Comté de Changhua : un grand comté agricole qui a vaincu DuPont mais ne retient pas les jeunes
Vue d’ensemble en 30 secondes : En 1709, Shih Shih-pang a creusé le canal Bâ-fu, détournant les eaux de la rivière Zhuoshui pour irriguer plus de 19 000 hectares, soit 211 ans avant l’achèvement du grand canal de Chianan de Hatta Yoichi. En 1723, l’an 1 du règne de Yongzheng, le comté a été séparé du comté de Zhuluo, « du sud jusqu’à Huwei, du nord jusqu’à Dajia », créant le comté de Changhua, dont le nom signifie « établir l’apprentissage et honorer la civilisation ». En 1786, la ville de Changhua a été prise lors de la rébellion de Lin Shuang-wen, mais Lukang n’a pas été prise ; en 1788, l’empereur Qianlong a décrété la construction du temple Tianhou (Xinzugu) à Lukang aux frais de l’État. En 1922, le roundhouse en forme d’éventail de Changhua a été mis en service, et en 1986 les habitants de Lukang ont lancé le mouvement anti‑DuPont, premier mouvement environnemental de Taïwan. En avril 2026, la population du comté était de 1 206 458 habitants, à moins de 50 000 du seuil de 1 250 000 nécessaire pour devenir une municipalité directe. L’effet d’attraction de Taichung continue de tirer la population, mais le comté possède déjà un centre urbain depuis 1723.
La « ville nocturne » des chrysanthèmes : 40 millions de fleurs chaque année
Si vous demandez à un habitant de Changhua « Quand Changhua ne ressemble pas du tout à ce que vous imaginez ? », il ne parlera pas de la vieille rue de Lukang en plein jour (le jour, Lukang est surtout fréquenté par les touristes). Il vous parlera de la nuit à Tianwei.
Le « jardin routier de Tianwei » s’étend le long de la route provinciale 145 ; plus de 140 entreprises occupent 3,6 km de ce corridor commercial. En 2021, le ministère de l’Agriculture l’a désigné zone d’agriculture de loisir, couvrant près de 297 hectares[^1]. La route nationale 1 est l’artère principale du corridor ouest de Taïwan, et le jardin routier constitue un champ de chrysanthèmes qui pousse le long de cette artère.
Le soir, le spectacle devient étrange : tout le champ s’illumine. Chaque hectare est éclairé, donnant l’impression d’une galaxie argentée tombée dans les champs.
Ce n’est pas une décoration lumineuse. Les chrysanthèmes sont des plantes à courte photopériode ; plus de 12 heures d’ensoleillement en été inhibent la floraison. Les cultivateurs taïwanais utilisent un éclairage artificiel pour prolonger le « jour », faisant croire aux plantes qu’il fait encore hiver, afin d’éviter la concurrence pendant la période de pointe. Ainsi, les champs de Tianwei restent éclairés toute la nuit, un phénomène local appelé « ville nocturne des chrysanthèmes ». Le champ s’étend sur 120 hectares et produit chaque année 40 millions de tiges de chrysanthème[^2].
Quarante millions de tiges. Sur les 26 villes et districts du comté, le seul district de Tianwei porte à lui‑seul la moitié du secteur floral de Taïwan. En même temps, à 120 km, le centre néerlandais des enchères florales emploie la même stratégie pour conquérir le marché mondial. C’est là la structure contemporaine de Changhua : un grand comté agricole fondé en 1723, qui trouve chaque jour des créneaux de survie dans la concurrence agricole mondiale.
« Du sud jusqu’à Huwei, du nord jusqu’à Dajia »
En l’an 1 du règne de Yongzheng (1723), l’empire a pris une décision.
Le « Chronique des grandes réalisations » du site officiel du gouvernement du comté de Changhua indique : « L’empire a séparé plus d’une centaine de li de terre au milieu du comté de Zhuluo, du sud jusqu’à Huwei, du nord jusqu’à Dajia, créant le comté de Changhua, dont le siège était à Ban‑xian, aujourd’hui Changhua‑shi. La construction de Changhua débute ainsi. »[^3] Wikipédia note également : « En raison de l’étendue du territoire du comté de Zhuluo, l’empereur Yongzheng a, en 1723 (année 1 de son règne), découpé le territoire au nord du cours supérieur de la rivière Huwei et au sud du cours inférieur de la rivière Dajia, créant le comté de Changhua. »[^4]
L’origine du nom provient de la devise impériale « 建學立師以彰雅化 » (« établir l’apprentissage et honorer la civilisation ») et « 彰聖天子丕昌海隅之化 ». L’appellation « Ban‑xian » est la transcription du nom du groupe autochtone Babuza, qui, avec une partie du peuple Hoanya, habitait la plaine depuis des millénaires[^5]. Après la création du comté, la ville de Ban‑xian devint le siège administratif, puis fut rebaptisée Changhua.
📝 Note du curateur : Les années de création des divisions administratives taïwanaises sont souvent confondues. Changhua a été séparé du comté de Zhuluo en 1723, soit près de 90 ans avant le district de Kamalan (1812) et 152 ans avant la création du comté de Taipei (1875). En d’autres termes, Changhua est l’un des premiers comtés de Taïwan. La taille de la plaine de Changhua (≈ 900 km²) la place troisième derrière la plaine de Chianan (4 550 km²) et la plaine de Pingtung (1 210 km²)[^6]. Le comté lui‑même est le plus petit de l’île (1 074,39 km²) ; la plaine représente 87,68 % du territoire[^7], ce qui explique la densité agricole très élevée.
Les frontières fixées en 1723 sont toujours en vigueur. Changhua compte 26 villes et districts répartis en trois zones géographiques : plaine (Changhua, Yuanlin, He‑mei, Beidou), littoral (Lukang, Fuxing, Erlin, Fangyuan) et plateau (à l’ouest du mont Bâguâ). Le plateau de Bâguâ couvre environ 210 km², son point culminant étant le mont Heng à 440 m, s’étendant du sud du cours inférieur de la rivière Dadu au nord du cours supérieur de la rivière Zhuoshui. Le littoral comprend les marais d’huîtres de Wang‑gong et Erlin, tandis que le plateau offre la route d’observation des aigles du mont Bâguâ.
M. Lin : la légende hydraulique du canal Bâ-fu (1709)
Avant la création du comté, la terre avait déjà été transformée par un individu.
En 1709 (48ᵉ année du règne de Kangxi), Shih Shih-pang a commencé à creuser le canal Bâ-fu dans la région de Ban‑xian, détournant les eaux de la rivière Zhuoshui. Le chantier fut achevé en 1719 (58ᵉ année de Kangxi)[^8]. Le canal Bâ-fu précède le grand canal de Chianan de Hatta Yoichi de 211 ans.
Le chantier a d’abord échoué. La légende rapportée par Wikipédia : « Selon la tradition, les premières tentatives d’irrigation du canal Bâ-fu ont échoué. Un vieil homme serait alors venu rencontrer Shih Shih-pang, lui fournissant des plans hydrauliques ; en suivant ces instructions et en appliquant une technique de « travail de terre », le canal fut finalement achevé. Après le succès, le vieil homme refusa toute rémunération, ne révélant pas son nom, se présentant seulement comme « M. Lin ». En reconnaissance, les habitants ont érigé un temple dédié à M. Lin à l’entrée du canal Bâ-fu. »[^8]
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Le canal Bâ-fu. Photo : Wikimedia Commons, CC BY‑SA.
L’identité réelle de M. Lin reste inconnue. Chaque novembre, le village de Yuanshui organise le « Festival du ruissellement », une reconstitution du rituel initié en 1995 après le projet « Légende du canal Bâ-fu » du Conseil culturel du gouvernement. Les participants portent un bandeau rouge, un chapeau de paille et des sandales, courant pieds nus dans le débit fraîchement ouvert pour accueillir l’eau d’irrigation de la nouvelle année[^9].
Le canal Bâ-fu, avec les canaux de Lu‑gong et de Cao‑gong, forme les « trois grands canaux de l’ère Qing », le Bâ-fu étant le plus ancien. Aujourd’hui, les canaux Bâ‑fu I et II irriguent environ 21 400 hectares[^10]. La plaine de Changhua produit trois récoltes de riz par an, ainsi que des fruits de Yang‑tao à Yuanlin, des pamplemousses à Ershui, des chrysanthèmes à Tianwei et du raisin à Erlin, tous reposant sur le réseau hydraulique de 1709. Un ouvrage réalisé grâce à un vieil homme qui a refusé toute rémunération soutient aujourd’hui la densité agricole la plus élevée parmi les 22 comtés de Taïwan.
Le canal traverse également le comté voisin de Nantou ; son point d’origine se situe entre le village de Jiji (Nantou) et Ershui, où il est capté par un barrage sur la rivière Zhuoshui avant d’être distribué sur la plaine de Changhua.
Après « Un préfecture, deux Lukang, trois Mengjia »
L’année suivant la création du comté (1724) voit l’émergence d’un port : Lukang.
Le « Gazette du comté de Zhuluo » de 1717 (56ᵉ année de Kangxi) mentionne pour la première fois Lukang sur une carte. En 1728 (6ᵉ année de Yongzheng), le site officiel du bureau municipal de Lukang indique : « En l’an 6 de Yongzheng, le comté de Changhua a établi un entrepôt de grain à l’ouest de la rue du marché du riz de Lukang, avec une plaque indiquant : Tian‑yu Zheng‑gong. »[^11] L’entrepôt comptait 16 salles, donnant naissance à la rue du marché du riz.
Le véritable tournant survient en 1784. Wikipédia rapporte : « En 1784, le gouvernement Qing a créé un bureau de supervision inspiré de celui de Luer‑men et de Xiamen, ouvrant le commerce entre le port de Jin‑jiang (province de Quanzhou) et le port de Lukang du comté de Changhua. Le commerce s’est rapidement développé, faisant de Lukang le premier grand port du centre de Taïwan. »[^12] Sous le règne de Qianlong jusqu’à Daoguang, Lukang comptait « huit districts » de commerçants, 300 navires et était dirigé par le riche marchand Lin Zhen‑song. L’expression « Un préfecture, deux Lukang, trois Mengjia » décrit la carte commerciale de la fin du XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle.
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Temple Long‑shan de Lukang, 2017. Photo : Outlookxp, CC BY‑SA 4.0.
En 1786 (51ᵉ année de Qianlong) deux événements se produisent simultanément. D’une part, le temple Long‑shan de Lukang est reconstruit sur son site actuel sous la direction de Lin Zhen‑song et du fonctionnaire Chen Bang‑guang. Wikipédia décrit son architecture : « Le plafond décoratif au-dessus de la scène du théâtre est le plus ancien et le plus grand de Taïwan. Le plafond en forme de Bâguâ crée une résonance pendant les représentations. » Le plan à trois entrées, deux cours et sept pièces[^13] fait de ce temple l’un des plus anciens et complets de l’époque Qing. D’autre part, la rébellion de Lin Shuang‑wen éclate, la ville de Changhua est prise, mais Lukang, grâce à sa position géographique et à sa puissance commerciale, échappe à la prise. Le gouvernement Qing envoie Fu Kang‑an depuis Lukang pour réprimer la rébellion, ce qui revalorise la position stratégique du port.
En 1788 (53ᵉ année de Qianlong), après la pacification, l’empereur Qianlong ordonne la construction du temple Tian‑hou à Lukang, financé par l’État, pour honorer la déesse Mazu qui aurait aidé à réprimer la rébellion. Ce temple, appelé « Xinzugu » (ou « Temple impérial de Tian‑hou »), est le seul temple Mazu de Taïwan construit sur ordre impérial et financé par les fonds de l’État, la partie manquante du financement étant complétée par des dons de Lin Zhen‑song[^14].
📝 Note du curateur : Lukang possède deux temples Mazu souvent confondus. Le « Temple Tian‑hou de Lukang » (origines Ming, agrandi en 1725) est le plus connu des touristes. Le « Xinzugu (Temple impérial de Tian‑hou) », construit en 1788 sous Qianlong, représente la reconnaissance étatique. Le premier reflète la foi populaire, le second le pouvoir impérial. Un traitement qui ne distingue pas ces deux contextes historiques serait réducteur.
Par la suite, Lukang décline. Trois chocs successifs :
- Envasement du port : Wikipédia indique que « le port de Lukang a perdu son avantage à cause de l’envasement, les navires ont progressivement migré vers le port de Wang‑gong après le milieu du règne de Jiaqing. »[^12]
- Chemin de fer transversal : En 1908, la ligne ferroviaire principale traverse la ville de Changhua mais pas Lukang. Le site officiel de Lukang note que, sous la domination japonaise, Lukang était une « « ville » de rang inférieur, sans passage de la route nationale 1 ni du chemin de fer transversal. »[^15]
- Réduction du trafic portuaire en 1934 : Les autorités japonaises concentrent les activités portuaires à Keelung et Kaohsiung, supprimant les fonctions portuaires de Lukang.
✦ « La décadence de Lukang s’explique principalement par l’envasement du port, rendant l’amarrage difficile, combiné à l’absence de routes et de voies ferrées majeures. » (Taiwan Panorama, article « Lukang »[^16])
L’ère « Deux Lukang » de « Un préfecture, deux Lukang, trois Mengjia » se termine au milieu du XIXᵉ siècle ; le pic d’activité n’a duré que 70 ans.

Rues anciennes de Lukang. Photo : Wikimedia Commons, CC BY‑SA.
1986 : les habitants de Lukang disent « non »
En 1985, la société américaine DuPont projette une usine de dioxyde de titane dans la zone industrielle de Changbin à Lukang. Ce procédé chimique très polluant utilise du sable minier comme matière première, générant du soufre et des déchets lourds. Les résidents, craignant la contamination des zones de culture d’huîtres de Wang‑gong et des zones humides de Fuxing, s’opposent fermement.
Le mouvement éclate en 1986. Les habitants de Lukang organisent des pétitions, des manifestations de rue et confrontent directement DuPont. À l’époque, Taïwan était encore sous la loi martiale (levée le 15 juillet 1987) ; il était rare que la population s’engage contre un investissement étranger. En mars 1987, DuPont annonce son retrait de Lukang. La même année, le Conseil exécutif crée le Bureau de protection de l’environnement.
Le Bureau de l’environnement décrit le mouvement comme : « Le premier mouvement environnemental de Taïwan à descendre dans la rue — le mouvement anti‑DuPont »[^17]. L’article poursuit : « Après le succès de Lukang, d’autres luttes anti‑pétrochimie ont éclaté, notamment à Hou‑jheng (anti‑5‑light), à Linyuan (anti‑3‑light), à Yilan (anti‑6‑light) et à Qigu (anti‑7‑light). »
📝 Note du curateur : L’importance historique du mouvement anti‑DuPont est souvent sous‑estimée. Le placer uniquement dans le cadre « questions locales de Changhua » ne suffit pas : c’est le point de départ du mouvement environnemental taïwanais. Avant 1986, les mobilisations sociales tournaient autour du régime politique (mouvement « outside‑party », incident de la Belle île). Anti‑DuPont a introduit le « droit à l’environnement » dans la rue ; les mouvements ultérieurs (Hou‑jheng 1987, Linyuan 1988, Yilan 1990, Qigu 1998) en sont la continuité. En 1986, les habitants de Lukang ont ouvert une nouvelle dimension de la société civile : non seulement la démocratie, mais aussi l’environnement. Cette année-là, l’impact de Lukang était comparable à celui de Cheng‑nan‑rong et du mouvement « outside‑party », mais le pays se souvient surtout du mouvement politique, tandis que le souvenir du mouvement environnemental reste limité.
Quarante ans plus tard, en 2026, Lukang continue de parler, mais d’une autre façon.
Zhang Jing‑ye, co‑fondateur de « Lukang Kids » (créé en 2012), a déclaré dans une interview : « Beaucoup de gens partent travailler en ville, mais nous restons à Lukang et choisissons nos emplois ici. »[^18] Le site de Lukang Kids ajoute : « En plus du sentiment de nostalgie et d’une base culturelle solide, la clé du développement local de Lukang réside dans son « industrie ». »[^19] Depuis 2015, ils co‑organisent avec l’Association du Mouvement pour la Protection de la Bœuf‑Lukang le « Festival d’art d’automne », dont le principe est « participer d’abord localement, puis parler d’un festival d’art local ». En 2020, ils ont créé le « Centre futur de Lukang » pour accompagner les jeunes entrepreneurs.
Le petit village qui a chassé DuPont utilise aujourd’hui la même logique industrielle pour retenir les jeunes. En 1986, il a expulsé la pollution ; en 2020, il cherche à retenir les emplois. Mais les deux défis sont très différents. Le second n’a pas d’ennemi extérieur à mobiliser, il doit faire face à l’attraction de Taichung, aux écarts salariaux du Nord et au déplacement du centre industriel de Taïwan.
Le roundhouse semi‑circulaire à 12 voies
Si vous voulez voir comment une ville gère son patrimoine industriel, rendez‑vous au roundhouse de Changhua.
Le reportage de 《基隆建港 130 年》 décrit : « Le roundhouse de Changhua, inauguré en octobre 1922, célèbre son centenaire. »[^20] Sous la domination japonaise, le roundhouse était le centre de rotation des locomotives à vapeur : 12 voies disposées en demi‑cercle rayonnant autour d’un plateau tournant de 18 m de diamètre. Le train entre, tourne sur le plateau, puis se dirige vers les voies pour l’entretien ou le ravitaillement. Chaque voie possède une cheminée d’évacuation de fumée, car la vapeur doit être expulsée vers le haut.
Après la guerre, Taïwan comptait six roundhouses (Keelung, Taipei, Hsinchu, Chiayi, Changhua, Kaohsiung). Les cinq autres ont été démantelés dans les années 1990. Changhua est le seul survivant.
Sa survie est due à la lutte. Le reportage indique : « Il y a 27 ans, un groupe de passionnés du patrimoine ferroviaire a vu le roundhouse de Chiayi être démoli… refusant que le roundhouse et le plateau tournant soient détruits, ils ont lancé le mouvement de préservation, et le roundhouse de Changhua a été désigné monument historique du comté en 2000. »[^20] Le 1 août 2022, le ministère de la Culture l’a élevé au rang de monument national.
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Roundhouse de Changhua. Photo : Wikimedia Commons, CC BY‑SA.
Mais la lutte continue. Le projet d’élévation du rail en zone urbaine de Changhua, approuvé en 2021, prévoit un budget de 39,95 milliards de NT$, dont 29,63 milliards à la charge de l’État. Le projet prévoit d’« exclure les trois installations témoignant de la transition du rail à vapeur, diesel et électrique — le « coal‑water‑tower », le dépôt d’huile et le dépôt d’entretien — de la zone de construction. »[^20] Le monument principal est préservé, mais les trois installations annexes seront sacrifiées.
C’est l’état contemporain du roundhouse : une structure semi‑circulaire construite il y a plus d’un siècle pour faire tourner les locomotives à vapeur, toujours en activité en 2026, mais confrontée à un projet d’élévation ferroviaire de 400 milliards.
1925 : Erlin, le prix du sucre sous les Japonais
Changhua recèle une autre première sous‑estimée : le point de départ du mouvement paysan taïwanais.
En juin 1925, le Dr Li Ying‑zhang (membre de la Société culturelle) fonde à Erlin la « Coopérative des planteurs de canne à sucre d’Erlin », réclamant à la société sucrière Lin‑ben‑yuan d’augmenter le prix d’achat de la canne et d’abolir le système « zone d’extraction de matières premières » (les champs de canne ne pouvaient être vendus qu’à la sucrerie désignée). Le 21 octobre, la sucrerie Lin‑ben‑yuan envoie des ouvriers pour récolter de force les champs non membres. Le 23 octobre, de nombreuses patrouilles encerclent le cabinet du Dr Li, qui est arrêté.
Wikipédia sur l’« Événement d’Erlin » indique : « Au total, 93 personnes ont été arrêtées », « par la suite, plus de 400 personnes ont été arrêtées »[^21]. Après cet épisode, des coopératives locales se créent à Fengshan, Madou, etc., et en juin 1926, la première organisation paysanne de toute l’île, la « Coopérative des agriculteurs de Taïwan », voit le jour.
L’événement d’Erlin est souvent relégué à une simple note dans les manuels d’histoire, mais son importance rejoint celle du mouvement anti‑DuPont. Les deux mouvements ont eu lieu à Changhua, marquant le point de départ de deux grands mouvements sociaux taïwanais : le mouvement paysan de 1925 et le mouvement environnemental de 1986. Un comté agricole qui, dès 1709, creusait des canaux, devient deux fois le berceau de mouvements sociaux. Peut‑être parce que les habitants de ces terres dépendent concrètement de l’eau, du sol et des cultures ; quand ces éléments sont menacés, la réaction est rapide.
36 ans après l’incident d’Erlin, Taïwan traverse la période d’après‑guerre, le 228, la Terreur blanche et les Dix grands projets. Puis un autre événement se produit dans le même territoire.
Le Grand Bouddha du mont Bâguâ : un Bouddha en ciment de 22 m
Après la guerre, Changhua a réalisé une action particulière : ériger un grand Bouddha au sommet du mont Bâguâ.
En 1956, le premier maire du comté, Chen Hsi‑ching, lance le projet du « plus grand Bouddha d’Extrême‑Orient ». La construction est interrompue par le déluge de 1958, puis achevée en 1961[^22]. Le Bouddha mesure 22 m de haut (7 zhang 2 chi), repose sur un lotus de 14 m de diamètre, est en béton armé, conçu par l’architecte Lin Ching‑yao. L’intérieur comporte six niveaux accessibles aux visiteurs.
Le China Times rapporte : « Après l’achèvement du grand Bouddha en 1961, les habitants ont développé le dicton : « Changhua a le vent mais pas de typhon, la pluie mais pas de catastrophe », attribuant la protection à la bénédiction du Bouddha. »[^22]

Grand Bouddha du mont Bâguâ. Photo : Wikimedia Commons, CC BY‑SA.
Ce Bouddha de 22 m, aux côtés du Bouddha en bois du temple Long‑shan de Lukang (1786), du temple Xinzugu (1788) et des temples locaux près des champs de chrysanthèmes, représente une série d’objets de foi qui, du régime Qing à l’après‑guerre, répondent chacun à la question : « Quelle force protectrice recherchons‑nous ? »
✦ « Beaucoup de gens partent travailler en ville, mais nous restons à Lukang et choisissons nos emplois. » (Zhang Jing‑ye, Lukang Kids[^18])
1,206 000 habitants, sous le seuil d’élévation
En avril 2026, la population du comté de Changhua était de 1 206 458 habitants, en dessous du seuil de 1 250 000 requis pour devenir une municipalité directe[^23].
⚠️ Ce chiffre continuera de baisser. Entre 2024 et 2026, la population a continué de décroître, et on prévoit qu’elle tombera sous 1 200 000 d’ici la fin 2026. Changhua reste le comté le plus peuplé hors des six municipalités (septième division administrative de Taïwan), mais l’écart avec le seuil d’élévation se creuse.
Répartition (données d’octobre 2024) :
- Changhua‑shi : 223 393 habitants (capitale du comté)
- Yuanlin‑shi : 122 733 habitants (deuxième ville)
- He‑mei : 87 509 habitants
- Lukang‑zhen ≈ 80 000
La relation entre la capitale Changhua‑shi et la deuxième ville Yuanlin‑shi est souvent mal comprise. Changhua‑shi est le centre administratif, Yuanlin‑shi est le centre commercial du corridor ferroviaire du centre. La culture du « bento poulet » de Yuanlin diffère de celle du « bento côtes » du Nord, et les fruits de Yuanlin (yang‑tao, bananes) proviennent de l’agriculture locale. Ces deux villes fonctionnent de manière asymétrique, mais la compétition démographique dure depuis 30 ans.
Les raisons de la fuite démographique sont claires mais complexes : l’effet d’attraction de Taichung (les jeunes partent travailler et vivre là‑bas), la faible natalité, le manque d’opportunités d’emploi, l’insuffisance des services de santé. Changhua ne possède pas de pôle économique unique comme le parc scientifique de Hsinchu ; l’agriculture, l’industrie traditionnelle (textile à He‑mei, chaussures à Yuanlin) et le tourisme (Lukang, Tianwei) soutiennent le comté, mais chaque pilier est sous la pression de la concurrence mondiale.
📝 Note du curateur : Le récit dominant est « Changhua est un grand comté agricole ». Cette description est exacte mais incomplète. L’autre facette est « un carrefour du corridor central qui n’a pas été élevé en municipalité directe ». Sa position (entre Taichung et Yunlin), sa taille (la plus grande population hors des six municipalités) et son histoire (création en