Résumé en 30 secondes : la précarité énergétique n’est pas simplement une question de « consommation excessive » ou de « manque d’économie d’énergie », mais reflète l’incapacité des ménages à accéder à des services énergétiques sûrs, abordables et efficaces. Pour les familles vivant dans des appartements anciens, des ajouts de toiture, ou des pièces mal ventilées, ou utilisant des climatiseurs d’occasion à haute consommation, l’utilisation du climatiseur peut générer une pression sur la facture ; s’ils s’abstiennent, le risque de brûlures thermiques augmente. Taïwan manque actuellement d’une définition nationale cohérente de la précarité énergétique, mais une enquête privée a révélé que la part des dépenses énergétiques des ménages assistés par rapport aux revenus disponibles était nettement élevée.1 Lorsque la chaleur est perçue comme un risque interministériel, la précarité énergétique ne peut plus se limiter à la sensibilisation à l’économie d’énergie : elle doit devenir un problème public partagé par le logement, les services sociaux, la santé et l’adaptation au climat.2
La précarité énergétique n’est pas une question de « manque d’économie »
La précarité énergétique est souvent mal comprise comme un manque de bonnes habitudes de gestion de l’électricité : utiliser moins le climatiseur, réduire l’eau chaude, éteindre les lumières. Mais cette vision ignore la véritable marge de manœuvre dont dispose chaque ménage. Vivre dans un logement bien isolé thermiquement, avec des fenêtres ombragées et un climatiseur efficace, n’est pas la même chose que vivre dans un logement exposé au soleil, fuyant l’eau et mal ventilé, utilisant des appareils anciens — même si la température intérieure et extérieure est identique, les besoins énergétiques ne seront pas les mêmes.
Ainsi, la précarité énergétique comporte au moins trois dimensions. La première est la capacité de paiement : le coût des factures d’énergie par rapport aux revenus est si élevé qu’il force les ménages à choisir entre nourriture, soins, transport et électricité. La deuxième est la qualité du service énergétique : un ménage peut payer sa facture, mais vivre dans un espace trop chaud, trop froid, humide ou mal ventilé. La troisième est l’accès aux services : les locataires, les personnes âgées vivant seules, les personnes en situation de handicap ou les ménages sans capitaux propres peuvent ne pas pouvoir remplacer eux-mêmes un climatiseur, améliorer les fenêtres ou déposer une demande d’aide complexe.
L’Alliance des jeunes pour le climat de Taïwan a résumé les recherches antérieures en soulignant qu’aucune définition officielle de la précarité énergétique n’a encore été établie à Taïwan, et a cité une enquête menée conjointement par le Conseil des études avancées industrielles et l’association d’aide aux familles, selon laquelle la part moyenne des dépenses énergétiques des ménages assistés pouvait atteindre 18 % de leurs revenus disponibles. Ce chiffre ne doit pas être directement extrapolé à l’ensemble de la population, mais il rappelle que juger d’une économie d’énergie uniquement à partir de la consommation globale risque de qualifier de « gaspilleurs » des ménages contraints à des coûts élevés en raison de logements et d’équipements défaillants.1 Une recherche de l’Université nationale de Taïwan a également replacé la charge énergétique dans le contexte des conditions de logement et des ménages vulnérables, plutôt que de la réduire à un choix de consommation individuel.3

illustration 1 : ancien appartement dans le quartier de Da’an à Taipei. Photo de Daderot, tirée de la page Wikimedia Commons, sous licence CC0 1.0 Domaine public. L’image sert uniquement d’illustration du cadre de logement, sans préjuger de la situation économique des résidents photographiés.
Pourquoi la précarité énergétique est particulièrement dangereuse en été
Lorsqu’on parle de précarité énergétique, les politiques et les recherches s’imaginent souvent un besoin dominant de chauffage en hiver. Taïwan fait face à un autre risque saisonnier : la chaleur estivale. Les ménages vulnérables ne sont pas nécessairement « sans besoin énergétique », mais ils en ont besoin sans oser les satisfaire. Lorsque la température intérieure augmente, les familles peuvent choisir de raccourcir l’usage du climatiseur, de régler la température plus haut, ou de ne laisser entrer le climatiseur que pour les enfants et les personnes âgées. Ce sont des stratégies d’adaptation sous pression budgétaire, et non de simples préférences de consommation.
L’Institut national de la santé publique rappelle clairement que la chaleur peut aussi bien survenir à l’intérieur qu’à l’extérieur lorsque l’air ne circule pas et que la chaleur ne peut pas s’évacuer. Les personnes âgées et les enfants, dont la régulation de la température corporelle est plus fragile, doivent faire particulièrement attention aux températures intérieures élevées. Les recommandations officielles consistent à boire suffisamment, à maintenir une bonne ventilation, et à régler le climatiseur entre 26 et 27 °C.4 Ces conseils sont faciles à appliquer pour les ménages disposant d’un climatiseur, d’une ventilation normale et des moyens de payer l’électricité ; mais pour ceux vivant sous les toits, sous des toitures en tôle ou dans des pièces dont les fenêtres ne s’ouvrent pas, il faut des investissements en construction et en équipements pour les mettre concrètement en œuvre.
Le risque lié à la chaleur est aussi cumulatif. Un bâtiment absorbe la chaleur en journée, et s’il ne peut pas la rejeter la nuit, les personnes âgées peuvent rester exposées à des températures élevées pendant leur sommeil. Un filtre à climatiseur encrassé ou un refroidissement extérieur défaillant nécessitent davantage d’énergie pour obtenir le même effet de refroidissement. Cela signifie que la « sécurité thermique » ne peut pas être mesurée à un instant donné, mais doit tenir compte de la manière dont un logement absorbe, stocke et évacue la chaleur tout au long de la journée.
Comment un vieux logement transforme la chaleur en facture élevée
Le défi énergétique des logements anciens ne résulte pas d’un seul équipement défaillant. Une isolation thermique insuffisante des murs et du toit augmente la charge de travail du climatiseur. L’absence d’ombrage sur les fenêtres laisse pénétrer la chaleur directe du soleil de l’ouest. Un climatiseur ancien est moins efficace et ne garantit pas un refroidissement uniforme une fois allumé. Un filtre encrassé et un refroidissement extérieur non entretenus augmentent la consommation électrique et le risque de panne. Si un ménage n’a pas les fonds pour investir, il peut se retrouver à payer continuellement des coûts de fonctionnement élevés sans jamais pouvoir corriger leur cause.
La précarité énergétique est donc liée aux droits de propriété foncière, aux droits de location et à la gouvernance urbaine. Un propriétaire peut décider de remplacer les fenêtres, d’ajouter un ombrage ou d’améliorer les murs extérieurs. Un locataire, quant à lui, peut craindre de ne pas récupérer les frais d’aménagement ou ne pas avoir l’autorité nécessaire pour entreprendre les travaux. Si les aides ne sont données qu’aux acheteurs d’équipements, les ménages qui ont le plus besoin d’améliorer leur logement, mais qui n’ont pas le pouvoir de décision sur celui-ci, risquent d’être exclus.

illustration 2 : logements communautaires dans le quartier de Puli à Nantou. Photo de Saimmx, tirée de la page Wikimedia Commons, sous licence CC0 1.0 Domaine public. L’image sert uniquement d’illustration du cadre de logement communautaire, sans préjuger de la situation économique des résidents photographiés.
Le comté de Yilan a autrefois lancé un programme d’aide à l’isolation thermique et à l’efficacité énergétique des logements, couvrant l’ombrage, les verres isolants, le toit et les murs extérieurs, reflétant ainsi l’attention croissante des gouvernements locaux à considérer la façade du bâtiment comme un élément essentiel de l’économie d’énergie et du rafraîchissement. Bien que ce soit un projet d’une année antérieure et ne puisse pas être considéré comme une politique nationale en vigueur, il indique une direction importante : améliorer le confort thermique ne commence pas nécessairement par l’achat d’un climatiseur plus puissant, mais peut commencer par la réduction de l’absorption de chaleur par le bâtiment.5
Pourquoi les aides ne garantissent pas toujours l’accessibilité
Ces dernières années, tant le gouvernement central que les gouvernements locaux ont lancé des programmes d’aide à la rénovation des appareils électroménagers, à l’efficacité énergétique des logements ou à l’isolation thermique. La conception des politiques vise généralement à obtenir un maximum d’économie d’énergie, de réduction des émissions et de diminution des coûts pour les ménages, mais une différence subsiste entre « remplir les conditions d’éligibilité » et « pouvoir réellement déposer une demande ».
Prenons l’exemple de la page de dépôt en ligne de l’aide à la rénovation des appareils électroménagers du ministère de l’Énergie : le demandeur doit fournir une pièce d’identité, un relevé de compte bancaire, une facture d’électricité ou une preuve de consommation, des factures, une carte de garantie et un reçu de recyclage des appareils électroniques usagés. Les aides sont également limitées par le budget annuel et les critères d’examen.6 Pour une personne disposant d’un compte bancaire stable, pouvant payer le nouvel appareil à l’avance et conserver tous les documents requis, cette procédure est gérable ; mais pour une personne sans fonds propres, dont les appareils appartiennent au propriétaire, ou qui vit avec l’aide d’un travailleur social ou de proches, ces exigences constituent un obstacle réel.
Le programme taïwanais de Taipei pour 2026 sur l’aide à l’énergie renouvelable, au stockage et à l’efficacité énergétique des logements et quartiers offre un exemple plus complet : en plus de l’énergie renouvelable communautaire, du stockage et des films isolants thermiquement, il prévoit également l’aide à l’achat de réfrigérateurs et de climatiseurs à haute efficacité pour les ménages inscrits sur la liste des revenus modestes. L’annonce et la fixation de plafonds pour les aides au climatiseur et au réfrigérateur montrent que les gouvernements locaux commencent à intégrer l’efficacité des équipements des ménages vulnérables dans la transition vers la neutralité carbone et la justice énergétique.7 Cependant, ces programmes doivent encore résoudre trois problèmes : l’aide couvre-t-elle les locataires ? Peut-on rembourser les coûts d’installation et de retrait ? Et après l’épuisement du budget ou la fin des délais, quand le prochain soutien sera-t-il proposé ?
Le programme de l’aide à la réduction des températures pour les populations sensibles à la chaleur à Taoyuan vise spécifiquement les enfants de 0 à 6 ans et les personnes de 65 ans et plus, en offrant l’entretien des climatiseurs, les films isolants thermiquement et le remplacement des anciens climatiseurs. La pertinence de cette politique réside dans le fait qu’elle ne se limite pas à l’éligibilité au revenu pour identifier les besoins, mais tente également d’utiliser l’âge et la sensibilité à la chaleur pour repérer des ménages potentiellement négligés.8 Cependant, pour éviter les ruptures de protection sociale, l’âge, le revenu, les conditions de logement et les risques sanitaires doivent pouvoir être articulés de manière cohérente entre les systèmes de protection sociale et de santé, au lieu d’exiger que chaque ménage prouve indéfiniment qu’il mérite d’être aidé.
Passer de la sensibilisation à l’économie d’énergie à la sécurité thermique résidentielle
Le message central de la sensibilisation à l’économie d’énergie est « utilise un peu moins ». La précarité énergétique exige d’ajouter une autre question : « comment obtenir suffisamment de sécurité et de confort avec moins d’énergie ? » Ces deux objectifs ne sont pas contradictoires, mais les outils politiques diffèrent.
| Niveau politique | Approche traditionnelle de l’économie d’énergie | Approche de la sécurité thermique résidentielle |
|---|---|---|
| Équipements | Encourager l’extinction des lumières, augmenter la température du climatiseur | Remplacer les climatiseurs à haute consommation, nettoyer les filtres, améliorer le refroidissement extérieur |
| Construction | Sensibiliser à l’ombrage et à la ventilation | Subventionner l’ombrage des fenêtres, les films isolants, le toit et les murs extérieurs |
| Protection sociale | Distribuer des aides selon le critère du revenu | Identifier activement les ménages à risque de chaleur par les travailleurs sociaux, les centres de santé et les quartiers |
| Informations | Fournir des connaissances sur l’économie d’énergie | Fournir des formulaires simplifiés, un diagnostic énergétique à domicile et des recommandations d’amélioration de la consommation |
| Évaluation | Calculer le nombre de kWh économisés | Mesurer simultanément les brûlures thermiques, la température intérieure, la charge des factures et la qualité de vie |
Le premier tournant consiste à passer d’un soutien rétroactif à un diagnostic préalable. Les travailleurs sociaux, les bureaux de quartier, les services à domicile ou le personnel des centres de santé peuvent noter, lors de leurs visites, si le logement est situé sous les toits, exposé au soleil de l’ouest, mal ventilé, si le climatiseur est en panne ou si les appareils sont anciens. Ces données ne doivent pas servir à étiqueter les ménages, mais à planifier les diagnostics énergétiques et l’ordre des améliorations.
Le deuxième tournant consiste à passer des équipements individuels à l’échelle des logements et des quartiers. Un climatiseur à haute efficacité peut réduire la consommation, mais ne peut pas résoudre le fait qu’un immeuble entier absorbe la chaleur sous son toit, que les espaces communs sont étouffants ou que la capacité électrique est insuffisante. Si les quartiers peuvent améliorer collectivement l’ombrage, le toit, les ascenseurs et l’électricité commune, cela peut être plus efficace que d’exiger que chaque ménage investisse individuellement.
Le troisième tournant consiste à inclure la chaleur dans la gestion des urgences et de la santé publique. En 2025, le ministère de l’Environnement a pour la première fois organisé un exercice d’simulation pour les stratégies d’adaptation au contre-la-chaleur, avec comme scénario trois journées consécutives de température supérieure à 38 °C à Taipei et Taoyuan, et l’émission d’un avertissement rouge. Cet exercice a permis aux ministères centraux et aux gouvernements locaux de coordonner ensemble les soins pour les populations cibles, l’énergie pour les besoins quotidiens et les mesures d’adaptation communautaire.2 Cet exercice a également montré que la chaleur n’était pas encore intégrée dans le cadre légal des catastrophes naturelles de la loi sur la prévention des désastres, ce qui signifie que les mécanismes institutionnels doivent être clarifiés : à quel moment activer les mesures, qui contacte les personnes âgées vivant seule, quels lieux deviennent des points de refroidissement, et comment maintenir ces services en cas de coupure de courant.
La transition énergétique ne doit pas déplacer ses coûts sur les plus vulnérables
La transition énergétique est souvent évaluée selon des critères tels que la réduction des émissions, la stabilité de l’approvisionnement énergétique et la compétitivité industrielle. Mais si les ménages à faible revenu ne peuvent pas maintenir une sécurité thermique de base en raison du coût de l’électricité, des équipements et des conditions de logement, la transition risque de créer de nouvelles inégalités. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’économie d’énergie ou à l’amélioration de l’efficacité, mais d’exiger que les politiques répondent également aux questions de « qui bénéficie en premier des améliorations » et de « qui supporte le coût de la transition ».
Les discussions sur la précarité énergétique menées par l’Alliance des jeunes pour le climat de Taïwan ont déjà rappelé que les politiques doivent combiner des indicateurs objectifs et subjectifs, et ne pas se fier uniquement au ratio des factures d’électricité ou à la consommation globale. Il faut également intégrer les conditions de construction, l’efficacité des équipements, la structure démographique, le confort thermique et le bien-être.1 Une reportage télévisé de la chaîne publique a quant à lui placé la charge énergétique dans le contexte vécu par les ménages vulnérables, montrant que sans une conception équitable de la transition énergétique, ceux qui supportent déjà des coûts plus élevés de logement et d’équipement risquent d’assumer de nouvelles charges.9 Cette approche est particulièrement importante pour Taïwan, car un ménage peut consommer beaucoup d’électricité à cause de la chaleur, ou très peu à cause de la difficulté à payer les factures ; dans les deux cas, la simple lecture de la facture est insuffisante.
Les exercices locaux de simulation des vagues de chaleur et les subventions à l’économie d’énergie offrent des espaces d’essai pour les politiques. Le gouvernement central doit quant à lui établir des normes minimales communes, comprenant des indicateurs de sécurité thermique pour les ménages vulnérables, un design sans obstacle pour les demandes d’aide, la répartition des responsabilités entre locataires et propriétaires, ainsi qu’une protection des données pour les diagnostics énergétiques. Si chaque comté et ville propose ses propres solutions à court terme, les ménages pourraient recevoir des protections totalement différentes selon leur inscription, leur moment de dépôt de la demande et leurs capacités informationnelles.
Un plan taïwanais réalisable
Taïwan n’a pas besoin d’établir dès le départ un système complexe de score unique de la précarité énergétique. Elle peut commencer par des processus de service opérationnels. Le gouvernement central a déjà, par le biais d’un programme conjoint avec les comtés et villes, soutenu la gestion locale de l’économie d’énergie dans les logements et les commerces, offrant un point d’entrée institutionnel pour connecter les diagnostics énergétiques, les orientations sociales et les améliorations du logement existantes.10 La première étape consiste à établir un « service de transfert vers la sécurité thermique résidentielle » au niveau local : lorsqu’un travailleur social, un centre de santé, un service de secours ou une organisation communautaire identifie un ménage à risque de chaleur, il peut être orienté vers un diagnostic énergétique, au lieu de simplement recevoir une aide ponctuelle pour la facture d’électricité.
La deuxième étape consiste à diviser les mesures d’amélioration en trois niveaux de coût. Le niveau faible comprend le nettoyage des climatiseurs, l’ajustement de l’ombrage, l’amélioration de la ventilation et la fourniture d’un thermomètre. Le niveau moyen comprend les films isolants thermiquement, les rideaux, le refroidissement extérieur et les appareils électroménagers à haute efficacité. Le niveau élevé comprend la rénovation des toits, des murs, des fenêtres et des espaces publics communs. Cette approche évite d’exiger que tous les ménages achètent des équipements coûteux, tout en permettant aux budgets limités de traiter en priorité les logements les plus dangereux.
La troisième étape consiste à élargir l’évaluation des résultats au-delà de « combien d’électricité a-t-on économisée » pour inclure « avons-nous réellement réduit les risques ? » Le gouvernement peut suivre le nombre d’heures de température intérieure élevée, les hospitalisations pour brûlures thermiques, la charge des dépenses énergétiques des ménages, le taux de panne des équipements et le confort thermique subjectif des résidents, au lieu de se fier uniquement à la consommation globale pour juger du succès d’un programme. Une réduction de la consommation d’électricité accompagnée d’une augmentation des brûlures thermiques ne peut pas être considérée comme un succès ; une légère hausse de la consommation énergétique, mais obtenue grâce à un équipement efficace et un refroidissement sûr, ne doit pas non plus être simplifiée en échec.
Ce système a également besoin d’un jeu de données minimal utilisable par les travailleurs locaux. Les ménages ne doivent pas être contraints de révéler tous les détails de leur consommation, mais au moins, après avoir donné leur consentement, ils devraient pouvoir enregistrer le niveau de l’étage, le type de toiture, la source de chaleur principale, l’âge du climatiseur et du réfrigérateur, la ventilation intérieure, la présence de personnes sensibles à la chaleur dans le ménage, ainsi que le fait que les dépenses énergétiques de la dernière saison aient contraint le ménage à faire des choix difficiles. Les données doivent servir à améliorer les services, être stockées de manière séparée des dossiers sociaux, et les ménages doivent savoir qui utilisera leurs données et à quelle fin. Si les données ne sont utilisées que pour juger de la « valeur » d’un ménage à recevoir une aide, cela risque d’aggraver la stigmatisation ; si elles servent à planifier les nettoyages, les réparations, l’isolation et les orientations, la politique énergétique peut réellement devenir un service public de prévention.
Les gouvernements locaux peuvent également créer un « paquet de services de sécurité thermique » : avant l’émission d’un avertissement de vague de chaleur, les points de quartier, les services à domicile et les centres de santé contactent les ménages à risque. Pendant l’avertissement, on fournit des lieux de refroidissement accessibles à pied, de l’eau potable, des prises de courant et un contact d’urgence. Après l’avertissement, on vérifie si le climatiseur, le ventilateur, les fenêtres et la charge des factures présentent de nouveaux problèmes. Ce service ne devrait pas être activé uniquement après qu’un désastre ou une urgence médicale se soit produit, mais devrait devenir un travail communautaire routinier estival. Pour les zones rurales et les îles, le paquet de services devrait inclure des ressources en main-d’œuvre pour les réparations, l’expédition de pièces détachées et des dispositifs de secours en cas de coupure de courant, sans quoi même la meilleure aide risque de devenir inutile lorsque l’équipement tombe en panne.

illustration 3 : façade illégale d’un logement à Taipei. Photo de Movez, tirée de la page Wikimedia Commons, sous licence CC0 1.0 Domaine public. L’image sert uniquement d’illustration des enjeux de construction et d’urbanisme, sans préjuger de la consommation énergétique des résidents photographiés.
Conclusion : rendre le refroidissement sûr un droit fondamental
Le cœur de la précarité énergétique n’est pas d’exiger plus de volonté des ménages vulnérables, mais de reconnaître les inégalités inhérentes aux conditions de logement et aux services énergétiques eux-mêmes. Lorsque les vieux logements absorbent la chaleur, que les appareils à haute consommation, les coûts d’achat initial et les seuils de dépôt des demandes d’aide se cumulent avec des températures extrêmes, une simple facture d’électricité révèle simultanément les risques liés aux revenus, au logement, à la santé et au climat.
Taïwan a déjà commencé à accumuler des outils politiques tels que les subventions locales à l’isolation thermique, le remplacement des appareils électroménagers, les exercices de simulation des vagues de chaleur et l’économie d’énergie communautaire. L’étape suivante n’est pas d’ajouter une nouvelle consigne de « veuillez économiser l’électricité », mais d’articuler ces outils en un système taïwanais centré sur l’humain et la sécurité thermique résidentielle : identifier activement les ménages à risque, améliorer en priorité les conditions de logement les plus énergivores, permettre aux locataires et aux ménages sans fonds propres d’accéder aux aides, et évaluer la transition énergétique à l’aide de la santé et de la qualité de vie.
Lorsqu’un ménage peut utiliser le climatiseur en toute sérénité pendant les températures élevées, sans devoir choisir entre santé et facture, la politique énergétique passe réellement du « contrôle de l’offre » au bien-être public.
L’évaluation des politiques doit également conserver la voix des résidents. Les gouvernements locaux peuvent demander aux ménages, avant et après les interventions, s’ils trouvent plus facile de refroidir leur logement, s’ils ont réduit le temps d’utilisation du climatiseur en raison du coût de l’électricité, si les équipements sont plus fiables, et s’ils savent où aller lors de la prochaine alerte de chaleur. Ces retours ne doivent pas remplacer les données sur les dépenses énergétiques et la santé, mais doivent être présentés aux côtés des indicateurs quantitatifs, afin que le gouvernement sache si le programme a réellement amélioré la vie des ménages ou s’il s’est contenté de réaliser des achats et de clore des dossiers. Si les aides permettent à un ménage d’obtenir un équipement, mais ne résolvent pas les restrictions liées à la location, les responsabilités de réparation et les coûts futurs de l’électricité, la politique doit être repensée, au lieu d’attribuer les résultats au manque de coopération des résidents et de continuer à examiner et corriger publiquement les erreurs.
Lectures complémentaires
Les lectures complémentaires sur cet article peuvent être approfondies dans trois directions : les informations de prévention des brûlures thermiques de l’Institut national de la santé publique, les données sur l’adaptation au climat et les politiques énergétiques du ministère de l’Environnement, ainsi que les plans publics locaux sur l’efficacité énergétique et le remplacement des appareils électroménagers. Lors de la lecture, il convient de distinguer trois niveaux de preuves : les annonces de politiques, les résultats de recherches et les suggestions de cet article, afin d’éviter de mal interpréter une subvention d’une seule année ou une enquête de cas comme une tendance nationale à long terme.
- Qui est considéré comme à faible revenu ? — une autre mesure de la pauvreté : le salaire minimum protège le salaire de base, tandis que la pauvreté s’invite dans la colonne des primes de fin d’année et les industries sans primes
Bibliographie
- Avoir de l’argent pour faire des choix ? La précarité énergétique à Taïwan — l’Alliance des jeunes pour le climat de Taïwan résume la définition de la précarité énergétique à Taïwan, les dépenses énergétiques des ménages vulnérables et les différences d’équipements à haute efficacité, et discute de la vulnérabilité estivale et des indicateurs politiques.↩23
- Le ministère de l’Environnement teste pour la première fois un exercice de simulation des stratégies d’adaptation au contre-la-chaleur pour renforcer la préparation interministérielle et locale face à la nouvelle réalité des vagues de chaleur extrêmes — le ministère de l’Environnement explique l’exercice de simulation interministériel de 2025, le scénario d’avertissement rouge, les soins pour les populations cibles et la gestion communautaire de l’adaptation.↩2
- Précarité énergétique et difficultés d’économie d’énergie des ménages vulnérables à Taïwan — la page de recherche du Centre d’études sur la société du risque de l’Université nationale de Taïwan, discutant des liens entre la précarité énergétique, la charge énergétique des ménages vulnérables et les conditions de logement.↩
- Attention aux personnes âgées et aux enfants : la chaleur peut aussi survenir à l’intérieur — l’Institut national de la santé publique vous donne 3 conseils pour prévenir les brûlures thermiques — l’Institut national de la santé publique explique les causes de la chaleur intérieure, les risques pour les personnes âgées et les enfants, les conseils sur la ventilation et l’utilisation du climatiseur, ainsi que les méthodes de traitement des brûlures thermiques.↩
- Subvention taïwanaise pour l’isolation thermique et l’efficacité énergétique des logements 2019-2020 — l’annonce du département de l’environnement du comté de Yilan sur l’aide à l’isolation thermique des logements, incluant les méthodes d’ombrage, les verres isolants, le toit et les murs extérieurs, ainsi que les conditions d’éligibilité.↩
- Formulaire en ligne pour la subvention de remplacement des appareils électroménagers anciens par des modèles à haute efficacité énergétique — la page de dépôt du ministère de l’Énergie indique les exigences de pièces d’identité, de relevés bancaires, de factures d’électricité, de factures, de cartes de garantie et de reçus de recyclage, ainsi que les restrictions budgétaires et interdites de double subvention.↩
- Plan taïwanais 2026 pour l’aide à l’énergie renouvelable, au stockage et à l’efficacité énergétique des logements et quartiers — l’annonce du gouvernement de Taipei sur l’aide à l’énergie renouvelable, au stockage et à l’efficacité énergétique des logements et quartiers en 2026, couvrant les films isolants thermiquement, l’énergie renouvelable, le stockage et le remplacement des réfrigérateurs et climatiseurs à haute efficacité pour les ménages à faible revenu.↩
- Subvention du gouvernement de Taoyuan pour les mesures de refroidissement et d’économie d’énergie pour les populations sensibles à la chaleur — le gouvernement de Taoyuan explique la subvention locale de refroidissement et d’économie d’énergie ciblant les enfants et les personnes de 65 ans et plus, comprenant le nettoyage des climatiseurs, les films isolants thermiquement et le remplacement des anciens climatiseurs.↩
- Précarité énergétique : quand la transition énergétique rencontre la justice sociale — un reportage télévisé de la chaîne publique « Notre île » abordant les questions de justice sociale entre la charge énergétique, les ménages vulnérables et les politiques d’économie d’énergie à Taïwan.↩
- Programme conjoint des comtés et villes pour l’économie d’énergie dans les logements et les commerces — la page politique du ministère de l’Énergie expliquant le contexte institutionnel du programme conjoint entre le gouvernement central et les gouvernements locaux pour promouvoir l’économie d’énergie dans les logements et les commerces.↩