Vue d’ensemble en 30 secondes : des chants de montagne et des huit instruments hakka transmis de génération en génération, le groupe Jiaogong branche l’esprit des chants de montagne hakka au rock électrique en 1999 ; la 14ᵉ édition du Golden Melody Awards crée en 2003 la première catégorie hakka ; Hsieh Yu‑wei remporte le premier prix en 2004. En 2007, Lin Sheng‑xiang refuse le « Meilleur chanteur hakka » sur scène et réclame que la musique soit classée par genre, pas par langue. Cet acte devient la déclaration la plus importante à l’intersection de la politique linguistique taïwanaise et de la culture musicale.1
Racines traditionnelles : chants de montagne et huit instruments hakka
Chants de montagne : expression poétique du travail
Les chants de montagne hakka sont nés de la vie agricole des premiers colons hakka et constituent la forme musicale hakka la plus ancienne encore existante. Que ce soit lors de la cueillette du thé, des travaux des champs ou des activités quotidiennes, les hakka utilisent le chant pour transmettre leurs émotions. La particularité des chants de montagne réside dans leur spontanéité : les paroles reflètent souvent la situation du moment, la mélodie est simple mais touchante.
On distingue trois types de chants traditionnels : les chants anciens, les « chant de petite montagne » et les petites mélodies hakka. Les chants anciens ont un tempo libre et des mélodies très variables, idéaux pour exprimer des émotions profondes ; le « chant de petite montagne » possède un tempo régulier, facilitant la diffusion ; les petites mélodies hakka intègrent les différences culturelles des divers villages hakka.
Huit instruments hakka : tradition instrumentale des célébrations
Les huit instruments hakka (八音) accompagnent les mariages, les funérailles et les fêtes. Le principal instrument soliste est le suona (嗩吶), soutenu par des gongs, des tambours et des ensembles à cordes et à vent. 2 Le terme « huit instruments » provient du concept des huit matières du « Zhou Li », mais dans la pratique hakka, le suona dirige, tandis que les percussions assurent le rythme ; il ne s’agit pas d’une collection de huit matériaux différents.
Les équipes d’instruments (八音班) constituent des organisations culturelles essentielles dans les communautés hakka, les compétences étant généralement transmises oralement de maître à élève. Le répertoire traditionnel comprend des pièces telles que « Grande porte ouverte », « Petite porte ouverte » et « Vent dans le pin », chacune associée à des contextes spécifiques et à des significations symboliques.
Transformation moderne : la percée du Jiaogong Band
Lin Sheng‑xiang : praticien contemporain de la musique hakka
Né à Meinong, Kaohsiung, Lin Sheng‑xiang forme au début des années 1990 le collectif « Observatory Music Pit » avec Zhong Yong‑feng, explorant les possibilités modernes de la musique hakka. Son trait distinctif consiste à intégrer l’esprit des chants de montagne hakka dans des arrangements rock : guitare électrique, basse et batterie offrent des timbres modernes, tandis que les mélodies et le chant conservent une forte empreinte hakka.
Jiaogong Band : la musique comme force du mouvement social (1999–2003)
En 1999, Lin Sheng‑xiang, Zhong Yong‑feng, Zhong Cheng‑da et Guo Jin‑cai créent le « Jiaogong Band » (le nom provient du hakka « travailler ensemble »). Le groupe s’engage sur les thèmes de l’environnement, des problèmes ruraux et des populations marginalisées, utilisant la musique pour faire entendre ces voix.
L’album Je viendrai chanter des chants de montagne (1999) remporte, à la 11ᵉ édition du Golden Melody Awards en 2000, le Meilleur compositeur et le Meilleur producteur.3 Le style fusionne chants de montagne hakka, folk taïwanais et rock ; les concerts suscitent souvent l’émotion même chez les spectateurs qui ne comprennent pas le hakka.
Après la dissolution du Jiaogong Band en 2003, Lin forme le « Sheng‑xiang Band », poursuivant des expérimentations jazz, blues et world music, tout en maintenant le cœur culturel hakka. Œuvres majeures : Wild, La bibliothèque de la terre et Mon village.
Catégorie hakka du Golden Melody Awards : création, controverse et évolution
2003, 14ᵉ édition : première catégorie indépendante
La 14ᵉ édition du Golden Melody Awards (2003) segmente les prix de chant par langue, créant le Meilleur chanteur hakka (au même titre que les prix taïwanais et autochtones), distinct du précédent Meilleur chanteur dialectal.4 En 2007, la catégorie devient Meilleur chanteur hakka.
En 2004, lors de la 15ᵉ édition, Hsieh Yu‑wei remporte le premier Meilleur chanteur hakka avec l’album Sous un arbre en fleurs, marquant l’entrée du pop hakka dans le courant dominant.5
2007 : le refus de Lin Sheng‑xiang — la déclaration politique la plus puissante
À la 18ᵉ édition (2007), Lin Sheng‑xiang obtient à la fois le Meilleur chanteur hakka et le Meilleur album hakka pour Plantation d’arbres. Sur le podium, il refuse les deux trophées, fait don du prix en argent et proclame : « La musique doit être classée par genre ; la classification par langue est une inversion des priorités. » Il interroge : « Pourquoi le meilleur producteur peut travailler sur plusieurs langues, alors que l’album ne le peut‑il pas ? »6
Cet acte déclenche un débat public sur le système de classification linguistique du Golden Melody Awards, menant en 2010 à la création du Golden Indie Music Award (金音創作獎) par le ministère de la Culture, qui classe les œuvres par rock, folk, hip‑hop, électro, jazz, etc., plutôt que par langue. En 2017, le Golden Melody Awards ajoute un prix d’album de l’année sans distinction linguistique, pouvant être vu comme une réponse partielle à la revendication de Lin.
Luo Si‑rong : perspective féminine dans la musique hakka
Luo Si‑rong, grâce à sa voix douce et ses paroles poétiques, apporte une couleur différente à la musique hakka. Son œuvre phare Aller cueillir des fleurs (prix du meilleur chanteur hakka et du meilleur album hakka à la 23ᵉ édition) décrit la vie des femmes hakka sous un angle féminin, comblant le manque relatif de voix féminines dans le répertoire hakka.7
Hsieh Yu‑wei : pionnière du pop hakka
Hsieh Yu‑wei cumule les rôles de chanteuse, actrice, compositrice, productrice et peintre, promouvant la musique hakka depuis des années. En 1992, elle remporte le premier prix du Concours national de création musicale avec Chanson de divination, marquant la première reconnaissance nationale du pop hakka ; elle devient la première lauréate du Meilleur chanteur hakka en 2004.5
Infrastructure de diffusion : Hakka TV et le Conseil des affaires hakka
En 2001, le Conseil des affaires hakka (客家委員會) est créé sous l’exécutif, devenant l’organisme gouvernemental dédié aux affaires hakka. En 2003, Hakka TV lance sa diffusion, devenant la première chaîne mondiale à diffuser 24 h en hakka, élargissant considérablement les canaux de diffusion et le public de la musique hakka.8
Huang Lian‑yu : une autre voie de création traditionnelle
Huang Lian‑yu est une autre figure importante de la musique hakka. Son œuvre Un chemin de chants de montagne réarrange les chants traditionnels avec des instruments modernes, conservant le charme ancestral tout en ajoutant une dimension contemporaine. En plus de ses propres compositions, il œuvre depuis longtemps à la promotion de la culture hakka.
Défis et opportunités contemporains
Le principal défi pour la musique hakka est la diminution continue du nombre de locuteurs du hakka : l’urbanisation et la prédominance de l’enseignement du mandarin ont fait que de nombreux descendants hakka ne maîtrisent plus la langue, rendant la création musicale encore plus difficile. Cette perte linguistique structurelle constitue le contexte inévitable de toute musique hakka.
Le numérique offre toutefois de nouvelles opportunités : les plateformes de streaming permettent à la musique hakka d’atteindre un public international, réduisent les barrières à la création et permettent à des artistes de la nouvelle génération comme Mi‑sha et Qiu Xing‑yi de bâtir une base d’auditeurs fidèles en ligne.
Références
- 音樂無國界 林生祥:最不想拿客語獎|苦勞網 — Confirmation des motivations et de la déclaration de Lin Sheng‑xiang lors du refus du prix.↩
- 國立傳統藝術中心:客家八音傳習資料 — Explication de la pratique du suona comme instrument principal des huit instruments hakka.↩
- 文化部影視及流行音樂產業局:歷屆得獎入圍名單 — Confirmation que Je viendrai chanter des chants de montagne a reçu le Meilleur compositeur et le Meilleur producteur à la 11ᵉ édition du Golden Melody Awards (et non le prix du meilleur groupe).↩
- 第14屆金曲獎 — 維基百科 — Confirmation de la création du Meilleur chanteur hakka en 2003 et du renommage en 2007.↩
- 謝宇威 — 維基百科 — Confirmation du prix du Meilleur chanteur hakka en 2004 et de l’album Sous un arbre en fleurs.↩
- 金曲18年第1次……林生祥丟震撼彈 合手拒領獎|自由娛樂 — Détails du refus de Lin Sheng‑xiang lors de la 18ᵉ édition du Golden Melody Awards (2007) et de la donation du prix.↩
- 最佳客語專輯獎(金曲獎)— 維基百科 — Confirmation que Luo Si‑rong a reçu le prix du Meilleur chanteur hakka et du Meilleur album hakka à la 23ᵉ édition.↩
- 客家電視台官網 — Confirmation du lancement en 2003, première chaîne mondiale à diffuser en hakka 24 h/24.↩