Les Façonneurs de Montagnes : le Pari du Siècle — une épopée TSMC sans Zhang Zhong-mou, filmée de Hsinchu à Purdue

Un soir de juin 2025, le couple de 84 ans de Zhang Zhong-mou achète deux billets pour le cinéma Vieshow à Xinyi. Le film ne montre aucun entretien en face à face avec lui — il rédige le deuxième volume de ses mémoires. Audrey Tang a passé cinq ans à interroger plus de 80 pionniers, depuis la réunion du petit magasin de lait de soja Xin Xin en 1974 jusqu’à la visite de Wei Che-chia à la Maison-Blanche en 2025. « Les Façonneurs de Montagnes : le Pari du Siècle » (A Chip Odyssey) se classe parmi les cinq meilleurs documentaires taïwanais de l’histoire, et en 2026 il est projeté dans les amphithéâtres de Purdue, du Wisconsin et du Michigan, trois pôles d’investissement du CHIPS Act.

30 second overview : La réalisatrice Audrey Tang a consacré cinq ans (2019‑2024) à interroger plus de 80 vétérans du secteur des semi‑conducteurs, créant une épopée sur l’industrie taïwanaise du chip — mais Zhang Zhong-mou n’apparaît jamais en interview officielle. Le titre chinois « 造山者:世紀的賭注 », titre anglais « A Chip Odyssey » (et non le « The Mountain Maker » répandu), a été projeté en juin 2025 dans les cinémas taïwanais, engrangeant plus de 32 millions de NT$, ce qui le place parmi les cinq meilleurs documentaires de l’histoire du pays. De l’automne 2025 au printemps 2026, le film a parcouru Stanford, UCLA, Columbia, Purdue, le Wisconsin et le Michigan — les principaux pôles d’investissement du CHIPS Act aux États‑Unies, constituant une nouvelle trajectoire de soft power technologique taïwanais.

Un après‑midi à Purdue

Le 16 avril 2026, à West Lafayette, Indiana, à l’Université Purdue, le vice‑président exécutif de la recherche, Dan Delaurentis, le directeur exécutif du Purdue Research Foundation, Chad Pittman, le président de la Purdue Semiconductor Leadership Association, Zhihong Chen, ainsi que le nouveau président du département du développement économique de l’État, Josh Richardson, se sont installés dans la salle de projection1.

Six jours auparavant, la même séance était organisée à la Morgridge Hall de l’Université du Wisconsin‑Madison, avec à l’honneur le président du Wisconsin Technology Committee, Maggie Brickerman, et le maire de Wausau, Doug Din1. Le 8 février précédent, l’Université du Michigan accueillait la projection en présence du sénateur du Michigan, Sue Shink, de la professeure Becky Peterson et du directeur de l’IMEC, James Foresi1.

Ces trois universités ne figurent pas sur une liste aléatoire. L’Indiana a reçu un investissement d’usine d’emballage de SK hynix ; le corridor technologique du Wisconsin se prépare à accueillir le centre de données IA de Microsoft ; le Michigan constitue le cœur de la fabrication de semi‑conducteurs aux États‑Unis. Le point commun de ces projections : après le CHIPS Act de 2022, le Midwest américain s’attache à reconstruire sa chaîne de production de puces.

Et le film projeté devant eux est l’œuvre d’une réalisatrice taïwanaise, racontant comment Taïwan a créé les procédés les plus complexes du monde.

L’épopée TSMC sans Zhang Zhong-mou

« Les Façonneurs de Montagnes : le Pari du Siècle » (titre anglais : A Chip Odyssey) a été réalisé par la professeure du Centre d’éducation générale et de la Faculté des sciences humaines de l’Université nationale Tsinghua, Audrey Tang2. Elle a remporté deux fois consécutives le Golden Horse du meilleur documentaire : en 1999 avec Red Leaf Legend et en 2000 avec Silver Hairpin3.

Cependant, le film présente une absence structurelle : Zhang Zhong-mou.

« Zhang Zhong-mou n’a pas accepté notre entretien officiel », explique Audrey Tang. « Il rédige le deuxième volume de ses mémoires, et les restrictions de TSMC sur le tournage constituent bien sûr une protection supplémentaire. » Elle n’a pu obtenir que des images d’archives et des prises de vues supplémentaires lors d’une cérémonie de remise de prix publique4.

📝 Note du commissaire
Une épopée sur TSMC sans le fondateur en interview officielle souligne une caractéristique particulière de l’entreprise : sa confidentialité s’étend même à la rétrospection de son propre histoire.

Les seules apparitions de Zhang sont des silhouettes, des images d’archives ou des plans ajoutés en post‑production. Audrey Tang tourne plutôt son objectif vers ceux qui, sans être directement chez TSMC, ont également façonné le paysage : l’ancien directeur de l’Industrial Technology Research Institute (ITRI), Shih Chin‑tai, conseiller principal du film, le PDG de MediaTek, Tsai Ming‑chie, le chef de file du projet RCA, Yang Ding‑yuan, le directeur général de Winbond, Lu Chih‑yuan, l’ancien vice‑président de TSMC, Tseng Fan‑cheng, Lin Pen‑chien (pionnier de la lithographie par immersion), Jiang Shang‑yi, Shi Min (inventeur de la mémoire non volatile), le premier PDG d’UMC, Tu Chun‑yuan, ainsi que le groupe des premières opératrices féminines (sans nom individuel)5.

Cinq ans, quatre‑vingts intervenants

CNEX Visionary (CNEX Studio Corporation) est bien connu dans le milieu du documentaire. Fondée en 2007 à Taipei, Pékin et Hong Kong par Jiang Hsien‑pin, Chen Ling‑zhen et Zhang Chao‑wei, c’est une ONG dédiée aux documentaires en langue chinoise6. Jiang Hsien‑pin, co‑fondateur de Sina.com, a longtemps soutenu la production et la diffusion internationale de documentaires en chinois.

Le duo de producteurs a intégré directement les vétérans de l’industrie dans la réalisation. Chen Tien‑shun, cadre senior du secteur des semi‑conducteurs, a co‑produit le film avec Jiang Hsien‑pin7. Selon Jiang, l’idée du film est née en 2019, après la veillée en mémoire du pionnier du secteur, Hu Ding‑hua ; un ami a alors demandé à CNEX de réaliser ce sujet, et Jiang a accepté avec Audrey Tang.

De 2019 à 2024, la production a duré cinq ans. Le nombre officiel d’intervenants est « plus de 80 » ; Audrey Tang et l’équipe de production ont interviewé autant de personnes8. Le monteur Chen Po‑wen collabore pour la quatrième fois avec Audrey Tang, et la bande‑son originale est signée Lin Sheng‑xiang.

« Documenter ces pionniers vieillissants, c’est une course contre le temps », a déclaré Jiang Hsien‑pin lors de la première à New York9.

Le projet a bénéficié du soutien de l’IDFA Bertha Fund, du Sundance Institute Documentary Film Program, du CCDF (conférence de projets de documentaires chinois) et du ministère de la Culture8. Aucun financement officiel de TSMC n’a été reçu, ni aucune subvention gouvernementale directe : le film repose sur une combinaison de production indépendante, de mécénat privé de l’industrie et de fonds publics internationaux.

De la rue Nanyang à l’Arizona

Le fil chronologique du film débute en 1974.

Cette année, Sun Yun‑hsuan, Li Kuo‑ting et Pan Wen‑yuan, parmi d’autres, se sont réunis au petit magasin de lait de soja Xin Xin pour une réunion matinale, posant les bases du « Integrated Circuit Technology Development Project »10. La même année, Pan rédige le projet IC dans la chambre 508 du Grand Hôtel Yuanshan. En 1976, le département électronique de l’ITRI signe un accord de transfert technologique de dix ans avec RCA (États‑Unis), envoyant les premiers « seed troops » de 19 ingénieurs à Princeton pour se former aux procédés de 3 inches, augmentant le rendement de 50 % à 70 % en six mois11.

En 1980, United Microelectronics Corporation (UMC) est créée. En 1985, Zhang Zhong-mou revient à Taïwan pour diriger l’ITRI et lance le projet VLSI. En 1987, TSMC est fondée, inaugurant le modèle de fonderie purement sur wafer. Les années 1990 voient les avancées de Lin Pen‑chien en lithographie par immersion. Les années 2020 sont marquées par la guerre des puces sino‑américaine, le CHIPS Act, l’usine d’Arizona de TSMC, les sanctions chinoises et l’essor de l’IA.

Le point d’ancrage final se situe en mars 2025 : Wei Che‑chia se rend à la Maison‑Blanche, rencontre le président Trump et annonce un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars américains de TSMC aux États‑Unis12.

« Si le pays était alors trop confortable, Taïwan n’aurait jamais connu le miracle des semi‑conducteurs. L’esprit des Façonneurs naît de la « naissance dans l’adversité ». » — Audrey Tang13

Audrey Tang insiste dans ses entretiens sur le fait qu’il s’agit d’une histoire de « personnes » : « La technologie fait partie de la culture, elle fait partie de la vie des Taïwanais, et la technologie, le conflit du silicium et nous formons un destin commun »14.

« Taiwan Never Stole »

En mars 2025, le président Trump accuse Taïwan d’avoir volé la technologie américaine des semi‑conducteurs. Trois mois plus tard, la version anglaise du magazine CommonWealth publie le titre : « Taiwan Never Stole from the US! »15.

Ce chevauchement chronologique n’est pas fortuit. La critique de Cinema Escapist situe le film comme le compagnon visuel « timely and fitting » du documentaire de Chris Miller Chip War, mais avec un angle nettement taïwanais, plus d’accès interne et davantage de voix locales16.

Les critiques soulignent toutefois un ton parfois trop laudatif : « unapologetically lionizes », « self‑sacrificing framing », « national crisis is not yet over ». Audrey Tang a également observé que, si le plan de développement des puces avait été soumis au vote populaire à l’époque, il aurait probablement échoué. Cette remarque révèle la tension entre les décisions élitistes et le contrôle démocratique dans les débuts de l’industrie technologique taïwanaise.

📝 Note du commissaire
Du point de vue d’une histoire autoritaire, « le peuple n’aurait pas approuvé » peut se lire de deux façons : soit « des élites visionnaires ont poussé le pays en avant », soit « une décision d’investissement à long terme sans débat démocratique ». Le réalisateur ne trahit aucune préférence, et cette ambiguïté témoigne de la maturité politique du film.

La tournée américaine possède également une dimension diplomatique : Stanford (Hoover Institution + APARC), UCLA (Samueli + LA TECO), Columbia (Weatherhead East Asian Institute), New York (le vice‑directeur du bureau taïwanais, Zhang Li‑hsien, présent), Purdue, le Wisconsin et le Michigan (le chef du bureau taïwanais à Chicago, Li‑ye Feng, présent) — la plupart des événements étant co‑organisés par le TECO et les réseaux locaux de l’industrie des semi‑conducteurs17.

Les Façonneurs de Montagnes, absent du plateau

Un soir de juin 2025, le couple de 84 ans de Zhang Zhong-mou entre dans le Vieshow de Xinyi — « pas une séance privée, mais comme tout le monde, ils ont fait la queue pour acheter leurs billets »18. Un mois plus tôt, le 10 mai, la première officielle avait eu lieu dans la salle IMAX A13 du même cinéma, en présence du ministre de la Culture, Lee Yuan, du chorégraphe Lin Hwai‑min, du président de l’Université Tsinghua, Kao Wei‑yuan, et de Shih Chin‑tai19. Le couple a choisi une séance ordinaire en juin pour assister au film en tant que simples spectateurs.

Audrey Tang a déclaré après coup qu’elle était « à la fois nerveuse et excitée, avec une pointe de déception » — la déception étant qu’elle n’a jamais pu placer Zhang Zhong-mou devant la caméra pour un entretien officiel18.

Deux mois plus tard, en août 2025, l’ancienne présidente Tsai Ing-wen et l’ancien vice‑président Chen Chien‑jen assistent à la projection. Tsai Ing-wen prononce : « Nous vous remercions sincèrement pour ce film ; le réalisateur et les producteurs ont présenté de façon claire les événements et les défis de ces dernières années. »20

En octobre 2025, le box‑office national franchit les 32 millions de NT$, plaçant le film parmi les cinq meilleurs documentaires taïwanais de tous les temps, selon l’annonce de l’équipe de production21.

Zhang n’a jamais été interviewé. Il a choisi une séance ordinaire, puis a laissé le film parler pour lui.

Cette épopée sans son fondateur montre que l’histoire des Façonneurs ne dépend plus d’une seule personne.


Lectures complémentaires

Références

  1. https://www.singtaousa.com/2026/04/22/news/world/taiwan-semiconductor-documentary/ — Rapport du 22 avril 2026, récapitulant les séances de projection du printemps 2026 dans le Midwest américain, les participants et leurs institutions.
  2. https://cge.site.nthu.edu.tw/p/406-1573-251025,r10280.php — Profil d’Audrey Tang, professeure au Centre d’éducation générale de l’Université nationale Tsinghua, depuis 2016.
  3. https://zh.wikipedia.org/zh-tw/%E8%95%AD%E8%8F%8A%E8%B2%9E — Page Wikipédia répertoriant les deux Golden Horse remportés par Audrey Tang pour Red Leaf Legend (1999) et Silver Hairpin (2000).
  4. https://www.gvm.com.tw/article/121217 — Interview de Audrey Tang expliquant l’absence de Zhang Zhong-mou : occupé à écrire ses mémoires et limité par les restrictions de tournage de TSMC.
  5. https://www.cnex.tw/achipodyssey — Site officiel de CNEX, liste complète des intervenants, durée de production, durée du film et informations de diffusion.
  6. https://zh.wikipedia.org/zh-tw/CNEX — Article Wikipédia sur CNEX, fondé en 2007 à Taipei, Pékin et Hong Kong par Jiang Hsien‑pin, Chen Ling‑zhen et Zhang Chao‑wei.
  7. https://focustaiwan.tw/culture/202511100023 — Article Focus Taiwan sur la première à New York (novembre 2025), présentant les producteurs Chen Tien‑shun et Jiang Hsien‑pin.
  8. https://www.taiwan-panorama.com/Articles/Details?Guid=359711d4-54c0-4fc1-9c83-9969918e56ff — Interview d’Audrey Tang révélant les cinq années de production, plus de 80 intervenants, et le soutien de l’IDFA Bertha Fund et du Sundance Institute.
  9. https://focustaiwan.tw/culture/202511100023 — Même article que ^7, citation de Jiang Hsien‑pin : « a race against time ».
  10. https://www.gvm.com.tw/article/121312 — Analyse du repas matinal du petit magasin Xin Xin, situé au 40, rue Nanyang.
  11. https://www.businessweekly.com.tw/focus/blog/3018500 — Chronologie détaillée de l’histoire des semi‑conducteurs taïwanais, incluant le repas de 1974, le transfert RCA de 1976, la création d’UMC en 1980, le plan VLSI de 1985 et la fondation de TSMC en 1987.
  12. https://www.cna.com.tw/news/aipl/202503040013.aspx — Reportage de la Central News Agency (4 mars 2025) sur la visite de Wei Che‑chia à la Maison‑Blanche et l’annonce d’un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars américains de TSMC aux États‑Unis.
  13. https://www.taiwan-panorama.com/Articles/Details?Guid=359711d4-54c0-4fc1-9c83-9969918e56ff — Citation d’Audrey Tang sur la « naissance dans l’adversité ».
  14. https://www.gvm.com.tw/article/121217 — Citation d’Audrey Tang sur la dimension culturelle de la technologie.
  15. https://english.cw.com.tw/article/article.action?id=4117 — Article CommonWealth (juin 2025) avec le titre « Taiwan Never Stole from the US! ».
  16. https://www.cinemaescapist.com/2025/11/review-chip-odyssey-documentary/ — Critique de Cinema Escapist (novembre 2025) positionnant le film comme compagnon visuel de Chip War tout en notant son angle taïwanais.
  17. https://www.hoover.org/events/chip-odyssey — Page officielle du programme Hoover/APARC (5 novembre 2025) listant les organisateurs et les intervenants.
  18. https://udn.com/news/story/7240/8834549 — Article du United Daily News (juin 2025) décrivant l’achat de billets par le couple Zhang Zhong-mou et leurs trois salutations au public.
  19. https://www.gvm.com.tw/article/121217 — Même source que ^4, liste des invités à la première du 10 mai 2025 à Xinyi.
  20. https://www.mirrormedia.mg/story/20250808insight003 — Reportage du Mirror Media (8 août 2025) sur le discours de Tsai Ing-wen lors de la projection.
  21. https://www.facebook.com/A.Chip.Odyssey/ — Publication officielle du 10 octobre 2025 annonçant le dépassement de 32 millions de NT$ au box‑office, plaçant le film parmi les cinq meilleurs documentaires taïwanais.
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
documentaire TSMC semi-conducteurs Audrey Tang (Tang Feng) CNEX Silicon Conflict Jiang Hsien-pin Chen Tien-shun
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