En 30 secondes : Fang-Yi Sheu naît en 1971 à Yilan et part aux États-Unis après avoir obtenu son diplôme du département de danse de l'Université nationale des arts de Taipei.1 En 1995, elle passe une audition et intègre la Martha Graham Dance Company à New York,1 dont elle devient danseuse principale en 1999.1 En 2005, elle reçoit des éloges du New York Times. De retour à Taïwan en 2007, elle fonde LAFA, dissous en 2010.2 En 2020, le documentaire Salute sort sur les écrans. En 2024, elle conçoit la chorégraphie de l'identité visuelle du Festival Golden Horse.3
1971, Yilan
Fang-Yi Sheu naît en 1971 à Yilan, dans une famille sans lien avec le monde de l'art. Elle intègre une classe de danse dès l'école primaire, puis entre au département de danse de l'Académie nationale des arts (aujourd'hui Université nationale des arts de Taipei) au collège, où elle achève sa formation académique.1
Après l'obtention de son diplôme, elle décide de partir pour New York. Durant les premières années, elle vit de petits boulots tout en passant des auditions pour différentes compagnies de danse.
Dans plusieurs entretiens, Fang-Yi Sheu revient régulièrement sur cette période, qu'elle décrit comme un processus nécessaire pour « découvrir ce que son corps est capable de faire ». Ces années de travail et d'auditions lui ont permis, avant même d'intégrer la compagnie Martha Graham, d'acquérir une lucidité sur ses capacités physiques et sa position dans le milieu.
1995 : entrée dans la compagnie, 1999 : danseuse principale
En 1995, Fang-Yi Sheu est reçue à l'audition et intègre la Martha Graham Dance Company.1 Elle ne devient pas danseuse principale dès 1995 : elle commence comme membre de la troupe, et n'accède au rang de danseuse principale qu'en 1999.1
L'audition de la compagnie Martha Graham constitue en elle-même un premier filtre : des danseurs du monde entier convoitent ces places. Lorsque Fang-Yi Sheu est reçue, elle est l'une des rares danseuses asiatiques à accéder à ce temple de la danse contemporaine dans les années 1990. Dans le milieu new-yorkais, sa présence brise un préjugé géographique tacite : un entraînement corporel de haut niveau ne se produit pas uniquement en Europe et en Amérique.
Au sein de la compagnie, elle interprète des œuvres du répertoire classique de Martha Graham — Diversion of Angels, Night Journey — et est saluée par la critique new-yorkaise. En 2005, le New York Times la qualifie de « l'une des danseuses les plus remarquables » (la formulation exacte reste à confirmer).1
La technique Graham repose sur la « contraction et le relâchement » (contraction and release), un langage gestuel centré sur la colonne vertébrale, où l'expression émotionnelle passe par le transfert du poids corporel. Le parcours de Fang-Yi Sheu au sein de ce système — de membre de la troupe à danseuse principale — témoigne de sa capacité à utiliser le vocabulaire Graham pour raconter sa propre histoire. La maîtrise technique est le ticket d'entrée ; c'est ce qui définit le rang de danseuse principale.
La fondation de LAFA : retour à Taïwan, pédagogie et expérimentations transdisciplinaires
En 2007, Fang-Yi Sheu revient à Taïwan et fonde « LAFA » (Life Art For All).2 LAFA n'est pas seulement une compagnie de danse : elle mène également des actions pédagogiques et des projets interdisciplinaires. En 2010, LAFA est dissous.
(Note : certaines sources indiquent à tort 2008 comme année de fondation. L'année retenue ici est 2007.)
La décision de revenir à Taïwan pour fonder LAFA constitue un choix délibéré de réorientation, alors qu'elle avait déjà consolidé sa position de danseuse principale au sein de la compagnie Martha Graham. Ce choix révèle que sa conception de la responsabilité envers la danse ne se limite pas à la performance sur les plus grandes scènes : elle inclut également le désir de ramener à Taïwan ce qu'elle avait appris à New York et d'y trouver un terrain fertile. LAFA est dissous en 2010, mais ses trois années d'existence ont laissé un modèle de pratiques en matière de collaboration interdisciplinaire et de pédagogie de la danse.
Le documentaire *Salute* : le corps comme savoir
En 2020, le documentaire Salute sort sur les écrans, retraçant le parcours de la carrière de Fang-Yi Sheu. Le titre du film est en lui-même une déclaration de position : ce qu'elle choisit de faire n'est pas nécessairement ce que les autres attendent d'elle. Cette attitude traverse l'ensemble de sa trajectoire, de Yilan à New York, de Graham à LAFA — chacun de ses choix est une mise en pratique concrète de « mon cœur, mon chemin ».
Dans le documentaire Salute (2020) et dans ses entretiens de 2025, Fang-Yi Sheu revient de manière récurrente sur la finitude du corps en tant qu'outil de la danse et sur la question de la coexistence avec le vieillissement. Sa position est la suivante : la vie d'un danseur ne se limite pas à la performance scénique ; la compréhension du corps est en elle-même une forme de savoir. Quelles que soient les capacités physiques, ce savoir peut être enseigné, transmis et continuer à être utilisé. Cette posture constitue la thèse centrale de sa transition, après sa formation technique à la compagnie Graham, vers les rôles de pédagogue et de figure publique.
Identité visuelle du Festival Golden Horse et question du vieillissement du corps
En 2024, Fang-Yi Sheu conçoit la chorégraphie de l'identité visuelle du Festival Golden Horse, où le gestement corporel structure l'ensemble de l'identité graphique.3 En 2025, elle accorde des entretiens aux médias sur le vieillissement du corps et la transition de la carrière de danseur.4
Le choix du Festival Golden Horse de faire de la danse le langage de son identité visuelle, confié à Fang-Yi Sheu, en dit long sur la place qu'elle occupe dans le paysage culturel taïwanais : elle est devenue l'un des symboles représentatifs de l'art corporel contemporain taïwanais. « Danseuse » est déjà la description la plus juste. La conception de l'identité visuelle n'a ni besoin de dialogues ni de décors : il suffit d'un corps. Son corps.
(Note : la mention d'une « participation à un film de Ang Lee » n'a pu être vérifiée quant à l'œuvre spécifique et a été retirée de l'article.)
Lecture courante → Lecture plus précise : Fang-Yi Sheu est souvent présentée comme « la première Taïwanaise à accéder au rang de danseuse principale dans une compagnie de danse contemporaine de premier plan international ». Cette caractérisation est exacte. Mais la question plus intéressante est : comment y est-elle parvenue ? La réponse ne réside pas dans un don inné ou dans la chance, mais dans quatre années (1995-1999) passées au sein du système technique Graham pour passer du statut de membre de la troupe à celui de danseuse principale. L'importance de cette trajectoire est méthodologique, pas seulement anecdotique.
🎙️ Note du commissaire : La carrière de Fang-Yi Sheu au sein de la compagnie Martha Graham est l'une des rares histoires complètes de développement des arts du spectacle taïwanais à l'étranger : entrer, atteindre le sommet, revenir. Ces trois étapes se sont toutes produites, et chacune s'accompagne de raisons de décision claires.
Son retour à Taïwan en 2007 pour fonder LAFA ne s'explique pas par un rejet de la part de la compagnie Graham, mais par un choix délibéré de ramener des ressources à Taïwan. Ce choix n'est pas invalidé par la dissolution de LAFA en 2010. Elle continue à se produire, à enseigner et à exercer une influence sur l'écosystème de la danse taïwanaise.
L'identité visuelle du Festival Golden Horse en 2024 et ses entretiens de 2025 sur le vieillissement du corps montrent que son récit de carrière ne se fige pas à un certain « sommet », mais se redéfinit continuellement au fil des transformations de son corps.
La danse contemporaine taïwanaise connaît un développement rapide après les années 1990, et des espaces de danse plus diversifiés émergent au-delà du Cloud Gate Dance Theatre. Le choix de Fang-Yi Sheu de revenir de la compagnie Graham à Taïwan repose sur une évaluation claire : elle juge pouvoir apporter à l'écosystème de la danse contemporaine taïwanaise ce que le système Graham a consolidé. Cette vision, au-delà de sa pratique de danseuse, constitue une autre dimension de sa personne.
Après son retour à Taïwan, elle enseigne à l'Université nationale des arts de Taipei et dans diverses écoles de danse, introduisant l'entraînement systématique de la technique Graham dans le corps des étudiants taïwanais. Cette transmission pédagogique, après la dissolution de LAFA, se poursuit sous différentes formes. Ses élèves continuent de se développer dans le milieu de la danse taïwanaise, et l'enracinement du vocabulaire Graham à Taïwan s'est en partie réalisé par l'enseignement de Fang-Yi Sheu.
De Yilan au départ, des petits boulots et auditions à New York, le rang de danseuse principale chez Graham, le retour à Taïwan pour fonder LAFA, l'identité visuelle du Festival Golden Horse — la carrière de Fang-Yi Sheu n'est pas une histoire de succès figée, mais le récit au long cours d'un dialogue continu entre le corps et l'art, d'une redéfinition constante de sa place.
Sa proposition la plus souvent citée est : « Le corps est un outil pour comprendre le monde. » Cette phrase prend un sens plus concret lors de sa transition de la performance scénique vers l'éducation et le discours public : n'importe qui peut, par la compréhension de son propre corps, trouver une manière plus lucide d'exister. Le savoir du corps n'est pas l'apanage des danseurs.
Cette position étend son influence au-delà des frontières de la profession chorégraphique. Ses conférences et entretiens trouvent un public dans les milieux de l'entreprise et de l'éducation à Taïwan. La « sagesse du corps » touche à une question commune à toute personne devant gérer son propre état : le parcours en danse est une porte d'entrée, pas un obstacle.
Pour aller plus loin : Fang-Yi Sheu — Wikipédia | CommonWealth Magazine : Fang-Yi Sheu | National Culture and Arts Foundation
Références
- Wikipédia : Fang-Yi Sheu — Confirme la naissance en 1971 à Yilan, l'Université nationale des arts de Taipei, l'entrée dans la compagnie Graham en 1995 (et non l'accession au rang de principale en 1995), l'accession au rang de danseuse principale en 1999, les éloges du New York Times en 2005.↩
- Articles liés à LAFA — Confirme la fondation de LAFA en 2007 (et non 2008) et sa dissolution en 2010.↩
- Festival Golden Horse 2024 : identité visuelle — Inclut la conception par Fang-Yi Sheu de la chorégraphie de l'identité visuelle du Festival Golden Horse 2024.↩
- CommonWealth Magazine : entretiens de Fang-Yi Sheu en 2025 — Inclut des entretiens récents de Fang-Yi Sheu sur le vieillissement du corps et la transition de sa carrière de danseuse.↩