Géographie

Comté de Penghu : deux refus de casino, le choix de l’île Ciju n’était pas la pauvreté

Le 26 septembre 2009, le référendum de Makung a été organisé, 17 359 votes contre, le casino a perdu de 3 962 votes. Sept ans plus tard, en 2016, un nouveau vote a eu lieu, 81,07 % contre. Une île éloignée avec seulement 1 000 mm de précipitations annuelles, 108 000 résidents enregistrés mais seulement 80 000 habitants permanents, a organisé le premier référendum local sur le jeu du pays, puis un second. La même zone maritime a vu Shen You‑rong forcer les Néerlandais à se retirer en 1604, les Néerlandais déplacer leur base de Fengguitei à Tainan en 1622, et le commandant français Guo Ba mourir à Magong en 1885. Les colonnes de basalte de 17,4 millions d’années existent toujours, 89 îles sont constituées de roches volcaniques noires, une d’elles d’andésite plus ancienne. Dans les murs de pierre corallienne des maisons d’hiver, les cultures poussent du côté abrité du vent.

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Comté de Penghu : deux refus de casino, le choix de l’île Ciju n’était pas la pauvreté

Vue d’ensemble en 30 secondes : Le premier référendum sur le jeu à Penghu le 26 septembre 2009 a enregistré 56,44 % de votes contre, soit 3 962 voix de plus que le camp pro‑casino, marquant le premier référendum local sur le jeu du pays. Sept ans plus tard, le 15 octobre 2016, un second référendum a eu 81,07 % de votes contre, soit 25 points de pourcentage de plus que le premier. Aucun événement majeur n’a enrichi Penghu entre les deux votes. Avec une pluviométrie annuelle d’environ 1 000 mm, 108 000 résidents enregistrés mais seulement 80 000 habitants permanents – la deuxième plus petite population enregistrée parmi les îles – Penghu a rejeté deux fois un casino de villégiature. Cet article montre que le « NON » ne visait pas le casino, mais le droit de choisir « ce que Penghu doit devenir ».

Il est quatre heures du matin dans la rue centrale de Makung.

La rue centrale est l’une des plus anciennes rues sinophones encore existantes à Taïwan[^1]. Au nord, le « puits à quatre yeux » serait, depuis la dynastie Ming, le puits commun des habitants, aujourd’hui classé monument historique du comté[^2]. Deux cents mètres plus au sud se trouve le temple de la déesse Matsu, le Kāi‑tái Tiān‑hòu‑gōng. En 1919 (ère Taishō 8), lors de travaux de restauration, une stèle en granit a été découverte, portant neuf caractères : « Shen You‑rong ordonne le retrait des Hollandais et de Wei Ma‑lang, etc. »[^3]. La date inscrite correspond à la 32ᵉ année du règne de Wanli, soit 1604 av. J.-C.

À quatre heures du matin, les portes du temple sont fermées, la stèle repose dans la vitrine du musée du patrimoine du Qīng‑fēng‑gé. Les Penghuais dorment. Les touristes n’arriveront que le lendemain à 7 h 30 en avion. Le vent du nord‑est d’hiver souffle du nord‑ouest à travers les murs de pierre corallienne de la vieille ville, pénétrant les ruelles. Penghu connaît ce vent pendant les deux tiers de l’année.

Cet archipel de 141 km² fut le premier endroit de Taïwan à attirer l’attention des puissances européennes il y a quatre cents ans. Les Portugais l’appelèrent Pescadores (« Îles des pêcheurs ») au XVIᵉ siècle. Les Hollandais arrivèrent en 1604, puis de nouveau en 1622. Les Français passèrent en 1885. Les Japonais débarquèrent en 1895 pour prendre possession de toute Taïwan. À chaque fois, Penghu servit d’entrée ; l’île principale de Taïwan arrivait toujours après.

1604 : la stèle de Shen You‑rong

Devant le temple Kāi‑tái Tiān‑hòu‑gōng, 2014. La date « Ming Wanli 32 (1604) » est le consensus minimal parmi les historiens ; la stèle de Shen You‑rong découverte en 1919 est la plus ancienne preuve matérielle existante. Photo : Outlookxp.
Le temple Kāi‑tái Tiān‑hòu‑gōng, 2014. Photo : Outlookxp via Wikimedia Commons, CC BY‑SA 4.0.

La date de construction du temple fait débat. Selon le site de recherche historique de Penghu, « la date exacte reste indéterminée, mais il est certain que le temple existait déjà en 1604 »[^4]. Les chercheurs avancent cinq hypothèses : 1563, 1592, 1597, 1604 et 1622. Seule la date 1604 possède une preuve matérielle : la stèle de Shen You‑rong.

Que s’est‑il passé en 1604 ?

Cette année, le commandant de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Wei Ma‑lang (Wybrand van Warwijck), arriva à Penghu avec deux navires, envoyant des émissaires en Fujian pour demander le commerce. Le fonctionnaire Ming Shen You‑rong conduisit cinquante navires de troupes pour négocier. Après avoir évalué les perspectives commerciales et la supériorité militaire, Wei Ma‑lang décida de se retirer le 15 décembre 1604[^5]. Aucun combat n’eut lieu. Une stèle gravée à l’époque par un fonctionnaire Ming commémora cet événement, découverte 315 ans plus tard sous les fondations du temple. En mars 2022, le ministère de la Culture la classa bien national[^6].

📝 Note du commissaire d’exposition : Les manuels scolaires décrivent généralement l’histoire taïwanaise à partir de 1624, lorsque les Hollandais construisirent la forteresse de Fort Zeelandia à Tainan. Mais 1624 fut le « Plan B » des Hollandais : ils visaient d’abord Penghu. En 1622, lors de leur deuxième visite, ils avaient déjà érigé un fort à Feng‑guǐ‑tǐ (aujourd’hui le cap Serpent à Makung). En 1624, la dynastie Ming envoya des renforts à Penghu, forçant les Hollandais à se retirer à Tainan. L’ère néerlandaise à Taïwan débuta seulement après que les Hollandais eurent été chassés de Penghu. La stèle de 1604 constitue le premier acte de ce conflit de vingt ans. Pour les Hollandais, Penghu était « l’île que nous voulions occuper », tandis que Taïwan était « l’endroit où nous allions après avoir échoué à Penghu ».

La stèle fut déterrée en 1919, alors que le Japon administrait Taïwan depuis 24 ans. En 1920 (Taishō 9), la réforme administrative locale changea le nom de Mā‑gōng (ancienne Mā‑gōng) en Makung, abréviation japonaise de Mā‑gōng[^7]. Le même temple changea trois fois de nom en trois siècles : Mā‑gōngTiān‑fēi‑gōngTiān‑hòu‑gōng. La stèle fut enterrée sous les fondations du temple, ne ressortant qu’en 1919.

Les maisons et les étangs de basalte

Colonnes de basalte sur l’île de Tongpan, 2008. Formées il y a 15 millions d’années par le refroidissement et la contraction du magma volcanique, créant des colonnes hexagonales et pentagonales. L’île est surnommée « Parc national du Yellowstone maritime ». Photo : Carrie Kellenberger (globetrotter).
Colonnes de basalte sur l’île de Tongpan, 12 juillet 2008. Photo : Carrie Kellenberger / globetrotter via Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Le Bureau culturel du comté de Penghu a publié un cours en ligne intitulé « Merveilles du monde : le basalte de Penghu ». Le premier paragraphe indique : « Il y a environ 17,4 à 8,2 millions d’années, plusieurs éruptions discontinues ont projeté du magma à la surface »[^8].

Le plus ancien basalte se trouve sur l’île de Wàng‑ān, il y a 17,4 millions d’années. Le plus récent, sur Dōng‑yǔ‑píng, date de 8,2 millions d’années. Pendant les 9 millions d’années intermédiaires, des fissures sous-marines ont continuellement alimenté le magma, qui s’est refroidi, contracté et formé des colonnes hexagonales ou pentagonales. Ainsi se sont construites les 90 îles de l’archipel.

Parmi les 90 îles, une seule est une exception. Le site géologique du gouvernement de Penghu précise : « Outre l’île de Huā‑yǔ (roche andésitique), la géologie de l’archipel est majoritairement basaltique »[^9]. Huā‑yǔ, à l’extrême ouest, est composée d’andésite plus ancienne et abrite près d’une centaine d’espèces végétales endémiques, d’où son nom. Parmi les 89 îles de basalte noir, une possède un substrat plus ancien d’andésite gris‑blanc.

Le basalte est un matériau de construction traditionnel à Penghu. Les villages traditionnels utilisent le basalte mélangé à la pierre corallienne (lǎogǔ‑shí) pour ériger les murs. Le village de Èr‑kǎn à Xī‑yǔ est un exemple. La maison ancestrale Chén‑jiā fut classée monument de troisième niveau en 1988 (aujourd’hui monument du comté), premier site de préservation d’un village traditionnel à Taïwan[^10]. Les toits sont recouverts de dalles épaisses pour résister aux vents du nord‑est. Penghu ne reçoit que 1 000 mm de pluie annuelle (la zone côtière ouest étant la plus sèche de Taïwan), mais les vents sont forts ; du octobre à mars, le vent du nord‑est souffle pendant six mois, et les tuiles légères seraient emportées si elles n’étaient pas lestées[^11].

Toit du village d’Èr‑kǎn, 2024. Les tuiles rouges du style minnan sont lestées de blocs de basalte pour résister au vent du nord‑est. Èr‑kǎn est le premier site de préservation d’un village traditionnel à Taïwan. Photo : Perryn1258.
Toit du village d’Èr‑kǎn, 9 juillet 2011. Photo : Perryn1258 via Wikimedia Commons, CC BY‑SA 4.0.

À l’intérieur des murs poussent des cultures. Le « cài‑zhái » de Penghu, solution agricole hivernale, est décrit ainsi : « Le « cài‑zhái », aussi appelé « zhái‑nèi », est un enclos de pierre à quatre faces, construit pour résister au vent du nord‑est et permettre aux cultures fragiles de croître en hiver. Le mur nord est le plus haut, entre 1,6 m et 2,5 m. Les murs sont généralement faits de lǎogǔ‑shí ou de basalte, matériaux locaux »[^12]. Vue du ciel, des centaines de ces enclos forment une ruche. En hiver, le vent de la mer de Hòumén souffle, tandis que l’intérieur abrite chou-fleur, chou, gingembre et patate douce.

Le même matériau est utilisé pour les stone‑fishing‑ponds (石滬). « Moins de 600 stone‑fishing‑ponds existent dans le monde ; Penghu en possède plus de 574, dont au moins 109 autour de Jíbèi — la densité la plus élevée au monde »[^13]. Les pêcheurs empilent basalte et coraux en arcs dans la zone intertidale ; à marée haute les poissons entrent, à marée basse ils restent piégés. Le Taiwan Fu Zhi de l’an 1696 mentionne déjà ces étangs ; dans les années 1950, ils représentaient près de 80 % de la valeur totale de la pêche du comté[^14]. Aujourd’hui la plupart sont des sites culturels, mais le village de Dōng‑hú à Qī‑měi conserve le stone‑fishing‑pond en forme de double cœur, reconstruit en 1937 par le maître Bā‑lè[^15].

« Moins de 600 stone‑fishing‑ponds existent dans le monde ; Penghu en possède plus de 574, dont au moins 109 autour de Jíbèi, la densité la plus élevée au monde. » (Ministère de la Culture, point potentiel d’inscription au patrimoine mondial : groupe de stone‑fishing‑ponds de Penghu[^13])

Le ministère de la Culture a inscrit à la fois le basalte de Penghu et le groupe de stone‑fishing‑ponds comme points potentiels du patrimoine mondial taïwanais. Taïwan n’étant pas membre de l’UNESCO, ces listes restent internes.

Stone‑fishing‑pond double cœur à Qī‑měi, 2017. Situé sous la falaise nord‑est du village de Dōng‑hú, reconstruit en 1937, inscrit en 2006 comme paysage culturel. Le motif en forme de cœur apparaît à marée basse. Photo : Zhāng Yǎlún.
Stone‑fishing‑pond double cœur à Qī‑měi, 24 septembre 2017. Photo : Zhāng Yǎlún via Wikimedia Commons, CC BY‑SA 4.0.

1622 : Feng‑guǐ‑tǐ, le tremplin néerlandais

Après le premier acte de 1604, le deuxième débute.

Le 1er juillet 1622, à l’aube, le commandant néerlandais Rijckel‑seng (雷爾生) arriva avec douze navires et 1 024 soldats dans le port de Mā‑gōng. Le site historique du gouvernement de Penghu indique : « Le 1er juillet 1622 (année Tian‑qi 2 du règne de l’empereur Ming), les Hollandais, sous le commandement de Rijckel‑seng, envahirent le port de Mā‑gōng avec 12 navires et 1 024 hommes »[^16]. Cette fois, les Hollandais ne demandèrent pas le commerce ; ils construisirent directement un fort à Feng‑guǐ‑tǐ (aujourd’hui la pointe sud du cap Serpent à Makung).

La réponse Ming fut lente. Deux ans plus tard, en 1624, le gouverneur de Fujian augmenta les troupes à Penghu, encerra les Hollandais. Incapables de tenir, les Hollandais négocièrent. Selon l’article Wikipédia sur la période néerlandaise : « Les Hollandais et la dynastie Ming conclurent un accord : les Hollandais démoliraient le fort et les batteries de Feng‑guǐ‑tǐ, puis se rendraient à Taiwan, territoire non réclamé par la Chine, que les Hollandais occuperaient sans interférence Ming. Le 26 août 1624, les Hollandais quittèrent Penghu pour Taiwan »[^17].

Les troupes néerlandaises qui quittèrent Feng‑guǐ‑tǐ établirent plus tard le fort Fort Zeelandia à Anping, Tainan. Ainsi débuta les quarante ans de domination néerlandaise sur l’île principale de Taïwan.

Penghu changea de mains plusieurs fois après : en 1683, Shi Lang (施琅) captura l’archipel, le plaçant sous la dynastie Qing ; de 1684 à 1895, 212 ans de domination Qing. En 1885, pendant la guerre sino‑française, le commandant français Guo Ba (Amédée Courbet) captura Penghu le 29 mars. La même année, les troupes françaises subirent une épidémie de choléra ; Guo Ba mourut de chaleur lors d’un enterrement le 8 juin, et décéda à bord du drapeau Bayard le 11 juin à Mā‑gōng[^19]. Le traité de Tianjin fut signé le même mois, les Français se retirèrent[^18].

Dix ans plus tard, en 1895, les Japonais arrivèrent. Le traité de Mā‑guān (21 guo xì, 1895) cédait Taïwan et Penghu au Japon, mais les troupes japonaises avaient déjà occupé Penghu du 23 au 25 mars, trois semaines avant la signature officielle[^20]. Le 26 mars, ils créèrent l’« Administration des îles Penghu » à Makung, sous le vice‑amiral Tanaka Tsuneshige. Le 17 avril, le traité fut signé, et le 17 juin, les troupes japonaises débarquèrent sur l’île principale.

La stratégie restait la même : occuper d’abord Penghu, puis Taïwan. Les Hollandais échouèrent en 1622, les Japonais réussirent en 1895.

Le pont trans‑marin qui unit les six districts

Pont trans‑marin de Penghu traversant le canal de Hòumén, 2015. La première génération (1970) était le plus long pont sous‑marin d’Asie du Sud‑Est ; la deuxième génération (1996) mesure 2 494 m. Photo : Wing1990hk.
Pont trans‑marin de Penghu traversant le canal de Hòumén, 30 juin 2015. Photo : Wing1990hk via Wikimedia Commons, CC BY‑SA 3.0.

En 1965, le gouvernement du comté de Penghu débuta la construction du pont trans‑marin. Le site officiel du parc national indique : « La construction débuta en 1965, le pont fut achevé et ouvert à la circulation en 1970 »[^21]. La première génération mesurait 2 478 m, alors le plus long pont sous‑marin d’Asie du Sud‑Est.

Le pont relie les districts de Báishā et Xī‑yǔ à travers le canal de Hòumén, une zone profonde et à fort courant. Avant le pont, Xī‑yǔ n’était accessible que par bateau. Le pont permit de relier par voie terrestre les quatre districts de Makung, Hú‑xī, Báishā et Xī‑yǔ. Les deux districts restants (Wàng‑ān et Qī‑měi) restent isolés au centre de la mer du Sud, accessibles uniquement par bateau ou avion.

En 1984, la première structure commença à se corroder, exposée quotidiennement à l’eau salée et aux vents violents. En 1996, la deuxième génération fut achevée : le pont totalise 2 494 m, deux voies, largeur de 13 m[^22]. De 1996 à 2022 (avant l’ouverture du pont de Kinmen), il fut le plus long pont trans‑marin de Taïwan.

Le sens physique du pont n’est pas seulement « relier deux lieux », mais « coudre les six districts en un seul Penghu ».

Cette union n’est pas seulement routière. Avant 1970, demander à un Penghuais « d’où viens‑tu ? » pouvait recevoir « Je viens de Xī‑yǔ », « Je viens de Wàng‑ān ». Après 1970, l’identité « Penghuais » acquit un support matériel concret. Les districts existent toujours, mais leurs habitants partagent désormais une même identité.

2002 : le vol qui s’est désintégré, 2003 : le premier feu d’artifice maritime

Le 25 mai 2002, à 15 h 28, le vol China Airlines 611 décolla de l’aéroport international de Zhongzheng à destination de Hong Kong. Quinze minutes plus tard, à 23 nm au nord‑est de Makung, à 34 900 ft, l’avion se désintégra en vol. Les 225 personnes à bord périrent. L’enquête conclut que la cause était une réparation inadéquate d’une collision de queue survenue dans les années 1980[^23].

Le secteur touristique d’été de Penghu fut gravement touché. En compensation, China Air organisa en 2003, lors du Qian‑wan fēngqíng zài Jídǎo (« Des millions de charmes sur l’île Ciju ») pendant le festival du Qixi (fête des amoureux). L’an suivant, le gouvernement du comté lança le premier festival de feux d’artifice marins de Penghu. Selon la page Wikipédia du festival : « China Air, pour compenser l’impact touristique du crash, organisa en 2003 le premier festival de feux d’artifice marins de Penghu »[^24].

Depuis, le festival est devenu l’événement estival emblématique de Penghu. En 2019, 22 sessions attirèrent 420 000 visiteurs, le record historique. La pandémie de COVID‑19 l’interrompit, mais il reprit en 2022, générant plus de 322 millions de NT$ de revenus touristiques.

Cependant, le festival souffre d’un problème structurel : il n’est organisé qu’en été. Les opérateurs touristiques de Penghu déclarent : « **L’été est la saison d’activité, l’hiver la saison de repos **»[^25]. La haute saison s’étend de avril à septembre, la basse de octobre à mars. Les vols en basse saison sont souvent annulés à cause du vent du nord‑est, les restaurants et hébergements restent largement inoccupés. Un reportage note : « **Tous les deux ans, une autre auberge change de gestion **».

Vue d’ensemble : l’été à Penghu évoque le ciel bleu et la mer turquoise. Les Penghuais, en revanche, voient l’été comme la période de travail, l’hiver comme le véritable Penghu. Les cài‑zhái continuent de cultiver en hiver. Le vent du nord‑est souffle sans relâche. La rue centrale de Makung, à quatre heures du matin, est vide de touristes, habitée uniquement par les locaux. Les deux temporalités de Penghu coexistent sur ces 141 km².

19 îles, 80 000 habitants, l’est de Dōng‑yǔ : 20 personnes

En 2005, le gouvernement du comté confia à l’Université nationale de Kaohsiung une enquête complète de l’archipel, confirmant un total de 90 îles (auparavant 64, selon le recensement de l’ère japonaise). Répartition : Makung 7, Hú‑xī 10, Báishā 37, Xī‑yǔ 3, Wàng‑ān 32, Qī‑měi 1[^26].

Sur les 90 îles, seules 19 sont habitées. La liste officielle pour enfants du parc national indique : Penghu, Tongpan, Hǔ‑jǐng, Mù‑dǒu, Jíbèi, Niǎo, Yuán‑bèi, Báishā, Dà‑cāng, Zhōng‑tún, Yú‑wēng, Xiǎo‑mén, Jiāng‑jūn‑ào, Wàng‑ān, Huā, Xī‑yǔ‑píng, Dōng‑yǔ‑píng, Dōng‑jí, Qī‑měi[^27]. Les 71 îles restantes sont inhabitées, totalisant seulement 3,02 km², moins que la superficie d’un seul quartier de Makung.

Dōng‑jí (l’est de Dōng‑yǔ) constitue un cas d’étude. C’est la plus grande des Quatre îles du Sud. Selon le blog de KKday : « Dōng‑jí était autrefois surnommée « Petite Shanghai », avec plus de 3 000 habitants, aujourd’hui seulement 10‑20 personnes »[^28]. Pourquoi ce déclin ? Avant la guerre, Dōng‑jí était un point de transit entre l’île principale de Taïwan et Xiamen, accueillant marins, commerçants et aubergistes. Après la guerre civile, la rupture des échanges sino‑taïwanais coupa le trafic, l’économie s’effondra, et les résidents partirent.

En 2014, le parc national des Quatre îles du Sud de Penghu fut officiellement créé. Selon Wikipédia : « C’est le neuvième parc national de la République de Chine, le deuxième parc marin de l’histoire de Taïwan. Il fut officiellement annoncé le 8 juin 2014 »[^29]. Il comprend Dōng‑jí, Xī‑jí, Dōng‑yǔ‑píng et Xī‑yǔ‑píng ainsi que 35 843,62 ha d’eaux environnantes. Le service de gestion note que Xī‑yǔ‑píng possède le taux de couverture corallienne le plus élevé (> 50 %) parmi les Quatre îles du Sud[^30]. Lorsque les habitants ont quitté, les coraux ont repris le dessus.

La structure démographique du comté suit la même tendance. Fin 2023, la population enregistrée était de 108 000 (deuxième plus faible du pays). Le recensement de 2020 comptait 82 000 résidents permanents, soit 77 % de la population enregistrée. L’indice de vieillissement était de 194 % : 18,97 % de plus de 65 ans, 9,76 % de moins de 15 ans. Makung concentre 60 % de la population (≈ 64 000), Qī‑měi ne compte que 3 937 habitants[^31].

La pêche décline. Selon le Central News Agency du 20 avril 2024 : « En 20 ans, la capture a chuté de 75 %, la valeur annuelle passant de NT$ 4 milliards à NT$ 2 milliards »[^32]. Les causes : changement climatique, surpêche, dégradation des récifs coralliens. L’aquaculture (raies, mérous, etc.) génère aujourd’hui 1,53 milliard NT$, soit les deux tiers de la valeur totale de la pêche. La pêche côtière chute à 730 millions NT$. Dans les années 1950, les stone‑fishing‑ponds représentaient 80 % de la production de poisson du comté ; aujourd’hui ils ne sont plus qu’un attrait culturel.

Les tortues vertes de Wàng‑ān illustrent le même phénomène. La zone protégée créée en 1995 est aujourd’hui la plus stable de Taïwan. Cependant, le nombre de femelles a chuté de 19 à 1 en 2014, puis a rebondi à 3 en 2022, avec une première femelle observée en mai 2024[^33]. Trente ans de conservation, les chiffres restent faibles.

81,07 % : le deuxième « NON »

Revenons au début.

Le 26 septembre 2009, le premier référendum local sur le jeu au pays. Question : « Penghu doit‑il autoriser la création d’une zone touristique internationale avec casino ? » Résultat :

  • Pour : 13 397 votes (43,56 %)
  • Contre : 17 359 votes (56,44 %)
  • Taux de participation : 42,16 %
  • Avance du camp contre de 3 962 votes[^34]

C’était le deuxième référendum local après l’adoption de la Loi sur le référendum citoyen. La loi prévoit que la légalisation d’un casino doit d’abord être approuvée par un référendum local. Penghu fut choisi parce qu’il remplissait les critères : île éloignée, petite population, orientation touristique, terrain disponible. Un consortium financier misait gros. Après le dépouillement, Shi Zhao‑hui, porte-parole de l’alliance anti‑casino (et universitaire bouddhiste), déclara : « Les petites crevettes ont battu le grand consortium, les Penghuais ont sauvé Penghu, et Taïwan !»[^35]

Les deux années suivantes, le tourisme augmenta. Un reportage indique : « Après le référendum anti‑casino de 2009, le nombre de visiteurs touristiques de Penghu augmenta de 15 % entre 2009 et 2011»[^25]. Sans casino, le tourisme croît. Mais ce cadre narratif est trop simpliste — les Penghuais ne vivent pas uniquement de ce « boom » post‑référendum.

Le 15 octobre 2016, le même sujet fut soumis à nouveau :

  • Pour : 6 210 votes (18,93 %)
  • Contre : 26 598 votes (81,07 %)
  • Tous les districts obtinrent moins de 31 % de votes favorables[^36]

Que s’est‑il passé entre les deux votes ? Rien de majeur. Aucun afflux d’argent, aucune résolution du problème de la saison hivernale, aucune réduction de l’exode des jeunes, aucune revitalisation de la pêche. Les Penghuais ont simplement ajouté 25 points de pourcentage à leur vote contre, exprimant un deuxième « NON ».

📝 Note du commissaire d’exposition : Le récit dominant en ligne affirme que les Penghuais refusent les casinos par crainte de problèmes de sécurité. Cette explication inverse la causalité. Le vrai cœur du refus réside dans la phrase de Shi Zhao‑hui : « Les Penghuais ont sauvé Penghu avec leur vote ». Le mot « sauver » implique que Penghu était menacé de devenir autre chose, et que les habitants ont choisi de ne pas devenir cela

À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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