Le Roi Canard, Zhu Yigui : le premier chef de rébellion à s'être proclamé roi à Taïwan

Exploration des origines et des conséquences de l'insurrection de Zhu Yigui en 1721, du parcours légendaire d'un éleveur de canards devenu roi à l'impact profond de cet événement sur la politique de gouvernance de Taïwan sous la dynastie Qing.

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Zhu Yigui fut le leader de la première insurrection populaire de grande ampleur durant la période de domination Qing à Taïwan. En s'appuyant sur son titre de « descendant de la Grande Ming » et sur sa légende d'éleveur de canards, il parvint à prendre le contrôle de la ville de l'administration provinciale (Fucheng) en seulement une dizaine de jours pour se proclamer roi. Bien que son régime n'ait duré que deux mois, il modifia radicalement les stratégies de défense et de gestion ethnique de la cour Qing à Taïpart.

Zhu Yigui (1690–1722), originaire de Zhangzhou dans le Fujian, traversa le détroit pour s'installer à Taïwan durant l'ère Kangxi, dans la région de Neimen (anciennement appelée Luohanmen) à Kaohsiung. Il gagnait sa vie en élevant des canards et, selon la légende, il savait commander ses troupeaux pour qu'ils marchent en formation militaire, ce qui lui valut le surnom de « Roi Canard » (Yamu Wang). En 1721 (60e année de l'ère Kangxi), face à la corruption et aux prélèvements excessifs du préfet de Taïwan, Wang Zhen, provoquant la révolte des populations, Zhu Yigui et Du Junying lancèrent l'insurrection. Le nom de famille de Zhu étant le même que celui de la famille impériale de la dynastie Ming, les rebelles brandirent le drapeau de la « Restauration de la Grande Ming », rassemblant rapidement des diziment de milliers de partisans.

La chute de Fucheng et un régime éphémère

Les forces insurrectionnelles progressèrent avec une rapidité fulgurante, prenant la ville de Taiwan-fu (actuelle Tainan) en seulement 13 jours. Zhu Yiguï fut ensuite porté au titre de « Roi de la Restauration » (Zhongxing Wang), instaurant l'ère « Yonghe ». Il créa des fonctions officielles et ordonna à ses troupes de couper leur tresse (bian) et de restaurer les vêtements de la dynastie Ming. Cependant, des tensions apparurent au sein de l'armée rebelle en raison des origines régionales (Min et Yue), provoquant des affrontements internes entre Zhu Yigui (originaire de Zhangzhou) et Du Junying (originaire de Chaozhou), ce qui affaiblit leur puissance de combat.

La fin de la légende

Alertée par la nouvelle, la cour Qing envoya le commandant de Nan'ao, Lan Tingzhen, et l'amiral de la flotte, Shi Shibiao, pour réprimer la révolte par voie maritime. Sous la pression de la puissance de feu supérieure des troupes Qing et de leur stratégie visant à exploiter les divisions ethniques, les rebelles furent progressivement mis en déroute. Zhu Yigui fut finalement capturé à Guowei (actuel Taibao, Chiayi) et transféré à Pékin pour y être exécuté par le supplice de la mort lente (lingchi), à l'âge de 32 ans.

Un tournant dans les politiques de gouvernance

L'insurrection de Zhu Yigui représenta la plus grave crise de gouvernance après la prise de contrôle de Taïwan par la dynastie Qing. Avant cet événement, la cour Qing appliquait une politique de « non-construction de citadelles », craignant que des fortifications ne puissent être capturées par les rebelles et deviennent difficiles à reconquérir. À la suite de l'incident, le superviseur impérial de Taïwan suggéra la construction de la muraille de Mushan dans la ville de l'administration, marquant le début du système de défense urbaine de Taïwan.

Luttes de pouvoir ethniques

Cet événement marqua également la complexification des relations ethniques à Taïwan. Si une coopération entre les populations Min et Yue fut observée au début de la révolte, les conflits internes qui suivirent déclenchèrent de graves tensions interethniques. La cour Qing en tira la leçon de la stratégie du « gouverner Taïwan par les Taïwanais », commençant à utiliser les forces d'origine Yue (Hakka) pour contrebalancer les résistances des populations Min (Quanzhou et Zhangzhou), jetant ainsi les bases des futurs conflits armés locaux (械鬥, xiedou) qui durèrent longtemps à Taïwan.

Signification contemporaine et mémoire culturelle

Dans les croyances populaires de Taïwan, Zhu Yigui n'a pas été oublié malgré son échec. Dans la région de Neimen, de nombreuses légendes circulent encore à son sujet, et certains temples le vénèrent même comme une divinité. Il est perçu comme un symbole de résistance à l'oppression et de quête d'autonomie, et son image de « Roi Canard » apparaît fréquemment dans les créations dramatiques et littéraires modernes.

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