Musée d'art de la ville de Nouveau Taipei : une forêt de roseaux au bord du fleuve Da‑Han, et une esthétique urbaine « inachevée »

Le 25 avril 2025, le Musée d'art de la ville de Nouveau Taipei a ouvert officiellement ses portes à Yingge. Conçu par l'architecte Yao Ren‑xi et coûtant près de 30 milliards de NT$, ce bâtiment s’inspire d’une « musée au milieu des roseaux ». Il vise à semer le germe de l’art en périphérie urbaine. Cependant, entre retards de chantier, dépassements budgétaires et controverses du « musée moustique » après l’inauguration, il incarne non seulement un temple de l’art, mais aussi le reflet des enjeux de la construction publique et de la vision culturelle à Taïwan.

30 secondes d’aperçu : le 25 avril 2025, le Musée d'art de la ville de Nouveau Taipei a ouvert ses portes à Yingge. Conçu par l'architecte Yao Ren‑xi, ce bâtiment a nécessité dix ans de travaux et près de 30 milliards de NT$, s’inspirant des roseaux qui bordent le fleuve Da‑Han pour transformer 3 200 tubes d’aluminium argenté en une installation ondulante. Cependant, depuis le concours international initial jusqu’aux multiples échecs d’appel d’offres, aux dépassements budgétaires, puis à la polémique du « musée moustique » après l’ouverture, ce nouveau musée reflète non seulement une salle d’exposition, mais aussi les tensions complexes de Taïwan en matière de construction culturelle et de répartition des ressources publiques.

Une forêt d’argent au bord du fleuve Da‑Han : la naissance du concept des roseaux

En 2015, le résultat du concours international pour le Musée d'art de la ville de Nouveau Taipei a été annoncé ; le cabinet Da‑Yuan Architecture dirigé par Yao Ren‑xi a remporté le prix avec le concept d’un « musée au milieu des roseaux », devançant de nombreuses équipes étrangères1. Cette idée s’inspire du site même du musée : la confluence des rivières Yingge et Da‑Han, où les roseaux se balancent au vent en automne et en hiver. Yao Ren‑xi a traduit ce symbole local en un langage contemporain, en érigeant 3 200 tubes d’aluminium sablé de forme circulaire, disposés de façon irrégulière pour créer une « forêt de roseaux » argentée qui semble pousser naturellement depuis la berge2.

Yao Ren‑xi a déclaré qu’il abordait la conception du musée « comme on filme un film »3, cherchant à faire du bâtiment une narration qui guide le visiteur à travers l’espace, la lumière et les matériaux. Il s’agit non seulement d’un hommage à l’environnement naturel, mais aussi d’une réponse profonde à l’histoire et à la culture locales de Yingge, intégrant les pierres du lit asséché du fleuve Da‑Han, les proportions de la vieille rue Sanxia et les briques rouges typiques de la ville4.

📝 Note du commissaire : un bon bâtiment ne se contente pas de remplir une fonction ; il doit raconter une histoire du territoire et de ses habitants. L’imagerie des roseaux du nouveau musée incarne précisément ce pouvoir narratif.

Une décennie de persévérance : de dix appels d’offres infructueux à un budget de 30 milliards

Le parcours de construction du Musée d'art de la ville de Nouveau Taipei n’a pas été sans embûches. Depuis la validation du design en 2015, les travaux principaux ont connu plus d’une dizaine d’appels d’offres rejetés5, principalement en raison de la complexité du concept architectural et des difficultés techniques. Ces échecs ont entraîné d’importants retards et des augmentations budgétaires successives. À l’époque, le vice‑maire de la ville, Li Sichuan, a révélé que, faute de pouvoir attribuer le marché, l’équipe de conception avait proposé un supplément de 4 milliards de NT$, qu’il aurait approuvé pendant l’absence du maire Zhu Lilun à l’étranger5.

Au final, le musée a coûté près de 30 milliards de NT$, après dix ans de préparation et de construction, pour ouvrir officiellement le 25 avril 20256. Cette longue aventure a mis à l’épreuve la détermination du gouvernement de la ville de Nouveau Taipei et illustre les défis et compromis fréquemment rencontrés dans les grands projets publics à Taïwan. Yao Ren‑xi a affirmé : « Concevoir un bâtiment culturel à partir de zéro offre à l’architecte l’opportunité de redéfinir le territoire »7; cette persévérance semble viser à ériger, à Yingge, un nouveau repère culturel.

Un musée pour tous : désolidariser les murs et créer un quartier artistique

Le musée se donne pour mission d’être un « musée pour tous », comprenant huit étages au-dessus du sol et trois sous‑sols, ainsi qu’un musée pour enfants, un quartier artistique extérieur, un restaurant et une librairie8. Son concept vise à rompre avec la fermeture traditionnelle des musées, en ouvrant des espaces extérieurs qui s’articulent avec le village artistique San‑Ying et le Musée de la céramique de Yingge, créant ainsi un vaste environnement de vie artistique. Lors de son inauguration, le musée a organisé six week‑ends consécutifs d’activités : sculptures lumineuses, installations d’éclairage, performances et marchés thématiques, afin d’attirer un public large9.

Ce modèle « décentralisé » de diffusion artistique cherche à rapprocher l’art du quotidien, le rendant moins élitiste. Grâce aux installations extérieures et aux expériences interactives, le musée souhaite offrir un espace où adultes et enfants peuvent explorer librement et se familiariser avec l’art, concrétisant ainsi la vision « ancré localement, tourné vers le monde » du projet4.

Musée moustique ou berceau culturel ? Les défis persistants

Moins d’un an après son ouverture, le musée a suscité en ligne la polémique du « musée moustique »10. Certains internautes ont souligné que, même les week‑ends, l’affluence restait faible et que la programmation ainsi que la circulation intérieure faisaient l’objet de critiques. Ce phénomène n’est pas propre au nouveau musée ; de nombreux musées publics taïwanais voient leur fréquentation diminuer après la période d’engouement initial, en raison d’un manque d’infrastructures d’accompagnement, d’un ancrage local insuffisant ou d’une identité opérationnelle floue11.

📝 Note du commissaire : la valeur d’un musée ne se mesure pas uniquement à la foule qu’il attire. L’essentiel est de savoir s’il continue à dynamiser la culture locale et à accumuler, au fil du temps, son propre récit distinctif.

L’imagerie du « roseau » du musée pourrait également symboliser son état « inachevé » dans l’esthétique urbaine. Il représente à la fois une étape majeure du développement culturel de la ville de Nouveau Taipei et le défi de maintenir son exploitation, d’approfondir les liens locaux et de trouver sa place au milieu des multiples voix. Cette forêt d’argent au bord du fleuve Da‑Han pourra‑t‑elle réellement devenir le berceau de l’art taïwanais, ou restera‑t‑elle un simple point d’exclamation architectural ? Le temps le dira12.

Références

  1. 風起,「蘆葦叢中美術館」夢可真? — 典藏 ARTouch — Enregistrement du résultat du concours international 2015 et des débats politiques autour du nouveau musée.
  2. 新北市美術館 — 姚仁喜|大元建築工場 — Page officielle du cabinet d’architecture, détaillant la conception des 3 200 tubes d’aluminium sablé.
  3. 近「30 億台幣」打造的美術館,你懂嗎? — Instagram @被世界看見的建築 — Vidéo de visite guidée expliquant l’approche cinématographique de Yao Ren‑xi.
  4. 關於新美館 ABOUT US — 新北市美術館 — Site officiel, présentant la vision du musée, la traduction du symbole local et le positionnement « musée pour tous ».
  5. 新北美術館當年追加 4 億預算 李四川曝「我趁市長出國批了」 — 自由時報 — Article décrivant les appels d’offres infructueux et l’ajout budgétaire par le vice‑maire.
  6. 新北市美術館斥資近 30 億元打造 4/25 開館 — 中央社 — Rapport de janvier 2025 confirmant la date d’ouverture et le coût du projet.
  7. 姚仁喜設計之新北市美術館登上《Architectural Record》 — 典藏 ARTouch — Publication dans un magazine d’architecture international et citation de Yao Ren‑xi.
  8. 孵化藝術感知,屹立蘆葦叢中的新美館 — 居心誌 — Description des espaces du bâtiment principal, du musée pour enfants et des installations connexes.
  9. 新北市美術館 4 月 25 日正式開館 — 新北市政府 — Communiqué de presse du gouvernement local, détaillant les activités d’inauguration.
  10. 開幕不到 1 年!新北美術館假日都沒人 網曝致命傷:恐淪蚊子館 — 三立新聞網(Threads) — Publication de mars 2026 relatant les débats sur la fréquentation.
  11. 人少=蚊子館?從新美館爭議反思 — 遠見城市學 — Analyse critique de la tendance à mesurer la valeur des musées publics par le nombre de visiteurs.
  12. 新北市美術館一舉洗刷蚊子館臭名 — Instagram @ntcart.museum — Publication du musée montrant une reprise de la fréquentation.
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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