Taïwan et le débat nucléaire : l'antinucléaire fut un langage commun du mouvement démocratique, mais la crise climatique a redistribué toutes les cartes

En août 2025, 4,34 millions de personnes ont voté « oui » au redémarrage de la troisième centrale nucléaire ; le oui a recueilli 74 %, mais a perdu faute d'avoir franchi le seuil de participation. Trois référendums en quarante ans : Taïwan est passé du consensus antinucléaire à l'objectif de patrie sans nucléaire, avant de pousser de ses propres mains, en trois mois, un réacteur arrêté vers un redémarrage. Ce débat dépasse depuis longtemps la question binaire de savoir si « le nucléaire est bon ou non » : il porte sur la manière dont une société décide d'une affaire soumise à des temporalités contradictoires, entre des déchets nucléaires à stabiliser pendant cent mille ans, une décarbonation à accomplir en dix ans, et un risque de pénurie d'électricité immédiat.

Taïwan et le débat nucléaire : l'antinucléaire fut un langage commun du mouvement démocratique, mais la crise climatique a redistribué toutes les cartes
Crédit image: 2013 年 4 月,反核民間團體包圍立法院。Voice of America,Public Domain · Public Domain · Source originale

Vue d'ensemble en 30 secondes : Le 23 août 2025, un référendum à Taïwan a demandé s'il fallait autoriser le redémarrage de la troisième centrale nucléaire : 4,34 millions de personnes ont voté oui, soit 74 % des suffrages, mais le scrutin a été réputé perdu, car la participation n'a atteint que 29,53 % et le seuil de cinq millions de voix n'a pas été franchi. C'était le troisième référendum nucléaire à Taïwan en quarante ans : en 2018, le référendum « du nucléaire pour nourrir le vert » a été adopté ; en 2021, la mise en service commerciale de la quatrième centrale nucléaire a été rejetée ; en 2025, la prolongation de la troisième centrale s'est heurtée au seuil légal. Chaque résultat a été différent, mais la situation concrète a presque cessé de suivre les votes. Plus paradoxal encore : le réacteur arrêté trois mois plus tôt devait être poussé vers un redémarrage par un gouvernement dont le parti avait inscrit la « patrie sans nucléaire » dans sa plateforme, tandis que le président déclarait publiquement avoir voté non. L'antinucléaire fut un langage commun du mouvement démocratique taïwanais ; avec l'arrivée de la crise climatique, tous les camps de ce débat ont été redistribués, et Taïwan n'a toujours pas trouvé de consensus.

Le 23 août 2025 au soir, les chiffres de la Commission électorale centrale se sont figés : pour le référendum sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire, 4 341 432 voix pour, 1 511 693 contre1. Le oui représentait près de trois fois le non, et 74,17 % des votants avaient dit « oui »2.

Selon l'intuition ordinaire de la démocratie, l'issue de ce débat aurait dû être claire. Pourtant, il a été perdu.

La loi référendaire exige en effet que les voix favorables dépassent le quart de l'ensemble des électeurs inscrits ; le seuil était cette fois de 5 000 523 voix. Or la participation du jour n'a été que de 29,53 %, et les voix favorables n'ont même pas atteint le seuil1. Après le dépouillement, Huang Kuo-chang, initiateur du référendum et président du Parti populaire taïwanais, a déclaré que les voix favorables avaient été « près de trois fois supérieures aux voix défavorables »3. Tsui Su-hsin, porte-parole de la National Nuclear Abolition Action Platform, du camp antinucléaire, a pour sa part souligné : « Même si les voix favorables sont plus nombreuses que les voix défavorables, le résultat final du référendum n'a pas été validé et n'a pas d'effet juridique »4. Les deux phrases parlent des mêmes chiffres, mais en tirent des conclusions opposées.

4 341 432 voix (74 %)rejet
Le oui a obtenu près de trois fois le non, mais n'a pas été adopté, car la participation de 29,53 % est restée sous le seuil de cinq millions de voix
Source : Résultats du référendum 2025 sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire, Commission électorale centrale

Gagner le débat, perdre dans le dispositif institutionnel. Ce paradoxe de l'été 2025 est la porte d'entrée pour comprendre l'ensemble du débat taïwanais sur le nucléaire : en surface, il demande si « le nucléaire est bon ou non » ; en dessous, il porte sur tout autre chose.

En avril 2013, des organisations civiles antinucléaires encerclent le Yuan législatif. C'est l'une des images de rue les plus fréquentes dans quarante ans de débat nucléaire à Taïwan.

Le drapeau jaune « Je suis humain, je suis antinucléaire »

Pour comprendre pourquoi ce débat est si difficile, il faut revenir au moment où, à l'origine, il n'était pas un « débat énergétique ». En janvier 2013, un groupe de personnalités des arts et de la culture a lancé une pétition et conçu un drapeau jaune à caractères rouges portant la formule « Je suis humain, je suis antinucléaire »5. Le 9 mars de la même année, environ 220 000 personnes ont manifesté dans tout Taïwan — 120 000 à Taipei, 30 000 à Taichung, 70 000 à Tainan, deux à trois mille à Taitung — lors de la plus grande marche de l'histoire du mouvement antinucléaire taïwanais6. Ce drapeau jaune, planté devant les librairies, accroché aux vitrines des cafés ou fixé aux sacs à dos des jeunes, est devenu la marque visuelle d'une génération.

Mais les racines de ce drapeau plongent bien plus loin que 2013, et elles n'avaient d'abord pas grand-chose à voir avec le nucléaire. En 1986, les habitants de Lukang, apprenant que l'entreprise américaine DuPont voulait y construire une usine de dioxyde de titane, se sont mobilisés autour de l'enseignant Lee Tung-liang, ont lancé une pétition et sont descendus dans la rue avec le slogan « J'aime Lukang, je ne veux pas de DuPont »7. En mars de l'année suivante, DuPont a annoncé l'abandon du projet ; en août de la même année, l'Administration de protection de l'environnement a été créée8. La mobilisation de Lukang contre DuPont était un mouvement antipollution, non un mouvement antinucléaire en soi, mais elle fut l'une des graines du mouvement environnemental de rue à Taïwan après-guerre. La même énergie s'est vite dirigée vers une autre cible : la quatrième centrale nucléaire.

En 1988, les habitants de Gongliao ont fondé l'Association d'autodéfense antinucléaire de Yenliao9. Cette centrale, appelée plus tard « Longmen », a été discutée dès 1980 avec un choix de site à Yenliao ; elle a été construite pendant plus de trente ans et n'a jamais produit un seul kilowattheure commercial10. L'une des pages les plus tragiques de cet épisode est l'« incident du 3 octobre à Gongliao » en 1991 : durant les protestations, un habitant a renversé et tué avec sa voiture le policier antiémeute Yang Chao-ching, ce qui a plongé le mouvement dans une période de reflux9. En 1994, Gongliao a organisé un référendum local : 96,13 % des votants se sont opposés à la quatrième centrale. Mais la loi référendaire n'existait pas encore, et ce scrutin n'avait pas d'effet juridique11.

📝 Note de curation

Le récit courant veut que « l'antinucléaire soit une valeur progressiste, donc que le camp progressiste soit antinucléaire ». En réalité, la causalité est inverse. La singularité du mouvement antinucléaire taïwanais tient au fait qu'il a grandi dans la fissure ouverte par l'assouplissement du régime de la loi martiale. Le sociologue Ho Ming-sho l'écrit clairement dans ses travaux publiés à Cambridge : « l'émergence des voix antinucléaires est étroitement liée à l'ouverture démocratique »12. Autrement dit, lorsque les Taïwanais des années 1980 et 1990 sont descendus dans la rue contre le nucléaire, ce qu'ils affrontaient réellement était un gouvernement autoritaire qui ne laissait pas la population s'exprimer ; la quatrième centrale nucléaire était simplement l'une des rares cibles concrètes capables de rassembler à cette époque. L'antinucléaire a donc hérité de toute la légitimité du mouvement démocratique. Cela a aussi préparé le paradoxe des trente années suivantes : lorsque le nucléaire est devenu une question climatique, ce cadre moral lié à la démocratie n'a plus suffi à répondre aux nouveaux problèmes.

Ce qui a porté cette origine à son point culminant, c'est le corps d'un homme.

Le matin du 22 avril 2014, Lin Yi-hsiung, ancien président du Parti démocrate progressiste, est entré dans l'église Gikong de Taipei et a commencé un jeûne illimité pour demander l'arrêt de la construction de la quatrième centrale nucléaire13. Le lieu lui-même était une blessure : le 28 février 1980, la mère de Lin Yi-hsiung et ses deux filles jumelles avaient été assassinées dans l'ancienne maison située à cet endroit, dans ce que l'on appelle le « massacre de la famille Lin », jamais élucidé jusqu'à aujourd'hui14. Lin Yi-hsiung était une victime du mouvement hors-parti lors de l'incident de Kaohsiung et l'un des premiers présidents élus du Parti démocrate progressiste ; son jeûne a relié l'antinucléaire et le mouvement démocratique taïwanais dans une même filiation.

Neuf jours plus tard, ce jeûne a pris fin. Le 27 avril, le gouvernement Ma Ying-jeou, alors au pouvoir, et le Kuomintang sont parvenus à un consensus : mise sous cocon du réacteur n° 1 de la quatrième centrale après inspection de sûreté, arrêt des travaux du réacteur n° 2 ; le 28 avril, le Yuan exécutif a annoncé officiellement la mise sous cocon ; le 30 avril, Lin Yi-hsiung a cessé son jeûne13.

Il faut retenir ce détail : ce n'est pas le Parti démocrate progressiste antinucléaire qui a appuyé sur pause pour la quatrième centrale, mais le gouvernement Kuomintang au pouvoir. Ce détail annonçait la partie la plus confuse de tout le débat à venir : la position de chaque camp est loin d'être aussi stable qu'on le croit.

Trois votes en sept ans, mais le terrain a à peine bougé

L'année suivant le jeûne de Lin Yi-hsiung, la catastrophe nucléaire de Fukushima, survenue en 2011, avait déjà retourné la politique nucléaire mondiale10. La société taïwanaise a aussi appris, dans ces années-là, à traiter cette question à l'aide d'un nouvel outil : le référendum.

Mais cet outil a donné trois réponses différentes.

Le 24 novembre 2018, le référendum « du nucléaire pour nourrir le vert » (proposition n° 16) a été adopté. Il visait à abroger, dans la loi sur l'électricité, la limite légale selon laquelle « les équipements de production d'électricité nucléaire doivent tous cesser de fonctionner avant 2025 » : 5 895 560 voix pour, avec une participation de 54,83 %15. En surface, ce fut une grande victoire du camp pronucléaire.

Le 18 décembre 2021, le référendum sur la « mise en service commerciale de la quatrième centrale nucléaire » (proposition n° 17) a été rejeté. Il a obtenu 3 804 689 voix favorables contre 4 262 517 voix défavorables, avec une participation de 41,09 %, et n'a pas franchi le seuil16. La quatrième centrale, construite pendant trente ans sans produire d'électricité, a reçu de la population une condamnation formelle.

Le 23 août 2025, c'est le scrutin évoqué en ouverture : le référendum sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire (proposition n° 21), approuvé à 74 % mais bloqué par le seuil1.

2018 Nucléaire pour nourrir le vert (abrogation de l'échéance sans nucléaire)
59 5,89 millions de oui・adopté
2021 Redémarrage commercial de la quatrième centrale nucléaire
47 3,80 millions de oui・rejeté
2025 Redémarrage et prolongation de la troisième centrale nucléaire
74 4,34 millions de oui・bloqué par le seuil

Source : résultats officiels certifiés par la Commission électorale centrale pour les trois référendums (part des oui en %)

Trois votes en sept ans : la part du oui est passée de 59 % à 47 %, puis a rebondi à 74 % ; les résultats furent adoption, rejet, puis blocage par le seuil. Comme trois dés dont les faces changent à chaque lancer. La démocratie directe peut traiter une question arithmétique du type « de combien faut-il augmenter le prix de l'électricité » ; elle peine à traiter une question où jugement scientifique et hiérarchie des valeurs sont entremêlés.

Le paradoxe laissé par le référendum « du nucléaire pour nourrir le vert » est encore plus difficile. Le vote de 2018 a bien abrogé la disposition légale fixant l'échéance de 2025 pour la sortie du nucléaire, mais le gouvernement du Parti démocrate progressiste a ensuite choisi de ne pas prolonger lui-même les réacteurs, et Taïwan a malgré tout avancé pas à pas vers l'absence de nucléaire en 202517. C'est pourquoi l'affirmation, un temps diffusée en ligne, selon laquelle « la patrie sans nucléaire n'a plus d'effet » a été qualifiée de désinformation par le Taiwan FactCheck Center : seule l'échéance inscrite dans la loi sur l'électricité a été supprimée ; l'objectif de « patrie sans nucléaire » énoncé à l'article 23 de la Loi fondamentale sur l'environnement reste valide17. La loi a été démontée à moitié, mais la politique n'a pas lâché prise. C'est la forme typique du débat nucléaire taïwanais : chaque « victoire » traîne une suite non résolue.

Un gouvernement qui arrête un réacteur, puis veut le redémarrer

En mai 2025, le réseau électrique taïwanais a connu un moment historique.

Le 17 mai au soir, le réacteur n° 2 de la troisième centrale nucléaire, à Hengchun dans le comté de Pingtung, a commencé à réduire sa charge ; il a été déconnecté du réseau à 22 heures, puis arrêté officiellement dans la nuit du 18 mai18. Pour la première fois, le réseau électrique de Taïwan ne comptait plus aucune production nucléaire. Certains médias ont décrit Taïwan comme la « première patrie sans nucléaire d'Asie et la deuxième au monde », mais cette formule demande prudence : l'Italie avait déjà arrêté sa production nucléaire intérieure dès 199019.

Selon le scénario de la « patrie sans nucléaire », l'histoire aurait dû s'arrêter là. Mais les événements des mois suivants ont déchiré le scénario.

Quatre jours avant l'arrêt, le 13 mai 2025, le Yuan législatif a adopté en troisième lecture un amendement à l'article 6 de la Loi sur le contrôle des installations de réacteurs nucléaires, par 61 voix pour et 50 contre. Il ajoutait une clause permettant de demander une prolongation après expiration de la licence, pour une durée maximale de 40 ans plus 20 ans, soit 60 ans20. La licence du réacteur n° 2 de la troisième centrale expirait précisément le 17 mai : l'amendement a été adopté quatre jours avant l'échéance.

Le 27 novembre, le ministère de l'Économie a validé les résultats de l'évaluation : la première centrale nucléaire n'était pas redémarrable, car des équipements avaient déjà été démontés et parce qu'elle était du même type que Fukushima ; les deuxième et troisième centrales, en revanche, présentaient une faisabilité de redémarrage, sous réserve d'une inspection de sûreté autonome de 1,5 à 2 ans21. En mars 2026, le gouvernement Lai Ching-te a annoncé que les deuxième et troisième centrales remplissaient les conditions de redémarrage ; Taipower a déposé les dossiers auprès de la Commission de sûreté nucléaire, et la troisième centrale pourrait redémarrer dès 202822.

On a donc vu cette image : un gouvernement dont le parti a inscrit la « patrie sans nucléaire » dans sa plateforme a arrêté de ses propres mains le dernier réacteur de l'île, puis, trois mois plus tard, l'a poussé lui-même vers un redémarrage.

Pris entre ces lignes, Lai Ching-te a présenté une position dite « pragmatique ». Il a formulé trois principes : « sûreté nucléaire sans inquiétude, solution pour les déchets nucléaires, consensus social », en soulignant que « ces trois principes sont tous indispensables », auxquels s'ajoutent deux impératifs : la Commission de sûreté nucléaire doit établir les règles, et Taipower doit achever une inspection de sûreté autonome23. Mais le 13 août 2025, dix jours avant le référendum, il a déclaré publiquement : « J'irai voter au référendum du 23 août ; ensemble, votons non »24.

⚠️ Point de vue controversé

Comment lire le fait qu'un gouvernement s'oppose publiquement à un référendum sur le « redémarrage d'une centrale qu'il administre » dépend entièrement du camp où l'on se place.

Le camp pronucléaire y voit contradiction et défausse : si vous voulez déposer des dossiers de redémarrage, pourquoi appeler la population à voter non ? Eric Chu, président du Kuomintang, a soutenu que le gouvernement devait « reconstruire la sécurité et la résilience énergétiques » et « ajuster pragmatiquement une politique énergétique erronée »25.

L'explication du gouvernement Lai Ching-te distingue procédure et mandat : le référendum a été proposé par les partis d'opposition et liait la décision à une « reprise immédiate de fonctionnement », ce qui diffère de la voie défendue par le gouvernement, à savoir « laisser la Commission de sûreté nucléaire contrôler, puis discuter après l'inspection autonome de Taipower ». Voter non revenait à s'opposer à un « redémarrage immédiat contournant les procédures de sûreté », non au nucléaire en tant que tel. Le Premier ministre Cho Jung-tai a formulé ce pragmatisme plus crûment : « l'électricité, c'est la puissance de calcul ; la puissance de calcul, c'est la puissance nationale » ; « l'antinucléaire n'est pas une tablette sacrée »26.

Les deux lectures se tiennent, selon que l'on met l'accent sur le « résultat » — faut-il ou non du nucléaire — ou sur la « procédure » — comment décider. C'est précisément le condensé de l'impasse du débat nucléaire taïwanais : une même action d'un même gouvernement peut être honnêtement lue comme deux choses opposées.

Le porte-drapeau pronucléaire le plus bruyant est un patron d'ordinateurs portables

Si l'antinucléaire de la génération de la loi martiale était un mouvement moral, le plus inattendu dans la remontée du discours pronucléaire ces dernières années tient à son porte-voix le plus sonore : celui qui s'est placé en première ligne, avec le plus de poids, est un entrepreneur qui fabrique des ordinateurs portables.

Tung Tzu-hsien, président de Pegatron, est devenu ces dernières années la voix la plus forte du discours pronucléaire taïwanais. Ses propos sont directs et sans détour : « Non seulement Taïwan, mais le monde entier : si vous ne vous appuyez pas sur le nucléaire et voulez compter sur le solaire et l'éolien pour sauver la planète, il n'y a aucun espoir »27. Il affirme que l'électricité nucléaire coûte environ 1,42 dollar taïwanais par kilowattheure, critique le RE100, objectif poursuivi par de nombreuses multinationales — 100 % d'énergies renouvelables — comme « idéal mais un peu château en l'air », et estime que le CFE, l'électricité décarbonée 24 heures sur 24 incluant le nucléaire, « permet davantage d'atteindre l'objectif de neutralité carbone »28.

C'est l'un des changements clés du débat nucléaire taïwanais après sa redistribution par la crise climatique : le discours pronucléaire s'est désidéologisé. Son point de départ n'est plus « le nucléaire est très sûr », mais « il n'y a pas d'autre choix pour décarboner », « les centres de données consomment de l'électricité », « l'énergie ne peut pas s'interrompre » : autant de réalités industrielles.

Le camp pronucléaire peut être grossièrement divisé en trois sous-groupes, chacun avec son accent. Le courant de vulgarisation est représenté par Huang Shih-hsiu, fondateur de Nuclear Mythbusters, qui insiste sur les coûts : « le nucléaire coûte 1,5 dollar par kilowattheure, les énergies renouvelables 5,5 dollars »29. Le courant académique, représenté par Yeh Tsung-kuang de l'Université nationale Tsing Hua, insiste sur les clarifications techniques ; il souligne par exemple que « la faille de Hengchun, située à un kilomètre environ de la troisième centrale, est différente de la "zone de cisaillement de faille" sous le site, les deux étant souvent confondues à l'extérieur »30. Le courant industriel est celui de Tung Tzu-hsien et d'autres entrepreneurs.

Même Jensen Huang, patron du géant des puces d'IA Nvidia, est intervenu à Taipei le 22 août 2025, la veille du référendum, en déclarant que le nucléaire « is an excellent option » — « est une excellente option »31.

💡 Saviez-vous que

Huang Shih-hsiu a aussi diffusé une formule beaucoup plus agressive : « Être antinucléaire, c'est être antiaméricain ; être antinucléaire, c'est vendre Taïwan ; être antinucléaire, c'est lécher les bottes des communistes »29. Cette phrase relie directement le choix énergétique à l'identité nationale ; c'est l'un des discours les plus offensifs du camp pronucléaire. Taiwan.md la reproduit ici telle quelle pour montrer fidèlement la température du débat, non pour l'endosser : lorsque le nucléaire est arrimé à la géopolitique et aux coordonnées de l'unification ou de l'indépendance, les questions d'ingénierie et de coûts qui pourraient être discutées rationnellement se transforment vite en test de loyauté sur « aimez-vous Taïwan ». Cette montée en tension existe des deux côtés, antinucléaire comme pronucléaire ; et plus elle monte, plus le consensus s'éloigne.

Mais il faut éviter une erreur de lecture fréquente : ce n'est pas parce que le monde industriel et des jeunes sont pronucléaires que « le Parti démocrate progressiste est devenu pronucléaire ».

La plateforme du Parti démocrate progressiste n'a pas changé, et la « patrie sans nucléaire » y figure toujours ; le gouvernement n'a ouvert qu'une porte étroite, celle d'un « nucléaire avancé » et d'un redémarrage après inspection de sûreté. Plus important encore, les propres soutiens du Parti démocrate progressiste sont divisés. Selon un sondage réalisé en octobre 2024 par Global Views Monthly et la Taiwan Institute for Sustainable Energy, 45,2 % des sympathisants du Parti démocrate progressiste sont antinucléaires et 44,3 % pronucléaires : presque un partage moitié-moitié32.

Plus on est jeune, plus on est pronucléaire : une génération sans mémoire de Fukushima

C'est dans l'âge que cette fracture apparaît le plus clairement.

Le même sondage de Global Views Monthly montre que 63,1 % de l'ensemble des personnes interrogées soutiennent le nucléaire ; dans la génération la plus jeune, celle des 18-29 ans, la part pronucléaire atteint 70,8 %, soit 20 points de pourcentage de plus que les 50,2 % chez les personnes de plus de 70 ans32. Plus on est jeune, plus on est pronucléaire.

18-29 ans
70.8 Génération la plus jeune
30-39 ans
65 (valeur approximative)
Plus de 70 ans
50.2 Génération la plus âgée

Source : sondage Global Views Monthly × Taiwan Institute for Sustainable Energy, octobre 2024 (part pronucléaire en %)

C'est presque l'inversion de la tendance antinucléaire de la génération de la loi martiale. Les raisons se comprennent aisément : ceux qui descendaient alors dans la rue avaient en mémoire Tchernobyl, Fukushima, les peurs de Gongliao et Lanyu ; pour la génération climatique d'aujourd'hui, les accidents nucléaires sont des termes historiques dans les manuels, tandis que leurs angoisses présentes portent sur le réchauffement, la pollution de l'air et la possibilité que les pénuries d'électricité fassent partir les industries taïwanaises. Une même valeur progressiste — « agir pour la prochaine génération » — donne deux lectures opposées selon les générations : les premiers estiment que l'antinucléaire protège les descendants d'une catastrophe ; les seconds estiment que la décarbonation leur laisse une planète vivable.

Le drapeau jaune de 2013 n'est plus vraiment brandi par la génération climatique. Il faut toutefois préciser que l'adhésion des jeunes au nucléaire relève surtout d'une tendance de sondage et de choix individuels ; Taïwan n'a pas vu apparaître une « grande alliance des jeunes pronucléaires » organisée, dotée de dirigeants et capable de mobiliser à l'échelle de la plateforme antinucléaire de l'époque. En faire un mouvement organisé induirait les lecteurs en erreur.

Cent mille ans sur une faille

Redistribution ou non, ce qui bloque réellement le débat, ce qui empêche chaque camp de convaincre l'autre, tient à deux faits physiques impossibles à éviter : les séismes et les déchets nucléaires.

D'abord les séismes. L'un des arguments scientifiques centraux du camp antinucléaire concerne l'emplacement de la troisième centrale. Le géologue Chen Wen-shan a indiqué : « La faille de Hengchun passe par l'entrée de la troisième centrale, à environ 900 mètres seulement du réacteur », en soulignant que « la faille se trouve bel et bien dans l'enceinte du site, c'est un fait établi »33. Kan Chung-wei, du Parti vert, est plus précis encore : « Le bâtiment de la turbine à vapeur du réacteur n° 1 de la troisième centrale est construit directement sur la zone de cisaillement de la faille de Hengchun »34. Le géologue Lee Hsi-ti, s'appuyant sur les données d'évaluation, a mis en cause le mécanisme de sûreté de la troisième centrale en cas de séisme maximal : « l'accélération du sol atteindrait 1,384 G, soit plus de trois fois la valeur de conception utilisée à l'époque »35.

Le camp pronucléaire ne nie pas l'existence de la faille, mais l'encadre autrement. Yeh Tsung-kuang, déjà cité, soutient que l'on confond souvent « la faille de Hengchun proche du site » avec « la zone de cisaillement sous le site », alors qu'il ne s'agit pas de la même chose30.

📝 Note de curation

Un détail mérite attention : dans la controverse sur la résistance sismique, les camps antinucléaire et pronucléaire utilisent en réalité la même série de chiffres produits par Taipower elle-même : valeur de conception initiale de 0,4 G, valeur après renforcement de 0,72 G, valeur évaluée de 1,384 G en cas de déplacement réel de la faille. Toutes proviennent des propres rapports de Taipower. La différence ne réside pas dans les données, mais dans le cadre d'interprétation. Les antinucléaires disent : « la valeur évaluée est plusieurs fois supérieure à la valeur de conception, c'est trop dangereux » ; les pronucléaires disent : « les bâtiments ont déjà été renforcés, la zone de cisaillement n'est pas la même faille, il n'y a pas de problème ». Une même série de chiffres, deux récits. Voilà pourquoi le débat nucléaire ne peut pas se clore simplement en « exposant les preuves scientifiques » : lorsque les preuves elles-mêmes peuvent être interprétées de deux manières légitimes, le désaccord ne se situe plus au niveau des faits, mais des valeurs. Quel niveau de risque sismique êtes-vous prêt à accepter pour décarboner ? Cette question n'a pas de réponse objective.

Si le séisme est une question probabiliste — « cela arrivera-t-il ? » —, les déchets nucléaires sont un problème certain, et à une échelle temporelle qui dépasse l'imagination.

Taïwan a déjà accumulé plus de 19 000 assemblages de déchets nucléaires de haute activité et 210 000 fûts de déchets de faible activité, sans disposer d'un seul site légal de stockage définitif : ce sont les chiffres que rappellent régulièrement des organisations antinucléaires comme la Green Citizens' Action Alliance36. En mai 2026, les trois centrales nucléaires comptaient au total 21 527 assemblages de combustible usé, c'est-à-dire des déchets de haute activité37. Lin Tzu-lun, ancien ministre sans portefeuille, en résume clairement le cœur éthique : « Utiliser l'électricité nucléaire revient à transférer à la génération suivante les coûts, les risques et la responsabilité du traitement des déchets nucléaires »38.

L'ampleur du problème apparaît de façon particulièrement saisissante dans les enquêtes du Yuan de contrôle. Son rapport indique que « l'île principale de Taïwan ne permet pratiquement pas de trouver de site de stockage définitif pour les déchets hautement radioactifs », et avertit même qu'une « cavité de stockage enfouie à 500 mètres de profondeur serait exposée à la surface après 50 000 ans », car Taïwan se situe sur une ceinture orogénique active, où la croûte terrestre se déplace de plus d'un centimètre par an, tandis que la période d'isolement nécessaire pour les déchets de haute activité se compte en millions d'années39. Les deux questions de la membre du Yuan de contrôle Tien Chiu-chin ressemblent presque à une note de bas de page de toute cette affaire : « Dépenser 60 milliards de dollars taïwanais permettra-t-il vraiment de trouver un site de stockage définitif ? » ; « Le fonds de fin de cycle est l'argent du cercueil des centrales nucléaires »40.

Des matières à stabiliser pour au moins cent mille ans
21 527 assemblages de déchets de haute activité n'ont nulle part où aller ; le site de stockage définitif ne serait achevé au plus tôt qu'en 2055, et aucun emplacement n'a encore été choisi
Source : Commission de sûreté nucléaire, Yuan de contrôle

Le plan global de stockage définitif des déchets de haute activité se déroule en cinq étapes et prévoit une période 2005-2055, pour un budget total d'environ 60 milliards de dollars taïwanais, dont environ 36,2 milliards ont déjà été dépensés41. Autrement dit, en 2055 — si tout se passe bien — Taïwan viendrait seulement de « construire » le site de stockage, alors que les matières qu'il devra garder de manière stable devront traverser les mouvements de la croûte terrestre pendant des centaines de milliers d'années.

Les déchets nucléaires exigent un terrain stable pendant cent mille ans au minimum ; Taïwan se tient sur une terre de failles qui ne cesse de bouger. C'est la cicatrice la plus profonde de ce débat : il oblige une île aux conditions géologiques peu idéales à répondre à la question de savoir si elle veut, et si elle peut, assumer la responsabilité d'une énergie qui laisse un héritage millénaire. Sur cette question, il n'y a pas de vainqueur dans le débat ; il ne reste que la disposition à porter le fardeau.

Construite mais jamais entrée en service commercial, la quatrième centrale nucléaire (Longmen) est mise sous cocon depuis 2014.

L'« usine de conserves » de Lanyu

Pendant que l'on se dispute sur le nucléaire à Taipei, au Yuan législatif et devant les urnes référendaires, un groupe de personnes n'a jamais été au centre de ce débat, tout en en supportant le prix depuis plus de quarante ans.

Lanyu.

En 1974, le gouvernement a décidé d'installer le site de stockage des déchets nucléaires de faible activité sur cette île habitée depuis des générations par les Tao, aussi appelés Yami, sans en informer les habitants ; les travaux ont commencé en 1978, le site a été mis en service en 1982, et l'on affirmait alors à l'extérieur qu'il s'agissait d'une « usine de conserves »42. Jusqu'à aujourd'hui, ce site conserve 97 672 fûts de déchets radioactifs de faible activité provenant des première, deuxième et troisième centrales nucléaires ; il a cessé d'en recevoir après sa saturation en 199642.

La résistance des Tao a duré des décennies : l'action « chasser les mauvais esprits » en 1988, puis, en 1995, « une personne, une pierre pour remplir le port », afin de bloquer le quai servant au transport des déchets42. Le 1er août 2016, Tsai Ing-wen, en tant que présidente, a présenté des excuses aux peuples autochtones, et les déchets nucléaires de Lanyu figuraient parmi les injustices reconnues43.

Mais l'épisode qui traduit le mieux l'état d'esprit de l'île est le refus de 2019.

En novembre de cette année-là, le gouvernement a annoncé un dispositif de compensation rétroactive : 2,55 milliards de dollars taïwanais en une seule fois, puis 220 millions tous les trois ans44. Les Tao ont refusé. L'ancien Lin Hsin-yu, de Lanyu, l'a dit sans détour : « Tant que les déchets nucléaires ne seront pas évacués de Lanyu, cette mort, cette extinction de notre peuple continueront. » « Je le déclare solennellement : nous ne prendrons pas un centime ! »44 Ce qu'ils demandaient n'était pas de l'argent, mais l'évacuation des déchets ; or la promesse formulée dans les années 1990, avec une échéance initiale en 2002, n'a jamais été tenue42.

La phrase de Lanyu — « nous ne prendrons pas un centime » — est l'une des voix qui devraient être les plus entendues dans tout le débat nucléaire, et pourtant l'une des plus souvent ignorées. Elle rappelle que le coût de l'électricité nucléaire ne figure jamais seulement sur la facture d'électricité. Lorsque les deux camps calculent le prix par kilowattheure et les tonnes de carbone évitées, il existe un coût payé silencieusement, pendant quarante ans, par un groupe de personnes sans siège à la table des décisions, avec sa terre et sa dignité.

Village traditionnel tao de Lanyu. Le site de stockage des déchets nucléaires de faible activité est installé sur l'île depuis 1982, et la promesse de les évacuer n'a jamais été tenue. L'image montre une maison souterraine tao, non le site de stockage lui-même.

Assez d'air pour dix jours, assez d'uranium pour dix-huit mois

Ce qui a fait remonter rapidement le discours pronucléaire ces dernières années, outre le climat, tient à un mot plus tranchant encore : la guerre.

En 2024, la dépendance de Taïwan aux importations d'énergie atteignait 95,8 % : presque toute l'énergie dépend des importations45. Le stock légal de sécurité est d'environ 11 jours pour le gaz naturel et 41 jours pour le charbon, tandis qu'un chargement de combustible nucléaire peut fonctionner environ 18 mois46. Le camp pronucléaire en tire donc un argument de « sécurité énergétique » : si le détroit de Taïwan était bloqué et que les navires de gaz naturel ne pouvaient plus entrer, les réserves ne dureraient pas longtemps ; les barres de combustible déjà présentes dans les centrales nucléaires pourraient, elles, produire pendant un an et demi.

Combustible nucléaire (environ 18 mois)
540 Utilisable après un chargement
Charbon
42 Stock légal de sécurité (jours)
Gaz naturel liquéfié
11 Stock légal de sécurité (jours)

Source : Administration de l'énergie, Central News Agency (argument de sécurité énergétique du camp pronucléaire)

Cet argument ne sort pas de nulle part. Dans un exercice de simulation publié en août 2025, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), un groupe de réflexion américain, a indiqué que « l'énergie est le maillon le plus fragile de la résilience de Taïwan » et a estimé qu'en scénario de blocus, le gaz naturel ne tiendrait qu'environ dix jours, tandis que la capacité électrique tomberait à 20 % ; le rapport recommandait donc la prolongation des centrales nucléaires47. Le ministre de l'Économie Kuo Jyh-huei a aussi déclaré au Yuan législatif que la sécurité énergétique était « une question de sécurité nationale, dont on ne peut pas parler trop en détail »48.

Mais le camp antinucléaire oppose deux objections à la conclusion selon laquelle « le nucléaire serait plus sûr ».

La première est la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, bombardée à plusieurs reprises pendant la guerre, devenue un cas d'école pour les antinucléaires : en temps de guerre, une centrale nucléaire peut passer du statut de forteresse à celui de bombe susceptible d'exploser à tout moment49. Le second argument est que l'énergie décentralisée résiste mieux aux attaques : concentrer la production dans quelques grands réacteurs pourrait au contraire la rendre plus vulnérable à une paralysie d'un seul coup que si elle était répartie entre le solaire et l'éolien dans différents lieux. Tseng Wen-sheng, ancien vice-ministre de l'Administration de l'énergie, a répondu à cette anxiété sous un autre angle : les cartes que Taïwan peut mobiliser sont en réalité plus nombreuses qu'on ne l'imagine, et il n'est pas nécessaire de tout miser sur le nucléaire48.

Le même terme de « sécurité énergétique » est lu par les pronucléaires comme « il faut donc davantage de nucléaire » et par les antinucléaires comme « le nucléaire est donc encore plus dangereux ». Une fois encore, un même prémisse, deux conclusions opposées.

Les deux camps disent se tenir du côté de l'avenir

Si l'on élargit le cadre, on voit que le monde entier redistribue les cartes, et que chaque camp taïwanais peut trouver à l'international des exemples pour le soutenir.

L'Allemagne a achevé sa sortie du nucléaire en avril 2023 : le camp antinucléaire y voit la preuve qu'« un pays avancé peut aussi se passer du nucléaire », tandis que le camp pronucléaire cite la critique du chef de l'opposition Friedrich Merz, qui a qualifié cette sortie de « grande erreur ». Robert Habeck, responsable politique des Verts ayant défendu la sortie, a répondu que les prix de l'électricité avaient malgré tout baissé après l'arrêt du nucléaire, tout comme les émissions de carbone50. Après Fukushima, le Japon a arrêté un temps tous ses réacteurs ; il en a désormais redémarré 15, le nucléaire représentant environ 8,3 % de l'électricité en 2024, avec un objectif de 20 % en 2040. La Corée du Sud, de son côté, a inversé la ligne de sortie du nucléaire sous Yoon Suk-yeol, avec un objectif de 34,6 % d'électricité nucléaire en 203651.

L'exemple le plus souvent cité par les deux camps est Onkalo, en Finlande : un site de stockage définitif des déchets de haute activité creusé à 430 mètres de profondeur dans un granite vieux de 1,9 milliard d'années. Les pronucléaires disent : « voyez, les déchets nucléaires ont une solution » ; les antinucléaires répondent : « c'est le socle ancien et stable de la Finlande, Taïwan est une ceinture orogénique qui bouge tous les jours, on ne peut pas l'imiter ». Il faut ajouter qu'Onkalo est encore en phase d'examen de licence ; on croit souvent à tort qu'il est déjà officiellement en fonctionnement52.

📝 Note de curation

Mettre ces cas internationaux côte à côte révèle quelque chose d'intéressant : chaque exemple sert simultanément de preuve aux deux camps. La même Allemagne, la même Finlande, la même série de chiffres peuvent être utilisées par les antinucléaires comme par les pronucléaires pour prouver qu'ils ont raison. Personne ne ment : les deux camps de ce débat répondent en réalité à deux questions différentes. Les pronucléaires demandent : « Dans le moment présent, marqué par le réchauffement et le risque de coupure d'approvisionnement, quelles options peuvent à la fois stabiliser l'électricité et décarboner ? » Les antinucléaires demandent : « Avons-nous le droit de produire des déchets qu'il faudra surveiller cent mille ans, alors que nous n'avons même pas trouvé de site pour les cinquante prochaines années ? » L'une est une question de « sécurité énergétique maintenant » ; l'autre, de « responsabilité intergénérationnelle éternelle ». Les deux questions sont réelles, et aucune ne devrait écraser l'autre. Si Taïwan n'a pas trouvé de consensus en quarante ans, ce n'est pas parce qu'un camp serait plus stupide ou plus malveillant que l'autre ; c'est parce que chaque camp craint un risque d'anéantissement différent : l'un redoute l'accident nucléaire et les déchets millénaires ; l'autre redoute les pénuries d'électricité, les ruptures d'approvisionnement et le réchauffement. Lorsque les peurs ne sont pas les mêmes, on ne s'accorde jamais sur l'ordre des priorités.

Ce débat ne va donc probablement pas « se terminer ».

Il reviendra tour après tour sous forme de référendums, de modifications législatives, de dépôts de dossiers et de manifestations de rue. Les 4,34 millions de voix favorables de 2025, incapables de franchir le seuil, et la phrase de Lanyu — « nous ne prendrons pas un centime » — resteront simultanément dans la mémoire de cette île, sans qu'un camp parvienne à convaincre l'autre.

La prochaine fois que quelqu'un vous demandera si « Taïwan soutient ou non le nucléaire », la réponse la plus honnête sera peut-être : cela dépend de quel Taïwan vous parlez. Est-ce le patron d'une entreprise technologique qui craint tellement les pénuries d'électricité qu'il n'en dort plus ? La génération antinucléaire qui se souvient de Fukushima et de Gongliao ? Les jeunes sans mémoire d'accident nucléaire mais anxieux face au réchauffement de la planète ? Ou cette petite île qui garde pour tout le pays des déchets nucléaires depuis quarante ans sans qu'on lui ait jamais demandé si elle était d'accord ? En quarante ans et trois référendums, le terrain a à peine bougé. Car cette question n'a jamais eu de réponse standard. Elle demande comment une société décide ensemble d'une affaire où trois horloges avancent à des vitesses totalement différentes : des déchets nucléaires à stabiliser pendant cent mille ans, une décarbonation à accomplir dans les dix ans, et une pénurie d'électricité qui se joue maintenant.

Et les deux camps disent se tenir du côté de l'avenir.

Pour aller plus loin

Données publiques

Les données ouvertes gouvernementales ci-dessous permettent de vérifier, ou de contester, les arguments de cet article. Les liens pointent vers data.gov.tw ou vers les systèmes de recherche des autorités compétentes ; les lecteurs travaillant avec l'IA peuvent aussi interroger les mêmes jeux de données via la passerelle MCP taïwanaise de données ouvertes Twinkle Hub.

Sources des images

  • Image d'ouverture / encerclement antinucléaire du Yuan législatif en 2013 : Anti-nuclear protest, Legislative Yuan (VOA), produit et fourni par Voice of America, domaine public. (Le nom du fichier Wikimedia reprend le nom donné par la personne qui l'a téléversé ; son contenu réel montre la manifestation antinucléaire d'avril 2013.)
  • Quatrième centrale nucléaire (Longmen) : 2023 Longmen Nuclear Power Plant, photographie Taiwankengo, CC BY-SA 4.0.
  • Troisième centrale nucléaire (Maanshan), Nanwan : Maanshan Nuclear Power Plant, Nanwan, photographie M. Weitzel, CC BY-SA 3.0.
  • Maison souterraine traditionnelle tao de Lanyu : Entrance of a traditional underground house of Tao people on Orchid Island, photographie othree, CC BY 2.0. L'image montre un village de maisons souterraines tao et sert à évoquer le contexte de justice environnementale de Lanyu ; elle ne représente pas le site de stockage des déchets nucléaires de faible activité.

Références

  1. Central News Agency : résultat du référendum sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire — Reportage de la Central News Agency du 23 août 2025 sur le dépouillement, indiquant 4 341 432 voix favorables, 1 511 693 voix défavorables, une participation de 29,53 %, et l'échec faute d'atteindre le seuil du quart des électeurs inscrits, soit 5 000 523 voix.
  2. Wikipédia : référendum sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire — Recense les résultats complets de la proposition référendaire n° 21 de 2025, la part de 74,17 % de oui et le calcul du seuil, conformément aux résultats certifiés par la Commission électorale centrale.
  3. Central News Agency : Huang Kuo-chang commente le résultat du référendum sur la troisième centrale nucléaire — Reportage de la Central News Agency du 23 août 2025, rapportant que Huang Kuo-chang, président du Parti populaire taïwanais et initiateur du référendum, a déclaré après le dépouillement que « les voix favorables à ce référendum sont trois fois les voix défavorables ».
  4. The Reporter : résultat et suites du référendum sur la prolongation de la troisième centrale nucléaire — Reportage approfondi de The Reporter en 2025, reprenant les commentaires verbatim de Tsui Su-hsin, secrétaire générale de la National Nuclear Abolition Action Platform, selon lesquels les voix favorables étaient plus nombreuses que les voix défavorables mais le référendum n'a pas été validé et n'a pas d'effet juridique, ainsi que la position du camp antinucléaire sur la procédure et les suites.
  5. Environmental Information Center : pétition culturelle « Je suis humain, je suis antinucléaire » — Article de janvier 2013 de l'Environmental Information Center, retraçant le lancement de la pétition « Je suis humain, je suis antinucléaire » par des personnalités des arts et de la culture, ainsi que l'origine du logo jaune à caractères rouges.
  6. PTS Our Island : grande marche antinucléaire du 9 mars — PTS documente la grande marche antinucléaire nationale du 9 mars 2013, indiquant l'estimation des organisateurs d'environ 220 000 participants dans le nord, le centre, le sud et l'est.
  7. Patrimoine culturel de Changhua : incident de Lukang contre DuPont — Retrace le mouvement antipollution lancé en 1986 par les habitants de Lukang autour de Lee Tung-liang et du slogan « J'aime Lukang, je ne veux pas de DuPont », un point de départ important du mouvement environnemental taïwanais d'après-guerre.
  8. Carte des connaissances chimiques du ministère de l'Environnement : création de l'Administration de protection de l'environnement — Données officielles du ministère de l'Environnement indiquant le contexte historique de la création de l'Administration de protection de l'environnement du Yuan exécutif le 22 août 1987.
  9. Wikipédia : incident du 3 octobre à Gongliao — Recense la fondation de l'Association d'autodéfense antinucléaire de Yenliao en 1988 et les événements du 3 octobre 1991, lorsque le policier antiémeute Yang Chao-ching a été renversé et tué durant les protestations contre la quatrième centrale nucléaire.
  10. Commission de sûreté nucléaire : chronologie de la centrale nucléaire de Longmen — Chronologie officielle en PDF de la Commission de sûreté nucléaire, source primaire retraçant point par point les étapes clés de la quatrième centrale nucléaire (Longmen), depuis la proposition de 1980, le début des travaux en 1999, la mise sous cocon en 2014, jusqu'à l'expiration du permis de construire en 2020.
  11. Liberty Times : le référendum local de Gongliao vingt-sept ans plus tôt — Reportage du Liberty Times indiquant qu'en mai 1994, 96,13 % des votants du référendum local de Gongliao se sont opposés à la quatrième centrale nucléaire, alors que la loi référendaire n'existait pas encore et que le vote n'avait pas d'effet juridique.
  12. Cambridge — The Politics of Anti-Nuclear Protest in Taiwan — Article universitaire du sociologue Ho Ming-sho publié dans Modern Asian Studies, démontrant que l'émergence des voix antinucléaires à Taïwan est étroitement liée à l'ouverture démocratique.
  13. Wikipédia : jeûne de Lin Yi-hsiung contre la quatrième centrale nucléaire — Recense la chronologie complète du jeûne de Lin Yi-hsiung à l'église Gikong à partir du 22 avril 2014, du consensus entre gouvernement et opposition le 27 avril, de l'annonce par le Yuan exécutif de la mise sous cocon de la quatrième centrale le 28 avril, et de la fin du jeûne le 30 avril.
  14. Wikipédia : massacre de la famille Lin — Retrace l'assassinat, le 28 février 1980, de la mère de Lin Yi-hsiung et de ses filles jumelles dans leur domicile de Taipei, devenu ensuite l'église Gikong ; l'affaire n'a jamais été élucidée.
  15. Commission électorale centrale : résultat du référendum n° 16 de 2018 (PDF) — Document officiel certifié de la Commission électorale centrale, indiquant que le référendum « du nucléaire pour nourrir le vert » a été adopté avec 5 895 560 voix favorables, 4 014 215 défavorables et une participation de 54,83 %.
  16. Commission électorale centrale : résultat du référendum n° 17 de 2021 (PDF) — Document officiel certifié de la Commission électorale centrale indiquant que le référendum sur la mise en service commerciale de la quatrième centrale nucléaire a obtenu 3 804 689 voix favorables et 4 262 517 défavorables, avec une participation de 41,09 %, un seuil de 4 956 367 voix, et n'a pas été adopté.
  17. Taiwan FactCheck Center : la patrie sans nucléaire a-t-elle perdu son effet ? — Rapport de vérification clarifiant que la proposition n° 16 de 2018 n'a abrogé que l'échéance de 2025 dans la loi sur l'électricité ; l'objectif de patrie sans nucléaire de l'article 23 de la Loi fondamentale sur l'environnement reste valide, et l'affirmation « la patrie sans nucléaire n'a plus d'effet » est une désinformation.
  18. Central News Agency : arrêt du réacteur n° 2 de la troisième centrale nucléaire — Reportage de la Central News Agency de mai 2025 indiquant que le réacteur n° 2 de la troisième centrale a réduit sa charge le 17 mai, a été déconnecté du réseau dans la soirée, puis arrêté dans la nuit du 18 mai, marquant la première absence totale de nucléaire sur le réseau électrique taïwanais.
  19. Global Views Monthly : Taïwan vers une patrie sans nucléaire — Reportage de Global Views Monthly présentant Taïwan comme la « première patrie sans nucléaire d'Asie et la deuxième au monde » ; cet article précise qu'il s'agit d'une formule médiatique, l'Italie ayant arrêté sa production nucléaire intérieure dès 1990.
  20. Central News Agency : adoption en troisième lecture de la loi sur le contrôle nucléaire — Reportage de la Central News Agency du 13 mai 2025 indiquant que le Yuan législatif a adopté en troisième lecture, par 61 voix contre 50, un amendement à l'article 6 de la Loi sur le contrôle des installations de réacteurs nucléaires, permettant une demande de prolongation après expiration de licence, pour une durée maximale de 40 + 20 ans.
  21. Environmental Information Center : évaluation du ministère de l'Économie sur le redémarrage nucléaire — Reportage de l'Environmental Information Center indiquant que le 27 novembre 2025, le ministère de l'Économie a validé l'évaluation selon laquelle la première centrale n'était pas redémarrable, tandis que les deuxième et troisième centrales présentaient une faisabilité de redémarrage sous réserve d'une inspection autonome de 1,5 à 2 ans.
  22. Central News Agency : les deuxième et troisième centrales remplissent les conditions de redémarrage — Reportage de la Central News Agency de mars 2026 indiquant que le gouvernement Lai Ching-te a annoncé que les deuxième et troisième centrales remplissaient les conditions de redémarrage, que Taipower a déposé les dossiers auprès de la Commission de sûreté nucléaire, et que la troisième centrale pourrait redémarrer dès 2028.
  23. Threads de Lai Ching-te : trois principes sur le nucléaire — Publication personnelle de première main du président Lai Ching-te sur Threads, énonçant les trois conditions préalables « sûreté nucléaire sans inquiétude, solution pour les déchets nucléaires, consensus social » et soulignant qu'aucune ne peut manquer.
  24. Central News Agency : Lai Ching-te déclare le 13 août qu'il votera non — Reportage de la Central News Agency du 13 août 2025 rapportant que Lai Ching-te a déclaré publiquement : « J'irai voter au référendum du 23 août ; ensemble, votons non », ainsi que les deux conditions impératives.
  25. Central News Agency : Eric Chu commente la politique énergétique — Reportage de la Central News Agency d'août 2025 rapportant que le président du Kuomintang, Eric Chu, a appelé à « reconstruire la sécurité et la résilience énergétiques » et à « ajuster pragmatiquement une politique énergétique erronée ».
  26. Business Today : Cho Jung-tai sur électricité et puissance de calcul — Reportage de Business Today de février 2026 rapportant la formule du Premier ministre Cho Jung-tai, « l'électricité, c'est la puissance de calcul ; la puissance de calcul, c'est la puissance nationale » ; sa formule « l'antinucléaire n'est pas une tablette sacrée » figure dans un reportage de Newtalk du 24 mars 2026.
  27. Business Today : Tung Tzu-hsien sur le nucléaire et le sauvetage de la planète — Reportage de Business Today de mars 2025 reprenant les propos verbatim de Tung Tzu-hsien, président de Pegatron : « Non seulement Taïwan, mais le monde entier : si vous ne vous appuyez pas sur le nucléaire et voulez compter sur le solaire et l'éolien pour sauver la planète, il n'y a aucun espoir ».
  28. United Daily News : Tung Tzu-hsien estime que le RE100 est un château en l'air et pourrait être remplacé par le CFE — Reportage d'United Daily News d'août 2024 reprenant les critiques de Tung Tzu-hsien contre le RE100, jugé « trop idéaliste, comme un château en l'air », et sa défense d'une électricité décarbonée CFE incluant le nucléaire, y compris les petits réacteurs modulaires, comme plus apte à atteindre la neutralité carbone ; son estimation d'environ 1,42 dollar taïwanais par kilowattheure nucléaire apparaît aussi dans un reportage de la Central News Agency sur une audition au Yuan législatif.
  29. ETtoday : Huang Shih-hsiu sur le coût du nucléaire — Reportage d'ETtoday d'août 2025 rapportant les propos de Huang Shih-hsiu, fondateur de Nuclear Mythbusters, selon lesquels « le nucléaire coûte 1,5 dollar par kilowattheure, les énergies renouvelables 5,5 dollars », ainsi que sa rhétorique plus agressive : « être antinucléaire, c'est être antiaméricain, vendre Taïwan, lécher les bottes des communistes ».
  30. Newtalk : Yeh Tsung-kuang sur la faille de Hengchun et la zone de cisaillement — Reportage de Newtalk (repris) rapportant l'argument technique pronucléaire de Yeh Tsung-kuang, de l'Université nationale Tsing Hua, selon lequel la faille de Hengchun proche du site et la « zone de cisaillement de faille » sous le site sont différentes et souvent confondues à l'extérieur.
  31. IEEE Spectrum : la centrale de Maanshan à Taïwan et les prises de position industrielles — Reportage d'IEEE Spectrum reprenant les propos de Jensen Huang, patron de Nvidia, selon lesquels Taïwan devrait investir dans le nucléaire et le nucléaire « is an excellent option » ; sa déclaration à Taipei à la veille du référendum, le 22 août 2025, est aussi rapportée par Bloomberg.
  32. Global Views Monthly : sondage énergétique et part pronucléaire chez les 18-29 ans — Sondage d'octobre 2024 de Global Views Monthly et du Taiwan Institute for Sustainable Energy indiquant 63,1 % de soutien global au nucléaire, 70,8 % chez les 18-29 ans, 50,2 % chez les plus de 70 ans, ainsi que 45,2 % d'antinucléaires et 44,3 % de pronucléaires parmi les sympathisants du Parti démocrate progressiste.
  33. Taiwan FactCheck Center : référendum sur la troisième centrale et points clés autour de la faille de Hengchun — Le Taiwan FactCheck Center synthétise les grands enjeux du référendum sur la prolongation de la troisième centrale et reprend les propos verbatim du géologue Chen Wen-shan, selon lesquels « la faille de Hengchun passe par l'entrée de la troisième centrale, à environ 900 mètres du réacteur » et « la faille se trouve bel et bien dans l'enceinte du site, c'est un fait établi ».
  34. The Reporter : sept grands enjeux du référendum sur le redémarrage de la troisième centrale — Reportage approfondi de The Reporter avant le référendum, reprenant l'argument antinucléaire de Kan Chung-wei, du Parti vert : « le bâtiment de la turbine à vapeur du réacteur n° 1 de la troisième centrale est directement construit sur la zone de cisaillement de la faille de Hengchun ».
  35. Environmental Information Center : résistance sismique de la troisième centrale et évaluation des failles — Reportage de l'Environmental Information Center reprenant les interrogations du géologue Lee Hsi-ti sur l'accélération du sol lors d'un séisme d'arrêt sûr à la troisième centrale, « atteignant 1,384 G, soit plus de trois fois la valeur de conception ».
  36. Green Citizens' Action Alliance : état des déchets nucléaires à Taïwan — Page officielle d'une organisation antinucléaire indiquant que Taïwan a déjà produit plus de 19 000 assemblages de déchets de haute activité et 210 000 fûts de déchets de faible activité, sans disposer d'un seul site légal de stockage.
  37. Commission de sûreté nucléaire : tableau de stockage du combustible nucléaire usé dans les centrales — Statistiques officielles de première main de la Commission de sûreté nucléaire indiquant qu'au 18 mai 2026, les trois centrales nucléaires comptaient au total 21 527 assemblages de combustible nucléaire usé.
  38. The Reporter : sept grands enjeux du référendum sur le redémarrage de la troisième centrale — Reportage approfondi de The Reporter avant le référendum, reprenant les propos verbatim de l'ancien ministre sans portefeuille Lin Tzu-lun : « Utiliser l'électricité nucléaire revient à transférer à la génération suivante les coûts, les risques et la responsabilité du traitement des déchets nucléaires ».
  39. Yuan de contrôle : enquête sur le stockage définitif des déchets nucléaires de haute activité — Rapport d'enquête de première main du Yuan de contrôle indiquant que l'île principale de Taïwan ne permet pratiquement pas de trouver de site de stockage définitif pour les déchets hautement radioactifs, et avertissant qu'« une cavité de stockage enfouie à 500 mètres de profondeur serait exposée à la surface après 50 000 ans » en raison de la ceinture orogénique active et d'un déplacement annuel de la croûte supérieur à un centimètre.
  40. Yuan de contrôle : interrogations sur le fonds de fin de cycle et le site de stockage des déchets de haute activité — Communiqué de presse de première main de la Commission des finances et de l'économie du Yuan de contrôle, reprenant les interrogations de la membre Tien Chiu-chin : « Dépenser 60 milliards de dollars taïwanais permettra-t-il vraiment de trouver un site de stockage définitif ? » et « le fonds de fin de cycle est l'argent du cercueil des centrales nucléaires, une fois dépensé il n'en restera plus ».
  41. Commission de sûreté nucléaire : stockage définitif des déchets radioactifs de haute activité — Questions-réponses officielles de la Commission de sûreté nucléaire indiquant que le plan de stockage définitif des déchets de haute activité se déroule en cinq étapes, prévoit un achèvement entre 2005 et 2055, et représente un budget total d'environ 60 milliards de dollars taïwanais.
  42. Wikipédia : site de stockage de Lanyu — Recense l'histoire complète du site de stockage de déchets nucléaires de faible activité à Lanyu : décision de 1974 sans information des Tao, mise en service en 1982, stockage de 97 672 fûts de déchets de faible activité, saturation en 1996, mobilisations successives des Tao et promesse d'évacuation jamais tenue.
  43. Bureau présidentiel : la présidente présente des excuses aux peuples autochtones — Le 1er août 2016, la présidente Tsai Ing-wen a présenté, en tant que cheffe de l'État, des excuses aux peuples autochtones ; le traitement des déchets nucléaires de Lanyu figure parmi les injustices historiques reconnues.
  44. Environmental Information Center : les Tao refusent 2,55 milliards de compensation — Reportage de 2019 de l'Environmental Information Center indiquant que le gouvernement a annoncé 2,55 milliards de dollars taïwanais de compensation rétroactive et 220 millions tous les trois ans, que les Tao ont refusé, et que l'ancien Lin Hsin-yu a déclaré : « nous ne prendrons pas un centime », demandant l'évacuation plutôt que la compensation.
  45. Administration de l'énergie, ministère de l'Économie : aperçu de l'approvisionnement énergétique — Statistiques officielles de l'Administration de l'énergie indiquant qu'en 2024, la dépendance de Taïwan aux importations d'énergie était d'environ 95,8 % (les chiffres plus anciens en énergie primaire sont d'environ 97-98 %).
  46. Central News Agency : stocks de sécurité de gaz naturel et risque de blocus — Reportage de la Central News Agency d'octobre 2024 indiquant un stock légal de sécurité d'environ 11 jours pour le gaz naturel, 41 jours pour le charbon, environ 18 mois pour un chargement de combustible nucléaire, ainsi que les explications du ministère de l'Économie sur la sécurité énergétique.
  47. CSIS — Lights Out: Wargaming a Blockade of Taiwan — Rapport de simulation du Center for Strategic and International Studies, groupe de réflexion américain, indiquant que l'énergie est le maillon le plus fragile de la résilience de Taïwan, qu'en scénario de blocus le gaz naturel tiendrait environ dix jours et l'électricité tomberait à 20 %, et recommandant la prolongation du nucléaire.
  48. Central News Agency : Kuo Jyh-huei sur la sécurité énergétique — Reportage de la Central News Agency reprenant les propos du ministre de l'Économie Kuo Jyh-huei, selon lesquels « on ne peut pas parler trop en détail » d'une question de sécurité nationale, ainsi que les discussions relatives à la répartition énergétique.
  49. Greenpeace : énergie décentralisée et risques nucléaires en temps de guerre — Document de Greenpeace Taïwan présentant l'argument antinucléaire tiré des bombardements subis par la centrale ukrainienne de Zaporijjia en temps de guerre, soutenant que le risque nucléaire est élevé en temps de guerre et que les énergies renouvelables décentralisées sont plus résilientes.
  50. Clean Energy Wire — Germany's nuclear exit one year after — Questions-réponses du média allemand spécialisé dans l'énergie indiquant qu'après la sortie du nucléaire achevée par l'Allemagne en avril 2023, les prix de l'électricité et les émissions de carbone ont baissé, tout en présentant la controverse avec le chef de l'opposition Friedrich Merz, qui a qualifié la sortie du nucléaire de « grande erreur ».
  51. NEI Magazine — South Korea to increase nuclear share to over 34% by 2036 — Article de Nuclear Engineering International indiquant que le gouvernement Yoon Suk-yeol en Corée du Sud a inversé la sortie du nucléaire et vise 34,6 % d'électricité nucléaire en 2036 ; il permet de le comparer à la trajectoire japonaise, avec 15 réacteurs redémarrés et un objectif de 20 % en 2040.
  52. American Nuclear Society — Finland's Onkalo licensing — Article de l'American Nuclear Society indiquant que le site finlandais de stockage définitif des déchets de haute activité Onkalo, profond de 430 mètres et creusé dans un granite vieux de 1,9 milliard d'années, est encore en phase d'examen de licence, alors que l'on croit souvent à tort qu'il est déjà officiellement en fonctionnement.
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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Nature

Crise climatique et transition vers le zéro émission nette à Taïwan : le jour où le référendum sur la centrale nucléaire no 3 a échoué, le choix des limites physiques ne faisait que commencer

Référendum du 23 août 2025 sur la prolongation de la centrale nucléaire no 3 : 4,34 millions de voix favorables, 74 % de oui, mais un taux de participation de 29,53 % insuffisant pour atteindre le seuil. Le référendum a échoué ; le lendemain, Lai Ching-te a posé trois principes, et sept mois plus tard, le 27 mars 2026, Taipower déposait une demande de prolongation auprès du Conseil de sûreté nucléaire. 98 % de l'énergie importée, 9 000 milliards de dollars taïwanais pour le zéro émission nette, un objectif géothermique de 200 MW dont seuls 7,4 MW construits, la septième capacité mondiale d'éolien en mer, le site de stockage définitif d'Onkalo, le nucléaire de quatrième génération de TerraPower : la question énergétique de cette île n'a jamais été une question politique, mais une question de limites physiques.

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Histoire

Le Grand Référendum de Révocation — Quand la démocratie taïwanaise se teste elle-même

En 2025, la société civile taïwanaise a lancé le plus vaste mouvement de révocation de l'histoire du pays, visant des législateurs du Kuomintang responsables de lois jugées dangereuses pour la souveraineté nationale. Malgré une mobilisation sans précédent, les trois vagues de vote ont toutes échoué — laissant derrière elles une réflexion profonde sur les limites et la force de la démocratie directe.

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Politique

Historique du seuil du droit de vote : de 20 à 18 ans, vingt ans de révision constitutionnelle inachevée

Le 26 novembre 2022 à seize heures, les agents des bureaux de vote et de dépouillement de tout le pays ont commencé à ouvrir les urnes du référendum de révision constitutionnelle — c'était la première fois, depuis que Taïwan a adopté la procédure de révision constitutionnelle par référendum en 2005, qu'un projet de révision constitutionnelle parcourait l'ensemble du processus. 5,64 millions de voix pour, 5,02 millions contre, un taux d'approbation de 53 %, mais le seuil du référendum de révision constitutionnelle étant fixé à « la moitié du total des électeurs = 9,62 millions de voix favorables », il manquait 3,97 millions de voix pour le franchir. Cet article retrace le parcours depuis l'article 130 de la Constitution lors de sa promulgation en 1947 jusqu'au référendum de révision constitutionnelle échoué de 2022, documentant les raisons structurelles pour lesquelles le seuil d'âge du droit de vote à Taïwan n'a pas changé en soixante-quinze ans.

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Histoire

Quatre critères au-delà du bleu et du vert : d’un champ à une carte d’assurance maladie, ces politiques taïwanaises qui ont survécu à leur propre politique

Un lecteur, lassé des invectives bleu-vert à table, voulait se souvenir de ce qui avait réellement été bénéfique pour Taïwan. Nous avons donc retenu onze politiques sur soixante-dix ans, de la réforme agraire menée par réquisition autoritaire des terres agricoles à la levée de la loi martiale et à l’assurance maladie universelle, jusqu’au mariage pour tous et au plan d’infrastructures prospectives, encore débattus. Nous avons délibérément renoncé au critère bleu-vert pour leur substituer quatre critères : conditions de vie, démocratie, droits civiques et souveraineté. La conclusion est quelque peu contre-intuitive : les politiques qui survivent à leur origine partisane sont souvent celles qui, le jour de leur naissance, ont suscité les querelles les plus vives.

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