En 30 secondes : Waa Wei est une chanteuse taïwanaise qui a remporté le prix de la meilleure chanteuse mandarin aux Golden Melody Awards en 2020 puis en 2025. De « WaWa », la voix de Natural Q et de « C'est La Vie » en 2003, à son retour en solo sous le nom de « Waa Wei » en 2007, puis « Bi Ge Suo Zai » en 2019 — élégie en quatre langues pour Lovely Li — jusqu'à « Zhen Zhu Xing » (Peine de perle) en 2024, dont le concept central est la formation de la perle dans la souffrance — pendant vingt ans, elle a tracé dans la pop mandarine un chemin que peu empruntent : rendre la voix plus célèbre que le visage, faire durer l'œuvre plus longtemps que la personne. La phrase prononcée sur scène lors des 36ᵉ Golden Melody Awards en 2025 — « Un certain courage et une certaine douceur naissent de la douleur » — condense vingt ans de travail en une seule sentence.
Le 28 juin 2025, lors de la cérémonie des 36ᵉ Golden Melody Awards, Waa Wei monte sur scène et remporte pour la deuxième fois le prix de la meilleure chanteuse mandarin avec « Zhen Zhu Xing » — cinq ans exactement après le premier.1
Elle commence par une plaisanterie : « Quand on en a un, on en a deux ! » Puis elle ralentit le débit pour les mots qui suivent :
« Aux yeux des autres, on dirait que je sais tout, mais en réalité, j'ai aussi beaucoup d'incertitudes et de doutes : je ne sais pas si je peux continuer à chanter, si je peux continuer à tenir sur cette scène, je doute même d'être une bonne mère. »
« Le "xing" (刑) de "xing fa" (刑罰, châtissement), c'est ce que je veux partager avec vous : un certain courage et une certaine douceur naissent de la douleur. »
« La chose la plus difficile, c'est de ne pas abandonner. »1
Ce discours a été repris par de nombreux médias. Ce n'est pas de la rhétorique de remise de prix : c'est la condensation en une seule phrase de la blessure à la gorge en 2006, de l'anxiété post-partum en 2018, du premier Golden Melody en 2020, puis des cinq années nécessaires pour décrocher le second.
📝 Note du conservateur : Un discours de remise de prix reste en mémoire non pas parce qu'il est bien écrit, mais parce que vingt ans de travail le soutiennent.
Quatre langues chez grand-mère
Waa Wei naît le 10 octobre 1982 à Taitung. Après la séparation de ses parents, elle est élevée avec sa sœur aînée par leur grand-mère hakka à Fuli, dans le comté de Hualien.2 La grand-mère a reçu une éducation durant la période coloniale japonaise, et quatre langues coexistent à la maison : hakka, taïwanais, mandarin, japonais.
Plus tard, en tant que chanteuse, sa perception du rythme des langues multiples et son usage du taïwanais comme « langue de clôture » culminent en 2019 dans « Bi Ge Suo Zai », où elle chante le deuil en quatre langues — taïwanais, mandarin, anglais, cantonais. C'est un instinct linguistique physiologique forgé chez grand-mère à Fuli, et non un choix technique.2
Elle entre ensuite à l'école des arts de Hwa Kang, section théâtre.2 Elle reçoit une formation d'interprète, pas un parcours d'idole. Ce choix explique pourquoi elle peut naviguer entre chanson, radio DJ, théâtre et doublage : le socle est le sens dramatique.
Le hasard du studio d'enregistrement
En 2003, Waa Wei fait des chœurs pour Yang Nai-wen dans le studio de Lin Zhe-yu, où elle rencontre régulièrement un ingénieur du surnommé Qi Ge (de son vrai nom Cai Kun-qi). Sur recommandation de Yang Nai-wen, ils commencent à collaborer et forment un groupe. Le nom vient de leur découverte mutuelle : ils ont tous les deux les cheveux naturellement bouclés. Le groupe s'appelle donc « Natural Q » (自然捲).3
La même année, sa collaboration avec Chen Jian-qi (陳建騏) commence aussi — la première du musical adapté de l'album illustré de Jimmy Liao, « The Sound of Colors », au National Theatre. C'est leur première grande collaboration.4 Ces deux relations de 2003 — le groupe avec Qi Ge et le théâtre avec Chen Jian-qi — soutiendront toute la carrière de Waa Wei.
Le 29 avril 2004, le premier album de Natural Q, « C'est La Vie », sort. Il se vend étonnamment bien sur le marché de la pop indépendante mandarine.3 Waa Wei est la chanteuse : une voix féminine nonchalante, un peu capricieuse, portée par les tempos lents des arrangements de Qi Ge. C'est le son d'un café de rue à Taipei.
Puis, en l'espace de deux ans, cette voix se brise.
L'année du bourdonnement de moustique
En 2006, Waa Wei se blesse à la gorge — si gravement que sa voix descend « au volume d'un bourdonnement de moustique », se casse dès qu'elle force, s'enroue instantanément.5 Une « blessure à la gorge » est, pour une chanteuse professionnelle, un quasi-arrêt de mort. Elle quitte Natural Q, quitte Taïwan et part se remettre à Hong Kong. Pendant sa convalescence, le propriétaire du studio, Christian, et ses employés prient pour elle ; elle raconte que sa voix se rétablit « miraculeusement ».5
Pendant cette année de repos, elle vit de jingles publicitaires. Elle n'annonce pas officiellement son envol en solo, ne publie pas de communiqué d'adieu — elle disparaît simplement, en silence.
C'est la première mise en pratique à grande échelle de ce qui deviendra sa posture : « ne pas être reconnue ».
Une chanteuse de 24 ans qui disparaît soudainement pendant plus d'un an, alors que le groupe vient de percer, est un choix extrêmement inhabituel dans l'industrie de la pop mandarine. La plupart des chanteuses, à ce stade, maintiennent leur visibilité, sortent des singles, signent des génériques de dramas. Waa Wei laisse ses cordes vocales se reconstituer d'elles-mêmes, puis revient sous un nouveau nom : Waa Wei. Le prénom chinois reste inchangé ; le « Waa » anglais vient de son propre surnom.2
La voix de poupée comme méthode
En novembre 2007, « La Vie Sucrée » (甜蜜生活) sort — produit par le musicien japonais Toshiya (chanteur de Mondialito), avec des musiciens espagnols et uruguayens dans une collaboration transnationale. Avec un budget très limité, l'album dépasse les vingt mille ventes.6
Cet album propulse Waa Wei dans une position difficile à classer : impossible de la définir comme « chanteuse taïwanaise », « idole », « balladeuse » ou « vocaliste de groupe indépendant ». Sa voix se situe entre le registre enfantin et le souffle, sa technique proche du murmure intime. Les critiques l'appellent souvent « voix de poupée » (娃娃音).7
En 2007, ce terme est une étiquette semi-péjorative — suggérant « pas assez mature », « pas assez puissante », « pas assez femme ». Mais ce que Waa Wei fait pendant les dix années suivantes, c'est transformer cette caractéristique stigmatisée en son arme la plus inimitable.
Son producteur de longue date, Chen Jian-qi, est le complice de cette stratégie. Il a publiquement interrogé :
« On peut bien tolérer les intonations bizarres des chanteurs occidentaux, alors pourquoi ne pas les accepter chez les chanteurs de mandarin ? »7
Il ne corrige pas sa voix ; au contraire, il réarrange les instruments autour des faiblesses de son timbre — souffle avec piano épars, voix enfantine avec mur de sons électroniques, murmure intime avec fingerstyle de guitare acoustique. Le résultat : chaque album sonne de plus en plus comme un genre vocal qu'elle seule peut interpréter.
Elle fait des expériences avec la langue elle-même. Dans « Bonne Nuit, Bonne Nuit » (晚安晚安, 2011), le refrain insère soudain le français « bisou bisou ». Elle explique ce choix :
« Certaines choses sont moins gênantes dans une autre langue — par exemple, chanter "bisou bisou" en français est très naturel, mais si on dit "qīn qīn" (親親) en mandarin, ça devient embarrassant. »8
De « Le Hérisson Élégant » (優雅的刺蝟, 2010) avec « Je Ne Suis Pas Mathématicienne » (paroles et musique de Chen Shan-ni), à « Il Faut Quand Même Croire en l'Amorde, Bande de Salauds » (還是要相信愛情啊混蛋們, 2014) avec « Dans un Monde Incertain » (paroles et musique de Chen Qi-zhen, qui remporte le meilleur clip aux 26ᵉ Golden Melody Awards), jusqu'à « Fleur Sauvage » (末路狂花, 2016) avec « Toi, Toi, Toi » (你啊你啊) — plus tard chanté en duo avec JJ Lin lors du concert JJ20 à Xiamen9 — pendant dix ans, elle ne se « transforme » pas, ne « perce » pas : elle approfondit la même méthodologie.
Elle connaît les limites de sa voix, puis fait de ces limites elles-mêmes l'œuvre.
📝 Note du conservateur : Dans l'histoire de la pop mandarine, les chanteuses qui osent transformer une « faiblesse » en « identité » sont rares — Jolin Tsai par la montée en technique, Chen Qi-zhen par le maintien d'une aura, Waa Wei emprunte une troisième voie.
Les vingt ans de Chen Jian-qi
Le musical « The Sound of Colors » en 2003 est le point de départ. Vingt ans plus tard, « Zhen Zhu Xing » est toujours produit par Chen Jian-qi.
Entre ces deux dates, il produit presque chaque album de Waa Wei. Leur collaboration s'étend sur le théâtre, les albums, le doublage radio, les collaborations transnationales — de la jeune indépendante à la double lauréate du prix de meilleure chanteuse mandarin aux Golden Melody Awards, du célibat au mariage puis au divorce et à la maternité, il est toujours assis de l'autre côté de la console.
Ce type de relation producteur-chanteuse sur une telle durée est extrêmement rare dans la pop mandarine. La plupart des chanteuses changent de producteur à chaque album, ou les producteurs travaillent en mode « à la commande ». Les vingt ans de collaboration entre Waa Wei et Chen Jian-qi ont une caractéristique rare : sa logique de production consiste à réarranger les instruments autour des défauts de sa voix, et non à la faire entrer dans des formats préexistants du marché.
« Ophelia » (2019) est l'un des sommets de leur collaboration — musique de Chen Jian-qi et Luo Enni, paroles de Li Ge-di (李格弟), voix off du poète Xia Yu (夏宇).10 « Lie Gen » (劣根) sur « Zhen Zhu Xing » est « paroles de Ge Da-wei, musique de Chen Jian-qi et Waa Wei en co-composition » — Chen Jian-qi dira plus tard : « La dernière note de Chen et la première note de Wei se sont alignées en hauteur, créant une chanson à tessiture anormalement large. »11
Vingt ans de relation producteur n'est pas une vague « complicité née de l'habitude ». C'est un mécanisme de création concret : il y a quelqu'un qui, depuis vos 21 ans, travaille votre voix, et qui à 43 ans continue de le faire, chaque année comprenant mieux comment les défauts de votre voix deviennent l'entrée de l'œuvre.
Le monologue d'Ophelia
Pour la Fête des Mères 2018, Waa Wei annonce publiquement sa grossesse.12 Les médecins lui avaient dit qu'une grossesse serait difficile, mais elle réussit dès la première tentative. Son fils Louis naît le 1er novembre 2018.13
Le sixième album, initialement prévu pour 2018, « Cacher N'est Pas Oublier » (藏著並不等於遺忘), est repoussé à 2019. Pendant l'enregistrement, elle vit un emploi du temps rare chez les musiciens :
« Je me lève à 6 h 30 pour m'occuper du bébé, je ne peux travailler que pendant la sieste de l'enfant, et je dois finir avant le bain du soir. »14
Seules deux à trois heures par jour pour entrer en studio. Dès le soir, le bain du bébé marque la fin de la journée. La fenêtre concrète de la politique de création se cache dans le programme d'un nourrisson de six mois.
La dernière chanson terminée pour cet album, « Bi Ge Suo Zai » (彼個所在), est un hommage à son amie Lovely Li (盧凱彤), décédée par défenestration le 5 août 2018, à son père défunt et à son chat disparu. Elle raconte qu'en studio, « l'ingénieur du son et elle ont ressenti une présence inhabituelle ».15 À propos de Lovely Li, dans une interview pour HK01, elle dit :
« Ceux qui ne pleurent pas portent leur chagrin plus longtemps. Je ne savais pas que le chagrin pouvait durer aussi longtemps. »15
Cette chanson utilise le taïwanais, le mandarin, l'anglais et le cantonais — un deuil qu'aucune langue unique ne peut contenir.
Sur le même album, « Ophelia » (2019), paroles de Li Ge-di, musique de Chen Jian-qi et Luo Enni, voix off du poète Xia Yu (un court poème : « Je ne sais pas que j'ai déjà donné mon matin »).10
Ophelia est le personnage féminin de « Hamlet » de Shakespeare — celle dont le père est tué, l'amant devient fou, et qui finit par se noyer dans la rivière. « To be or not to be » est le monologue d'Hamlet dans la pièce ; cette chanson le réécrit en monologue d'Ophelia — refusant la victimisation passive, refusant la répression.
Le clip, réalisé par Huang Jie-yu et tourné sur le mont Yangming, met en scène Lin Yu-xi et Lian Yu-han dans une histoire d'amour entre femmes.10 Li Ge-di est nommée pour le meilleur auteur aux 31ᵉ Golden Melody Awards pour cette chanson.
C'est l'œuvre mature de la « stratégie de la voix de poupée » de Waa Wei : un timbre enfantin porté par des paroles de femme adulte, une technique de souffle portée par un texte de niveau littéraire. Une chanson qui réhabilite la voix enfantine, non plus comme « immaturité », mais comme « résistance ».
La nuit où elle a imité Chen Shi-chung
En octobre 2020, lors de la cérémonie des 31ᵉ Golden Melody Awards, Waa Wei est à la fois maîtresse de cérémonie, nommée et artiste invitée. Cette année-là, elle remporte le prix de la meilleure chanteuse mandarin avec « Cacher N'est Pas Oublier » — son premier dans cette catégorie depuis son envol en solo en 2007.16
Ce qui marque le plus les téléspectateurs, c'est le sketch d'ouverture qu'elle anime : elle imite le communiqué de presse du commandant du CDC taïwanais, Chen Shi-chung (陳時中), adapte son ancienne chanson « Le Stylo de Mon Père » (我爸的筆) avec des paroles sur le Covid, et interpelle directement les internautes de PTT.17 Six changements de tenue tout au long de la soirée. Les médias la décrivent ensuite comme « une comédienne manquée par la chanson ».18
Qu'une chanteuse de Golden Melody anime déjà la cérémonie est rare ; que l'animatrice remporte elle-même un prix est un événement rare dans l'histoire de la pop mandarine ; et cette trinité « animatrice imitant le commandante sanitaire + remportant un prix + maintenant le sens dramatique tout au long » est sans précédent. En recevant son prix, elle remercie avec émotion son fils, sa famille et ses soutiens de longue date.16
Maternité × divorce × « HAVE A NICE DAY » (2021)
En 2018, elle épouse l'acteur de théâtre Long Chen-han (隆宸翰).13 Quatre ans plus tard, en 2022, ils divorcent. Louis est principalement élevé par Waa Wei.
Ce mariage occupe presque aucun espace dans le récit public — Waa Wei ne publie pas de communiqué de divorce, n'accorde pas d'interview spéciale sur le sujet, ne l'écrit pas dans ses chansons. Sa façon de gérer les relations est la même que pour la blessure aux cordes vocales ou pour l'interview de rue où elle a été prise pour une « passante » : c'est arrivé, ne pas en faire un récit commercial, ne pas l'éviter non plus.
En juin 2021, elle sort « HAVE A NICE DAY » — produit par Chen Jian-qi, Han Li-kang et Huang Shao-yong. Cet album la propulse dans une position de collaboration transnationale : la musicienne indépendante sud-coréenne Sun Woo Jung-a (鮮于貞娥) coécrit « Le Vendeur de Fleurs » (賣花的人), le projet Kaohsiung Shadow collabore sur « Mon Plat » (我的菜), le Chinois Jiu De (裘德) fait une apparition.19 La voix de grand-mère et celle de Louis, alors âgé de 2 ans, entrent dans l'album — Waa Wei décrit cela comme « une méthode pour déposer la clé des souvenirs ».19
Cet album est créé à la fin du mariage, quand l'enfant a 2-3 ans. Si « Cacher N'est Pas Oublier » a été écrit par une jeune mère dans les interstices de la sieste, « HAVE A NICE DAY » est écrit par une mère confrontée à une relation en mutation mais qui continue de travailler — la fenêtre concrète de la politique de création s'élargit d'un cran supplémentaire.
De « La Peine de Rose » à « La Peine de Perle »
Le 24 décembre 2024, son huitième album solo, « Zhen Zhu Xing » (珍珠刑, Peine de Perle), sort.11
La métaphore centrale de cet album est la formation de la perle dans la douleur continue et les couches successives — la beauté naît de l'épreuve. Le choix du caractère « xing » (刑) fait référence au livre de photographies « Bara-Kei » (薔薇刑, La Peine de Rose) du photographe japonais Eikoh Hosoe, réalisé sur Yukio Mishima en 1961-62 — dans le contexte japonais, « xing » a le sens dérivé de « la beauté se manifestant à travers la souffrance », et non « punition ».11
Les dix chansons de l'album :
- « Lie Gen » (劣根) : paroles de Ge Da-wei, musique de Chen Jian-qi et Waa Wei en co-composition (Chen : « La dernière note de Chen et la première note de Wei se sont alignées en hauteur, créant une chanson à tessiture anormalement large »)
- « Hai Yue » (海月) : featuring de Dou Jing-tong (竇靖童)
- « Zhuai » (跩) : rap en featuring de Yang You-ning (楊祐寧)
- Sur d'autres titres, Louis prête sa voix (alors âgé de 6 ans)
En juin 2025, « Zhen Zhu Xing » est nommé dans plusieurs catégories aux 36ᵉ Golden Melody Awards. Elle remporte pour la deuxième fois le prix de la meilleure chanteuse mandarin.
De la blessure aux cordes vocales en 2006 au second Golden Melody en 2025, dix-neuf ans se sont écoulés. De « La Peine de Rose » à « La Peine de Perle », soixante-trois ans. Ces deux dates se superposent sur un album sorti le 24 décembre 2024, reformulant dans la grammaire de la pop mandarine la proposition du photographe japonais de 1962 : « la beauté naît de la souffrance ».
Cette interview de rue où elle a été étiquetée « passante »
En février 2025, le site ETtoday Star Cloud publie un reportage de rue.20 Un journaliste interpelle une passante dans la rue ; le bandeau du reportage indique « 民眾 » (passante). Cette « passante » est reconnue par des fans — c'est Waa Wei, qui remporterait quelques mois plus tard pour la deuxième fois le prix de meilleure chanteuse mandarin aux Golden Melody Awards.
Sa styliste partage l'anecdote sur les réseaux sociaux comme une plaisanterie. Waa Wei elle-même répond : « D'abord, calmez-vous. »20
Pas de communiqué de relations publiques, pas de suivi journalistique — juste une phrase d'autodérision pour clore l'affaire.
Ce reportage de rue a circulé en ligne : certains l'ont pris pour une blague, d'autres pour une ironie — mais c'est en réalité une tranche qui éclaire toute sa carrière : une chanteuse lauréate d'un Golden Melody, arrêtée dans la rue par un journaliste qui la prend pour une « passante », et dont la réaction est d'en rire.
Dix-neuf ans plus tard, en unplugged
Les 29 et 30 novembre 2025, pour le 20ᵉ anniversaire du Simple Life Festival, Natural Q se reforme le temps d'un concert — Waa Wei et Qi Ge ne s'étaient pas produits ensemble depuis 19 ans. Ils reprennent en version acoustique « Natural Q », « Vent et Beau Temps » et « Le Couple Assis au Coin de la Rue ».21
Qi Ge déclare en répétition : « On voulait présenter les choses de la manière la plus simple, en accord avec l'esprit du Simple Life Festival. »21 Il s'agit d'une performance ponctuelle de rétrospective, pas d'une tournée de reformation.
Le même mois, Chen Qi-zhen revient aussi. En novembre 2025, Waa Wei et Chen Qi-zhen se produisent ensemble pour la première fois en 11 ans sur scène à Shanghai (elles n'avaient plus chanté ensemble depuis « Dans un Monde Incertain » en 2014), dans un nouveau mashup intitulé « Lala du Voyage » — combinant « Shangri-La » et « Le Sens du Voyage » de Chen Qi-zhen.22 Chen Qi-zhen dit ce soir-là :
« Ces deux dernières années, j'ai beaucoup réarrangé de chansons en festival, mais celle-ci, je n'osais pas vraiment la chanter. Parce que cette chanson semble appartenir à Waa Wei… ou à Waa Wei et moi. »22
Les deux gestes — « se retrouver une fois après 19 ans » et « chanter ensemble une fois après 11 ans » — sont sa façon de gérer « le passé » : reconnaître le passé, ne pas en faire un récit commercial, ne pas l'éviter non plus.
Pourquoi elle ne veut toujours pas être reconnue
Parmi les chanteuses de Golden Melody à Taïwan, celles qui acceptent le coût de « ne pas être reconnues » sont peu nombreuses. La plupart des chanteuses, après avoir remporté le prix de meilleure chanteuse mandarin, connaissent une période d'exposition intensive : contrats publicitaires, apparitions transversales, émissions de variétés, envol des abonnés Instagram. Waa Wei gère aussi ses réseaux sociaux (Facebook @lovewaa, Instagram @waawei), mais elle s'efforce délibérément de ne pas se façonner en « personne facilement reconnaissable ».
Ses tenues de scène penchent vers le rétro, le japonais, avec une touche de bizarrerie à la Tim Burton, créant un écart permanent entre son image sur scène et son apparence dans la rue. C'est une anonymat curatoriel — le droit délibéré de ne pas être identifiée.
Pour elle, être prise pour une « passante » par un journaliste de rue est une réussite — elle a passé vingt ans à rendre sa voix plus célèbre que son visage, ses chansons plus reconnaissables que sa personne.
Dans le système de célébrité de la pop mandarine, c'est un chemin très contre-intuitif. Il obéit à une logique simple : l'œuvre vivra plus longtemps que la personne. Mettre son énergie dans la construction de la personne, et le jour où la personne expire, l'œuvre expire avec elle. Mettre son énergie dans l'œuvre, et une fois l'œuvre accomplie, que la personne soit reconnaissable ou non n'a plus d'importance.
En août 2025, elle révèle brièvement sa relation avec Ian (Chen Zhi-heng, 陳峙亨), un étudiant de 21 ans en design industriel à NYU. Cinq jours plus tard, la relation s'effondre quand il reprend avec son ex-petite amie.13 Les médias s'en donnent à cœur joie ; elle ne tient pas de conférence de presse, n'envoie pas de lettre d'avocats, et après quelques semaines reprend son travail musical. Sa posture est la même que pour le divorce de 2006 ou la blessure aux cordes vocales : ne pas expliquer, laisser l'œuvre parler pour elle.
📝 Note du conservateur : Son anonymat est un choix professionnel de priorité à l'œuvre — elle souhaite que l'on se souvienne d'« Ophelia » et de « Bi Ge Suo Zai », pas de ce qu'elle a posté sur Facebook.
La plus grande œuvre est une phrase
Revenons à cette phrase prononcée sur scène en juin 2025 :
« Un certain courage et une certaine douceur naissent de la douleur. »
C'est le résultat de la condensation en une seule phrase de vingt ans d'expérience professionnelle : après la blessure à la gorge en 2006, après l'anxiété de la grossesse en 2018, après le divorce en 2022, après les cinq années entre le premier et le second Golden Melody (2020-2024).
Cette phrase est reprise par de nombreux médias et devient l'un des discours les plus marquants des Golden Melody Awards 2025, non pas parce qu'elle est bien écrite, mais parce qu'elle a été validée par vingt ans d'épreuve.
Elle n'a pas de maison de management qui la porte, pas de passage par les émissions de variétés, pas de tournée de trafic international. Elle laisse huit albums solo, un demi-génération d'échantillons de pop indépendante mandarine, et une démonstration : une chanteuse peut refuser d'être simplifiée, peut ne pas être reconnue, et remporter deux fois le prix de meilleure chanteuse mandarin aux Golden Melody Awards.
L'œuvre la plus célèbre n'est pas « Ophelia », ni « Bi Ge Suo Zai », ni ces deux prix — c'est cette phrase.
Pour aller plus loin :
- 盧廣仲 — Un autre exemple du même écosystème de pop indépendante mandarine : « pas célèbre mais primé », même logique de « priorité à l'œuvre, visibilité secondaire »
- 林宥嘉 — Un autre chemin, de la télé-crochet aux Golden Melody, un chanteur masculin portant la scène à son plus haut niveau de professionnalisme
- 周杰倫 — L'autre extrémité du spectre de la pop mandarine : le système de la super-star vs la chanteuse d'œuvre indépendante
- 蔡依林 — Une autre façon pour une chanteuse de construire sa voix, le cas inverse de Waa Wei
- 流行音樂與金曲獎 — Les coordonnées scéniques des deux victoires de Waa Wei comme meilleure chanteuse mandarin
- 台灣流行音樂 — L'environnement industriel de la pop mandarine
- 台灣獨立音樂 — À la frontière entre Natural Q et le courant dominant des Golden Melody dans les années 2020
- 楊丞琳 — Un contraste structurel « marché vs académie » de la même génération : Yang Cheng-lin a un prix Golden Bell (45ᵉ) mais jamais de Golden Melody, Waa Wei a deux prix de meilleure chanteuse mandarin
- 黃少雍 — De l'époque Lin Ma Dai à la production de trois titres sur « Zhen Zhu Xing » (« Lie Kou », « Li Ru Li Kai », « Hai Yue »), un producteur d'électro collaborant avec Waa Wei depuis plus de dix ans
- 柯智棠 — Cousin, chanteur folk britano-inspiré, créateur au rythme lent produit par Chen Jian-qi sur trois albums
Références
- 36ᵉ Golden Melody Awards — discours complet de Waa Wei remportant pour la deuxième fois le prix de meilleure chanteuse mandarin — Marie Claire — 36ᵉ Golden Melody Awards, 28 juin 2025 : discours complet de réception du prix avec « Zhen Zhu Xing » : « Aux yeux des autres, on dirait que je sais tout, mais en réalité, j'ai aussi beaucoup d'incertitudes et de doutes… je doute même d'être une bonne mère. » « Le "xing" (刑) de "xing fa" (刑罰), c'est ce que je veux partager avec vous : un certain courage et une certaine douceur naissent de la douleur. » « La chose la plus difficile, c'est de ne pas abandonner. »↩
- Waa Wei — Interview Mirror Media 2018 — Née en 1982, élevée avec sa sœur aînée par sa grand-mère hakka à Fuli, comté de Hualien, après la séparation de ses parents ; enfance en contact simultané avec quatre langues : hakka, taïwanais, mandarin, japonais ; diplômée de la section théâtre de l'école des arts de Hwa Kang.↩
- Natural Q (groupe) — Wikipédia — En 2003, Waa Wei rencontre l'ingénieur du son Qi Ge (Cai Kun-qi) au studio de Lin Zhe-yu et forme le groupe ; « C'est La Vie », premier album, sort le 29 avril 2004 et devient une œuvre marquante de la pop indépendante mandarine.↩
- Musical « The Sound of Colors » — Entretien Waa Wei, Blow 吹音樂 — Première du musical adapté de l'album illustré de Jimmy Liao au National Theatre en 2003, première grande collaboration entre Waa Wei et Chen Jian-qi ; les deux continuent à collaborer pendant les vingt années suivantes.↩
- L'histoire de la blessure aux cordes vocales de Waa Wei en 2006 — ct.org.tw — Blessure aux cordes vocales en 2006, grave au point que sa voix descend « au volume d'un bourdonnement de moustique » et se casse dès qu'elle force ; après que Christian, propriétaire du studio à Hong Kong, et ses employés ont prié, sa voix se rétablit « miraculeusement » ; pendant la convalescence, elle vit principalement de jingles publicitaires.↩
- Waa Wei — Wikipédia anglais — « La Vie Sucrée » (甜蜜生活), novembre 2007, produit par le musicien japonais Toshiya (Mondialito), collaboration transnationale avec des musiciens espagnols et uruguayens, dépasse les vingt mille ventes avec un budget limité. Historique complet des producteurs et récompenses pour les huit albums solo.↩
- La philosophie sonore de Chen Jian-qi — Pourquoi ne pas accepter les intonations bizarres des chanteurs de mandarin ? — Blow 吹音樂 — Le producteur de longue date Chen Jian-qi interroge directement : « On peut bien tolérer les intonations bizarres des chanteurs occidentaux, alors pourquoi ne pas les accepter chez les chanteurs de mandarin ? » Exposé complet de sa philosophie de production appliquée à la voix de Waa Wei.↩
- Le choix du français « bisou bisou » dans « Bonne Nuit, Bonne Nuit » — Témoignage de Waa Wei, Mojim — Waa Wei explique l'insertion du français dans le refrain de « Bonne Nuit, Bonne Nuit » : « Certaines choses sont moins gênantes dans une autre langue — par exemple, chanter "bisou bisou" en français est très naturel, mais si on dit "qīn qīn" (親親) en mandarin, ça devient embarrassant. »↩
- Waa Wei × JJ Lin, concert JJ20 à Xiamen, « Toi, Toi, Toi » — Le titre phare de « Fleur Sauvage » (2016), « Toi, Toi, Toi », est chanté en duo avec JJ Lin lors du concert JJ20 à Xiamen en 2017 ; l'album « Fleur Sauvage » traite de la rupture amoureuse, enregistré en Finlande et à Taïwan.↩
- Les coulisses de « Ophelia » — Blow 吹音樂 — Paroles de Li Ge-di (Huang Qing-qi), musique de Chen Jian-qi et Luo Enni ; voix off du poète Xia Yu : court poème « Je ne sais pas que j'ai déjà donné mon matin » ; clip réalisé par Huang Jie-yu, tourné sur le mont Yangming, avec Lin Yu-xi et Lian Yu-han dans une histoire d'amour entre femmes. Li Ge-di est nommée pour le meilleur auteur aux 31ᵉ Golden Melody Awards pour cette chanson.↩
- Les détails de création de « Zhen Zhu Xing » — Blow 吹音樂 — « Zhen Zhu Xing » sort le 24 décembre 2024 ; métaphore centrale : « la perle se forme dans les couches de douleur, la beauté naît de l'épreuve » ; le caractère « xing » (刑) fait référence à « Bara-Kei » (薔薇刑, La Peine de Rose) d'Eikoh Hosoe (1961-62), où « xing » dans le contexte japonais signifie « la beauté se manifestant à travers la souffrance » ; « Lie Gen », paroles de Ge Da-wei, musique de Chen Jian-qi et Waa Wei : « la dernière note de Chen et la première note de Wei se sont alignées en hauteur », créant une tessiture anormalement large ; « Hai Yue » avec Dou Jing-tong, « Zhuai » avec rap de Yang You-ning ; fils Louis prête sa voix.↩
- Waa Wei annonce sa grossesse pour la Fête des Mères — Mirror Media — Annonce officielle de la grossesse le jour de la Fête des Mères 2018 ; les médecins estimaient une grossesse difficile, mais elle réussit dès la première tentative ; l'anxiété de la première maternité influence la production du nouvel album en cours.↩
- Chronologie : mariage Waa Wei × Long Chen-han, naissance de Louis le 1er novembre 2018, divorce en 2022, relation avec Ian en 2025 — ETtoday — Mariage avec l'acteur de théâtre Long Chen-han en 2018 ; fils Louis né le 1er novembre 2018 ; divorce en 2022, Louis principalement élevé par Waa Wei ; 1er août 2025 : relation rendue publique avec Ian (Chen Zhi-heng), étudiant de 21 ans en design industriel à NYU ; le 5 août, Ian est photographié reprenant avec son ex-petite amie ; la relation s'effondre en environ 5 jours ; Waa Wei ne tient pas de conférence de presse, conformément à sa posture de « ne pas expliquer, laisser l'œuvre parler ».↩
- Enregistrer « Cacher N'est Pas Oublier » avec un nourrisson — Blow 吹音樂 — Waa Wei décrit son emploi du temps d'enregistrement en 2018-2019 avec un nourrisson : « Je me lève à 6 h 30 pour m'occuper du bébé, je ne peux travailler que pendant la sieste de l'enfant, et je dois finir avant le bain du soir. » Deux à trois heures par jour en studio, la journée se termine au bain du bébé.↩
- « Bi Ge Suo Zai », élégie quadrilingue pour Lovely Li — HK01 — Interview de Waa Wei sur le deuil de Lovely Li (décédée par défenestration le 5 août 2018) ; « Bi Ge Suo Zai » utilise le taïwanais, le mandarin, l'anglais et le cantonais ; en studio, l'ingénieur du son et elle « ont ressenti une présence inhabituelle » ; elle confie : « Ceux qui ne pleurent pas portent leur chagrin plus longtemps », « Je ne savais pas que le chagrin pouvait durer aussi longtemps ».↩
- 31ᵉ Golden Melody Awards — Waa Wei remporte le prix de meilleure chanteuse mandarin — Focus Taiwan — 31ᵉ Golden Melody Awards en octobre 2020 : Waa Wei est à la fois maîtresse de cérémonie, nommée et artiste invitée ; elle remporte le prix de meilleure chanteuse mandarin avec « Cacher N'est Pas Oublier », un cas rare dans l'histoire de la pop mandarine où l'animatrice remporte un prix ; en recevant son prix, elle remercie avec émotion son fils, sa famille et ses soutiens de longue date.↩
- Imitation du communiqué sanitaire de Chen Shi-chung en ouverture des 31ᵉ Golden Melody Awards — udn — Waa Wei imite le communiqué de presse du commandant du CDC taïwanais Chen Shi-chung lors de l'ouverture des 31ᵉ Golden Melody Awards, adapte son ancienne chanson « Le Stylo de Mon Père » avec des paroles sur le Covid, interpelle directement les internautes de PTT ; six changements de tenue tout au long de la soirée.↩
- « Une comédienne manquée par la chanson » — les médias jugent Waa Wei — CTWANT — Les médias décrivent le style d'animation de Waa Wei aux 31ᵉ Golden Melody Awards comme celui d'« une comédienne manquée par la chanson » ; son humour auto-dérisif et son interaction naturelle deviennent les moments mémorables de la cérémonie.↩
- Analyse approfondie de l'album « HAVE A NICE DAY » — Verse — « HAVE A NICE DAY », juin 2021, produit par Chen Jian-qi, Han Li-kang et Huang Shao-yong ; collaborations transnationales avec la Sud-Coréenne Sun Woo Jung-a (« Le Vendeur de Fleurs »), le projet Kaohsiung Shadow (« Mon Plat »), le Chinois Jiu De ; la voix de grand-mère et celle de son fils Louis entrent dans l'album, « une méthode pour déposer la clé des souvenirs ».↩
- Waa Wei étiquetée « passante » dans un reportage de rue — sa styliste : « Vous vous êtes trompé de personne » — ETtoday Star Cloud — Reportage de rue de février 2025 où Waa Wei, qui remporterait le Golden Melody quelques mois plus tard, est identifiée comme une « passante » ; sa styliste partage l'anecdote, Waa Wei répond « D'abord, calmez-vous ».↩
- Natural Q se reforme pour la première fois en 19 ans au 20ᵉ anniversaire du Simple Life Festival — Blow 吹音樂 — 29-30 novembre 2025, 20ᵉ anniversaire du Simple Life Festival : Natural Q se produit en version acoustique avec « Natural Q », « Vent et Beau Temps » et « Le Couple Assis au Coin de la Rue » ; Qi Ge : « On voulait présenter les choses de la manière la plus simple, en accord avec l'esprit du Simple Life Festival. »↩
- Chen Qi-zhen × Waa Wei, première scène commune en 11 ans à Shanghai, « Lala du Voyage » — NowNews — Novembre 2025 : Chen Qi-zhen invite Waa Wei à chanter un nouveau mashup « Lala du Voyage » (« Shangri-La » + « Le Sens du Voyage ») lors de son concert à Shanghai ; première scène commune depuis « Dans un Monde Incertain » en 2011 ; Chen Qi-zhen : « Ces deux dernières années, j'ai beaucoup réarrangé de chansons en festival, mais celle-ci, je n'osais pas vraiment la chanter. Parce que cette chanson semble appartenir à Waa Wei… ou à Waa Wei et moi. »↩