guang, Xu Fuguan, Lin Yusheng et Xia Daoping s’y réunissaient régulièrement pour discuter de la revue « La Chine libérale » et de la traduction des idées d’Hayek.↩234
- Wikipédia : Histoire du marché de l’huile de salade à Taïwan — Entre 1960 et 1970, le marché des huiles alimentaires dans les foyers taïwanais passa des ventes à l’unité aux bouteilles d’huile de salade. Après la création de l’entreprise Unilever en 1969, l’entreprise lança son huile de salade Unilever. Les marques telles que Nichirei Oil et Zhongxing Oil, ainsi que les canaux de distribution dans les épiceries, popularisèrent l’huile en bouteille, entraînant un déclin rapide des ventes d’huile à l’unité. C’est l’un des exemples emblématiques de la transformation de la structure de consommation après la guerre à Taïwan dans les années 1970.↩
- Historique de l’internationalisation de Din Tai Fung — En 1996, Din Tai Fung ouvrit son premier restaurant à l’étranger dans le quartier de Shinjuku à Tokyo. Au cours des années 2000, l’entreprise s’implanta successivement aux États-Unis, à Singapour, à Hong Kong, à Shanghai, à Jakarta, à Séoul, à Manille, à Sydney, à Londres et à Sydney. D’ici 2026, l’entreprise comptera plus de 170 restaurants dans 14 pays à travers le monde, devenant l’une des marques culinaires locales les plus internationalisées de Taïwan après la guerre.↩
- StoryStudio : Yongkang et les touristes coréens et japonais — Depuis les années 1990, Yongkang attirait des groupes de touristes japonais dans le cadre de l’itinéraire standard « Une journée à Taipei ». Dans les années 2010, les séries télévisées coréennes « La salle de dîner d’Yin » et « La cuisine de Lee Young-ae » montrèrent plusieurs fois des scènes de Din Tai Fung, et l’étiquette Instagram « À manger à Taipei » contribua à attirer encore plus de touristes. Entre 2015 et 2020, le nombre de touristes coréens individuels augmenta rapidement, et Yongkang évolua progressivement d’un quartier dominé par les Japonais à un quartier partagé entre Japonais et Coréens.↩
- Histoire de Yongkang Beef Noodles — Yongkang Beef Noodles est situé au numéro 17 de la rue Yongkang, district de Da’an, Taïpei. Fondé en 1963 par un ancien soldat originaire du Shanxi, le menu de pâtes braisées et de bouillons n’a pas changé depuis 1963 jus’en 2026. Géré par la deuxième génération, c’est l’un des restaurants de pâtes les plus emblématiques de la périphérie de Yongkang après la guerre. Il se trouve à proximité de Dongmen Dumpling Shop (fondé en 1953 par un ancien soldat originaire du Shandong), formant ensemble une carte des restaurants de pâtes de la périphérie de Yongkang-Dongmen.↩23
- Bureau de la propagande touristique de Taïpei : Carte des restaurants de pâtes de la périphérie de Dongmen — Dongmen Dumpling Shop fut fondé en 1953 par un ancien soldat originaire du Shandong, près de l’intersection des sections 2 de la rue Jinshan Nanlu et de la rue Xinyi. C’est l’un des restaurants de pâtes les plus emblématiques de la périphérie de Dongmen à Taïpei après l’arrivée des réfugiés chinois en 1949. Il se trouve à proximité de Yongkang Beef Noodles (1963, originaire du Shanxi) et de Din Tai Fung (1958/1972, originaire du Shanxi, puis transformé en pâtes de petite taille), formant ensemble une zone de restaurants de pâtes de Yongkang-Dongmen.↩2
- Mirror Weekly : L’histoire de l’entreprise ICE MONSTER de Luo Junhua — En 2019, un article rapportait que Luo Junhua et son ex-femme Zhang Jiemei ouvrirent un café glacé appelé ICE MONSTER en 1997 sur la rue Yongkang. Le lieu fut mentionné par Le Monde comme un incontournable de Taipei. En 2010, le couple divorcia et le café ferme sans préavis. L’emplacement actuel est aujourd’hui occupé par un magasin de tissus. En 2012, Luo relança son activité sous le nom d’ICE MONSTER sur la rue Zhongxiao Donglu.↩2
- Institut de sociologie de l’Académie chinoise : Recherche sur la bourgeoisie de Taïpei — Depuis la fin des années 1990, Yongkang a connu trois vagues de transformation : de 1995 à 2005, la « rue des cafés bourgeois » (Ice Monster 1997, Yongkang Stairs Coffee 1996, librairies indépendantes et boutiques d’objets d’art ont ouvert) ; de 2005 à 2015, la « rue des cafés bourgeois » est devenue une « rue touristique » (ouverture de la station de métro Dongmen en 2013, tournage de l’épisode de « Le Solitaire gourmand » en 2015) ; après 2015, les coûts de la bourgeoisisation ont commencé à apparaître (les loyers ont atteint 5 000 à 8 000 dollars par ping mensuel, et les vieux commerces ont commencé à fermer). C’est l’un des cas les plus emblématiques de la bourgeoisisation de Taïpei.↩23
- Wikipédia : Station Dongmen (Taïpei) — Station de métro de Taïpei située à l’intersection des lignes de Shuangcheng and Xinyi, au numéro 2 de la section 2 de la rue Xinyi et à l’angle de la rue Jinshan Nanlu, dans le district de Da’an. Elle fut mise en service le 24 novembre 2013. La sortie 5 donne accès directement à Yongkang, marquant un tournant physique : auparavant, il fallait marcher 10 minutes depuis la station Zhongshan National Middle School ou Da’an, mais désormais, il suffit de 3 minutes de marche depuis la sortie 5 de Dongmen. Depuis 2013, la densité de touristes sur Yongkang a considérablement augmenté.↩
- Bureau de la culture de Taïpei : La demeure de Yu Da-wei — Situé au numéro 8 de la rue Lishui, district de Da’an, Taïpei, ce quartier japonais fut le siège de l’ancien ministre de la Défense nationale de la République de Chine, Yu Da-wei (1897-1993), originaire de Shaoxing dans le Zhejiang, qui y résida de 1962 à 1993. Yu Da-wei, titulaire d’un doctorat en logique mathématique de l’Université Harvard, a occupé les postes de ministre des Transports et de ministre de la Défense nationale pendant 11 ans (1954-1965). Il fut un acteur clé de l’acquisition militaire et de la coopération militaire sino-américaine dans les années 1950 et 1960. Il fut désigné comme monuments historiques municipaux de Taïpei en 2014, puis restauré et ouvert au public en 2017 après réservation.↩
- Wikipédia : Marché Dongmen (Taïpei) — Créé en 1948, ce marché traditionnel se trouve à l’intersection des sections 2 de la rue Xinyi et de la rue Jinshan Nanlu, dans le district de Da’an, Taïpei. Il a connu une évolution parallèle à l’arrivée des réfugiés chinois après la guerre. La plupart des étals, en activité depuis 1948 jus’en 2026, sont gérés par la troisième génération. Les heures d’affluence des habitants locaux sont entre 6 heures du matin et 10 heures. Situé à seulement 200 mètres de la rue Yongkang, il est à l’origine de la chronologie alimentaire de Yongkang.↩
- Présentation de la librairie indépendante Qingtian Art Collection — Située à la fin de la ruelle 16 de la rue Qingtian, dans le district de Da’an, Taïpei, cette petite librairie indépendante ouvrit en 2003. C’était l’une des premières librairies privées à l’époque de l’apogée des cafés bourgeois de Yongkang-Qingtian dans les années 1990-2000. Avec une superficie d’environ 3 pings, les étagères vont du sol au plafond, et les livres comprennent principalement des œuvres littéraires, artistiques, de design et de sciences humaines et sociales taïwanaises. Le gérant ouvre à 14 heures et est fermé le lundi. C’est l’un des rares lieux anciens de Yongkang à avoir survécu à l’époque des cafés bourgeois de Yongkang dans les années 2000.↩