En 30 secondes : Bobby Chen, de son vrai nom Chen Zhi-sheng, est né le 29 octobre 1958 dans le canton de Xizhou, comté de Changhua. En 1988, il sort son premier album solo Le Paradis encombré, s'imposant sur la scène musicale taïwanaise par un mélange singulier de folk-rock et des paroles poétiques. À partir de 1994, il donne chaque année un concert du Nouvel An, une série ininterrompue depuis trente ans, devenant le rituel annuel le plus ancien de l'histoire musicale taïwanaise. En 2020, il est opéré d'un cancer de la bouche, puis revient sur scène après sa convalescence ; en 2025, il donne sa 31ᵉ édition du Nouvel An, « Grandes Vagues ».
Le départ des campagnes de Xizhou, Changhua
Le 29 octobre 1958, Bobby Chen naît dans le canton de Xizhou, comté de Changhua.1 De son vrai nom Chen Zhi-sheng, il grandit dans la campagne du centre de Taïwan, loin de l'univers de solitude urbaine qui imprègnera pourtant ses créations musicales à Taipei.
Ce milieu rural du centre de Taïwan a laissé une empreinte indélébile dans la musique de Bobby Chen : ce regard créatif qui mêle la sensibilité locale et l'emballage du contexte urbain revient sans cesse dans ses paroles. Parti de Changhua pour s'installer à Taipei, ce déplacement a forgé en lui un regard d'éternel étranger : capable de percevoir la solitude urbaine, de la ressentir, sans jamais lui appartenir totalement.
Au début de sa carrière musicale, il rejoint le « Nouveau Chœur » (Xin Geju Hechangtuan). En 1987, le groupe se dissout et Bobby Chen s'engage dans une voie de création solo. Ce tournant a défini l'une des voix de la musique indépendante taïwanaise.
Dans les interviews ultérieures, Bobby Chen ne s'est jamais longuement étendu sur le moment de la dissolution du chœur. Mais la signification de ce tournant est claire : une forme collective s'achève, et il choisit de continuer, mais avec une voix seule. Cette décision de « continuer » est le réglage initial de toute la carrière de Bobby Chen : son propre temps, sa propre direction, son propre rythme.
*Le Paradis encombré* : un premier album en 1988, loin des sentiers du mainstream
En 1988, Bobby Chen sort son premier album solo, Le Paradis encombré (Yongji de Leyuan).1 Cet album, mêlant folk, rock, blues et autres influences, avec des paroles au caractère profondément personnel, tranche nettement avec la musique populaire dominante de l'époque.
À la fin des années 1980, le courant dominant de la musique pop taïwanaise est celui des ballades douces et des émissions de variétés télévisées. Le Paradis encombré de Bobby Chen n'est absolument pas sur cette ligne : sa voix est rauque, ses paroles poétiques mais sans ostentation, ce n'est pas conçu pour les grandes radios commerciales. Ce choix est commercialement risqué, mais historiquement musical, c'est une prise de position claire.
Il n'a pas couru après la télévision grand public ; il a suivi sa propre route. Des titres comme Laisse la tristesse pour moi, Cependant ou Le Cerf-volant révèlent sa perception de la solitude des gens de la ville et des détails du quotidien, à la fois mélancolique et teintée d'humour, à la fois poétique et ancrée dans le réel.
La trajectoire musicale ultérieure de Bobby Chen traverse le folk, le rock, le blues, la musique de marionnettes de bambou (budaixi), la musique hakka, sans jamais se cantonner à un seul cadre stylistique. Cette transdisciplinarité est parfois qualifiée de « style éclectique », mais une lecture plus précise est la suivante : sa musique a toujours été le reflet direct de ses ressentis de vie, et la vie elle-même ne se réduit pas à un seul son. La forme suit le ressenti, pas le marché.
Le premier concert du Nouvel An : un rassemblement entre amis dans les rues de Taipei, en 1994
En 1994, Bobby Chen donne son tout premier concert du Nouvel An.2 Le format est alors très modeste, une prestation entre amis, dans les rues de Taipei, pour franchir minuit avec un groupe de vieux compagnons.
Ce format initial révèle en réalité l'ADN du Nouvel An selon Bobby Chen : ce n'est pas un concert commercial soigneusement orchestré, mais une forme de rassemblement annuel. La « petitesse » de ce départ correspond exactement à sa définition de l'événement : des gens viennent, on franchit la dernière seconde ensemble, et c'est tout.
Mais ce rendez-vous du 31 décembre de chaque année s'est maintenu. Et il s'est maintenu pendant trente ans.
Du rassemblement de rue des origines aux milliers de spectateurs du Taipei International Convention Center, le Nouvel An de Bobby Chen a grandi en forme, mais sa structure n'a jamais changé : lui sur scène, le public en face, il chante ce qu'il veut chanter, au moment où il sent que c'est juste pour le compte à rebours. En trente ans, ce noyau n'a pas bougé.
La dernière nuit de trente ans
Le concert du Nouvel An de Bobby Chen obéit à sa propre logique : ce n'est pas un mégashow, c'est un rassemblement à la Bobby Chen. Sur scène, il partage ses réflexions sur l'année écoulée, chante des chansons nouvelles et anciennes, discute avec le public. La forme même de la performance est le prolongement de sa philosophie musicale.
La caractéristique la plus connue est qu'il ne fait pas le compte à rebours à minuit pile. Il attend que l'émotion de la chanson y soit pour compter ensemble avec le public. Il dit : « Le temps, c'est moi qui le définis. J'aime suivre l'ordre des chansons et compter ensemble avec tout le monde au moment émotionnel juste. »3 Ce compte à rebours décalé est devenu la marque de fabrique de son Nouvel An.
L'idée reçue veut que le Nouvel An de Bobby Chen attire une base de fans fidèles grâce à son « style unique ». Mais une lecture plus précise est la suivante : en trente ans, il n'a jamais cherché à « agrandir » le Nouvel An. La taille peut changer, mais l'essence du Nouvel An en tant que « moment de rassemblement » n'a jamais varié. Cette décision de ne pas s'étendre est en soi anti-logique du marché, et c'est précisément cette qualité qui rend son Nouvel An irremplaçable.
Chaque année, le concert du Nouvel An de Bobby Chen devient un repère annuel pour de nombreux Taïwanais le soir du réveillon. Ce qui attire, c'est toujours sa touche Bobby Chen, indépendamment de la taille.
La place du Nouvel An de Bobby Chen dans l'histoire de la musique taïwanaise est une existence qu'on ne peut définir par le seul cadre du « succès commercial » ou de la « réussite artistique ». C'est un engagement interhumain maintenu pendant trente ans : chaque 31 décembre, lui et plusieurs milliers de personnes partagent le même espace, et ensemble, à un moment émotionnel autour de minuit, ils comptent les dernières secondes. La continuité de cet engagement est un record sans équivalent dans le monde musical taïwanais.
Après l'opération du cancer de la bouche, le retour sur scène
En 2020, Bobby Chen fait face à la réalité la plus grave de sa carrière : une opération pour un cancer de la bouche.4 Pour un musicien dont le métier est la voix, la signification est lourde.
Il suit le traitement, se rétablit, puis remonte sur scène. Le rendez-vous du Nouvel An n'est pas interrompu pour autant.
Dans le cadre narratif d'un « chanteur opéré d'un cancer de la bouche », le retour de Bobby Chen sur scène pourrait facilement être emballé en histoire inspirante. Mais lui-même ne se décrit jamais ainsi — son rapport à la musique reste le même : « Je ne suis pas un militant indépendant très engagé ni un révolutionnaire, juste quelqu'un qui aime la liberté et qui parle un peu trop franchement. Que le public me comprenne mal ou non, ça n'a aucune importance. Arrivé où j'en suis aujourd'hui, ne suis-je pas simplement une personne libre ? »4 La rééducation et le retour sur scène, c'est quelqu'un qui aime chanter qui continue de chanter, pas un retour héroïque.
L'impact d'une opération pour cancer de la bouche sur un auteur-compositeur-interprète est profond sur le plan technique : le contrôle des cordes vocales, la clarté de l'articulation, l'étendue de la tessiture peuvent être altérés de façon permanente par l'opération. Les performances de Bobby Chen après son retour sur scène représentent la forme d'expression qu'il a trouvée dans ses nouvelles conditions vocales : il n'a pas attendu de retrouver « l'état d'avant l'opération », il continue de chanter dans l'état où il se trouve maintenant. Ce choix est plus authentique qu'une histoire de rééducation réussie.
La 31ᵉ édition, « Grandes Vagues », et le premier solo guitare en 22 ans
En 2025, Bobby Chen donne sa 31ᵉ édition du concert du Nouvel An, sur le thème « Grandes Vagues » (Da Bolang).5 Ce chiffre en soi est une affirmation : de 1994 à 2024, trente ans sans interruption.
Avant le concert, il décrit l'axe de cette édition : « La vie, c'est comme les vagues de la mer, tantôt flottant, tantôt coulant, il faut savoir retenir sa respiration. »5 Ces mots, venant de quelqu'un de son âge, ont un poids plus profond. C'est à la fois une image lyrique et l'interprétation personnelle du rythme de la vie par quelqu'un qui a été opéré d'un cancer de la bouche et qui fait le Nouvel An depuis trente ans.
Le thème « Grandes Vagues » s'applique aussi à la description de toute sa carrière : en trente ans, il a traversé des périodes d'incompréhension du mainstream, les marées de la compétition commerciale, les épreuves que son corps lui a imposées. Chaque vague l'a fait flotter et couler, et à chaque fois, il a trouvé dans ce mouvement un moyen de continuer : non pas résister, mais retenir sa respiration, attendre, puis refaire surface.
Lors de ce Nouvel An, il accomplit aussi un geste qui n'avait pas eu lieu depuis 22 ans : jouer et chanter en solo à la guitare sur scène. Il dit que son vœu pour cette édition est de « retrouver l'origine, et se faire pleurer ».6 Cette « origine » renvoie à l'état du tout premier Nouvel An en 1994 : petit format, intimité, émotion dans l'instant présent. Trente ans plus tard, il se souvient d'où il est parti.
L'expression « retrouver l'origine » est parfois un artifice de communication dans le monde musical taïwanais. Quand Bobby Chen la prononce, c'est dans le contexte de sa 31ᵉ édition du Nouvel An : quelqu'un qui a tenu trente ans sans interruption, qui n'a jamais capitalisé le Nouvel An en bourse, dit devant les caméras qu'il veut se faire pleurer. Ces larmes ne sont pas un spectacle, c'est la déclaration la plus honnête qu'un être humain puisse faire sur la chose la plus longue de sa vie.
Il a maintenant plus de soixante ans, il a été opéré, il a traversé toutes ces années de tempêtes. Il est encore sur scène.
De Changhua à Taipei, puis ce compte à rebours décalé
Né à Xizhou, Changhua, en 1958, premier album en 1988, premier Nouvel An en 1994 : cette ligne a couru pendant trente ans, non pas une ligne de calcul commercial, mais la ligne d'une personne qui a avancé selon sa propre définition de la musique et du temps.
Chaque année, des centaines de chanteurs à Taïwanais s'efforcent de « rester visibles », des dizaines tentent de « maintenir leur position sur le marché ». Dans la carrière de Bobby Chen, ces deux verbes ne font pas partie de son vocabulaire. Son vocabulaire à lui, c'est « chanter », « liberté », « passer le Nouvel An avec des amis » : des verbes petits, des actions longues, trente ans qui prouvent une chose : dans l'industrie musicale, l'existence la plus durable vient souvent de ceux qui calculent le moins la durée.
L'idée reçue veut que Bobby Chen ait construit une base de fans fidèles en étant « anti-commercial ». Mais une lecture plus précise est la suivante : il n'a jamais décidé d'être « anti-commercial », il n'a tout simplement jamais quitté son point de départ originel. Un homme de Changhua qui aime la liberté, qui parle franchement, qui dit la vérité par ses paroles, a trouvé à Taipei ce rendez-vous du 31 décembre de chaque année, pour terminer l'année avec son public.
Le marché des concerts du Nouvel An à Taïwan est devenu, dans les années 2010, un champ de bataille pour les grands événements commerciaux : A-Mei, Mayday, les feux d'artifice gratuits organisés par les gouvernements municipaux. Le Nouvel An de Bobby Chen ne rivalise pas avec ceux-ci, ne cherche pas à comparer les tailles : sa salle est le Taipei International Convention Center, quelques milliers de spectateurs, billets achetés à leurs frais, année après année. Ce choix d'échelle est sa seule forme de déclaration publique de grande envergure : il n'a pas besoin des classements de fin d'année, ni de la télévision en direct, il a seulement besoin de ces quelques milliers de personnes prêtes à chanter avec lui autour de minuit.
Ce compte à rebours décalé est la version minimale de toute la carte de visite de Bobby Chen : le temps, c'est lui qui le définit. Trente ans, il a compté à son rythme, sans jamais s'aligner sur le compte à rebours des autres ; cette constance dit plus clairement que n'importe quelle parole de chanson quel genre de personne il est.
Pour aller plus loin : Bobby Chen — Wikipédia | Wiki de la musique pop taïwanaise : Bobby Chen
Références
- Wikipédia : Bobby Chen — Article biographique complet confirmant la date de naissance du 29 octobre 1958, l'origine du canton de Xizhou, comté de Changhua, et le premier album Le Paradis encombré en 1988 (la source originale indiquait par erreur 1989 ; cette référence corrige l'information).↩
- CNA : Retour sur l'historique des concerts du Nouvel An de Bobby Chen — Historique complet des concerts du Nouvel An de Bobby Chen, confirmant l'année de départ à 1994 (la source originale indiquait par erreur 1989 ; cette référence corrige l'information).↩
- Mirror Media : La raison pour laquelle le compte à rebours du 30ᵉ Nouvel An de Bobby Chen n'a pas lieu à minuit pile — Contient la citation de Bobby Chen : « Le temps, c'est moi qui le définis. J'aime suivre l'ordre des chansons et compter ensemble avec tout le monde au moment émotionnel juste », expliquant pourquoi son compte à rebours n'a pas lieu à minuit pile.↩
- Wiki de la musique pop taïwanaise : Bobby Chen — Compte rendu détaillé de la carrière musicale de Bobby Chen, incluant des informations sur son état de santé en 2020 et son retour sur scène ; contient également des citations autobiographiques telles que « Je ne suis pas un militant indépendant très engagé ni un révolutionnaire ».↩
- Epoch Times : Bobby Chen poursuit ses concerts du Nouvel An en 2025 et sort un nouvel album en novembre — Couverture de la 31ᵉ édition du concert du Nouvel An de Bobby Chen, « Grandes Vagues », incluant la citation « La vie, c'est comme les vagues de la mer, tantôt flottant, tantôt coulant, il faut savoir retenir sa respiration » et la description du thème du concert.↩
- PartyStar : Bobby Chen retrouve l'origine pour son concert du Nouvel An 2025, premier solo guitare en 22 ans — Contient l'interview de Bobby Chen avant sa 31ᵉ édition du Nouvel An : « J'espère vraiment retrouver l'origine et me faire pleurer », ainsi que le reportage sur sa première prestation en solo guitare en 22 ans.↩