Aperçu en 30 secondes : En janvier 2007, le TGV de Taïwan débute son service commercial entre Banqiao et Zuoying ; en mars de la même année, la ligne complète Taipei-Kaohsiung entre en exploitation, transformant les 345 km du corridor occidental en un aller-retour quotidien. Son autre visage est celui du BOT, des prévisions de trafic erronées et de la pression financière : le TGV a raccourci le temps entre les villes, mais n'a pas automatiquement effacé la distance entre les gares et les centres-villes ; la capacité des quartiers-gares à faire naître une nouvelle vie urbaine dépend encore des correspondances, du foncier et de la liaison avec les centres-villes.1 2 3
Pas un train rapide apparu du jour au lendemain
Avant le TGV, le transport nord-centre-sud de l'ouest de Taïwan était déjà assuré par les routes et le TRA (chemins de fer traditionnels), mais l'activité économique s'est longtemps concentrée le long de la plaine occidentale, et les déplacements interrégionaux de population et d'industrie sont devenus de plus en plus fréquents. Le Bureau des chemins de fer du ministère des Transports décrit clairement ce contexte : le réseau ferroviaire existant faisait face à une dégradation de la qualité de service et à une capacité proche de la saturation, si bien que le gouvernement a considéré le chemin de fer à grande vitesse comme une refonte structurelle du transport dans le corridor occidental, et non comme une simple accélération du réseau existant.2
L'idée remonte à une étude thématique du TRA en 1974. En 1987, l'Institut de recherche sur les transports du ministère des Transports lance une étude de faisabilité pour le TGV du corridor occidental. Le rapport finalisé en février 1990 compare l'amélioration du système existant et la construction d'une nouvelle ligne à grande vitesse, concluant que la nouvelle ligne à 300 km/h mérite d'être priorisée. Ce choix est crucial : Taïwan ne se contente pas de doter le réseau existant de rames plus rapides, mais décide de créer un nouveau corridor nécessitant de reprendre à zéro l'acquisition foncière, les ponts, les tunnels, les gares et les systèmes de contrôle.2
Le 2 juillet 1990, le Bureau de préparation de l'ingénierie du TGV est créé au sein du ministère des Transports. En 1992, le Yuan exécutif approuve le plan global. En 1994, le projet est inscrit parmi les « douze grands chantiers » sous le nom officiel de « Construction du chemin de fer à grande vitesse nord-sud ». Le TGV porte ainsi une double identité : projet d'ingénierie, mais aussi choix national sur la manière d'investir des ressources publiques limitées dans le réseau de transport futur.2
📝 Note du commissaire : Le point de départ du TGV n'est pas « Taïwan veut un train rapide », mais « le corridor occidental ne peut plus fonctionner avec l'ancien mode de déplacement ».
Une ligne de chemin de fer, d'abord une expérience de制度 financier
Le plan initial du TGV nord-sud prévoyait un portage par l'État, mais après le retrait du budget par le Yuan législatif, le gouvernement s'oriente vers la participation privée. En décembre 1994, la loi d'encouragement à la participation privée est adoptée ; le 29 octobre 1996, l'appel à investissement privé est publié. Ce chemin de fer devient l'une des plus grandes expériences BOT de Taïwan. La logique du BOT : le privé finance, construit et exploite, récupère son investissement pendant la période de concession, puis rétrocède à l'État à l'échéance.4
L'Alliance pour le TGV de Taïwan est constituée en novembre 1996, et sélectionnée comme meilleur soumissionnaire en septembre 1997. La Taiwan High Speed Rail Corporation (THSRC) est fondée en mai 1998, et signe le contrat avec le ministère des Transports le 23 juillet de la même année. Selon les données officielles de l'entreprise, la concession couvre 35 ans pour le financement, la construction et l'exploitation, ainsi que 50 ans pour le développement des quartiers-gares.4
Ce montage institutionnel lie deux échéanciers : les trains doivent circuler à l'heure et en sécurité, et les finances de l'entreprise doivent tenir sur la durée de la concession. Dès qu'un des trois paramètres — prévisions de trafic, coûts de construction, taux d'intérêt — dévie, l'intérêt public du service de transport et la pression de remboursement de l'entreprise privée remontent simultanément à la surface. La recherche universitaire souligne que les prévisions de trafic initiales, influencées par les conditions socio-économiques d'avant la crise financière asiatique de 1997, étaient excessivement optimistes ; l'écart entre trafic réel et prévisions est devenu une cause majeure de la pression financière initiale.5
Le comité des transports du Yuan législatif, en compilant les données de 1996 à 2014, note que le plan d'investissement initial tablait sur 307 400 voyageurs quotidiens moyens en 2014, pour une réalité d'environ 131 600. Le même rapport officiel fait état d'un déficit avant impôts d'environ 29,4 milliards NT$ en 2007 et 25,0 milliards NT$ en 2008. Ces chiffres ne prouvent pas que « le TGV a échoué pour toujours », mais constituent un cas concret d'erreur de prévision de demande amplifiée en pression financière par le montage BOT.6
Une thèse de 2009 relève également que le TGV a traversé des difficultés financières nécessitant un soutien public. Les chercheurs ont alors reconstruit un modèle de demande globale directe et un modèle logit multimodal d'affectation, testés sur les données réelles d'exploitation. L'objectif n'était pas de démontrer que le TGV « n'aurait pas dû être construit », mais de rappeler qu'un grand équipement public ne peut traiter la prévision de demande comme un destin immuable.7
📝 Note du commissaire : Le premier record de vitesse du TGV n'est pas une vitesse horaire, mais la vitesse à laquelle l'État, les banques, les entrepreneurs et les usagers ont partagé le risque.
Un choix technique hybride euro-japonais
L'histoire d'ingénierie du TGV cache un tournant souvent masqué par le récit de la vitesse : le système n'a pas appartenu dès le départ au seul Shinkansen japonais. Selon l'historique officiel de l'entreprise, le TGV de Taïwan change de fournisseur de système cœur en 2000, passant du consortium Eurotrain à l'Alliance Taiwan Shinkansen. L'étude Wharton de 2007 rapporte que ce changement s'accompagne de retards de chantier et d'une arbitrage avec indemnisation de l'ancien fournisseur.4 8
Les rames 700T finalement mises en service ne sont donc pas des voitures japonaises importées telles quelles, mais basées sur la série 700 japonaise, adaptées aux tunnels, au climat et aux conditions électriques de Taïwan. Ce mélange « génie civil européen, électromécanique japonais » fait du TGV un projet d'intégration de normes transnationales, laissant une question plus concrète : importer un système ne signifie pas que la capacité de conception associée s'ancre localement.

Image : Mersh, page du fichier Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Image non modifiée.
Après le séisme du 21 septembre 1999, la sécurité s'inscrit dans l'ingénierie
Après la signature du contrat en 1998, le chantier n'avance pas en ligne droite. Le séisme du 21 septembre 1999 (séisme de Chi-Chi) impose une révision des marchés de génie civil ; l'historique officiel de la THSRC indique que le premier marché de génie civil n'est notifié qu'en mars 2000, les travaux débutant en août de la même année. Ce retard n'est pas un simple épisode du récit, mais le moment concret où Taïwan doit réajuster sa conception entre vitesse élevée et risque sismique élevé.4
Les données officielles du Bureau des chemins de fer décrivent cet équipement comme une innovation de transport pour le corridor occidental. La publication 2025 de la THSRC précise qu'après le séisme de 1999, l'entreprise a relevé les coefficients de sécurité antisismique des viaducs. La même publication mentionne que lors des séismes de Jiaxian (2010) et de Meinong (2016), les ouvrages de génie civil du TGV ont maintenu leur exploitation. Ces éléments étayent l'affirmation que « l'expérience sismique a été intégrée au système de sécurité », mais ne permettent pas de déduire que tous les futurs séismes seront sans conséquence.2 9
La sécurité du TGV ne repose pas seulement sur des viaducs plus épais. Les publications gouvernementales indiquent que le système adopte le contrôle automatique des trains (ATC) et un système d'alerte aux catastrophes. Ce dernier peut émettre des signaux pour séismes, vents violents, pluies torrentielles, glissements de terrain, chutes de pierres et inondations, transmis aux trains et au centre de contrôle. Au quotidien, la fiabilité repose sur des inspections par couches : matériel roulant, bogies, signalisation, télécommunications, alimentation, voie et ligne. Le voyageur voit la ponctualité ; ce qui la rend possible, c'est le travail de maintenance invisible la nuit.9
Les rames 700T illustrent un autre choix d'ingénierie. Les données officielles rapportent qu'en janvier 2004, les rames 700T sont présentées lors d'une cérémonie à Kobe, au Japon. En janvier 2005, la THSRC et Taiwan Shinkansen Corporation effectuent des essais à la gare de Tainan. La publication gouvernementale de 2025 explique que le 700T est un système Shinkansen adapté aux conditions de Taïwan, avec 9 voitures motrices sur 12, configuration adaptée aux distances inter-gares relativement courtes et aux accélérations fréquentes de la ligne.4 9
Les 345 km qui changent vraiment la donne : « pouvoir rentrer le soir même »

Image : Marek Slusarczyk (Tupungato), page du fichier Wikimedia Commons, CC BY 3.0. Image non modifiée.
En janvier 2007, le service commercial démarre entre Banqiao et Zuoying. En mars, la ligne complète Taipei-Kaohsiung ouvre officiellement. La page historique officielle indique un départ à 38 allers-retours quotidiens, porté ensuite à 50 allers-retours quotidiens nord-sud sur l'ensemble de la ligne. La signification du TGV ne réside donc pas seulement dans sa vitesse maximale, mais dans le fait qu'il transforme « est-ce que je peux y aller aujourd'hui et rentrer ce soir » en une option calculable pour le grand public.1
Un reportage anglophone de 2007 présente l'attrait du TGV avec ses 345 km et son trajet sans arrêt d'environ 90 minutes, et enregistre la pression concurrentielle subie par l'aviation, les cars interurbains et le TRA. Ces chiffres appartiennent à la période d'ouverture et ne sauraient décrire directement les fréquences, tarifs ou parts de marché actuels. Mais ils marquent clairement un tournant : le TGV n'est pas simplement un train de plus, il redistribue le temps entre le nord, le centre et le sud.8
Les tableaux de fréquentation publiés actuellement par la THSRC distinguent nombre de voyageurs et voyageurs-kilomètres. Pour 2024, le nombre mensuel de voyageurs passe de 6 301 769 en janvier à 7 150 425 en décembre. En décembre 2025, il atteint 7 407 572. Ces données mensuelles montrent que le TGV est devenu un service de transport de masse à haute fréquence, mais le pic mensuel ne doit pas être confondu avec le total annuel, et le seul nombre de voyages ne saurait juger du succès du service.10
📝 Note du commissaire : La « vie quotidienne d'une journée » n'est pas un cercle tracé sur une carte, c'est quelqu'un qui décide sur un coup de tête d'aller dans une autre ville, avec la certitude d'être de retour le soir.
Si la gare n'est pas en centre-ville, la vitesse perd la moitié de son sens
L'un des malentendus les plus courants sur le TGV est de confondre la vitesse du train avec la vitesse du trajet complet. Avant d'atteindre la gare, le voyageur peut passer du temps à rejoindre l'arrêt de correspondance, attendre le bus, changer pour le TRA ou le métro, puis marcher le dernier kilomètre jusqu'à sa destination. La recherche universitaire souligne que la plupart des gares du TGV, hors gares principales, sont situées en périphérie urbaine, avec une connexion insuffisante aux centres-villes par transport rapide. L'arrivée du TGV impose une redistribution des rôles entre train classique, transport local et aviation, plutôt qu'un remplacement pur et simple par le TGV.5
Une étude de développement local de l'Institut de recherche sur les transports du ministère des Transports, sur un échantillon de 323 villages/quartiers et communes, analyse l'impact du TGV et du développement des quartiers-gares sur la population, l'industrie, l'utilisation du sol et la demande de transport. Le modèle suggère que l'amélioration de l'accessibilité influence positivement la population et l'industrie locales, mais que l'effet d'augmentation des terres à vocation urbaine pourrait être plus important que la seule amélioration de l'accessibilité. L'amélioration des systèmes de correspondance aux gares renforcerait également l'effet de développement local. Il s'agit d'une étude par modélisation, non d'une garantie pour chaque gare.11
Une autre étude sur l'accessibilité du TGV et les prix de l'immobilier apporte une réponse plus fine : l'accessibilité du TGV a un impact significatif sur les prix dans au moins quatre zones, mais les abords des gares périphériques ne génèrent pas automatiquement des quartiers résidentiels de navetteurs. Les chercheurs estiment que le temps de trajet centre-ville vers centre-ville est un facteur clé pour que le TGV crée un gradient de prix autour des gares, et que la préférence des résidents de Taïwan pour l'habitat en centre-ville affaiblit l'intuition selon laquelle « une gare TGV suffit à faire pousser une ville nouvelle ».3
C'est pourquoi les quartiers-gares du TGV présentent souvent à la fois espoir et vide : d'un côté, le développement attire foncier, commerce et investissement public vers de nouveaux nœuds ; de l'autre, sans bonnes correspondances, services locaux et population stable, la gare risque de n'être qu'une belle boîte de correspondance isolée. La vitesse du TGV doit être rattrapée par le transport local pour devenir du temps utilisable par les résidents, et non un chiffre sur un horaire.
L'architecture des gares, pas seulement des salles d'attente
Le TGV place ses huit gares de première phase à différents points du corridor occidental : Taipei, Banqiao, Taoyuan, Hsinchu, Taichung, Chiayi, Tainan et Kaohsiung-Zuoying. Les données officielles de l'entreprise indiquent que Nangang, Miaoli, Changhua et Yunlin ont ouvert en phases ultérieures. Cette série de gares n'est pas répartie uniformément sur la carte, mais place les métropoles existantes, les nœuds industriels, les comtés agricoles et les zones de nouvelle développement dans un même réseau de transport à grande vitesse.4
Le reportage de Wharton remarque que les gares du TGV de Taïwan accordent plus d'importance à l'image architecturale que beaucoup de gares du Shinkansen japonais, citant l'évocation de l'architecture hakka à la gare de Hsinchu et la structure verre-acier de la gare de Tainan. Les gares deviennent ainsi un langage visible de l'ingénierie nationale : elles doivent absorber de gros flux de voyageurs, mais aussi permettre au lieu de se reconnaître. Ce choix a un coût, car gares, places et développements de quartiers-gares alourdissent ensemble les coûts de construction et de maintenance ultérieure.8
La page énergie 2024 de la THSRC signale que les gares de Miaoli, Changhua et Yunlin ont obtenu le label bâtiment vert, montrant que les gares ne sont pas traitées comme de simples équipements de transport, mais intégrées dans la gestion de l'énergie, de la climatisation, des matériaux et de l'environnement. Ces résultats proviennent des déclarations et certifications de l'entreprise, dignes d'être cités, mais ne sauraient faire décrire tous les quartiers-gares comme des réussites bas-carbone ou durables.12
📝 Note du commissaire : Le plus difficile dans la conception d'une gare TGV, ce n'est pas de faire arrêter le train, c'est de faire en sorte qu'un lieu ait encore sa propre vie après le départ du train.
Au-delà de la ligne TGV : Pingtung et Yilan demandent encore « comment y arriver »
Le TGV compresse le corridor occidental en une ligne à grande vitesse, mais n'intègre pas directement Pingtung et Yilan dans le réseau existant. Ces deux territoires offrent un autre angle : la valeur du TGV ne réside pas seulement dans les lieux qu'il dessert, mais dans la manière dont une nouvelle ligne s'articule avec le TRA existant, les corridors urbains et la vie locale.
L'extension vers Pingtung part de Zuoying, suit le corridor du TRA par l'est de Kaohsiung et Dahu, franchit la rivière Gaoping, pour une gare prévue dans la ferme sucrière de Liukuaicuo à Pingtung. Le Bureau des chemins de fer prévoit actuellement un tracé d'environ 26,2 km, dont 18,6 km en souterrain et 7,6 km en viaduc. La gare de Kaohsiung serait en correspondance triple avec la gare TRA de Kaohsiung et la station de métro Kaohsiung Main Station ; la gare de Pingtung serait connectée à la future gare TRA déplacée de Liukuaicuo. Ce n'est pas simplement « repousser le terminus vers le sud », mais réorganiser les relations de correspondance entre le centre de Kaohsiung, la ville de Pingtung et les parcs industriels locaux.13
Pourquoi ne pas aller directement à la gare de Kaohsiung ? Le ministère des Transports a expliqué en 2023 qu'une évaluation en 2010 avait envisagé la voie partagée TGV/TRA, mais que cette option n'avait pas été retenue. Après la mise en souterrain du chemin de fer à Kaohsiung en 2018, réintroduire le TGV à la gare de Kaohsiung aurait nécessité, selon l'estimation initiale, la démolition d'environ 265 bâtiments et causé des perturbations de trafic prolongées en centre-ville pendant les travaux. Le choix de tracé pour l'extension vers Pingtung est donc aussi un arbitrage entre préservation urbaine et efficacité de transport.14
Yilan pose un autre type de problème. Le corridor nord-Yilan ne comprend pas seulement l'autoroute nationale n°5, mais aussi les routes provinciales 2 et 9 et le TRA. Le Bureau des chemins de fer souligne que l'offre existante ne satisfait pas la demande, et que les climats extrêmes et séismes créent un risque de rupture des liaisons vers l'est. La ligne TGV Yilan prévue partirait de Nangang vers l'est, en évitant le bassin versant du réservoir de Feitsui, via Xizhi, Pingxi, Shuangxi, Gongliao, Toucheng et Jiaoxi, avec une gare à Yilan, sur environ 60,6 km, incluant un dépôt de maintenance.15
Au 1er janvier 2026, le Bureau des chemins de fer indique que le rapport de planification globale du projet Yilan a été soumis au Yuan exécutif pour examen. L'estimation officielle prévoit un trajet Taipei-Yilan d'environ 28 minutes après mise en service, avec correspondance à la gare de Yilan vers le TRA pour Hualien et Taitung. Ce sont des prévisions de projet, pas des services en exploitation. Plus important encore, l'officiel définit TGV et TRA comme complémentaires : le TGV assure le transport interurbain moyen/long, le TRA le service régional et de navette. Ce que Yilan attend vraiment, ce n'est pas une gare isolée de plus, mais un nœud de correspondance capable de fonctionner entre TGV, TRA et la résilience du transport de l'est.16
📝 Note du commissaire : Pingtung et Yilan nous rappellent qu'avant de rapprocher Taïwan, le TGV doit d'abord répondre à une question plus lente — une fois le train arrivé, qui se charge d'amener les gens chez eux ?
Le TGV et l'environnement : on ne peut pas compter que le train en marche
La comparaison environnementale des modes de transport se termine trop souvent par « le train, c'est plus écologique », mais le TGV a besoin d'électricité, de viaducs, de tunnels, de gares, de bases de maintenance et de renouvellement à long terme. La page énergie 2024 de la THSRC publie le périmètre et la méthode de son bilan carbone, indiquant que l'inventaire des gaz à effet de serre couvre trains, gares, bases de maintenance, siège, centre de contrôle de Taoyuan et équipements de la ligne principale, selon la norme ISO 14064-1:2018, avec vérification.12
L'entreprise compare, sur la base des voyageurs-kilomètres 2024 du TGV et de la voiture particulière, une réduction estimée de 1 108 149 tonnes d'équivalent CO₂. La même page indique qu'entre 2010 et 2024, l'équipe d'économie d'énergie des trains a cumulé 26 909 MWh d'électricité économisée, soit 13 293 tonnes d'équivalent CO₂ en moins. Ces chiffres résultent de la méthode de comparaison et de l'inventaire de l'entreprise ; ils n'impliquent pas que le cycle de vie complet du TGV soit nécessairement plus bas-carbone que tous les autres modes, ni qu'ils incluent tous les coûts externes que le lecteur pourrait imaginer.12
Une formulation plus rigoureuse serait : le TGV offre un système électrifié capable de transporter des voyageurs à haut volume de voyageurs-kilomètres, avec un inventaire énergie/émissions vérifiable. Quant à savoir s'il est toujours plus bas-carbone selon les taux de remplissage, le mix électrique, les modes de correspondance et les matériaux de construction, cela suppose une comparaison aux mêmes frontières et selon la même méthode. Cette réserve n'affaiblit pas le TGV, elle empêche « bas-carbone » de devenir un slogan dispensé de vérification.
Un équilibre en cours
À son ouverture en 2007, le TGV apporte vitesse, capacité et prévisibilité. En 2024-2025, les données mensuelles officielles montrent qu'il est devenu un système banalisé utilisé à plusieurs millions de voyages par mois. Entre ces deux étapes, il a fallu traverser crise financière, développement des quartiers-gares en deçà des attentes, correspondances insuffisantes, sécurité sismique et inventaires énergétiques — une série de réalités qu'il a fallu corriger.7 10
L'évaluation académique du TGV ne se résume pas à une réponse unique. Des études observent des liens entre amélioration de l'accessibilité et prix de l'immobilier, population, industrie. D'autres rappellent que les gares périphériques ne deviennent pas automatiquement des quartiers résidentiels prospères. D'autres encore réexaminent les prévisions initiales de trafic et leurs relations avec tarifs, correspondances et emplacement des gares. Mis ensemble, ces résultats révèlent la vraie échelle du TGV : il est à la fois technologie ferroviaire et chaîne de réactions liant foncier, finance, gouvernance locale et choix de vie.3 5 7 11
Le résultat le plus important du TGV de Taïwan n'est peut-être pas le chiffre répétitivement mesurable de « Taipei-Kaohsiung en combien de temps », mais la nouvelle grammaire quotidienne qu'il a fait émerger dans le corridor occidental : partir le matin, traverser plusieurs comtés et villes, rentrer le soir à la maison. Mais ce quotidien n'a jamais été l'œuvre du train seul. Il dépend des correspondances amont/aval, de la liaison quartiers-gares/centres-villes, de tarifs abordables, de systèmes d'ingénierie maintenus en continu, et d'un débat public qui ne fuit pas face aux coûts financiers et environnementaux.
📝 Note du commissaire : Le TGV a rapproché Taïwan, mais « rapprocher » n'est pas une fin. La vraie question est : qui peut plus facilement arriver, qui reste coincé dans les interstices des correspondances et du foncier ?
Lectures complémentaires
- Bureau des chemins de fer, ministère des Transports : TGV de Taïwan
- Taiwan High Speed Rail Corporation : Historical Milestones
- Taiwan Panorama : Life in the Fast Lane: Exploring the Taiwan High Speed Rail
Références
- Taiwan High Speed Rail Corporation:Historical Milestones — Page officielle des jalons historiques du TGV de Taïwan, mentionnant le service commercial Banqiao-Zuoying 2007, l'ouverture complète Taipei-Kaohsiung et l'évolution des fréquences.↩2
- Bureau des chemins de fer, ministère des Transports : TGV de Taïwan — Explication de l'organisme public sur l'origine du concept TGV, l'étude de faisabilité, le positionnement parmi les douze grands chantiers, le contexte d'ingénierie et la trame du transport public.↩2345
- The successes and failures of a key transportation link: accessibility effects of Taiwan's high-speed rail — Étude parue dans The Annals of Regional Science, analysant les relations entre accessibilité du TGV, prix de l'immobilier, navettage centre-ville et développement résidentiel des gares périphériques.↩23
- Taiwan High Speed Rail Corporation:Business Identification — Page officielle de l'historique de l'entreprise TGV, décrivant l'appel d'offres BOT, la formation des alliances et de la société, la concession de 35 ans, les 345 km de ligne et les phases de gares.↩23456
- High-speed rail in Taiwan: New experience and issues for future development — Recherche universitaire en économie des transports, menant une analyse coûts-avantages ex post, trafic, pression financière et intégration multimodale du TGV de Taïwan.↩23
- Yuan législatif : Principaux problèmes d'exploitation actuels du TGV de Taïwan — Données de la commission des transports du Yuan législatif, comparant plan d'investissement initial et trafic réel, recettes, déficits et structure financière 2007-2014.↩
- Reconstruction et analyse du modèle de prévision de trafic du chemin de fer à grande vitesse — Page de thèse référencée par Airiti, reconstruisant le modèle de prévision de trafic du TGV de Taïwan et discutant l'influence des tarifs, correspondances et emplacement des gares.↩23
- Taiwan's High-speed Rail: It's Been a Rapid Learning Curve — Article de Wharton Knowledge, relatant la concurrence intermodale initiale 2007, les coûts d'ingénierie, la topographie, viaducs, tunnels et design des gares vus à l'époque.↩23
- Taiwan Panorama:Life in the Fast Lane: Exploring the Taiwan High Speed Rail — Article de la publication gouvernementale 2025, présentant l'impact spatial du TGV, le 700T, la sécurité sismique, l'alerte aux catastrophes et les ouvriers du chantier ; les images de l'article ne servent pas de source au présent texte.↩23
- Taiwan High Speed Rail Corporation:Transportation Ridership — Page officielle des données de fréquentation de la THSRC, listant mensuellement voyageurs et voyageurs-kilomètres, avec définition des deux indicateurs statistiques.↩2
- Forecasting the Impact of Taiwan High Speed Rail System on Local Development — Résumé d'article en anglais de l'Institut de recherche sur les transports, modélisant l'impact de l'accessibilité, du développement foncier et des correspondances de gares sur le développement local à partir de 323 échantillons locaux à Taïwan.↩2
- Taiwan High Speed Rail Corporation:Energy and Waste Management — Page officielle énergie et gestion des déchets de la THSRC, publiant le périmètre d'inventaire 2024, la vérification ISO 14064-1:2018, la méthode de calcul carbone et les estimations d'économies d'énergie.↩23
- Bureau des chemins de fer, ministère des Transports : Travaux de planification pour l'extension du TGV vers Pingtung — Page officielle de planification décrivant le tracé de l'extension vers Pingtung, les 26,2 km d'ingénierie, la correspondance triple fer et le pôle de correspondance de Liukuaicuo.↩
- Ministère des Transports : Explication sur le non-passage par la gare de Kaohsiung pour l'extension du TGV vers Pingtung — Communiqué 2023 du ministère des Transports, expliquant l'historique de l'option voie partagée, la démolition en centre-ville de Kaohsiung et le choix de tracé actuel pour l'extension vers Pingtung.↩
- Bureau des chemins de fer, ministère des Transports : Travaux de planification pour l'extension du TGV vers Yilan — Page officielle de planification décrivant les besoins de transport nord-Yilan, le contournement du bassin versant de Feitsui, le tracé de 60,6 km et la fonction de correspondance de la gare de Yilan.↩
- Bureau des chemins de fer, ministère des Transports : Projet d'extension du TGV vers Yilan — Le Bureau réaffirme : bénéfices clairs, avancement prudent selon la loi — Explication officielle de janvier 2026 sur l'état d'avancement du projet Yilan, le trajet estimé à 28 minutes et la division des rôles TGV/TRA.↩