Comté de Pingtung : le tournant du destin national s’est produit ici, un fait que Taipei ne se souvient jamais
Vue d’ensemble en 30 secondes : le 22 mai 1874, le lieutenant‑colonel japonais Sakuuma Sōma a conduit 150 hommes dans la gorge de Shimen (aujourd’hui le village de Shimen, commune de Mudan, comté de Pingtung). Le chef du clan Paiwan d’Arugou et son fils sont morts ce jour‑là. Cette guerre a poussé l’Empire Qing à renverser sa politique à Taiwan : Shen Baozhen a créé le comté de Hengchun, aboli l’interdiction de traverser le détroit et, en 1883, a fait ériger le phare d’Eluanbi. 780 000 habitants vivent dans les 33 villes et districts du comté de Pingtung, où cinq peuples autochtones (environ 49 643 Paiwan, 2 100 Rukai, Makatao, Puyuma, Amis) cohabitent avec les six districts Hakka, les Hoklo et les quatre grands groupes de la population d’origine continentale. Le 8 août 2009, à 4 h 30 du matin, le barrage de Linbian a cédé. L’histoire de Taiwan a changé deux fois à partir de cette péninsule, mais le récit dominant de la capitale ne retient plus que le festival de musique de Kenting.
5 h 30 à Donggang, chaque année d’avril à juin
Si vous demandez à un habitant de Pingtung « quand Pingtung est le plus charmant », il ne vous parlera probablement pas du festival de Kenting (c’est un événement touristique). Il vous parlera plutôt du marché aux enchères de Donggang, qui se tient chaque année d’avril à juin.
Le thon rouge migre chaque année pendant ces mois à travers le détroit de Bashi pour frayer ; c’est « la période la plus gouteuse »[^1]. Au pic, entre 1999 et 2000, la capture à Donggang a dépassé les dix mille spécimens, représentant 60 à 70 % de la capture nationale de thon rouge chaque année[^1]. Puis, en 2010, la production s’est effondrée : moins de mille spécimens, seulement 998[^1].
Le 21 avril 2026, le « premier thon » vendu mesurait 2,14 m et pesait 190 kg, et a été adjugé à 10 600 NTD le kilogramme, soit un prix record historique, pour un total de 2 014 000 NTD[^2]. Le capitaine du bateau « Fù Yú Qìng 2 », Hong Fu‑jia, avait 67 ans. Il a fallu seize ans pour remonter de la vallée en 2010.
C’est la preuve contemporaine que Pingtung est un comté de pêche. Le festival de Kenting brille en mai pour les touristes ; mais à 5 h 30 du matin, le marché aux enchères de Donggang, chaque poisson passant du détroit de Bashi à la table d’un restaurant japonais de Taipei, se déroule chaque année. Avant que la capitale ne consomme ce thon, les Pingtoungiens ont déjà crié leurs offres sur le marché.
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Le phare d’Eluanbi, 6 juin 2011. Photo : Bernard Gagnon, CC BY‑SA 3.0 via Wikimedia.
L’embuscade de la gorge de Shimen
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Veste courte sans manches du peuple Paiwan de Mudan, 1956, collection de l’Université nationale de Taiwan. Photo : 氏子, CC BY‑SA 4.0 via Wikimedia.
Le moment où la péninsule de Pingtung a changé le destin de Taiwan s’est produit à un autre instant que 4 h 30 du matin : le 22 mai 1874, dans la gorge de Shimen.
Le contexte remonte à trois ans auparavant. Le 18 octobre 1871, un navire de tribut de l’île d’Okinawa, parti du port de Naha, a été dévié par un typhon et a accosté dans la baie de Bayao (aujourd’hui la baie de Jiupeng, commune de Manzhou, comté de Pingtung). Sur les 69 passagers okinawaiens, trois se sont noyés, 66 ont débarqué. En s’aventurant dans le territoire sacré du peuple Paiwan (kuskus), 54 ont été tués, tandis que 12 ont été escortés vers le bureau de Taiwan par les Chinois Yang You‑wang et Yang A‑cai[^3]. De multiples sources attribuent ces massacres à un « malentendu linguistique », et non à une volonté de meurtre unilatérale ; le peuple Paiwan pratiquait la « sortie du feu » (exécution) et aurait mal interprété les intentions des arrivants.
Le Japon a utilisé cet incident, combiné à l’erreur diplomatique de la Chine qui avait déclaré que les « barbares » n’étaient pas sous la souveraineté Qing », pour former une expédition sous le commandement du colonel Sakuuma Sōma. Le 8 mai 1874, les troupes japonaises ont débarqué à Sheliao (aujourd’hui le village de Sheliao, commune de Checheng, comté de Pingtung)[^3].
Le 22 mai, le lieutenant‑colonel Sakuuma Sōma a conduit 150 hommes jusqu’à Shimen (aujourd’hui le village de Shimen, commune de Mudan, comté de Pingtung, en langue Paiwan : macacukes, signifiant « soutien mutuel »). Les Paiwan avaient préparé une embuscade, mais, désavantagés matériellement, les troupes d’assaut japonaises ont escaladé les falaises et ont dominé le champ de bataille. Le chef de Mudan, Arugou, et son fils sont morts lors de cet affrontement[^3].
Ensuite, les villages ont été incendiés. « Après la victoire à Shimen, les troupes japonaises ont pénétré dans Mudan et le sanctuaire Kuskus, brûlant maisons et huttes, les habitants fuyant dans la panique »[^4]. Le 1 juillet, Mudan s’est rendu. Le 31 octobre, la Chine a signé le « Traité de Pékin » avec le Japon, dont le premier article stipulait clairement : « Cette intervention du Japon était une action de protection du peuple, la Chine ne la conteste pas »[^3]. La Chine a également payé 500 000 taels d’argent sous prétexte d’« achat de bâtiments et de routes construits par les Japonais ». Le 20 décembre, les troupes japonaises ont complètement quitté Taiwan.
Le conflit a coûté 12 morts japonais et 561 décès par maladie, les maladies tropicales étant bien plus meurtrières que les lances des Paiwan. Mais la victoire sur le terrain n’explique pas le véritable changement que ce conflit a engendré pour Taiwan.
Comment ce conflit a changé Taiwan
Après l’incident de Mudan, la politique de la Cour Qing à l’égard de Taiwan a complètement basculé. Shen Baozhen a été nommé « envoyé spécial » pour mettre en œuvre la politique « d’ouverture des montagnes et de pacification des barbares », ouvrant une route du sud de Shiliao (Pingtung) à Beinan (Taitung) sur 214 li[^5]. En même temps, l’interdiction de traverser le détroit a été levée (une politique de deux cents ans qui obligeait les migrants du Fujian et du Guangdong à obtenir un permis), le comté de Hengchun a été créé, et en 1885, la province de Taiwan a été officiellement établie, Liu Ming‑chuan devenant le premier gouverneur.
En d’autres termes : l’incident de Mudan a été le premier test militaire du Japon à Taiwan et le point de départ de l’engagement réel de la Chine à gouverner l’île. La prise de Taiwan par le Japon en 1895 trouve ses racines dans les mois qui ont suivi cet incident sur la péninsule de Pingtung.
📝 Note du curateur : La narration historique dominante place le « début de la colonisation japonaise » en 1895, après le traité de Shimonoseki. Cette narration coupe la chaîne de causalité. Le Japon a déjà testé la prise de Taiwan en 1874, en envoyant 3 600 hommes pendant six mois, apprenant que la Chine se retirerait, paierait et accepterait tacitement. La prise de 1895 était donc le résultat d’une leçon tirée 21 ans plus tôt à Mudan. La péninsule de Pingtung a été la porte d’entrée de la domination japonaise pendant 50 ans, pas une simple périphérie. La plupart des manuels d’histoire de Taiwan consacrent une demi‑page à 1874 et un chapitre entier à 1895. Cette différence de volume reflète les deux extrémités d’un même événement causal.
L’église de 1861, 21 ans avant l’école d’Oxford du Nord
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Église catholique de Wanjin (basilique Notre‑Dame). Photo : WEI WAN‑CHEN, CC BY‑SA 4.0 via Wikimedia.
En remontant 50 km vers le nord, on rencontre un autre moment oublié par le récit central.
Fin 1861, le père dominicain espagnol Guo De‑gang, accompagné du missionnaire Yang Du, a parcouru plus de 60 li pour atteindre le village de Wanjin, à Wanluan (comté de Pingtung)[^6]. En mai 1863, il a acheté un terrain et a construit une petite chapelle en terre. En novembre de la même année, le père Guo a été attaqué par des bandits complices d’un cocher ; peu après, la chapelle a été incendiée : « au milieu de la nuit, des hommes se sont introduits et ont mis le feu, réduisant le bâtiment en cendres »[^6], à la suite d’un conflit avec la communauté Hakka locale au sujet du partage des frais d’un « festival d’invocation des dieux ».
Une seconde tentative a été menée en 1869 par le père Liang Fang‑ji, qui a racheté le terrain et reconstruit l’église. Le 8 décembre 1870 (jour de la fête de la Vierge Immaculée) l’église a été consacrée[^6]. En 1874 (la même année que le débarquement japonais), l’empereur Tongzhi a accordé une « autorisation officielle » pour placer la pierre sacrée du « temple catholique » que Shen Baozhen a personnellement livrée à la basilique de Wanjin. En 1984, le pape Jean‑Paul II a élevé l’église au rang de basilique (basilique). Aujourd’hui, environ 80 % des habitants de Wanluan sont catholiques[^6].
Ce repère chronologique montre que l’église de Wanjin a commencé à évangéliser en 1861, soit 21 ans avant l’école d’Oxford de Mackay (1882) à Tamsui. L’histoire dominante du christianisme à Taiwan se concentre sur les missionnaires de Mackay dans le Nord et sur les missionnaires de Baguet dans le Sud, mais en réalité, une petite église dominicaine espagnole avait déjà fondé la première communauté catholique à Wanluan bien avant que Mackay ne parte étudier au Canada.
La basilique de Wanjin existe toujours ; chaque décembre, la procession de la Vierge est le plus grand événement catholique de Pingtung. Un village Hakka où 80 % de la population est catholique, intégré dans le plus grand village Hakka de Taiwan, n’est pas mentionné dans le récit central.
49 000 Paiwan, 2 100 Rukai
Le comté de Pingtung possède la structure ethnique la plus complexe de Taiwan. Cinq peuples autochtones, les Hakka des Six districts, les Hoklo et les quatre grands groupes de la population d’origine continentale cohabitent parmi 780 000 habitants[^7]. Mais la simple mention de « cinq groupes vivant ensemble » masque la réalité ; il faut examiner la répartition.
Paiwan (Paiwan) : principalement dans le Nord Paiwan (communes de Wutai, Majia, Taiwu) et le Sud Paiwan (communes de Chunri, Shizi, Mudan), ainsi que dans les communes de Laiyi et Sandimen. Le registre du comté indique environ 49 643 Paiwan (statistiques de fin 2023)[^8]. Leur culture matérielle se caractérise par les maisons en dalles de pierre, construites avec du schiste et du grès, les toits imitant les écailles du serpent « Hundred‑Step ». Elles se trouvent surtout à Sandimen, Majia, Taiwu, Laiyi et Chunri. Leur culture immatérielle phare est le « cinq‑ans festival » (maljeveq, « cérémonie de l’alliance entre les hommes et les dieux »), qui dure environ 15 jours tous les cinq ans, incluant le rituel du « ballon d’épines » où les participants plantent leurs lances dans une balle sacrée pour accueillir les esprits ancestraux[^8]. Les Paiwan croient que leurs ancêtres (qumaljeveq) résident sur le Mont Daba (nord) et descendent tous les cinq ans pour les visiter.
Rukai (Rukai) : principalement dans la commune de Wutai, incluant les villages de Dabu, Wutai, Jiamu, Shenshan et Jilou[^9]. La population Rukai du comté est d’environ 2 100 personnes (sur 13 000 au niveau national)[^9]. Leur architecture en dalles de pierre ressemble à celle des Paiwan mais diffère : deux portes au lieu d’une, une cour avant plus développée, et une disposition différente des cloisons en pierre. Leur symbole culturel est le léopard des nuages (Tagarawsu). Le village de Kucapungane (« Bon thé ancien ») est classé monument national et le seul site inscrit au « World Monuments Fund » (programme de protection du patrimoine mondial) en 2016[^9].
Le Mont Daba (altitude 3 092 m, Paiwan : Kavulungan, Rukai : Tagarawsu) est la montagne sacrée partagée par les deux peuples, ainsi que le dernier sommet du massif central à dépasser les 3 000 m[^10]. La réserve naturelle du Mont Daba abrite des espèces menacées comme l’ours noir de Taiwan, le faisan à queue bleue, le faisan impérial, le vautour, le merle à tête noire, le serpent à cent pas, le papillon jaune‑orange, ainsi que des conifères rares comme le cèdre de Taiwan et le pinus sylvestris.
Makatao : peuple Pingpu du bassin de Pingtung, autrefois réparti en huit communautés à Fengshan : les villages de Qieteng (est), Lili, Fangsu à l’est du fleuve Donggang, et les villages de Talou, Wuluo, Xiatan‑shui à l’ouest[^11]. Au cours du XIXᵉ siècle, la sinisation massive a intégré la plupart d’entre eux aux Hoklo. Le mouvement de reconnaissance des Pingpu persiste, les membres insistent sur « Je suis Makatao, pas Pingpu »[^11]. Leur culte particulier est le « Gan‑a‑Fo », une petite bouteille d’alcool enveloppée de tissu rouge, analogue au culte du poterie des Siraya.
Puyuma et Amis : minorités dans le comté, principalement autour de la commune de Manzhou[^7].
Le comté compte huit communes de montagne (Sandimen, Wutai, Majia, Taiwu, Laiyi, Chunri, Shizi, Mudan), le plus grand nombre au pays. Cependant, ces huit communes ne représentent que 5,5 % de la population totale, tandis que la ville de Pingtung, seule, compte près de 200 000 habitants, soit quatre fois la somme des huit communes[^12]. Cette disparité urbaine‑rurale constitue la structure physique derrière le cadre « le plus diversifié ». L’indice de vieillissement du comté était de 163,8 en 2019, le quatrième plus élevé de Taiwan, et 32,67 % de la population travaille dans l’agriculture[^25].
Les Six districts, nés d’une mutinerie de 1721
En partant de la ville de Pingtung vers le sud, le long des bassins des rivières Gaoping et Donggang, on trouve six communes Hakka, qui, avec les communes actuelles de Meinong, Liouguei et Shanlin (aujourd’hui intégrées à Kaohsiung), forment les « Six districts ». Elles constituent les deux grands centres de culte des « yi‑min » (héros du peuple) Hakka : le temple de Xiu‑zhong‑ting à Hsinchu au nord, et celui-ci au sud.
En 1721 (année 60 du règne de l’empereur Kangxi), Zhu Yigui s’est révolté à Tainan contre la dynastie Qing. Les colons Hakka du bassin de la rivière Xià Dànshuǐ ont ressenti une « crise de sécurité » : Zhu Yigui et Du Jun‑ying se sont affrontés à Tainan, et les Hakka craignaient d’être entraînés dans le conflit. En mai, plus de 10 000 hommes, issus de treize grandes communautés et de soixante‑quatre petites, se sont regroupés pour former une milice auto‑défensive, élisant Li Zhisan comme grand chef et se divisant en six groupes (les Six districts)[^13].
Correspondance entre les districts historiques et les divisions administratives actuelles : le district droit correspond aux districts de Meinong, Liouguei et Shanlin (qui appartenaient à Pingtung sous la dynastie Qing, puis à Kaohsiung après 1945) ; le district gauche correspond aux communes de Xinpi et Jiadong ; le district avant aux communes de Changzhi et Linluo ; le district arrière à la partie ouest de Neipu ; le district central aux communes de Zhudian et Yánpǔ ; le district avant‑garde à Wanluan. Les habitants actuels de ces six communes sont les descendants directs des milices de 1721.
Après l’incident de Zhu Yigui, l’empereur Kangxi a octroyé une plaque « Huai‑zhong » (fidélité) qui est aujourd’hui exposée au sanctuaire de Zhu‑zhì à Zhudian[^13]. Le temple Hakka de Xiu‑zhong‑ting à Hsinchu a reçu la plaque « Bao‑zhong » (loyauté) en 1786, à la suite de l’incident de Lin‑shuang‑wen, soit 65 ans après les Six districts. Bien que les deux cultes partagent des origines, leurs contextes historiques diffèrent.
✦ « En mai de la soixantième année du règne de Kangxi, lors du conflit entre Zhu Yigui et Du Jun‑ying, la « dispute entre les Hoklo et les Hakka » à Tainan a suscité la crainte des colons Hakka du bassin de la rivière Xià Dànshuǐ. En mai, ils se sont unis avec treize grandes communautés et soixante‑quatre petites, totalisant plus de 10 000 hommes. » (Wikipédia : article « Six districts »[^13])
Wanluan (district avant‑garde) est aujourd’hui célèbre pour ses jarrets de porc ; Zhudian et Neipu conservent des maisons Hakka traditionnelles (siheyuan) ; la basilique de Wanjin se trouve dans le district avant‑garde de Wanluan, où l’église dominicaine espagnole a été construite sur le terrain le plus ancien des Six districts Hakka, illustrant la logique historique de superposition. Dans les années 1860, Wanluan était le carrefour linguistique le plus complexe du sud de Taiwan.
Le phare d’Eluanbi 1883, la vieille ville de Hengchun 1879
Rempart est de la vieille ville de Hengchun, 7 septembre 2013. Photo : Orbital, CC BY‑SA 3.0 via Wikimedia.
Après l’incident de Mudan, la Cour Qing a entrepris la construction de fortifications.
En 1875 (première année du règne de Guangxu), Shen Baozhen a proposé la création du comté de Hengchun ; le 18 octobre de la même année, les travaux de la ville ont commencé. « Langjiao » était l’ancien nom de Hengchun, dérivé d’un terme Paiwan désignant une plante de la famille des orchidées ou le nom d’une ancienne tribu[^14]. En juillet 1879 (cinquième année de Guangxu), la ville était terminée : un périmètre de 880 zhang, quatre portes (est, ouest, sud – « Mingdu », nord) entièrement conservées. La vieille ville de Hengchun est « la ville de l’époque Qing la plus complète encore existante à Taiwan, la seule à conserver les quatre portes »[^14].
Quatre ans plus tard, le phare d’Eluanbi, dont la construction a commencé en 1881, a été achevé en 1883[^15]. Ce phare, situé à l’extrême sud de l’île, possède une architecture unique : conception en fort de canon, mur avec meurtrières, fossé, toit en bassin de rétention d’eau, qualifié de « phare armé unique au monde »[^15]. Pourquoi un phare armé ? Après l’incident de Mudan, la Cour Qing a perdu confiance dans la souveraineté des frontières frontalières, voulant à la fois guider les navires et se prémunir contre d’éventuelles nouvelles révoltes autochtones, d’où la construction d’un ouvrage de défense. Le 15 mars 2024, le phare d’Eluanbi a été classé monument historique.
Chaque année d’octobre à mars suivant, la péninsule de Hengchun connaît un phénomène météorologique particulier : le vent de descente. Le vent du nord‑est descend le long de la chaîne centrale et, en traversant la gorge de Shimen, la vallée de Dabu et les vallées de Manzhou, il se renforce brutalement, semblable à un sèche‑cheveux jamais éteint[^16]. Le trio « les trois étranges de Hengchun » (vent de descente, betel, folk ; certains ajoutent « pensée », le moon‑guitar, le vent de descente) place le musicien Chen Da (1906‑1981) au centre du folk : musicien de moon‑guitar, il a chanté les folk de Hengchun toute sa vie. En 1967, le Centre d’anthropologie de l’Académie centrale a enregistré ses chants, les faisant connaître au monde moderne[^16]. Son morceau emblématique est « Thought‑Rise ».
📝 Note du curateur : Les guides touristiques ne mentionnent le parc national de Kenting qu’après les années 1990. Le parc a été créé en 1984, le premier festival de musique de Kenting a eu lieu en 1995. Mais la péninsule de Hengchun a été intégrée à l’administration de Taiwan dès 1875, lorsqu’on a créé le comté de Hengchun. Avant cela, c’était « Langjiao », une zone où le pouvoir Qing ne s’étendait pas, où les migrants de Ryukyu rencontraient les Paiwan, puis devint le théâtre d’opérations japonaises. De 1875 (création du comté), à 1883 (phare armé), à 2008 (film de Wei De‑sheng « Cape No. 7 » : 5,3 milliards de TWD), la même péninsule est redécouverte toutes les quelques décennies, sous des angles différents : administratif, militaire, touristique.
Le 12 décembre 2008, le réalisateur Wei De‑sheng a sorti « Cape No. 7 », qui a totalisé 5,3 milliards de TWD en 113 jours et a remporté six prix aux 45ᵉ Golden Horse Awards[^17]. L’histoire se déroule à Hengchun, où le personnage principal, Ah‑Jia, travaille comme facteur et reçoit une lettre d’amour datant de l’époque japonaise. Dans une interview, Wei De‑sheng a décrit Hengchun comme « un lieu plein de musique, où le printemps contemporain crie et où les anciennes mélodies traditionnelles résonnent, où les vieilles murailles historiques côtoient les hôtels modernes »[^17].
Le jour où le barrage de Linbian a cédé
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Gare de Pingtung, 2013. Photo : contributeur Wikimedia Commons, CC BY‑SA via Wikimedia.
Du 7 au 9 août 2009, le typhon Morak a déversé des pluies records dans les montagnes de Pingtung, battant tous les records météorologiques de Taiwan à l’époque. La station de Xin‑Ma‑Jia a enregistré 1 897 mm en une journée le 8 août ; la station de Taiwu a enregistré 1 145 mm le 7 août ; la station de Weiliao Mountain a enregistré 1 403 mm le 8 août, établissant alors le record de précipitations quotidiennes de Taiwan[^18].
Les communes de Linbian et Jiadong, situées dans les basses côtières, étaient alors menacées. Le récit de la rupture du barrage de la rivière Linbian indique :
« Le 8 août 1998, à 4 h 30 du matin, les quatre employés du Bureau des chemins de fer chargés de surveiller le barrage ont téléphoné à l’office du district pour signaler « le barrage ne tient plus ». À 5 h du matin, le deuxième appel a indiqué : « le barrage a cédé ». » (interview de Morak