Les mèmes de Ma Ying-jeou : de la « poignée de mort » à la « méduse cérébrale de Ma », comment la culture internet a remodelé l'image d'un homme politique

À partir de 2012, les paroles et gestes de l'ancien président Ma Ying-jeou ont fermenté au sein des communautés en ligne taïwanaises. De la moquerie autour de la « poignée de mort » au lapsus sur le « bois de cerf », jusqu'à l'autodérision de la « méduse cérébrale de Ma », une série de mèmes a profondément influencé la perception publique de sa personne. Ces phénomènes en ligne ne reflètent pas seulement la culture politique propre à Taïwan, mais illustrent aussi comment, à l'ère numérique, les mèmes déconstruisent et remodèlent l'image publique et la mémoire collective des figures politiques.

En 30 secondes : À partir de 2012, l'expression « poignée de mort » a commencé à circuler sur PTT parmi les xiangmin (contributeurs anonymes du forum). En 2014, le lapsus sur le « bois de cerf », puis en 2016, l'autodérision de Ma Ying-jeou se qualifiant lui-même de « méduse cérébrale de Ma » — les paroles et gestes de l'ancien président n'ont cessé de fermenter dans les communautés en ligne taïwanaises, donnant naissance à une série de mèmes politiques uniques. Ces mèmes ne sont pas seulement le reflet de l'opinion publique sur sa gouvernance et son image ; ils constituent aussi un phénomène singulier de la culture internet taïwanaise, influençant profondément l'image publique des figures politiques à l'ère numérique. Cet article explore en profondeur les origines, l'évolution et l'impact social de ces mèmes emblématiques.

En 2012, un terme a commencé à circuler dans les communautés en ligne taïwanaises : la « poignée de mort ». Née de la moquerie des xiangmin de PTT, cette expression est rapidement devenue l'un des mèmes les plus représentatifs de l'ancien président Ma Ying-jeou, ironisant sur le fait que toute personne lui serrant la main connaîtrait ensuite un malheur 1. Du lapsus sur le « bois de cerf » à la réponse controversée « mais tu m'as bien vu », les paroles et gestes de Ma Ying-jeou durant son mandat, amplifiés et interprétés par internet, ont progressivement évolué en une série de mèmes largement connus. Ces mèmes ne reflètent pas seulement la perception publique de sa gouvernance et de son image ; ils sont aussi devenus un phénomène unique de la culture internet taïwanaise, influençant profondément l'image publique des figures politiques à l'ère numérique. Cet article examine plusieurs mèmes emblématiques associés à Ma Ying-jeou, en analysant leurs origines, leur évolution et leur impact social.

Analyse des mèmes principaux

1. La poignée de mort

L'expression « poignée de mort » a commencé à circuler sur PTT vers 2012 parmi les xiangmin 1. Ces derniers avaient observé que toute personne ou groupe ayant serré la main du président Ma Ying-jeou et posé avec lui se retrouvait ensuite confronté à un événement malheureux ou à une contre-performance — qu'il s'agisse de politiciens perdant leur poste, d'athlètes voyant leurs résultats décliner, voire de catastrophes naturelles frappant certains pays. Ce phénomène a été surnommé par les xiangmin en empruntant l'« emprise de la mort » (Death Grip), une technique du Chevalier de la Mort dans le jeu World of Warcraft, pour décrire de façon humoristique et parodique la supposée malchance attachée à Ma. Parmi les cas les plus cités, la joueuse de tennis Hsieh Su-wei, après avoir remporté le tournoi de Wimbledon en 2013 et rencontré Ma Ying-jeou, a vu ses performances ultérieures scrutées à travers le prisme de la « poignée de mort ». Par ailleurs, l'hélicoptère Apache à bord duquel Ma avait voyagé a subi un accident, et le président gambien Jammeh, peu après avoir serré la main de Ma, a rompu les relations diplomatiques avec Taïwan tout en étant atteint d'une tumeur cérébrale — autant d'événements qui ont alimenté la légende de la « poignée de mort » 1. Face à ce mème, Ma Ying-jeou a lui-même fait preuve d'humour : dans une vidéo d'autodérision filmée avant la fin de son mandat en 2016, il a sorti une crème pour les mains, déclarant qu'il fallait bien « entretenir » ces mains, répondant ainsi indirectement à ce célèbre running gag du net 2.

📝 Note du commissaire : Lorsqu'une main de politicien se voit attribuer des pouvoirs surnaturels, il ne s'agit pas seulement d'une moquerie en ligne, mais d'un reflet de la manière dont le public, face à des événements inexpliqués, construit du sens par l'imagination collective — avec une pointe d'ironie envers le pouvoir.

2. Le bois de cerf

Le 14 mars 2014, lors d'une rencontre avec le roi maori de Nouvelle-Zélande, Ma Ying-jeou a provoqué une vive polémique en affirmant par erreur que le « bois de cerf » (lùróng) était « le poil qui pousse dans l'oreille du cerf » 3. La citation exacte était : « La Nouvelle-Zélande produit un produit très célèbre appelé bois de cerf — c'est le poil à l'intérieur de l'oreille du cerf. » Cette déclaration a immédiatement été largement discutée et moquée sur internet, beaucoup soulignant que le bois de cerf est en réalité un bois jeune, encore cartilagineux et recouvert de duvet, et non un poil auriculaire. Dès lors, le terme « bois de cerf » est devenu l'un des mèmes emblématiques des lapsus de Ma, et il a lui-même été surnommé « Ma Karong » (jeu de mots sur 馬卡茸).

📝 Note du commissaire : Un simple lapsus, à l'ère de la diffusion rapide de l'information, peut être instantanément interprété, amplifié, voire transformé en étiquette politique. Cela met à l'épreuve la prudence des figures politiques et illustre l'examen « au microscope » que les communautés en ligne réservent aux personnalités publiques.

3. Les deux bentō

Le 4 mai 2012, Ma Ying-jeou s'est rendu à l'Université nationale de science et technologie de Pingtung pour un échange avec des étudiants. Un étudiant s'est plaint de la hausse des prix, expliquant qu'« un bentō ne suffisait plus à le rassasier ». La réponse de Ma a été : « Alors, tu en as acheté un deuxième ? » ou « Tu veux en manger un deuxième ? » 4. Ces propos ont été perçus comme un manque de compréhension des difficultés du quotidien, comparés à la célèbre anecdote historique « Pourquoi ne pas manger de la viande ? » (何不食肉糜), et ont rapidement suscité de vives critiques et moqueries sur internet, devenant un mème symbolisant son décalage avec la réalité vécue par la population.

📝 Note du commissaire : Cet incident a mis en lumière le fossé entre l'expérience de vie des dirigeants politiques et celle des citoyens ordinaires. Une réponse en apparence anodine, mais déconnectée du vécu populaire, peut provoquer de fortes réactions et se muer en stéréotype d'un homme politique coupé du réel.

4. Dix secondes de recueillement

Le 12 mai 2013, lors d'une cérémonie en hommage aux pêcheurs victimes de l'incident du Guangdaxing 28, Ma Ying-jeou a invité l'assemblée à observer une minute de silence. Cependant, après avoir appelé au recueillement, il s'est mis à compter à voix haute : « 1, 2, 3… » jusqu'à « 10 », détruisant complètement la solennité du moment 5. Cette séquence gênante, captée par les médias, est devenue virale sur internet et est devenue l'un des mèmes les plus représentatifs de son inadéquation aux codes protocolaires et de la rigidité de son style.

📝 Note du commissaire : Le recueillement est un acte solennel qui suppose une démarche intérieure spontanée. Lorsque le chef de l'État lui-même compte à voix haute, cela annule la signification même du silence et révèle une maîtrise insuffisante des détails et de l'atmosphère des cérémonies publiques, renforçant l'image d'un homme « dépourvu de tact ».

5. La capuche de pluie sur le visage

En octobre 2012, lors d'une visite sur une zone sinistrée, une photo de Ma Ying-jeou portant un imperméable dont la capuche était retournée ou couvrait excessivement son visage a été publiée par les médias 6. Cette image, en raison de son effet visuel comique, est rapidement devenue virale, largement détournée et partagée par les internautes, devenant un mème moquant son apparence peu avantageuse ou sa maladresse. Ce mème illustre le regard sévère que le public porte sur le comportement des figures politiques lors de visites de catastrophe, ainsi que l'effet d'amplification des communautés en ligne pour toute image inappropriée.

📝 Note du commissaire : Une photo vaut mille mots. Sur une zone sinistrée, l'image d'un dirigeant est scrutée à la loupe. Ce cliché de la « capuche de pluie sur le visage » a involontairement capturé la gêne de Ma Ying-jeou face à une crise, et sa diffusion sur internet en a fait un symbole concret de son image de maladresse.

6. Découvrir le pied de Ma

Durant la campagne présidentielle de 2008, une publicité de Ma Ying-jeou le montrait à vélo. Cependant, un gros plan sur ses pieds dans la publicité a été détourné par les internautes sous le nom « découvrir le pied de Ma » (露出馬腳) 7. Ce mème joue habilement sur le double sens de l'expression chinoise lùchū mǎjiǎo, qui signifie à la fois « révéler le pied de Ma » (en référence au nom de famille de Ma Ying-jeou) et « dévoiler la vérité cachée », suggérant d'éventuelles failles ou mensonges, devenant ainsi un running gag amusant durant la campagne.

📝 Note du commissaire : Les détails de la communication politique sont souvent interprétés de manière inattendue par le public. Lorsqu'une publicité cherche à façonner une image parfaite, le moindre détail apparemment anodin peut se voir attribuer un nouveau sens, voire devenir un matériau d'ironie — c'est la complexité de l'interprétation des symboles à l'ère numérique.

7. « Je te considère comme un être humain »

En décembre 2007, alors qu'il était candidat présidentiel du Kuomintang, Ma Ying-jeou a tenu des propos controversés lors d'une rencontre avec des autochtones du village de Xindian, dans le district de Xindian : « Je te considère comme un être humain, je t'éduque, tes gènes sont corrects, je te donne une opportunité, et tu dois respecter mes règles du jeu. » 8. Ces propos ont été critiqués pour leur suprématie han et leur manque de respect envers la culture et l'autonomie des peuples autochtones, provoquant un tollé social et devenant un symbole négatif dans son image publique.

📝 Note du commissaire : Cette phrase révèle une arrogance potentielle dans les rapports de pouvoir. Bien que l'intention ait pu être d'exprimer l'égalité des chances, la posture de « donneur » implicite et la fixation des « règles du jeu » ont touché un nerf sensible entre les groupes culturels et ethniques, entraînant une grave crise de confiance.

8. « Mais tu m'as bien vu »

Durant le typhon Morakot (inondations du 8 août 2009), Ma Ying-jeou s'est rendu à Taitung pour une visite de terrain. Face à des sinistrés en larmes qui se plaignaient de ne pas pouvoir voir le président, il a répondu : « Je ne savais pas que vous vouliez me voir… Mais tu m'as bien vu, non ? » 9. Ce dialogue, perçu comme dépourvu de compassion et empreint de bureaucratie, a provoqué une forte insatisfaction populaire, étant considéré comme une preuve de son déconnexion avec les citoyens ordinaires, et est devenu l'un des mèmes les plus controversés de la période Morakot.

📝 Note du commissaire : Sur une zone sinistrée, la présence d'un dirigeant n'est pas seulement une aide matérielle, mais aussi un réconfort moral. Le problème avec cette réponse est qu'elle réduit le désir des sinistrés d'« être vus » à une simple rencontre physique, ignorant l'importance de la connexion émotionnelle et de l'empathie, ce qui a renforcé l'image d'un gouvernement indifférent.

9. « Débrouillez-vous »

En 2009, lors d'une visite à la ferme aquatique « Shengyang » à Yilan, Ma Ying-jeou a inscrit les caractères « 自求多福 » (zìqiú duōfú, littéralement « débrouillez-vous ») sur une « boule écologique » (ecosphere) fabriquée par l'exploitant 10. Une boule écologique est un système fermé où les organismes survivent grâce à un cycle interne. L'intention de Ma était probablement de faire référence aux organismes à l'intérieur de la boule. Cependant, dans le contexte politique post-typhon Morakot, cette inscription a été interprétée comme un signe d'indifférence et d'irresponsabilité envers les sinistrés ou les citoyens, suscitant de vives critiques. En 2015, le maire de Taipei Ko Wen-je, visitant la même ferme, a éclaté de rire en voyant l'inscription et a déclaré : « Il a effectivement intérêt à se débrouiller lui-même », ravivant l'attention portée à ce mème 10.

📝 Note du commissaire : Une simple inscription peut recevoir des interprétations radicalement différentes selon le contexte spatio-temporel. Lorsque les paroles et gestes d'un dirigeant sont décalés par rapport à l'ambiance sociale, même des mots a priori anodins peuvent se charger de connotations négatives sous l'effet de l'émotion collective et devenir des symboles d'ironie.

10. « On va renverser le Kuomintang »

Le 7 janvier 2024, alors qu'il faisait campagne à Kaohsiung pour le candidat présidentiel du Kuomintang Hou You-yi, Ma Ying-jeou a commis un lapsus en déclarant : « C'est comme ça qu'on pourra renverser le Kuomintang » 11. Ce lapsus manifeste, par son effet dramatique d'inversion, s'est rapidement propagé dans les communautés en ligne, devenant un mème hautement ironique, largement repris et détourné par les internautes de tous bords politiques.

📝 Note du commissaire : Les lapsus des figures politiques, dans les moments clés, sont souvent amplifiés à l'infini et peuvent devenir de puissants symboles politiques dépassant leur intention initiale. Ce lapsus « renverser le Kuomintang » n'est pas seulement devenu un sujet brûlant sur internet, mais a aussi, par son ironie dramatique, profondément influencé la perception des électeurs, illustrant le pouvoir immense du langage dans la communication politique.

11. « Nous accueillons le porc américain »

En 2009, dans son « journal hebdomadaire de gouvernance », Ma Ying-jeou a partagé son expérience d'étudiant aux États-Unis, mentionnant qu'à l'époque, comme les pieds de porc étaient moins chers que le bœuf, il en mangeait chaque semaine 12. Ces propos, remis au goût du jour en 2020 lorsque Taïwan a ouvert ses frontières au porc américain traité au ractopamine, ont été exhumés par les internautes pour dénoncer une incohérence dans la position de Ma sur la question du porc américain, ou pour suggérer son acceptation du porc américain, devenant ainsi un mème à connotation politique satirique.

📝 Note du commissaire : Les déclarations passées des figures politiques sont souvent réexaminées et réinterprétées dans de nouveaux contextes. Lorsqu'une question de politique publique se lie à l'expérience personnelle, le public tend à examiner la cohérence des positions. Cette remarque sur le « porc américain » a ainsi été chargée d'une nouvelle signification ironique dans un climat politique spécifique.

12. « Même si tu as le bras cassé, j'ai de l'expérience »

Lors d'une visite de réconfort à des policiers et pompiers blessés dans l'exercice de leurs fonctions, Ma Ying-jeou a déclaré : « Même si tu as le bras cassé, j'ai de l'expérience — quand on te casse le bras, tu deviens encore plus fort. » 13. Ces propos, destinés à encourager, ont été critiqués pour leur manque d'empathie, leur incapacité à véritablement comprendre la souffrance des blessés, et leur ton perçu comme léger et inapproprié, suscitant une controverse en ligne et devenant un mème.

📝 Note du commissaire : Dans un contexte de réconfort, le choix des mots d'un dirigeant politique est crucial. Un « partage d'expérience » maladroit, même bien intentionné, peut être perçu comme un manque de considération et d'empathie en raison de son décalage avec la situation des blessés, suscitant ainsi des réactions négatives du public.

13. Les inondations

En 2001, le typhon Nari a frappé Taïwan, provoquant de graves inondations à Taipei. Plusieurs stations et tronçons des lignes Bannan et Tamsui du métro de Taipei ont été submergés, paralysant le système pendant plusieurs mois 14. Ma Ying-jeou, alors maire de Taipei, a attribué la catastrophe aux « forces de la nature », déclarant que « les précipitations étaient trop importantes, on ne pouvait rien faire ». Cet épisode est devenu un point focal des doutes persistants sur sa gestion des eaux, et un mème emblématique. En 2013, durant le typhon Kammuri, le métro de Taipei a de nouveau été menacé par des inondations. Lors d'inspection, Ma a demandé au bureau du métro de garantir qu'il n'y aurait plus d'inondations, et le directeur du métro a répondu sur le ton de la plaisanterie : « Il vaudrait mieux se coucher sur les rails », illustrant une nouvelle fois la portée de ce mème 14.

📝 Note du commissaire : Face aux catastrophes naturelles, l'attente du public envers le gouvernement ne se limite pas aux réparations post-catastrophe, mais porte aussi sur la prévention en amont et l'attitude de gestion de crise. Lorsqu'un dirigeant attribue la responsabilité aux « forces de la nature » plutôt qu'aux défaillances humaines ou aux mécanismes d'urgence, cela laisse facilement l'impression d'un rejet de responsabilité et devient un symbole de sa gouvernance constamment remise en question.

14. La méduse cérébrale de Ma

En 2016, le jeu mobile Pokémon GO a connu un engouement fulgurant à Taïwan. Des internautes ont alors associé Ma Ying-jeou au Pokémon « méduse d'agate » (Tentacool) du jeu, créant le terme « méduse cérébrale de Ma » (mǎ nǎo shuǐmǔ) pour ironiser sur ses supposées caractéristiques de « sans cerveau, mou et toxique » 15. Ce mème s'est rapidement propagé en ligne, et Ma Ying-jeou lui-même y a répondu avec humour : « Bébé n'est pas la méduse cérébrale de Ma », montrant son acceptation de la culture internet et contribuant à la popularité du mème 15.

📝 Note du commissaire : La combinaison de la culture populaire et des figures politiques crée souvent des effets de mèmes inattendus. Lorsqu'un dirigeant politique répond avec humour à ces mèmes, cela peut non seulement le rapprocher des jeunes générations, mais aussi montrer sa résilience face à l'opinion publique en ligne, transformant des étiquettes négatives en points de mémoire publique alternatifs.

15. « Tu es vraiment pas mal, tu peux retenir ta respiration pendant deux minutes »

Durant le typhon Morakot en 2009, Ma Ying-jeou s'est rendu à Chiayi pour une visite de terrain. Il a rendu visite à une petite fille qui avait été ensevelie sous des coulées de boue pendant deux minutes avant d'être secourue. Dans la chambre d'hôpital, il a pris la fille dans ses bras et l'a félicitée : « Tu es vraiment pas mal, tu peux retenir ta respiration pendant deux minutes ! » 16 17. Ces propos ont été vivement critiqués pour leur manque total d'empathie, réduisant la lutte pour la survie d'une sinistrée à une sorte de « performance » ou d'« exploit », devenant l'une des déclarations les plus emblématiques de ses « blagues de l'enfer ».

📝 Note du commissaire : Face à des sinistrés ayant subi un traumatisme majeur, le langage d'un dirigeant devrait être porteur de réconfort et de compassion. Réduire la survie lors d'une catastrophe à une performance technique de « rétention de respiration » ne minimise pas seulement la gravité de la catastrophe, mais donne au public le sentiment d'une indifférence presque absurde, qui se transforme ensuite en symbole d'ironie sur internet.

16. « Les maisons permanentes sont très fraîches, on a l'impression d'être en Provence »

En août 2011, à l'approche du deuxième anniversaire du typhon Morakot, Ma Ying-jeou a passé la nuit dans les maisons permanentes de la communauté autochtone de Rinari, dans le canton de Majia, à Pingtung. Le lendemain matin, il a vanté la beauté de l'environnement et la fraîcheur de l'air, déclarant : « Les maisons permanentes sont très fraîches, on a l'impression d'être en Provence. » 18 19. Ces propos ont provoqué une vive réaction de la part des sinistrés autochtones et de l'opinion publique, critiquant le fait qu'il romantise la douleur des sinistrés contraints de quitter leurs terres ancestrales et relogés dans des maisons permanentes, en la comparant à une « destination de vacances », renforçant une fois de plus l'image d'un homme déconnecté du réel et dépourvu d'empathie.

📝 Note du commissaire : Pour les autochtones ayant perdu leur foyer, les maisons permanentes représentent un choix par défaut, porteur de la douleur d'une rupture culturelle et d'un exil. Les comparer à la « Provence », destination touristique française, bien que l'intention ait pu être de louer la qualité de la construction, est devenu extrêmement ironique et déplacé en raison de l'ignorance du contexte émotionnel des sinistrés.

17. Le gâteau de haricots rouges et le « regard de mort » de Chow Mei-ching

Lors du banquet du Double Dix (fête nationale) en 2008, Ma Ying-jeou a été filmé en train de dévorer goulûment des gâteaux de haricots rouges (dòubǐng, sorte de crêpe fourrée), sans aucun égard pour son image, tandis que son épouse Chow Mei-ching le regardait avec un froncement de sourcils réprobateur 20 21. Cette scène, captée par les médias, est rapidement devenue virale, devenant un mème classique illustrant le côté « populaire » de Ma Ying-jeou et l'image de « belle-sœur cool » de Chow Mei-ching. Ma Ying-jeou a lui-même souvent utilisé cette anecdote pour s'autodévaloriser, allant jusqu'à partager cette photo sur Facebook en déclarant : « C'est ça, le bonheur » 22.

📝 Note du commissaire : L'interaction de ce couple politique a ajouté une touche d'humanité à une occasion politique solennelle. Le « regard noir » de Chow Mei-ching et l'obsession de Ma pour les gâteaux de haricots rouges ont construit une image publique chaleureuse et ancrée dans le quotidien, transformant avec succès un potentiel risque d'image en un running gag largement apprécié.

18. « C'est bizarre, toi ! » : réprimandé par son épouse lors de la cérémonie d'investiture

Le 20 mai 2012, lors de la cérémonie d'investiture de Ma Ying-jeou en tant que treizième président de la République de Chine, après être descendu de voiture devant le palais présidentiel, il a gravi les marches seul, oubliant complètement d'attendre son épouse Chow Mei-ching derrière lui. Chow Mei-ching a alors réprimandé publiquement et à haute voix : « C'est bizarre, toi ! Tu ne peux pas m'attendre une seconde ? » 23 24. Cette expression « C'est bizarre, toi ! » (qíguài yě nǐ) est instantanément devenue virale, devenant l'une des expressions les plus populaires de l'année, et renforçant les images mémétiques de Ma comme « distrait et inattentif » et de Chow comme « franche et audacieuse ».

📝 Note du commissaire : Lors de la cérémonie la plus importante de la nation, la république publique de la première dame a brisé la solennité du protocole politique. Cette phrase « C'est bizarre, toi ! » ne reflète pas seulement l'interaction authentique du couple, mais est devenue un symbole important utilisé par le public pour se moquer du style de comportement de Ma, illustrant le déconstruction de l'autorité politique par le langage populaire.

19. « Non, non »

« Non, non » (méiyǒu la) est une expression que Ma Ying-jeou utilisait très fréquemment face aux questions des médias, aux controverses ou aux compliments 25. Que ce soit lors d'une conférence de presse après son inculpation dans l'affaire des frais spéciaux, ou lors d'un banquet lorsqu'on lui demandait s'il était ivre, il répondait souvent avec un « Non, non » prononcé d'un ton particulier 26. Cette expression, en raison de sa fréquence et de son caractère évasif ou gênant, a été largement imitée et détournée par les internautes, devenant un mème représentatif de son style linguistique.

📝 Note du commissaire : Les tics de langage reflètent souvent les traits de caractère d'une personne. Le « Non, non » de Ma Ying-jeou est progressivement devenu, aux yeux du public, un symbole d'évitement des questions ou de manque de responsabilité. Cette habitude linguistique, déconstruite par la culture internet, est devenue un symbole étiqueté qui a affecté la crédibilité de sa communication.

Conclusion

La formation et la diffusion des mèmes de Ma Ying-jeou ne sont pas seulement un reflet du développement de la culture internet taïwanaise, mais aussi le signe de l'attention et de l'interprétation minutieuses que le public porte aux paroles et gestes des figures politiques. Ces mèmes, nés de la moquerie et de la satire, sont progressivement devenus une partie de la mémoire collective, influençant même l'image publique et la carrière politique de leur sujet. À travers l'analyse de ces mèmes, nous pouvons observer comment, à l'ère numérique, les modes de formation et de diffusion de l'opinion publique ont fondamentalement changé : chaque parole et geste d'un dirigeant politique peut être amplifié et examiné, et se voir attribuer de nouveaux sens au sein des communautés en ligne. Comprendre ces mèmes, c'est non seulement saisir un aspect de la culture politique taïwanaise, mais aussi observer un cas important de la manière dont le public participe aux discussions politiques et construit des symboles politiques à l'ère numérique.

Pour aller plus loin

  • Ma Ying-jeou — La biographie du protagoniste des mèmes : artisan du dégagement des relations inter-détroit, symbole de la génération des 22K, pour comprendre le contexte politique derrière les mèmes
  • Mèmes taïwanais — Panorama de l'écosystème des mèmes taïwanais : encyclopédie des xiangmin de PTT, images pour aînés, VTubers et trajectoires d'évolution des différents types de mèmes
  • Images pour aînés — Un autre vecteur de diffusion des mèmes politiques : le langage visuel politique qui se propage via les groupes LINE

Sources

  1. PTT鄉民百科 — 死亡之握、馬賽傳奇 — n.d. Article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  2. TVBS NEWS — 【TVBS】擦護手霜自嘲死亡之握! 馬「KUSO」卸任影片 — 17 mai 2016, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  3. 自由時報電子報 — 鹿茸是鹿耳朵的毛?馬英九口誤挨批沒常識 — 14 mars 2014, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  4. ETtoday新聞雲 — 屏科大學生反映便當吃不飽 馬挨諷:何不食二盒? — 6 mai 2012, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  5. 自由時報電子報 — 馬領眾「默哀」10秒數出聲音全場詫異 — 12 mai 2013, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  6. ETtoday新聞雲 — 馬英九雨衣帽罩頭超爆笑 潘建志:能長這麼大是奇蹟 — 31 octobre 2012, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  7. nagee — 【可是瑞凡,這樣大家就都知道了耶】 史上最丟臉的競選廣告 — 13 janvier 2016, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  8. TVBS NEWS — 「我把你當人看」 馬英九發言生波 — 26 décembre 2007, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  9. 自由時報電子報 — 馬勘災民哭喊:全家投你為何見你這麼難 — 11 août 2009, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  10. Yahoo新聞 — 眼尖看見馬題字「自求多福」 柯P大笑 — 4 avril 2015, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  11. TVBS NEWS — 馬英九高雄助選凸槌! 喊「下架國民黨」旁人提醒急更正|TVBS新聞 — 7 janvier 2024, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  12. 自由時報電子報 — 抓到了!馬英九曾自曝:我留學美國每週吃豬腳 — 31 août 2020, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  13. ETtoday新聞雲 — 巡佐說「我手斷了」 馬英九:打斷手骨顛倒勇 — 3 août 2014, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  14. 維基百科 — 馬英九 — n.d., article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  15. ETtoday新聞雲 — 馬英九卸任倒數24Hr…自嘲4大事件總整「鄉民讚高EQ」 — 19 mai 2016, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  16. 芋傳媒 — 地獄梗始祖在此!細數「台獨教主」馬英九六大發言紀錄 — 12 août 2019, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  17. 想想論壇 — 【島嶼邊緣】真不簡單,你竟能對馬英九憋氣六年多! — 4 août 2014, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  18. Newtalk新聞 — 夜宿災區永久屋 馬:好像在普羅旺斯 — 7 août 2011, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  19. Yahoo新聞 — 夜宿屏東瑪家 總統:好像普羅旺斯 — 6 août 2011, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  20. ETtoday新聞雲 — 馬英九辦公室「放1張合照」還自嘲1句!網笑了:吃紅豆餅錯了嗎 — 17 janvier 2026, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  21. 中時新聞網 — 大人們的餐桌》馬英九至愛紅豆餅 — 22 janvier 2020, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  22. Yahoo新聞 — 偷吃紅豆餅被周美青瞪 馬總統情人節PO文:這就是幸福 — 13 février 2013, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  23. Yahoo新聞 — 皺眉嗆馬「很奇怪耶你!」 周美青見記者一秒露笑臉 — 20 mai 2012, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  24. 中國台灣網 — 周美青:你可不可以等我一下啊! — 22 mai 2012, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  25. YouTube — 馬英九沒有啦 — 15 mars 2007, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
  26. Yahoo新聞 — 喝醉非首次!馬英九曾傻笑媚回「沒有啦」 — 10 avril 2024, article/notice, documentant les événements d'origine du mème et sa diffusion en ligne
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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Culture

Images de lotus et de Bouddha : tendresse numérique et champ de l'information derrière les « images de seniors »

Les « images de seniors » ne sont pas seulement la preuve que les aînés taïwanais franchissent la fracture numérique, mais aussi un vecteur d'échange émotionnel sur les plateformes sociales. Cependant, leur forme particulière est devenue un terreau fertile pour la désinformation et s'est transformée, chez les jeunes générations, en une culture de mèmes à part entière.

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Personnes

Ma Ying-jeou : docteur en droit de Harvard entré au bureau de Chiang Ching-kuo comme traducteur anglais, président pendant huit ans appuyé sur une image d'« intégrité », et qui a laissé derrière lui les deux rives, les Tournesols et les 22K

Le 7 novembre 2015, au Shangri-La de Singapour, il serre la main de Xi Jinping pendant 1 minute 20 secondes : première rencontre entre les plus hauts dirigeants des deux rives depuis 1949. Une même photographie que la société taïwanaise continue de se rappeler de deux manières radicalement différentes : d'un côté, on y voit une percée historique ; de l'autre, une concession de subjectivité politique. Son image d'« intégrité » construite pendant huit ans de présidence, les relations entre les deux rives, les 22K et le Mouvement des Tournesols, puis deux visites en Chine durant la décennie qui suit son départ du pouvoir et la déclaration familiale de 2026, ne font toujours pas consensus aujourd'hui.

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Mode de vie

Présentation des coiffures taïwanaises : des interdictions capillaires aux mèmes, un reflet des mutations sociales

En 1969, le ministère de l'Éducation de la République de Chine imposa le crâne rasé comme norme pour les collégiens. En 2005, Du Zhengsheng, alors ministre de l'Éducation, mit fin définitivement à cette interdiction après une protestation de quatre cents élèves, déclarant : « La coiffure peut-elle déterminer si quelqu'un est bon ou mauvais ? » Le crâne des hommes taïwanais reflète ainsi une transition sociale, de la discipline autoritaire à l'expression individuelle. Le mème « la coupe d'A-Zhi », devenu viral ces dernières années, n'en est que le dernier chapitre.

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