Culture

Mythes autochtones taïwanais : des récits oraux de la création au déluge

Les mythes autochtones taïwanais ne sont pas de simples récits anciens : ils constituent des archives vivantes de la mémoire collective et de la transmission culturelle, porteuses d'une sagesse de coexistence avec la nature et d'une vision profonde de la vie.

En 30 secondes : L'île de Taïwan n'est pas seulement d'une grande diversité géographique : elle est aussi un trésor de mythes culturels. De la création par la fissure d'une roche chez les Atayal, au mythe de la mise à mort du soleil chez les Bunun, en passant par le grand déluge et le mariage fraternel chez les Amis, ces épopées orales ont façonné la cosmologie de chaque peuple et reflètent leur profonde interaction avec l'environnement naturel ainsi que leur sagesse d'adaptation. Ces mythes sont une clé indispensable pour comprendre la culture des peuples autochtones de Taïwan.

« Il y a très longtemps, très longtemps, il y avait un énorme rocher sur la montagne… Un jour, ce grand rocher se fissura soudain… dans un fracas assourdissant… et soudain en sortirent un frère et une sœur… »1 Ce n'est pas l'ouverture d'un conte de fées, mais le récit de la mythologie de la création des Atayal de Taïwan, transmis depuis des millénaires. Sur cette terre de Taïwan, les peuples autochtones de langue austronésienne ont, grâce à une riche et diversifiée littérature orale, tissé d'innombrables épopées sur la création du monde, les déluges et les interactions entre humains et divinités. Ces mythes ne sont pas de simples légendes anciennes : ils constituent des archives vivantes de la mémoire collective, porteuses d'une sagesse de coexistence avec la nature et d'une vision profonde de la vie.

La roche fissurée : la source de la création chez les Atayal

Les Atayal sont l'un des peuples autochtones de Taïwan chez lesquels circule le mythe de la « création par la fissure d'une roche ». Selon la tradition, près du village de Ruiyan (瑞岩), dans le canton de Ren'ai (仁愛鄉) du comté de Nantou (南投縣), se dressait un immense rocher appelé « Pinsbukan » en langue atayal, signifiant « lieu de la roche fissurée ». La légende ancienne raconte qu'un jour, ce rocher se fissura soudain et qu'en sortirent un homme et une femme, les ancêtres du peuple Atayal. Une autre version rapporte cependant que trois personnes — deux hommes et une femme — émergèrent du rocher : l'un des hommes, trouvant le monde sans intérêt, retourna à l'intérieur de la rocher, et le couple restant donna naissance aux générations futures.2 Ce mythe n'explique pas seulement l'origine du peuple : il symbolise aussi le lien indissociable entre les Atayal et la terre.

📝 Note du conservateur : Le mythe de la roche fissurée des Atayal diffère radicalement des récits occidentaux de « création à partir de l'argile » ou de « création divine de l'humanité ». Il met en avant l'émergence de la vie à partir d'une matière naturelle dure et résistante, débordant d'une vitalité brute et tenace.

Le déluge dévastateur : mémoire commune d'un peuple insulaire

Dans la mythologie des peuples autochtones de Taïwan, le « grand déluge » est un thème universel et central, présent dans les légendes de pratiquement chaque groupe ethnique. Cela reflète non seulement l'environnement géographique de Taïwan, soumis aux typhons et aux fortes pluies, mais pourrait aussi être la mémoire commune d'une catastrophe ancestrale. Bien que les récits varient dans leurs détails, leur cœur est toujours le même : comment l'humanité a survécu à une catastrophe majeure, reconstruit son foyer et redéfini sa relation avec la nature.

Les Amis : mariage fraternel et la pierre blanche de la renaissance

Les légendes du déluge chez les Amis sont d'une grande diversité. Le récit du village de Malan (馬蘭), à Taitung, est particulièrement émouvant. Il raconte qu'autrefois, un violent séisme provoqua l'éruption de flux chauds souterrains qui formèrent un déluge submergeant la terre entière. Seuls un frère et sa sœur, portés par un mortier de bois, survécurent à la dérive. La sœur aînée, épuisée par la nage, se transforma en statue de pierre en cours de route. Le frère et la sœur restants, afin de perpétuer la vie humaine, se marièrent avec l'autorisation du Soleil. Cependant, leur première progéniture fut un monstre. Sur les conseils de la Lune, ils réessayèrent en se séparant d'une natte d'herbe, mais donnèrent naissance à une pierre blanche. La Lune leur recommanda de conserver cette pierre. Quelques jours plus tard, quatre enfants naquirent de la pierre blanche : deux d'entre eux, aux pieds nus, engendrèrent les descendants de l'humanité, tandis que les deux autres, chaussés, devinrent les ancêtres des Han.3

Les Bunun : le serpent géant et la transmission du feu

La légende du déluge chez les Bunun met en scène l'assistance des animaux. Un serpent géant aurait obstrué un cours d'eau, provoquant une inondation qui submergea la terre. Les Bunun fuirent vers le mont Yu (玉山, la plus haute montagne de Taïwan) pour s'abriter, mais souffrirent de l'absence de feu pour cuire leurs aliments. Après les échecs du crapaud et de plusieurs oiseaux pour rapporter le feu, ce fut finalement l'oiseau Kaipisi qui réussit à le ramener. Par la suite, un grand crabe combattit le serpent géant et lui ouvrit le ventre, permettant au déluge de se retirer progressivement. Les Bunun établirent alors la coutume de ne jamais tuer les crapauds ni les oiseaux Kaipisi, en remerciation de leur contribution.4

Les Atayal : sacrifices et refuge en haute montagne

La légende du déluge chez les Atayal appartient au type classique du « refuge en haute montagne ». Des pluies torrentielles tombant sans interruption pendant sept jours et sept nuits provoquèrent une inondation, et les membres du peuple fuirent vers le mont Dabajian (大霸尖山) pour s'abriter. Pour apaiser la colère divine, ils sacrifièrent successivement un chien, puis une vieille femme, mais le déluge ne faisait que monter. Finalement, le chef du peuple sacrifia avec un cœur brisé sa plus belle fille en la jetant dans les eaux (une autre version rapporte que ce furent un frère et une sœur ayant offensé les esprits divins et ancestraux qui furent jetés dans l'eau), après quoi le déluge se retira rapidement, formant le relief accidenté que nous connaissons aujourd'hui.5

La conquête du soleil ardent : le mythe de la mise à mort du soleil chez les Bunun

Le mythe bunun de la mise à mort du soleil est un autre récit empreint de force et de réflexion. Il raconte qu'à l'époque primordiale, deux soleils brillaient tour à tour dans le ciel, plongeant la terre dans une chaleur insoutenable et causant la souffrance de tous les êtres vivants. Un père et son fils, déterminés à sauver leur peuple, entreprirent un long voyage armés d'arcs et de flèches. En chemin, ils plantèrent des pamplemoussiers et des orangers comme repères. Après des décennies de marche, ils atteignirent enfin la demeure du soleil. Après plusieurs tentatives infructueuses pour échapper à l'éclat aveuglant, ils exploitèrent la résistance à la chaleur des feuilles de palmier de montagne pour parvenir à toucher l'œil droit de l'un des soleils.6

Le soleil aîné, blessé, demanda avec douleur la raison de cet acte. Le père expliqua les souffrances endurées par son peuple sous la chaleur accablante, et comment les enfants s'étaient transformés en lézards. Touché par leur sort, le soleil aîné promit qu'à l'avenir un seul soleil brillerait, tandis que l'autre deviendrait la lune, apportant l'alternance du jour et de la nuit. Il enseigna également au père et à son fils comment cultiver le millet selon les phases de la lune, et leur demanda de célébrer des rites. Le soleil aîné retourna dans le ciel et devint la lune douce et lumineuse qui brille dans le nocturne. Le père et son fils rapportèrent les semences transmises par la lune à leur peuple : le père était déjà mort de vieillesse, et le fils, guidé par les pamplemoussiers et les orangers qu'il avait plantés, revint au village en vieillard aux cheveux blancs.6

📝 Note du conservateur : Le mythe bunun de la mise à mort du soleil n'est pas seulement une démonstration d'héroïsme : il révèle, à un niveau plus profond, le processus de passage du conflit à la réconciliation entre l'humanité et la nature, ainsi qu'une compréhension intime des rythmes de la vie.

Résonances contemporaines des mythes

Les mythes autochtones taïwanais ne sont pas seulement des souvenirs du passé : ils conservent une importance considérable dans la société contemporaine. Ces récits sont non seulement une source d'inspiration pour la création littéraire et artistique, mais aussi le cœur de l'identité ethnique et de la transmission culturelle. À travers les mythes, nous pouvons entrevoir la manière dont les peuples autochtones comprennent le monde, expliquent l'origine de la vie, font face aux catastrophes et établissent des normes sociales et des valeurs morales. Ils nous rappellent que, dans la vague de modernisation, il existe encore une sagesse ancienne digne d'être étudiée et chérie.

Ces récits mythiques, par leur narration unique et leur imagination foisonnante, confèrent à cette terre de Taïwan une profondeur culturelle remarquable. Ils constituent une composante essentielle de la culture plurielle de Taïwan et un pont vital reliant le passé au présent, l'humanité à la nature.

« Les mythes et légendes se transmettent oralement, de génération en génération, sans texte fixe. Et lorsque les tribus se sont séparées et se sont développées différemment, le langage et le mode de vie ont évolué, entraînant des variations dans les mythes et légendes. »7 Cette phrase décrit avec justesse la vitalité et la mouvance des mythes autochtones taïwanais. Ce ne sont pas des textes figés, mais une culture vivante qui se réinvente constamment au fil du temps et de l'évolution des peuples.

Références

  1. Récits légendaires des Atayal — Il y a très longtemps, très longtemps, il y avait un énorme rocher sur la montagne… Un jour, ce grand rocher se fissura soudain… dans un fracas assourdissant… et soudain en sortirent un frère et une sœur… Ces deux personnes furent les seuls humains en vie au monde, et ils vécurent dès lors l'un auprès de l'autre, inséparables.
  2. De la pierre fissurée naquit plus que Sun Wukong : légendes de l'origine humaine chez les peuples autochtones de Taïwan — En langue atayal, « pinsbukan » signifie « lieu de la roche fissurée ». La légende rapporte que près du village de Masitobaon (dans le canton de Ren'ai, comté de Nantou), un plateau porte encore les vestiges d'un rocher de deux zhang de haut. Dans les temps anciens, cette pierre se fissura et donna naissance à un homme et une femme, qui furent leurs ancêtres.
  3. Après le déluge : renaissance de la belle île après la fin du monde - 原視界 Indigenous Sight — Les ancêtres du village de Malan vivaient à l'origine près du mont Jilakasan (proche de l'actuel port de Hualien). Un jour, un violent séisme se produisit soudainement, et des flux chauds jaillissant des entrailles de la terre formèrent un déluge. L'immense inondation submergea l'ensemble des terres, et presque tous les êtres vivants furent entièrement anéantis. Seuls un frère et ses deux sœurs, portés par un mortier de bois, échappèrent à la catastrophe en dérivant.
  4. Légende bunun de la conquête du soleil — Wikipédia, l'encyclopédie libre — À l'époque primordiale, un serpent géant obstrua un cours d'eau, empêchant les eaux de s'écouler. Un déluge s'abattit et submergea la terre. Les Bunun fuirent en hâte vers le plus haut mont Yu pour s'abriter, et tous les animaux s'y réfugièrent également.
  5. Après le déluge : renaissance de la belle île après la fin du monde - 原視界 Indigenous Sight — Il y a très longtemps, Taïwan était une vaste plaine plate, et les gens vivaient en harmonie sur cette terre. Un jour, des pluies torrentielles tombèrent sans interruption pendant sept jours et sept nuits (selon la tradition du groupe Dahu des Atayal, cette tempête fut provoquée par le mariage d'un frère et d'une sœur, offensant les divinités et les esprits ancestraux). Le déluge détruisit les foyers et submergea les gens, le bétail et les champs. Les survivants, guidés par le chef du peuple, fuirent vers le mont Dabajian pour échapper à l'assaut des eaux.
  6. Légende bunun de la conquête du soleil — Wikipédia, l'encyclopédie libre — Il est raconté qu'à l'époque primordiale, deux soleils brillaient tour à tour dans le ciel, et que le peuple souffrait cruellement, donnant naissance à la légende bunun de la mise à mort du soleil. À la suite de cette confrontation, le Soleil et les Bunun, après avoir communiqué, firent en sorte que la Lune prenne le relais la nuit, établissant ainsi le cycle des saisons.
  7. Mythes et légendes des peuples autochtones — 臺灣與海洋亞洲 — Les peuples autochtones n'avaient pas d'écriture ; les mythes et légendes se transmettaient oralement, de génération en génération, sans texte fixe. Et lorsque les tribus se sont séparées et se sont développées différemment, le langage et le mode de vie ont évolué, entraînant des variations dans les mythes et légendes.
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
Autochtones Mythologie Littérature orale Culture taïwanaise
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