Yingge, rue ancienne de la céramique : du conduit de fumée au métro, deux siècles de transformation et de renouveau de la poterie

Yingge, cette ville autrefois célèbre pour ses rangées de cheminées, surnommée « la Jingdezhen taïwanaise », a, après une vague de transformation industrielle et de tourisme, vu l’ouverture du Musée d’art de la ville de New Taipei puis la mise en service de la ligne de métro San‑Ying. La nouvelle génération de céramistes explore, à travers des « journées portes ouvertes du site », de nouvelles voies de développement durable entre tradition et innovation, tourisme et industrie.

30 second overview : la rue ancienne de la céramique de Yingge, cette rue en briques rouges qui semble rustique, n’a qu’une trentaine d’années d’apparence touristique, mais elle porte l’essence de plus de deux siècles d’industrie céramique taïwanaise. Depuis l’ouverture du four par Wu An sous la dynastie Qing, en passant par la modernisation japonaise, l’éclat de l’exportation d’après-guerre, jusqu’aux défis de la délocalisation industrielle et des normes environnementales des années 1990, le musée de la céramique créé en 2000 et la réaménagement piétonne de la vieille rue ont ouvert un nouveau chapitre du tourisme culturel. Avec l’ouverture du Musée d’art de la ville de New Taipei en 2025 et la mise en service de la ligne de métro San‑Ying en 2026, Yingge saisit de nouvelles opportunités de développement ; la nouvelle génération de céramistes, à travers les « journées portes ouvertes du site », explore activement une voie durable où industrie et tourisme prospèrent ensemble.

Yingge, rue ancienne de la céramique, cette rue bordée de briques rouges et de pavés, n’a en réalité que moins de trente ans d’apparence de « vieille rue ». Avant les années 1990, il ne s’agissait pas d’une rue commerçante fréquentée par les touristes, mais d’une zone industrielle où la fumée noire obscurcissait le ciel et où les camions circulaient sans cesse. À l’époque, chaque cheminée symbolisait la prospérité d’une famille, et chaque pièce de céramique sortie du four était directement expédiée dans le monde. Cependant, la trajectoire de transformation de cette « Jingdezhen taïwanaise » est bien plus complexe et profonde qu’il n’y paraît.

Deux siècles de feu de four : de Wu An à l’exploit de l’exportation

L’histoire de la céramique de Yingge remonte à la neuvième année du règne Jiaqing (1804) sous la dynastie Qing, lorsque Wu An, originaire de Quanzhou (Fujian), traversa la mer pour s’établir à Taïwan, découvrit la richesse argileuse de la région de Jianshan (aujourd’hui le secteur de Jianshan Pu lu) et créa un four, inaugurant ainsi le chapitre céramique de Yingge1. Au départ, la production se concentrait sur la poterie utilitaire grossière, comme les citernes d’eau et les jarres. Pendant la période coloniale japonaise, les autorités planifièrent le développement de l’industrie céramique à Taïwan et créèrent à Yingge la « Jianshan Ceramic Cooperative », introduisant des techniques de production modernes et rompant le modèle traditionnel de gestion familiale2.

Après la Seconde Guerre mondiale, la rupture du commerce sino‑japonais força la céramique de Yingge à répondre à la forte demande intérieure. Dans les années 1960, l’introduction du gaz naturel et l’amélioration substantielle de la qualité permirent à la petite ville de profiter de l’essor du secteur de la construction, menant à une période d’or de l’exportation3. Entre 1980 et 1990, le nombre d’ateliers à Yingge atteignit 1 300, les cheminées s’alignaient comme des rangées, et la ville fut surnommée « la Jingdezhen de Taïwan »4. Les habitants de l’époque plaisantaient en disant que « imprimer des carreaux, c’est comme imprimer du billet de banque », et pour augmenter la capacité, les industriels investissaient constamment dans les fours à tunnel et à gaz. Cette densité industrielle assombrit le ciel de Yingge, au point que les aînés se souviennent que « le nez se réveillait noir chaque matin »5.

2000 : de la ville industrielle au tourisme culturel

À la fin des années 1990, la mondialisation, la concurrence des produits à bas prix de Chine, la hausse des coûts de production et le durcissement des réglementations environnementales mirent l’industrie céramique de Yingge sous pression. De nombreux fours, incapables de financer des systèmes de filtration coûtant plusieurs millions de dollars, fermèrent ou délocalisèrent, plongeant la ville dans une crise de désindustrialisation6.

Pour inverser la tendance, Yingge lança une vaste reconversion touristique. L’an 2000 fut décisif : le Musée municipal de la céramique de Yingge ouvrit officiellement, et la rue Jianshan Pu fut transformée en zone piétonne, donnant naissance à l’actuelle « rue ancienne de la céramique »7. Cette reconversion redéfinissait la céramique, passant de « produit industriel » à « matière culturelle ». La rue ancienne introduisit des bâtiments en briques rouges, des pavés en pierre et des cheminées horlogères, créant une atmosphère nostalgique. Cependant, la rapide commercialisation engendra un effet « marché nocturne » : des commerçants extérieurs envahirent le secteur, des céramiques importées bon marché remplacèrent les œuvres locales, et la rue connut une période où son identité se brouilla, certains médias signalant une baisse de fréquentation le week‑end et soulevant le doute d’un « déclin de la vieille rue »8.

2026 : une nouvelle ère – métro, musée et journées portes ouvertes

De 2025 à 2026, Yingge a accueilli deux projets majeurs qui insufflent une nouvelle dynamique à sa reconversion :

Mise en service de la ligne de métro San‑Ying : un bouleversement du transport

Le 30 juin 2026, la ligne de métro San‑Ying du réseau de New Taipei entra en service, avec deux mois d’essai gratuit. Cette ligne relie Tucheng, Sanzhi et Yingge ; depuis le centre de Taipei, il suffit de prendre la ligne Bannan jusqu’à la station Dingpu, puis de changer pour arriver à Yingge en 20 minutes. La station LB09 « Ruelle de la céramique » se trouve à deux minutes à pied de la rue ancienne, tandis que la station LB08 « Yingge » offre une correspondance avec le train de la Taiwan Railway Administration, améliorant considérablement l’accessibilité et la commodité touristique9. Les commerçants locaux sont optimistes, estimant que le métro générera un flux constant de visiteurs, prolongera la durée de séjour et stimulera les ventes de restauration, de souvenirs et d’ateliers céramiques, favorisant un tourisme plus profond plutôt que de simples passages rapides10.

Ouverture du Musée d’art de la ville de New Taipei : un nouveau repère artistique

En avril 2025, le Musée d’art de la ville de New Taipei (NTCAM) ouvrit ses portes, installé à l’intersection des rivières Yingge et Dahan, dans le nouveau quartier San‑Ying. Conçu par l’architecte renommé Yao Ren‑xi, le bâtiment, pensé comme « un musée moderne au milieu des roseaux », est devenu un nouveau point de repère artistique du Grand Taipei. Le musée combine expositions, spectacles de lumière et espaces d’art pour enfants, et s’intègre avec le Musée de la céramique de Yingge et la rue ancienne pour former un « corridor culturel San‑Ying », stimulant le développement culturel de la région11. Bien que les débuts aient suscité le surnom de « musée moustique », la mise en service du métro a progressivement libéré son potentiel12.

Journées portes ouvertes du site : la douce révolution des successeurs

Face à la banalisation du tourisme et aux défis du vieillissement de la main‑d’œuvre, la nouvelle génération de successeurs à Yingge s’est mobilisée. En 2019, le Taiwan Design Research Institute lança le « programme T22 de revitalisation du design local », mettant en relation designers et ateliers traditionnels pour insuffler de la créativité aux produits13. En 2023, des familles céramistes locales – « Xin‑Wang Collective », « Tai‑Hua Kiln », « Anda Kiln » – formèrent le « Coopérative de la céramique intergénérationnelle » et organisèrent les « Journées portes ouvertes du site de Yingge ». Inspirées du festival des usines de Yanagisawa (Japon), ces journées brisent la tradition du « interdiction d’accès aux concurrents », invitant le public à pénétrer les ateliers, à observer le processus de fabrication et même à participer à des « dîners de table Yingge » accompagnés de vaisselle locale, offrant une immersion profonde dans la culture du site14.

📝 Note du commissaire‑exposant : la valeur de la vieille rue de Yingge ne réside pas seulement dans ses façades en briques rouges, mais dans les fours qui continuent de fonctionner derrière ces murs. Lorsque nous ne considérons plus la céramique comme un simple produit, mais comme une histoire vivante, la petite ville retrouve sa chaleur.

Expérimenter Yingge : sites, gastronomie et activités

Aujourd’hui, Yingge est passé d’un simple centre de production céramique à une zone touristique polyvalente mêlant art, création, gastronomie et loisirs familiaux. Les visiteurs peuvent approfondir leur expérience de plusieurs façons :

Quartier central et points de repère

La rue ancienne de la céramique s’articule autour de Jianshan Pu lu, s’étendant vers Chongqing Street, Ceramic Street et Yuying Street. En flânant, on découvre non seulement une multitude de boutiques de céramique, mais aussi plusieurs repères historiques :

  • Cheminée du vieux four Sijiao : symbole de la prospérité passée, certaines cheminées ont été conservées, comme la « dernière grande cheminée de la rue ancienne de la céramique » du four Renhe15.

  • Rue commerçante du four Qiang‑zai : ancien atelier de poterie électromagnétique reconverti en espace mêlant galeries d’art, cafés et studios d’art céramique, avec une cheminée horlogère qui sonne à intervalles réguliers16.

  • Musée commémoratif Hsu Xin‑Wang : fondé par une famille locale de potiers, il conserve les outils de production et les fours d’époque, et propose des ateliers DIY de modelage, de tournage et de peinture sur céramique17.

Musée de la céramique et temples artistiques

Le Musée municipal de la céramique de Yingge est le premier musée taïwanais dédié exclusivement à la céramique. Son bâtiment principal en béton blanc, agrémenté d’une vaste façade vitrée, offre un espace ouvert. Les expositions permanentes telles que « Regarder d’où l’on vient » et « Qiang‑zai Town » expliquent de façon accessible la culture céramique taïwanaise et l’évolution de l’industrie de Yingge. Le musée accueille régulièrement des expositions internationales, comme celle de 2026 : « Biennale internationale de la céramique de Taïwan », attirant des passionnés du monde entier18. Le parc extérieur comprend une pataugeoire et un bac à sable, idéal pour les familles.

Le Musée d’art de la ville de New Taipei propose quant à lui une immersion dans l’art contemporain ; son architecture en forme de roseaux constitue déjà une œuvre d’art. Le musée dispose de vastes salles d’exposition, d’un espace dédié aux enfants et d’un parc extérieur intégrant des installations d’art paysager, offrant une expérience artistique moderne11.

Ateliers céramiques et spécialités locales

Visiter Yingge, c’est aussi s’essayer à la poterie. De nombreux ateliers le long de la rue ancienne offrent des cours de tournage, de peinture et d’autres techniques DIY, sans besoin de réservation préalable. Côté gastronomie, plusieurs établissements emblématiques méritent le détour :

  • A‑Po Sushi : boutique ouverte 24 h depuis plus de 50 ans, réputée pour ses sushis taïwanais à prix abordable et son oden19.

  • Yong‑Bo Noodle Trash : soupe à base d’os de porc, garnie généreusement, favorite des noctambules19.

  • Grand‑Mère de Tofu Douhua : dessert traditionnel au tofu soyeux et sirop caramel, très apprécié des visiteurs19.

  • Hòu‑Dao Café : reconstitution d’un magasin de quartier des années 1950‑60, célèbre pour ses portions copieuses de porc braisé et de cuisse de poulet19.

Événements annuels et échanges internationaux

Chaque année, Yingge organise de nombreuses manifestations culturelles :

  • Yingge Carnival : fête d’automne, 2025 sous le thème « Chasse au trésor dans la petite ville – les entrepôts de la vieille rue s’ouvrent », mobilisant boutiques et ateliers céramiques, attirant un large public20.

  • Journées portes ouvertes du site de Yingge : organisées par la Coopérative de la céramique intergénérationnelle, elles invitent le public à pénétrer les fours, à vivre la culture du site et à participer à des projets d’alliance « cuisine locale × vaisselle »14.

  • Échanges internationaux : Yingge collabore régulièrement avec des centres céramiques étrangers, comme le festival de la poterie de Kasama (Japon), favorisant la visibilité internationale de la céramique taïwanaise21.

Défis et perspectives : équilibrer tradition et innovation

Bien que la reconversion touristique de Yingge ait produit des résultats notables, plusieurs défis subsistent. La « night‑marketisation » et la crainte d’une perte d’authenticité locale restent d’actualité, tout comme la nécessité de concilier commercialisation et préservation du patrimoine culturel. De plus, le vieillissement de la main‑d’œuvre céramique, les difficultés de succession et les problèmes environnementaux hérités de l’ancienne industrie testent la volonté de Yingge à poursuivre un développement durable22.

Néanmoins, avec la mise en service de la ligne de métro San‑Ying, l’ouverture du Musée d’art de la ville de New Taipei et l’engagement actif de la Coopérative de la céramique intergénérationnelle, Yingge montre une résilience remarquable. Les jeunes artisans ne se contentent pas de transmettre les techniques ancestrales ; ils les enrichissent par des collaborations transversales, des ouvertures de sites et d’autres modèles innovants, visant à transformer Yingge en un « musée vivant », où la ville centenaire de la poterie trouve son avenir entre tradition et modernité.

Transport et informations pratiques

  • Métro : prendre la ligne San‑Ying jusqu’à LB09 « Ruelle de la céramique » (2 min à pied) ou LB08 « Yingge » (correspondance TTRA).
  • Train : TTRA jusqu’à la gare de Yingge, puis correspondance métro ou marche de 15‑20 minutes jusqu’à la vieille rue.
  • Voiture : sortie Yingge de l’autoroute nationale 3, plusieurs parkings payants autour de la rue.
  • Meilleur moment de visite : en semaine, pour une expérience plus calme ; les week‑ends sont animés, idéaux pour ressentir l’ambiance du marché. Il est conseillé d’éviter les heures de midi, où la fréquentation est la plus élevée.

Références

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  12. 開幕不到 1 年!新北美術館假日都沒人 網曝致命傷 — 三立新聞網(Threads) — 2026 年 3 月貼文,記錄新美館開幕初期的「蚊子館」討論。
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  19. 三鶯線 2026 通車懶人包 — 聖瑪莉生活誌 — 2026 年 6 月整理通車資訊、12 站路線與周邊美食店家。
  20. 2025 鶯歌嘉年華 10/18 即將登場 — 新北市經濟發展局 — 官方新聞稿,記錄嘉年華主題「小鎮尋寶.老街開倉中」與店家串聯。
  21. T22 產地誌|從鶯歌出發吧! — 台灣設計研究院 — 產地誌第二輯,記錄鶯歌與日本燕三條等國際產地的交流。
  22. 台灣知名老街沒落!遊客嘆不想再去 — 風傳媒 — 2026 年 6 月報導,記錄老街商業化、特色流失與人潮下滑的輿論。
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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