wretch

Résumé en 30 secondes : Wretch.cc (無名小站) est une plateforme sociale taïwanaise fondée en 1999 par Jian Zhiyu, étudiant à l'Université nationale Chiao Tung.
Née d'un assemblage de matériel mis au rebut, elle est devenue le deuxième site le plus visité de Taïwan, rachetée par Yahoo pour environ 700 millions de dollars taïwanais, avant de fermer définitivement en 2013.
Ce n'est pas seulement l'histoire d'un site web — c'est le reflet de toute la jeunesse numérique d'une génération taïwanaise.

« Nous n'étions que des inconnus, sans grandes ambitions au départ. » Ainsi Jian Zhiyu, fondateur de Wretch, expliquait-il l'origine du nom du site. Personne n'aurait imaginé que ce projet né en 1999 dans un dortoir de l'université Chiao Tung deviendrait l'une des plateformes sociales les plus marquantes de l'histoire d'internet à Taïwan.

On dit parfois que Wretch a démarré avec des « restes recyclés » — et ce n'est pas une exagération. Jian Zhiyu et son colocataire Lin Hongquan ont monté ce système BBS sur du matériel mis au rebut par le département d'informatique de leur université. À l'époque, créer un site personnel réclamait de solides compétences techniques. Wretch contournait cet obstacle grâce à son système d'inscription immédiate : n'importe qui pouvait obtenir son propre espace en quelques clics.

Du BBS à l'empire des blogs

En 2005, dans un Taïwan qui exhortait sa jeunesse à « étudier sérieusement et aller travailler dans une grande entreprise technologique », choisir de créer une startup internet relevait de la provocation. Jian Zhiyu s'en souvient : « À l'époque, dire qu'on voulait monter une startup, c'était déjà rebelle. Faire du web en plus, on vous prenait pour un fou. »

Pourtant, Wretch a su saisir un tournant décisif : la culture blog était sur le point d'éclore à Taïwan. Face aux interfaces austères des BBS, Wretch proposait une expérience bien plus accessible, permettant à tout un chacun de tenir son journal en ligne sans connaissance technique. Ce pivot stratégique transforma un simple projet universitaire en la plus grande plateforme de blogs de Taïwan.

À son apogée, Wretch n't était pas seulement le premier site de blogs du pays — c'était le deuxième site le plus visité de Taïwan, juste derrière Yahoo Kimo. Selon les données de l'institut de mesure Createch, Wretch n'a cédé sa deuxième place qu'en septembre 2009, dépassé par Facebook.

💡 Le saviez-vous ?
Au sommet de sa popularité, Wretch enregistrait plusieurs millions de visites quotidiennes. Nombre de blogueurs et influenceurs aujourd'hui célèbres ont commencé leur parcours sur cette plateforme.
Les fonctions « qui est venu chez moi », « journal privé », « albums protégés par mot de passe » sont devenues des symboles de la jeunesse des millennials taïwanais.

Le rachat à 700 millions par Yahoo

En 2007, Yahoo Kimo rachète Wretch pour environ 700 millions de dollars taïwanais — une opération qui fit l'effet d'un coup de tonnerre dans l'écosystème internet taïwanais. Les critiques y virent une manœuvre monopolistique : le premier site du pays avalant le second. Mais pour Jian Zhiyu et son équipe, ce rachat prouvait qu'« une entreprise taïwanaise pouvait être acquise par un groupe international — et qui plus est, une entreprise fondée par des jeunes ».

La logique commerciale de Yahoo était limpide : son propre service de blogs, « Yahoo Kimo Blog », n'arrivait pas à rivaliser avec Wretch. Plutôt que de continuer à se battre, il était plus simple d'acheter le concurrent dominant. Ce raisonnement — « si je ne peux pas te battre, je t'achète » — paraissait alors tout à fait rationnel.

Après le rachat, Jian Zhiyu rejoignit l'équipe de Yahoo Kimo après son service militaire, naviguant régulièrement entre Taïwan et les États-Unis. En 2010, lors d'un premier déplacement dans la Silicon Valley, il prévoyait d'y rester deux ans. Il finit par y poser ses valises définitivement, rejoignant plus tard AME Cloud Ventures, le fonds d'investissement du cofondateur de Yahoo Jerry Yang, pour passer du statut d'entrepreneur à celui d'investisseur.

La fermeture : les adieux d'une génération

Le 30 août 2013, Yahoo Kimo annonce officiellement la fermeture de Wretch, fixée au 26 décembre de la même année. L'annonce provoqua une onde de choc dans toute la communauté internet taïwanaise.

Yahoo justifiait sa décision en ces termes : « Afin de recentrer nos efforts sur l'optimisation de nos produits phares et d'accélérer le développement de services innovants, nous devons parfois prendre des décisions difficiles. » La réalité sous-jacente était implacable : Facebook, Instagram et autres réseaux sociaux avaient profondément reconfiguré les usages numériques, et les plateformes de blogs traditionnelles hémorragiaient leurs utilisateurs.

La fermeture s'est déroulée par étapes à partir de septembre. Dans un premier temps, Yahoo a ouvert un service de sauvegarde des données et de « déménagement facile », invitant les utilisateurs à migrer leur contenu vers Xuite. Le 30 octobre, le site est passé en « mode lecture seule » : consultation possible, mise à jour impossible.

Le 26 décembre au soir, Wretch entrait définitivement dans l'histoire. Cette nuit-là, de nombreux utilisateurs restèrent rivés à leur écran jusqu'à la dernière seconde. Les réseaux sociaux se remplirent de messages d'adieu : « Ma jeunesse vient de se terminer », « Au revoir, mes vieilles honteurs », « Merci de m'avoir accompagné pendant mes années d'études ».

📝 Note du curateur
Lors de la fermeture de Wretch, un phénomène singulier s'est produit sur internet à Taïwan : des milliers d'utilisateurs se sont mis à sauvegarder frénétiquement leurs anciennes photos et articles, comme pour sauver une jeunesse sur le point de disparaître.
Cette nostalgie collective témoigne de la place unique qu'occupait Wretch dans la culture numérique taïwanaise.

Les larmes d'une époque et les tentatives de résurrection

Dix ans après sa fermeture, la place de Wretch dans la culture internet taïwanaise s'est paradoxalement renforcée. L'expression « larmes d'une époque » est devenue le qualificatif systématique dès qu'on évoque Wretch parmi les millennials taïwanais.

En mars 2025, un compte baptisé @wretch_1999 est apparu sur Threads, se présentant comme « la résurrection de Wretch » et suscitant immédiatement un engouement massif. Le ton des publications reproduisait à la perfection le style des anciens blogs de la plateforme, avec cette pointe de mélancolie : « Est-ce que les gens qui utilisent Threads aujourd'hui savent même qui je suis ? », « Quand est-ce que quelqu'un va remarquer que je suis de retour ? »

Ce compte s'est finalement révélé être un projet nostalgique créé par un fan, mais il avait déjà réuni des dizaines de milliers d'abonnés en quelques jours. Les réponses affluaient : « Rends-moi mon mot de passe », « Rends-moi mes albums photo », « Ma jeunesse est de retour ». Cet enthousiasme dit tout du poids de Wretch dans la mémoire collective de la génération internet taïwanaise.

⚠️ Points de vue divergents
La disparition de Wretch suscite des lectures différentes. Certains y voient une erreur stratégique de Yahoo, d'autres l'inévitable conséquence de l'évolution d'internet. Mais ce qui ne fait aucun doute, c'est que sa fermeture a marqué la fin de l'âge d'or des blogs taïwanais.

Le paradoxe au cœur de l'histoire : l'immortalité de l'« Inconnu »

L'ironie ultime est là : cette plateforme qui s'était baptisée « les inconnus » est devenue l'une des références les plus mémorables de l'histoire d'internet à Taïwan. Elle a été le témoin du passage de Taïwan du modem commuté au haut débit, de l'ordinateur fixe aux appareils mobiles, du blog textuel aux réseaux sociaux fondés sur l'image.

La vraie valeur de Wretch ne tenait pas à ses innovations techniques, mais au fait qu'elle a offert à toute une génération taïwanaise son premier éveil à l'identité numérique. Dans un monde sans Facebook ni Instagram, Wretch était l'endroit où beaucoup de gens ont, pour la première fois, osé « être eux-mêmes » sur internet.

Jian Zhiyu résumait ainsi cette traversée : « Le plus grand regret de ma vie, c'est que le Jian Zhiyu de 2005 ne pensait pas encore comme le Jian Zhiyu de 2010. » Avec une vision plus internationale et une structure capitalistique plus solide, Wretch aurait peut-être pu résister plus longtemps aux guerres des réseaux sociaux.

Mais l'histoire n'a pas de conditionnel. En quatorze ans d'existence, Wretch a tracé un sillon indélébile dans l'histoire d'internet à Taïwan. Elle a prouvé une chose : les produits qui touchent vraiment les gens, même après leur disparition, continuent de vivre dans la mémoire de leurs utilisateurs.

Pour tous ceux qui ont tenu leur journal, partagé leurs photos ou échangé sur les pages de Wretch, wretch.cc n'est pas qu'une adresse web — c'est une coordonnée numérique de leur jeunesse. Quand on parle de Wretch, on ne parle pas d'un site : on parle de la mémoire collective de toute une génération.

Références

À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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