Comté de Nantou : le seul comté qui ne touche pas la mer, l’épicentre du séisme de 921 se trouve en son centre
Vue d’ensemble en 30 secondes : Le 21 septembre 1999, à 1 h 47 min 15 s, la faille de Checheng‑P’u s’est déplacée sous la ville de Jiji à 8 km de profondeur pendant 102 secondes[^1]. Magnitude de Richter 7,3. 2 415 morts et 29 disparus à l’échelle nationale, 51 711 maisons complètement détruites. Le comté de Nantou compte 886 morts et 23 127 foyers entièrement détruits. Plus de 90 % des bâtiments de Zhongliao ont été endommagés, le glissement de terrain de Jiufen‑Ershan a enseveli 41 personnes sur 180 ha, 22 restent introuvées[^2]. Le 27 octobre 1930, le chef de la tribu Seediq Mah‑po, Mona Rudao, a mené une attaque lors de la levée du drapeau à l’école publique de Wushe, faisant 134 victimes civiles japonaises. Six mois plus tard, lors du deuxième incident de Wushe, Dao‑ze‑qun a mené une attaque nocturne contre les refuges, causant la mort ou le suicide de 216 personnes[^3]. En 1934, le barrage de Wujie a élevé le niveau de l’eau de 18,18 m, submergeant l’île sacrée Lalu des Shao ; en 1957, le village de Zhongxing a été édifié comme bureau temporaire du gouvernement provincial, et en 1998, la province a été « décentralisée », ne laissant que l’avenue des cocotiers[^4]. En 2016, la source thermale de Lushan a officiellement disparu des cartes touristiques. 470 000 habitants vivent dans ce comté qui s’étend de la ville de Nantou à 100 m d’altitude jusqu’au sommet de Yushan à 3 952 m, où cohabitent les peuples Seediq, Bunun, Shao, Tsou et les Han. Les blessures les plus profondes de Taïwan se trouvent ici.
1 h 47 min du matin, le sol de Jiji a « sauté »
Le 21 septembre 1999, à 1 h 47 min 15,9 s.
Sous la ville de Jiji, à 8 km de profondeur, la faille de Checheng‑P’u s’est déplacée vers le haut. La bande de rupture s’étend de Zhuolan, dans le comté de Miaoli, à Tongtou, à Zhu Shan, dans le comté de Nantou, sur 100 km, avec un déplacement horizontal maximal de 9 m et vertical de 6 m[^1]. La secousse a duré environ 102 secondes. Magnitude de Richter 7,3. Le USGS a mesuré un moment magnitude de 7,6 à 7,7.
Dans les montagnes du centre, vers deux heures du matin, tout le monde dormait.
En seulement ces 102 secondes, 2 415 personnes ont perdu la vie à Taïwan[^2]. ⚠️ Deux versions du nombre de morts existent : le Service d’incendie du ministère de l’Intérieur cite 2 415 (le Centre météorologique national et la version chinoise de Wikipédia utilisent ce chiffre) ; le reportage « 921 : 20 ans » cite 2 454, incluant les décès tardifs[^5]. Cet article utilise le chiffre officiel de 2 415. En outre, 29 personnes sont portées disparues, 11 305 blessées, 51 711 maisons complètement détruites et 53 768 partiellement détruites.
Quelle part pour le comté de Nantou ? La version littérale de Wikipédia : « Nombre de morts à Nantou : 886, blessés graves : 678, foyers entièrement détruits : 23 127, foyers partiellement détruits : 16 792»[^2]. Nantou, combiné avec le comté de Taichung, représente « environ 95 % des foyers endommagés à l’échelle nationale »[^2].
L’épicentre se situe à Jiji, à 9,2 km au sud‑ouest du lac Sun Moon.
✦ « Un séisme violent est plus terrifiant qu’une guerre. » (Taiwan Guanghua Magazine, spécial 921, citation d’un habitant de Zhongliao[^6])
Le reportage indique un coût total des dommages d’environ 360 milliards de NT$, le gouvernement a alloué plus de 260 milliards pour la reconstruction, et le secteur privé a collecté environ 34 milliards de dons[^5]. Trois jours après le séisme, un journaliste à Nantou a décrit : « « En traversant le pic nu de Jiǔjiǔ, j’ai vu l’école primaire Puli Yuying réduite en ruines, le lycée de Puli débordé de matériel de secours. Le lendemain, à la mi‑automne, le soir, toute la rue Guoxing était plongée dans le noir, les habitants errant sous les avant-toits encore debout » »[^5]
La mi‑automne est le quatrième jour après le 921. La lune éclairait la ville de montagne sans électricité.
Le seul comté sans littoral, de 100 m à 3 952 m d’altitude
_« Coucher de soleil sur le lac Sun Moon. Photo : Wikimedia Commons contributor, CC BY‑SA 3.0. _
Nantou est le seul comté parmi les 22 comtés et villes de l’île principale de Taïwan qui ne touche pas la mer.
S’étendant de la frontière ouest avec le comté de Changhua à la frontière est : le comté de Hualien, Nantou mesure 95 km du nord au sud et 72 km d’est en ouest, couvrant 4 106 km², le deuxième plus grand comté de Taïwan après Hualien[^7]. L’altitude commence à environ 100‑150 m dans la ville de Nantou et grimpe jusqu’au sommet de Yushan à 3 952 m. Les pentes montagneuses représentent 83 % du territoire, les plaines sont rares. Parmi les 13 villes et districts, Xinyi et Ren’ai sont des districts montagneux, tandis que Yuchi est une zone de plaine habitée par les autochtones.
La rivière Zhuoshui est la plus longue de Taïwan (186,4 km), née entre le pic principal et le pic Est du mont Hehuan, à « Zuoquma Saddle » (altitude 3 220 m), et traverse huit districts de Nantou[^7]. La route provinciale 14 (ligne A) monte jusqu’au col de Hehuan entre le pic principal et le pic Est à 3 275 m, appelé Wuling, le point le plus haut du réseau routier taïwanais.
470 000 habitants vivent dans ce comté (chiffre 2025)[^7]. La proportion de la population de plus de 65 ans est de 22,51 %, la troisième plus élevée de Taïwan. La jeunesse des zones montagneuses migre depuis longtemps.
📝 Note du curateur : « Ne pas toucher la mer » peut sembler un défaut. Mais en 1957, le gouvernement national a choisi le village de Zhongxing comme bureau temporaire du gouvernement provincial, en partie parce qu’il était assez enclavé : en cas de guerre cross‑straits, le gouvernement provincial ne serait pas détruit avec le gouvernement central. L’enclavement était une forme de secours, une sécurité. Puis, le 21 septembre 1999, à 1 h 47, la blessure la plus profonde de Taïwan post‑Seconde Guerre mondiale a explosé du centre de ce « comté le plus enclavé ». En 102 secondes, la signification physique de l’enclavement a été redéfinie : la distance ne protège pas des catastrophes, la faille de Checheng‑P’u ne fait pas de discrimination.
L’histoire de ce comté s’organise par altitude. Les canaux de la plaine de Babao, le village de Wushe à mi‑montagne, l’île Lalu sous le lac, le sommet de Yushan à 3 952 m ; chaque niveau d’altitude porte son récit.
_« Paysage alpin du mont Hehuan. Photo : Chewy3326, CC BY 2.5. via Wikimedia Commons. _
L’eau du canal Babao, du règne de Kangxi à la ville de Mingjian
En l’an 1709 (48e année du règne de Kangxi), Shi Shibang a commencé les travaux[^8].
Le débit de la Zhuoshui est important, chargé de sédiments, et l’irrigation depuis les hauteurs vers le bas était cruciale : qui maîtrisait le canal contrôlait la vie de la plaine de Changhua. Shi, originaire du Fujian, était alors dans la trentaine et a mis sa famille en jeu sur ce canal. Après plusieurs années d’excavation, il a rencontré des éboulements récurrents. Un vieil homme se présentant comme « M. Lin » lui aurait remis un plan hydraulique, indiquant que suivre le plan permettrait d’ouvrir le canal. Shi a suivi le plan, le canal s’est ouvert. M. Lin a refusé toute rémunération, n’a pas donné son nom et est parti ; plus tard, un « temple de M. Lin » a été érigé à l’entrée du canal d’Eau‑deux pour le commémorer[^8].
⚠️ Cette partie sur M. Lin relève d’une légende populaire, pas d’un document officiel de l’époque Qing. Shi Shibang (1671‑1743) est réel, et la fin du canal Babao en 1719 (58e année de Kangxi) est confirmée par trois sources[^8]; la construction a duré dix ans. C’est l’un des trois plus anciens canaux d’irrigation de Taïwan (les deux autres sont le canal Tong‑pou de Tainan et le canal Long‑en de Hsinchu). Aujourd’hui, le district de Mingjian à Nantou est une zone d’irrigation importante du canal Babao, le point de départ de Shi se trouve près de la frontière de Nantou sur le cours supérieur de la Zhuoshui.
Chaque année, en juin du calendrier lunaire, le district de Ershui à Changhua organise le « Festival du cours d’eau » pour commémorer Shi Shibang, M. Lin et Huang Shiqing, trois contributeurs majeurs à la construction du canal.
C’est la première couche d’histoire de Nantou sous la dynastie Qing : le système hydraulique introduit par les Han depuis les plaines de l’ouest. En 1709, même l’empereur Yongzheng n’était pas encore monté sur le trône. Dans ce comté unique sans littoral, les premières histoires parlent d’eau qui descend des montagnes.
En 1723 (première année du règne de Yongzheng), le comté de Changhua a été créé, incluant Nantou. En 1759 (24e année de Qianlong), le comté de Changhua a établi un bureau de sous‑préfecture à Nantou, « marquant le début de l’administration et de l’enseignement à Nantou »[^9]. En 1875 (première année de Guangxu), le district de Nantou a été créé, puis en 1895 les Japonais ont aboli le comté de Miaoli et transformé le district de Nantou en « préfecture », et en 1920 il a été rattaché à la préfecture de Taichung.
Le nom « Nantou » et ses frontières n’apparaissent officiellement qu’après la Seconde Guerre mondiale, en 1945.
Le drapeau hissé à l’école publique de Wushe : Mona Rudao mène six tribus
C’était le matin d’une compétition sportive.
Le 27 octobre 1930 (cinquième année de Showa), à 10 h, l’école publique de Wushe (aujourd’hui l’école primaire de Wushe, district de Ren’ai, Nantou) organisait une fête sportive. La police japonaise, les enseignants et les familles étaient présents, le drapeau du Japon était levé et l’hymne national chanté[^10].
Plus de 300 membres de tribus ont fait irruption.
Le chef de la tribu Mah‑po, Mona Rudao (Mona Rudao), a mené l’assaut. Wikipédia indique : « Mona Rudao, célèbre pour son courage dès sa jeunesse, était l’un des rares chefs à obtenir son statut par ses compétences plutôt que par le sang »[^10]. Le déclencheur fut le « scandale du toast » du 7 octobre 1930 : un policier japonais a renversé son verre lors du mariage du fils de Mona, déclenchant une explosion de ressentiment contre la police.
Six tribus ont participé (verbatim de Wikipédia) : « Mah‑po, Truwan, Boarung, Suku, Gungu et Drodux »[^10].
Ils ont tué 134 civils japonais et blessé 215 personnes[^10]. ⚠️ Ce chiffre provient de Wikipédia (134 civils japonais) ; deux hommes d’origine chinoise vêtus de costume japonais ont également été tués par erreur, portant le total à 136 selon certaines sources. L’article utilise le chiffre de 134 japonais + 2 Chinois pour plus de précision.
Le Japon a mobilisé 5 311 personnes : 1 563 soldats, 1 231 policiers, 1 381 travailleurs militaires, plus des « alliés indigènes »[^10]. ⚠️ Certaines sources évoquent l’usage d’armes chimiques par le Japon, mais Wikipédia classe cette mention comme controversée. La répression s’est poursuivie jusqu’au 1er décembre.
Mona Rudao a confié le commandement à son fils, a abattu sa femme, puis s’est retiré dans la forêt au-dessus d’une grotte où il s’est suicidé. Son corps n’a été retrouvé qu’en 1933, puis conservé comme spécimen au département d’anthropologie de l’Université de Taihoku (aujourd’hui NTU).
L’incident ne s’est pas terminé là. Le 25 avril 1931, la deuxième vague de l’incident de Wushe a éclaté. Wikipédia rapporte : « Le groupe de Dao‑ze‑qun, plus de 200 hommes, a mené une attaque nocturne contre des refuges à Drodux et Xibaou » et « 216 personnes ont été tuées ou se sont suicidées »[^10]; 298 survivants ont été déplacés vers le bassin de la rivière Beigang (aujourd’hui le village de Chuan‑zhong‑island).
Pourquoi Dao‑ze‑qun a‑t‑il attaqué ses propres compatriotes ? « Le gouvernement japonais a reconnu que la police locale, craignant des représailles pour la protection des alliés indigènes, a incité le groupe de Ta‑u‑cha à mener l’assaut »[^10]. La police japonaise a manipulé les autochtones pro‑japonais pour éliminer les résistants indigènes, leur accordant ensuite les terres du village rebelle. Les massacres inter‑tribaux étaient donc le résultat d’une stratégie japonaise.
📝 Note du curateur : Réduire l’incident de Wushe à « résistance autochtone contre le Japon » est réducteur. L’événement comporte au moins cinq niveaux : le ressentiment accumulé des Seediq contre la police japonaise, le déclencheur du toast du 7 octobre 1930, la révolte de six tribus le 27 octobre, le suicide de Mona Rudao, et le massacre intra‑tribal du 25 avril 1931 orchestré par la police japonaise. 134 civils japonais, 216 autochtones morts ou suicidés, 298 survivants déplacés vers le « village de Chuan‑zhong‑island » (aujourd’hui le village de Qingliu). Présenter les Seediq comme un bloc homogène d’« anti‑japonais » masque la division provoquée par la police japonaise. L’incident de Wushe illustre concrètement le fonctionnement de la domination coloniale japonaise en montagne, la résistance n’étant que la surface visible.
En 1973, les restes de Mona Rudao ont été rapatriés de l’Université de Taihoku et enterrés à Wushe. Le directeur adjoint du département d’anthropologie, Li Yiyuan, a écrit : « Ces restes de martyr ne devraient pas rester dans un institut de recherche, ils doivent être inhumés dans leur patrie »[^11]. Une cérémonie à la chinoise (couronnes florales, salle du deuil, musique) a eu lieu devant le monument commémoratif anti‑japonais de Wushe, en face de l’école primaire de Ren’ai.
En 2011, le film de Wei Te‑sheng Seediq Balai a été diffusé, totalisant 880 millions de dollars de box‑office mondial, dont 810 millions à Taïwan[^12]. Le premier volet, Le Drapeau du Soleil, a été projeté le 9 septembre 2011, le second, Le Pont Arc‑en‑Ciel, le 30 septembre. Ce film a relancé la connaissance de l’incident de Wushe à l’échelle nationale.
Aujourd’hui, Wushe est surtout une destination touristique : le parc commémoratif Mona Rudao, le monument de l’incident de Wushe, le village de Qingliu. Les blessures des Seediq ont été transformées en une route scénique photographiée.
Le barrage de Wujie élève le niveau de 18,18 m, l’île Lalu des Shao devient une île de 30 m
Le 3 juin 1934, la première centrale hydro‑électrique du lac Sun Moon (aujourd’hui la centrale de Daguang) a été achevée. Sa capacité était de 143 500 kW, « à l’époque la plus grande d’Asie et la septième au monde »[^13].
Depuis la création de la Taiwan Power Company en 1919, le projet hydro‑électrique du lac Sun Moon a été prioritaire. Après le tremblement de terre du Kanto en 1923, le budget a explosé et les travaux ont été suspendus ; ils ont repris en 1931 avec un nouveau plan. En 1934, un barrage en béton de gravité a été construit à Wujie, dans le district de Ren’ai, sur le cours supérieur de la Zhuoshui (hauteur 57,6 m, longueur 90,91 m, six vannes). Un tunnel d’amenée a été creusé pour diriger l’eau vers le lac Sun Moon[^13]. C’était le plus grand projet hydraulique de l’ère japonaise, réalisé en 15 ans.
Le 9 septembre 1934, le canal d’amenée de Wujie a commencé à libérer de l’eau, le niveau du lac Sun Moon a augmenté de 18,18 m[^13].
La superficie du lac est passée de 4,55 km² à 7,73 km². Le site officiel du tourisme du lac Sun Moon consigne : « L’élévation du niveau a submergé les villages traditionnels et les terres agricoles des Shao, les Japonais ont relocalisé les Shao à Dehua, chaque ménage ne recevant que deux unités de terre, la population Shao a progressivement diminué »[^14].
Les Shao vivaient à l’est du lac, dans le village de Shiyin, leurs champs entourant le lac. L’année où le niveau a monté, leurs maisons ont été submergées.
L’île Lalu (Lalu) était le petit îlot central du lac Sun Moon, le site sacré des ancêtres Shao. En langue Shao, Lalu signifie « île sacrée du cœur »[^15]. Sous la domination japonaise, elle était appelée « Jade Island », puis en 1949 le Kuomintang l’a rebaptisée « Guanghua Island » (signifiant « lumière rayonnante de la Chine »). Après la réduction du terrain agricole à un îlot de 30 m de diamètre, elle est redevenue Lalu en 2000.
_« Île Lalu, 19 août 2013. Photo : Ckbun, CC BY‑SA 3.0. via Wikimedia Commons. _
En 2000, les Shao ont obtenu la restauration du nom « Lalu »[^15]. L’année suivante, le 8 août 2001, les Shao ont été reconnus comme le dixième peuple autochtone de Taïwan. ⚠️ La population Shao varie selon les sources : 776 en 2017 (statistiques du ministère de l’Intérieur) ou environ 885 selon d’autres recensements ; cet article utilise « environ 800 » — l’un des trois plus petits peuples autochtones parmi les seize reconnus[^16].
✦ « L’élévation du niveau a submergé les villages traditionnels et les terres agricoles des Shao, les Japonais les ont relocalisés à Dehua, chaque ménage ne recevant que deux unités de terre. » (site officiel du tourisme du lac Sun Moon[^14])
Aujourd’hui, les touristes voient un lac dont la surface a été modifiée par une élévation de 18,18 m. Le « tour en bateau du lac Sun Moon » contourne les champs inondés il y a 91 ans.
Les Bunun habitent l’autre côté de Nantou : le district de Xinyi. Le bassin de la rivière Chen‑You‑Lan abrite cinq communautés : Zhu, Ka, Dan, Luan et Jun. Les villages de Zhu (Jiumi) sont au nord de Xinyi, ceux de Ka (Shuang‑Long) à Dili, Dan (Dili) le long du cours supérieur de Chen‑You‑Lan, Luan (Feng‑Qiu) à Xin‑Xiang, Jun (Dong‑Pu) à Luona. Le chant pasibutbut (huit‑voix) « se transmet uniquement dans les communautés Luan et Jun des Bunun », les communautés Dan, Ka et Zhu ne le chantent pas[^17]. ⚠️ La promotion touristique généralise souvent le « huit‑voix » comme symbole de tous les Bunun, alors qu’il n’est pratiqué que par deux communautés. Le village de Ming‑de (communautés Luan et Jun mélangées) est aujourd’hui le seul à pouvoir interpréter le pasibutbut près du territoire ancestral des Bunun.
À l’est du district de Xinyi se trouve le territoire traditionnel des Tsou, où le parc national de Yushan s’étend. Le parc national de Yushan couvre quatre comtés et villes : le district de Xinyi (Nantou), le district d’Ali‑Shan (Chiayi), le district de Taoyuan (Kaohsiung) et le district de Zhuoxi (Hualien)[^18]. ⚠️ Les descriptions omettent souvent le district de Zhuoxi (Hualien), pourtant il fait partie du parc. Créé le 10 avril 1985, il couvre 105 490 ha, le plus grand parc national de Taïwan.
Dans ce comté unique sans littoral, cohabitent les peuples Seediq, Bunun, Shao et Tsou, ainsi que les Han (Minnan et Hakka). Deux des 13 districts sont majoritairement montagneux, mais ces deux districts occupent une superficie bien supérieure à celle des 11 autres réunis.
L’avenue des cocotiers du village de Zhongxing subsiste encore
_« Porte d’entrée du village de Zhongxing. Photo : Wikimedia Commons contributor, CC BY‑SA 2.5. via Wikimedia. _
En 1956, le gouvernement provincial de Taïwan a transféré son siège de Taipei à Nantou, le site s’appelait alors « Ying‑pan‑kou »[^19].
Le motif était logique : en cas de guerre cross‑straits, le gouvernement provincial devait être éloigné de la capitale pour survivre. « Le gouvernement provincial a besoin d’un refuge physique loin du centre », une double gouvernance « province‑nation » était ainsi assurée. Nantou, le seul comté sans littoral, était l’endroit le plus sûr.
En 1957, le village de Zhongxing a été entièrement planifié, s’inspirant du modèle britannique des « new towns » (New Town). Il s’agissait d’une communauté administrative de style jardin, couvrant environ 200 ha[^19]. C’était la première mise en œuvre d’un plan d’urbanisme à Taïwan : égouts séparés, routes en cul‑de‑sac renforçant le sentiment communautaire, zones à thème de ville‑jardin, avenue des cocotiers de 500 m bordée de palmiers.
À son apogée, le village accueillait plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires. Il disposait de résidences, d’écoles, d’un marché, d’un cinéma, formant une petite ville autosuffisante.
En 1994, la première et unique élection du gouverneur provincial a eu lieu, Song Chu‑yu remportant 4,8 millions de votes[^19].
En décembre 1998, le gouvernement provincial a été « décentralisé ». ⚠️ Deux dates sont parfois confondues : le 20 décembre est le jour où Song Chu‑yu a quitté ses fonctions, le 21 décembre marque la fin officielle de la décentralisation (modification de la loi sur l’autonomie des provinces). Cet article utilise « décentralisation de décembre 1998 », sans préciser le jour exact.
Lors de la décentralisation, les fonctions du village ont été retirées. La plupart des bureaux ont été fermés, le nombre de fonctionnaires a chuté, entraînant la disparition progressive des résidences, du marché et des écoles. En 2011, le gouvernement de Nantou a inscrit le village comme « patrimoine culturel ». En 2018, le Conseil national du développement a créé le « bureau du projet de revitalisation du village de Zhongxing », divisant le site en trois zones : nord (zone historique‑culturelle), centre (zone de loisirs) et sud (campus universitaire de l’Université nationale de Taïwan, campus de Nantou)[^19].
Cependant, l’avenue des cocotiers de 500 m subsiste toujours.
📝 Note du curateur : Le village de Zhongxing raconte une histoire inversée. Habituellement, les villes déclinent d’abord, les bâtiments se détériorent, puis les habitants partent. Ici, les fonctions ont d’abord disparu, les habitants sont partis, les bâtiments sont restés. De 1998 à 2026, près de 30 ans, les cocotiers ont continué à pousser, les résidences restent (bien que partiellement vides), le marché a réduit son activité mais reste ouvert. Ce n’est pas un site en ruine, mais un « spécimen de l’époque du gouvernement provincial ». Les touristes photographient l’avenue des cocotiers, capturant la forme d’une époque « décentralisée ». En 1957, le gouvernement national voulait un refuge en cas de guerre ; en 1998, la décentralisation visait à réduire la superposition administrative. Cette avenue est le témoin physique de ce retournement.
Le village de Zhongxing incarne la forme du gouvernement provincial à Nantou. Wushe représente la blessure des Seediq. Le lac Sun Moon témoigne du déplacement des Shao. Le canal Babao raconte l’arrivée de l’eau depuis le règne de Kangxi. Ce comté, le seul sans littoral, a compressé les blessures et les ambitions de Taïwan sur une même terre enclavée.
Zhongliao : 92 % des maisons détruites, Lushan disparu des cartes touristiques en 2016
Retour à la nuit du 921.
Zhongliao, au centre de Nantou, est traversé par la faille de Shuang‑dong. Le spécial de Taiwan Panorama sur le 921 cite : « **Dans tout le district, plus de 90 % des bâtiments ont été endommag