Vue d’ensemble en 30 secondes : En décembre 1908, l’architecte japonais Jūrō Kondō conçut, hors de la porte ouest des remparts de Taipei, un marché octogonal de deux étages en brique rouge : son entrée reprenait la forme des huit trigrammes, et son corps principal celle d’une croix. Ce bâtiment s’appelle aujourd’hui la Maison rouge de Ximen1. Les Japonais voulaient à l’origine imiter Asakusa à Tokyo et construire, sur cette zone marécageuse à l’est de Bangka, un quartier réservé aux loisirs des nouveaux immigrants japonais2. Trente ans plus tard, les Japonais partirent ; en 1961, les huit blocs du Marché Zhonghua poussèrent le long de la ligne ferroviaire longitudinale, puis furent démolis avec les rails en 1992, laissant un vide mémoriel de 1 171 mètres3. En 1999, la zone piétonne fut délimitée, la ligne Bannan entra en service, et Ximending connut une seconde réincarnation : il devint le salon à ciel ouvert des adolescents de Taipei4. De l’extérieur de la ville sous les Qing au quartier de loisirs de l’époque japonaise, de la rue du cinéma d’après-guerre aux MTV de la période de loi martiale, du hip-hop et du skateboard après la levée de la loi martiale, du quartier de bars LGBTQ apparu à partir de 2003 jusqu’au quartier touristique qui a attiré 2,21 millions de visiteurs en un seul mois en 20245, cinq générations de jeunes se sont déjà succédé sous la même salle octogonale. Ce que cet article veut montrer, c’est ceci : ce « terrain de divertissement de l’autre » laissé par les Japonais a donné, par accident, aux sous-cultures taïwanaises de l’après-guerre à nos jours un refuge impossible à aplanir par le capital de Xinyi.
Samedi, 18 heures, place sud de la Maison rouge

Septembre 2019, foule sur le passage piéton arc-en-ciel de la zone piétonne de Ximen. Photo: Volksabstimmung, 2019-09-28. License via Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0).
Si vous demandez à un adolescent de Taipei de 18 ans « où sortir ce week-end », il ne répondra pas Xinyi. Il dira « Ximen ».
Samedi, 18 heures, on remonte depuis la sortie 6 de la station MRT Ximen. Devant le McDonald’s à l’angle de Hanzhong Street, des gens font déjà la queue pour leur rendez-vous chez le tatoueur. Cinquante mètres plus loin, au 10 Chengdu Road, sous le mur de brique rouge octogonal de la Maison rouge de Ximen, une fille en robe Lolita demande à une amie de la photographier : sa jupe bouffante entre dans le même cadre que les fenêtres en arc de brique rouge achevées en 1908. En contournant ensuite vers le sud, derrière la Maison rouge, sur la place à ciel ouvert, les patrons de plusieurs bars en terrasse ont déjà accroché les drapeaux arc-en-ciel et sorti les tables et les chaises ; les clients arrivés vers 17 h 30 sont surtout gays, puis après 19 heures se mêleront à eux des employés sortant du travail et des touristes.
En face, sur Zhonghua Road, un bus touristique à deux étages chargé de visiteurs étrangers vient de passer ; dans la ruelle à gauche s’étire la file d’Ah-Zong Mianxian, où des gens mangent debout, bols en papier à la main, depuis Chengdu Road jusqu’à Emei Street. Un peu plus au nord, quelqu’un fait du skateboard sous le mur bleu du Cinema Theme Park ; la musique de fond est un beat hip-hop venu d’une boutique de streetwear voisine.
Cette scène, avec une cosplayer de 18 ans, des bars aux drapeaux arc-en-ciel, un stand de vermicelles où l’on mange debout et des adolescents en skateboard, se déroule entièrement dans un rayon de 250 mètres autour du bâtiment de brique rouge construit par les Japonais en 1908.
📝 Note curatoriale : Les présentations ordinaires décrivent Ximending comme le « Harajuku de Taipei » ou un « lieu de rassemblement des jeunes », mais ce récit oublie une question : pourquoi Ximending, et non Xinyi ou le quartier Est ? La réponse se cache dans la décision prise par un Japonais il y a 130 ans. En 1896, le gouvernement général voulut imiter Asakusa à Tokyo et donner à cette zone marécageuse à l’est de Bangka, hors de la ville de Taipei, une fonction de « divertissement »2. À partir de ce moment, l’ADN de Ximending fut celui d’un lieu où les étrangers viennent consommer, où les jeunes viennent jouer, où le capital reste de faible densité, les ruelles serrées, et la gentrification contenue. Cinq générations de jeunes se sont succédé, mais la fonction du lieu n’a pas changé. Le secteur planifié de Xinyi est un quartier d’adultes conçu par le capital des années 2000 ; Ximending est un quartier de jeunes conçu par l’empire en 1896. Trois kilomètres les séparent, mais ils vivent dans des temporalités différentes.
Un lieu appelé « hors de la porte ouest »
Pour comprendre Ximending, il faut d’abord savoir d’où vient son nom.
En 1884, la dixième année du règne Guangxu des Qing, la ville fortifiée de Taipei fut achevée. Elle entourait un espace intra-muros d’environ 1,4 km², avec cinq portes disposées symétriquement : la porte nord Cheng’en, la porte est Jingfu, la porte sud Lizheng, la petite porte sud Chongxi et la porte ouest Baocheng6. Baocheng devint ensuite ce que l’on appela couramment la « porte ouest », Ximen ; son nom signifiait « accomplissement des richesses » et exprimait le souhait que Bangka, à l’extérieur de la porte ouest, continue de prospérer commercialement7.
Sous les Qing, l’extérieur de la porte ouest formait la lisière orientale de Bangka. Le terrain était bas, avec des marais épars, des cimetières et de petits commerces issus de l’expansion du cercle marchand de Bangka. En 1895, les Japonais arrivèrent. Le Taipei qu’ils trouvèrent était structuré autour de trois quartiers urbains juxtaposés : Bangka, zone dense de Minnanais locaux ; Dadaocheng, nouveau centre du commerce du thé ; et la ville intra-muros, siège des administrations des Qing. Les Japonais reprirent l’intérieur de la ville comme centre administratif, mais Bangka était trop peuplé, Dadaocheng déjà occupé par les négociants en thé, et il leur fallait un nouveau quartier destiné au logement et aux loisirs des nouveaux immigrants japonais.
Ce terrain hors de la porte ouest convenait parfaitement. Situé à l’est de Bangka, proche de la ville intra-muros reprise par les Japonais, il était assez bas pour être remblayé et réaménagé, et aucune force commerciale locale puissante ne l’occupait. En septembre 1896, les Japonais y construisirent le « Marché de Ximen » en bois, aussi appelé « Marché de Shinkigai », destiné principalement aux denrées quotidiennes des immigrants japonais locaux8.
Mais l’ambition japonaise ne se limitait pas à un marché alimentaire. Le théâtre « Tōkyō-tei » ouvrit en 1895, le « Taipei-za » sur Shinki Yokochō en 1897, puis le « Sakae-za » sur Ximenwai Street en 19029 : théâtres, restaurants de luxe et studios de photographie s’installèrent les uns après les autres. En 1922, lorsque le gouvernement général réforma les noms de quartiers, il donna officiellement à cette zone le nom de « Ximending » ; le périmètre de Ximen Li était alors bordé par Emei Street, Kangding Road, Neijiang Street et Zhonghua Road9.
📝 Note curatoriale : La logique de décision derrière le nom Ximending est importante. Les Japonais n’ont pas tracé au hasard un cercle sur un terrain : ils imitaient Asakusa à Tokyo. À l’époque d’Edo, Asakusa était déjà un quartier de divertissement populaire ; après la restauration de Meiji, il conserva son mélange de théâtres, de geishas, de marchés, de religion et de classes modestes. Les Japonais transplantèrent cette même formule à Taipei : remblayer le marais à l’est de Bangka, redessiner les ruelles, construire un marché et des théâtres. Cela revenait à importer dans la colonie la recette matérielle de la culture populaire d’Edo. Quand les trois caractères « 西門町 » furent fixés en 1922, l’« ADN de quartier de divertissement jeune » de ce lieu fut gravé : pendant 130 ans, il n’a pas pu être modifié.
Mais en 1904, une chose se produisit : les Japonais décidèrent de démolir les remparts de Taipei hérités des Qing. Baocheng fut la seule des cinq portes entièrement détruite. La décision de la démolir, prise en 1904, provoqua une forte réaction des notables marchands de Bangka ; pour apaiser la colère, le chef des affaires civiles Gotō Shinpei conserva les quatre autres portes et aménagea un petit parc ovale à l’emplacement de la porte ouest détruite7. Aujourd’hui, près de la sortie 6 de la station MRT Ximen, à l’angle de Baoqing Road et Hengyang Road, une stèle marque l’ancien site de Baocheng : elle rappelle que cette porte se dressait ici.
Le bâtiment octogonal en brique de 1908

Vue panoramique de la place sud de la Maison rouge de Ximen. Photo: Asacyan, 2013-04-25. License via Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).
S’il n’y avait qu’un seul objet à voir à Ximending, ce serait la Maison rouge de Ximen.
En avril 1908, le bâtiment en bois du Marché de Ximen fut démoli et reconstruit. Le 18 octobre de la même année, le nouveau marché en brique « commença officiellement ses activités » ; il fut achevé en décembre1. Son concepteur était l’architecte japonais Jūrō Kondō, né au Japon en 1877. Diplômé en 1904 du département d’architecture de l’Université impériale de Tokyo, il décida aussitôt de venir à Taïwan, entra au service de construction du gouvernement général et y resta vingt ans10. Outre la Maison rouge de Ximen, ses œuvres majeures à Taïwan comprennent l’ancien bâtiment de l’Hôpital de l’Université nationale de Taïwan (1916), le bâtiment rouge du lycée Jianguo (1907) et le bureau de poste de Keelung ; elles couvrent presque tous les grands édifices publics du Taipei de l’époque japonaise10.
Le projet de Jūrō Kondō pour le Marché de Ximen n’avait pas de précédent dans l’histoire architecturale orientale ou occidentale. Il combina deux bâtiments : au nord, la « salle octogonale » servait d’entrée au marché ; au sud, le « bâtiment en croix » formait le corps principal du marché11. La salle octogonale est un édifice occidental en brique rouge de deux étages, dont chaque façade principale mesure 8 mètres ; son plan est exactement un octogone régulier. Pourquoi un octogone ? Dans sa note de conception, Kondō écrivit qu’il voulait évoquer l’entrée d’un marché où « les foules affluent des huit directions »11. Le bâtiment en croix, lui, adopte un plan cruciforme pur : bonne lumière, disposition régulière des stands.
Une autre explication circula ensuite dans la société locale. Les environs du Marché de Ximen étaient, sous les Qing, une zone peu peuplée de marais et de cimetières ; certains pensèrent que Jūrō Kondō avait délibérément combiné les huit trigrammes, symbole chinois destiné à maîtriser les influences néfastes venues des huit directions, et la croix chrétienne, symbole de purification, afin d’éloigner les mauvais esprits12. L’historien de l’architecture Li Chien-lang souligne qu’« aucun document officiel ne montre que Jūrō Kondō ait eu une telle intention »12. Pourtant, l’ensemble complet de deux bâtiments en brique rouge de 1908, avec la symétrie nord-sud-est-ouest de la salle aux huit trigrammes et les axes cardinaux du bâtiment en croix, semble difficilement fortuit sur un terrain qui fut jadis un cimetière.
📝 Note curatoriale : Le dessin de la Maison rouge mérite une seconde de réflexion supplémentaire. Un architecte japonais diplômé de l’Université impériale de Tokyo construit, sur une terre qui fut un cimetière taïwanais, un marché associant forme des huit trigrammes et forme de croix : l’hybridité de ce bâtiment est profonde. La salle octogonale emploie comme entrée l’idée des « huit directions » de la géomancie chinoise ; le bâtiment en croix utilise la géométrie de l’espace sacré chrétien comme corps principal. Deux systèmes symboliques de civilisations complètement différentes sont greffés sur le même édifice. Le courant dominant de l’architecture taïwanaise sous la domination japonaise relevait du mélange Meiji « japonais + occidental » ; Jūrō Kondō y ajouta une couche de « folklore local han ». Le nom de quartier fut fixé en 1922 comme « Ximending », le Zhongshan Hall fut achevé en 1936, le bâtiment fut renommé après-guerre en 1947, puis classé monument municipal en 1997 : la même bâtisse de brique rouge est restée immobile tandis que les idéologies de trois régimes glissaient sur elle13.
Après la guerre, le destin de la Maison rouge sembla un temps tomber dans l’oubli. Le 14 mars 1949, le « Théâtre Huyuan » ouvrit dans la Maison rouge, avec l’opéra de Pékin comme principal programme, mais les recettes furent médiocres1. En 1953, il passa à l’opéra Yue ; cette fois, les salles furent pleines et le marché noir des billets prospéra1. En 1958, la Maison rouge fut tout simplement transformée en cinéma, le « Cinéma Honglou »1 ; en avril 1959, Wang Shufen de la troupe Kongque Pingju s’y produisit dix jours d’affilée.
Le 20 février 1997, le ministère de l’Intérieur classa le bâtiment monument historique de troisième catégorie, aujourd’hui monument municipal, et lui donna officiellement le nom de « Maison rouge de Ximen »13. Mais la protection arriva trop tard : à l’aube du 22 juillet 2000, « un incendie du Marché de Ximen réduisit en cendres, en une heure et demie, le bâtiment en croix, trois mille ping et plus de deux cents stands »1. La reconstruction s’étira sur plusieurs années. En mars 2002, la municipalité de Taipei confia l’exploitation à la Paper Windmill Cultural and Educational Foundation dans le cadre d’un modèle public à gestion privée ; le 26 juillet 2002, le lieu rouvrit sous le nom de « Théâtre de la Maison rouge »1. En 2007, à l’expiration de son contrat de cinq ans, Paper Windmill se retira ; la Maison rouge revint sous gestion directe du Bureau des affaires culturelles, puis célébra son centenaire en 2008 par une exposition spéciale.
Aujourd’hui, la Maison rouge abrite une salle octogonale utilisée comme espace d’exposition et salon de thé ; le bâtiment en croix accueille les « 16 ateliers », un grand magasin de design et de création de vie quotidienne où se sont installées plus de vingt marques créatives taïwanaises14 ; la place nord accueille chaque samedi et dimanche le « Marché créatif de la Maison rouge de Ximen », actif sans interruption depuis juillet 2007 ; la place sud est l’une des rares zones de bars en plein air de Taïwan, principalement au service de la communauté LGBTQ15.
📝 Note curatoriale : La formation du quartier de bars LGBTQ est un produit inattendu de la rénovation de la Maison rouge après 2003. Lorsque la Maison rouge était encore un cinéma de seconde diffusion, sa proximité avec le Nouveau Parc, achevé en 1899 et devenu aujourd’hui le parc de la Paix du 28 février, ainsi que ses billets peu chers et l’absence d’évacuation entre les séances, y attiraient des hommes gays waishengren plus âgés15. Après l’achèvement de la rénovation de la Maison rouge en 2003, plusieurs bars gays s’installèrent sur la place nord ; les commerçants de la Maison rouge choisirent consciemment d’ouvrir leurs bars en plein air. Un patron de bar déclara aux médias : « La mission des commerces de la Maison rouge est de faire sortir les gays de l’intérieur vers le plein air, de soulever le couvercle des bars gays, pour qu’ils ne soient plus des lieux secrets accessibles seulement à ceux qui ont les bons contacts »16. Chaque année, la Pride marche de Ketagalan Boulevard à la Maison rouge ; en 2024, la marche devait attirer jusqu’à 200 000 personnes16. Qu’un bâtiment de brique rouge dessiné en 1908 par un architecte japonais soit devenu au XXIe siècle l’un des espaces urbains les plus importants du mouvement LGBTQ taïwanais : cette ligne narrative serait plus difficile à écrire qu’un roman.
Les 31 ans du Marché Zhonghua, un « paysage absent »
Si vous demandez à quelqu’un qui a grandi à Ximending dans les années 1970 à quoi ressemblait le quartier dans ses souvenirs, il vous répondra par une chose longue : le Marché Zhonghua.
Après la retraite du gouvernement nationaliste à Taïwan en 1949, le périmètre de Ximending s’étendit vers l’est. Le long des deux côtés de la ligne ferroviaire longitudinale, qui existait depuis les Qing et allait de la gare de Taipei au nord jusqu’à Wanhua au sud, on construisit de nombreux bâtiments illégaux pour loger familles de militaires et immigrants. Ces zones de constructions illégales étaient insalubres, très denses et sujettes aux incendies. Dans les années 1960, la municipalité de Taipei décida de les réorganiser : démolir les constructions illégales à l’est de la voie ferrée et construire un marché en enfilade pour reloger ces commerçants.
Le 1er juillet 1960, le chantier du Marché Zhonghua commença3. « Le long du côté est de la voie ferrée passant par Zhonghua Road, en utilisant l’espace de l’ancienne voie latérale à trois files la plus proche des rails »3, il s’étendait de l’intersection avec Zhongxiao West Road au nord jusqu’à celle d’Aiguo West Road au sud, sur une longueur totale de 1 171 mètres. Huit bâtiments longitudinaux de trois étages, disposés en enfilade, furent nommés du nord au sud selon les « huit vertus » : loyauté, piété filiale, bienveillance, amour, sincérité, justice, harmonie, paix3. Le 22 avril 1961, « un ensemble architectural unique, de forme allongée, formant par enfilade une longue série de huit bâtiments de trois étages, fut officiellement achevé »3, et 1 644 stands ouvrirent3.
Le Marché Zhonghua fut le lieu matériel de concentration des petits commerces waishengren de l’après-guerre. Les deux blocs Zhong et Xiao, au nord, proches de l’ancienne gare de Taipei, vendaient des composants électroniques et des pièces informatiques ; c’est là que se forma dans les années 1980 l’une des premières rues de l’informatique de Taipei. Les blocs centraux Ren, Ai, Xin et Yi accueillaient grands magasins du quotidien, librairies et disquaires. Dans le bloc Xin se trouvait Columbia Records, fondé en 1961 : « les vitrines au plafond présentaient des photos de stars, et la vente de disques vinyles était la spécialité de la boutique »3. Universal Records et Chia Chia Records étaient également à proximité, faisant de cette zone un lieu sacré pour les amateurs de musique populaire taïwanaise des années 1960 aux années 1980. Au numéro 1 du bloc Yi, « Dim Sum World », fondé en 1962, vendait guotie au porc frais et raviolis vapeur ; les tables et chaises carrées en bois disposées à 45 degrés devinrent plus tard une légende urbaine. Au deuxième étage, le « Vrai restaurant Beiping », fondé en 1962 par le général Zhang Ti’an, était célèbre pour son canard laqué à la pékinoise3.
📝 Note curatoriale : La logique de nomination des huit blocs mérite une seconde d’attention. « Loyauté, piété filiale, bienveillance, amour, sincérité, justice, harmonie, paix » : ce sont les « huit vertus » du Mouvement de la vie nouvelle lancé par le Kuomintang en 1934, reprises directement dans les années 1960 d’après-guerre comme noms de bâtiments commerciaux. Un marché construit le long du côté est de la ligne ferroviaire longitudinale laissée par les Japonais portait donc les noms de la séquence morale confucéenne de la République de Chine d’après-guerre. Au même emplacement, il y eut en 1908 le marché de brique rouge de l’Empire japonais, puis en 1961 le marché moral de la République de Chine : deux paysages idéologiques impériaux se sont superposés sur ce terrain de Ximending.
Dans les années 1980, avec l’essor de l’informatique personnelle, les commerces de composants électroniques des blocs Zhong et Xiao se reconvertirent dans la vente de matériel et logiciels informatiques. Ils furent l’un des premiers nœuds de distribution de l’industrie PC taïwanaise. Mais l’ère ferroviaire touchait à sa fin. À partir des années 1980, le projet d’enfouissement des chemins de fer de Taipei fut lancé : les rails de Zhonghua Road devaient passer sous terre et l’espace qu’ils occupaient être rendu au système routier urbain. Le problème était que les huit blocs du Marché Zhonghua se trouvaient précisément sur l’espace de la voie latérale à trois files, à l’est des rails.
Le 20 octobre 1992, le maire Huang Dazhou ordonna la démolition du Marché Zhonghua. Le premier bâtiment, le bloc Zhong, fut attaqué le jour même ; les blocs Xiao et Ren furent démolis le 23 octobre, les blocs Ai et Xin le 27 octobre, et les trois derniers blocs Yi, He et Ping rasés le même jour, le 30 octobre. Le marché de 31 ans disparut en dix jours3. Une partie des commerçants des 1 644 stands d’origine déménagea dans le « Taipei City Mall », achevé en 2000, pour continuer ses activités ; mais ce paysage matériel long de 1 171 mètres, aligné selon les huit vertus le long de la voie ferrée et formé de bâtiments en enfilade de trois étages, ne survécut plus que dans les photographies.
📝 Note curatoriale : Le Marché Zhonghua est l’exemple le plus puissant du « paysage absent ». En 1992, année de sa démolition, les cosplayers aujourd’hui âgés de 18 ans n’étaient pas encore nés. Quand ils marchent sur Zhonghua Road, ils voient le boulevard arboré achevé en 199917, non les huit blocs commerciaux de 1961-1992. Mais pour les habitants de Taipei de plus de 50 ans, le Marché Zhonghua reste au centre de la carte mentale de Ximending. Le roman de Wu Ming-yi, Le Magicien sur la passerelle, publié en 2011, prend pour cadre spatio-temporel le Marché Zhonghua des années 1980 ; en 2021, la série homonyme de PTS reconstruisit un décor du Marché Zhonghua à 95 % de son échelle. Ce n’est qu’après trente ans de disparition qu’un paysage put être revu par la littérature et le théâtre18. À Taïwan, le deuil des « espaces urbains perdus » revient plus souvent que la véritable planification urbaine.
Trois lieux où les habitants vous emmèneront
Tous les touristes connaissent la Maison rouge de Ximen. Mais la véritable texture de Ximending se trouve dans trois vieilles enseignes ouvertes peu après la guerre.
Meiguanyuan Japanese Cuisine (36 Emei Street). Fondé en 1946 par Zhang Liangtie, c’est le plus ancien restaurant de cuisine japonaise taïwanaise de Ximending. Le fondateur, originaire de Yuanlin à l’époque japonaise, monta en 1934 à Bangka pour apprendre la cuisine japonaise auprès de « Yanagiya » ; après la guerre, en 1946, il ouvrit son propre « Restaurant Meiguan », puis s’installa sur Emei Street et prit le nom de « Meiguanyuan »19. D’un jeune homme de Yuanlin d’un peu plus de 30 ans parti apprendre un métier loin de chez lui puis créer son entreprise après-guerre, jusqu’à 2026 où la troisième génération exploite toujours trois succursales sur Emei Street, l’adresse n’a pas bougé en 80 ans. Le menu garde son style manuscrit taïwanais, et les formules restent essentiellement aussi copieuses et bon marché qu’il y a 70 ans. L’existence de Meiguanyuan explique une chose : le Ximending d’après-guerre n’a pas été monopolisé par la culture des villages militaires waishengren ; des Minnanais locaux ont eux aussi tenu dans cette rue des commerces qui n’ont pas fermé depuis 80 ans.
Fong Da Coffee (42 Chengdu Road). Fondé en 1956, c’est l’un des plus anciens cafés du district de Wanhua20. Le patron de la première génération faisait d’abord le commerce de gros du miel ; il ajoutait du miel au café et au thé qu’il vendait, puis se reconvertit dans le café pur, mais le caractère « abeille » du nom chinois fut conservé. Ce que les clients préfèrent chez Fong Da n’est pas le café, mais les biscuits chinois faits main dans la vitrine transparente à l’entrée, surtout les « gâteaux aux noix » et les « gâteaux abalone », souvenirs de rendez-vous arrangés de la génération des grands-parents20. En 2010, la rubrique voyages de USA Today choisit les dix meilleures villes du monde pour déguster du café ; Taipei arriva dixième et fut la seule ville asiatique retenue. Les deux enseignes expressément citées par l’article étaient Fong Da et Bardon20. Un café ouvert en 1956 après-guerre, qui n’a changé ni son décor, ni son adresse, ni même le prix unitaire de ses gâteaux aux noix jusqu’en 2026, se tient toujours sur Chengdu Road.
Ah-Zong Mianxian (angle de Emei Street). Fondé en 1975, c’est l’exemple emblématique de la culture de Ximending où l’on mange debout21. Le patron de première génération était à l’origine réalisateur dans le milieu du cinéma et de la télévision. Dans les années 1970, alors que le secteur audiovisuel était en crise, il se lança dans la soupe de calamar, sans succès ; le parrain de son épouse lui transmit alors une recette secrète de vermicelles au gros intestin, et Ah-Zong Mianxian devint dès lors célèbre à Ximending pendant cinquante ans21. Le magasin n’a pas de places assises : tous les clients mangent debout devant la boutique, bols en papier à la main, et la file qui s’étire de Chengdu Road à l’angle de Emei Street est devenue une image standard du Ximending touristique. Mais la véritable histoire d’Ah-Zong Mianxian n’est pas touristique : c’est celle d’un réalisateur reconverti en vendeur de vermicelles, qui a tenu 51 ans à Ximending grâce à une pratique taïwanaise de restauration debout.
Après ces trois lieux, on comprend la véritable texture de Ximending. Les touristes se précipitent pour photographier la Maison rouge et Ah-Zong Mianxian, mais ils ne voient que la surface. Le Ximending des habitants, c’est Meiguanyuan qui n’a pas déménagé depuis 80 ans, Fong Da qui n’a pas changé de décor depuis 70 ans, Ah-Zong qui sert debout depuis 50 ans : trois petits commerces taïwanais qui traversent l’après-guerre jusqu’au présent en restant à leur emplacement d’origine.
📝 Note curatoriale : La pression touristique sur Ximending est énorme : en août 2024, 2,21 millions de personnes ont traversé le quartier commercial en un seul mois5, et les loyers ont atteint 17 700 TWD par ping et par mois sur Chengdu Road, un nouveau record à Taipei5. Sous une telle pression du capital, le fait que Meiguanyuan, Fong Da et Ah-Zong tiennent immobiles au même endroit depuis 50 à 80 ans est anormal. Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas des boutiques qui « s’adaptent au tourisme » : elles étaient là avant la vague touristique, et leur existence est liée au destin de Ximending. Quand le capital veut transformer cette rue en un autre Xinyi, elles sont des « biens immobiliers » au sens physique du terme : les touristes viennent et repartent, elles se tiennent à leur place depuis 80 ans. Cette immobilité elle-même est ce que Taiwan.md veut préserver.
Après 1999, la rue ralentit et les gens se multiplièrent

Graffitis du mur bleu du Cinema Theme Park à Ximending. Photo: eazytraveler, 2010-02-13. License via Wikimedia Commons (CC BY 2.0).
La seconde grande transformation de Ximending se produisit à la fin des années 1990.
Les années 1980 furent l’apogée de la rue du cinéma de Ximending. À son sommet, le secteur compta jusqu’à 37 cinémas ouverts successivement22 ; la section 2 de Wuchang Street en rassemblait à elle seule 10, d’où son nom de « rue du cinéma ». Le 2 août 1964, le Lux Cinema ouvrit avec 1 680 sièges, un projecteur américain 70 mm et un son stéréo six canaux ; c’était alors le plus grand cinéma de Taïwan23. Le Ambassador Theatre ouvrit en 1965 ; le Today Theatre ouvrit en 1968 dans le bâtiment Wanqi Entertainment sur Emei Street24. Avec l’ouverture, le 6 octobre 1973, du Wan Nian Commercial Building, douze niveaux au total, deux sous-sols et dix étages, avec 200 boutiques ouvertes simultanément25, puis du Lai Lai Department Store ouvert en 1978 par le groupe Cathay, premier grand magasin moderne de Taïwan26, tout Ximending fut dans les années 1970 et 1980 le quartier le plus dense de consommation de l’île.
De 1985 à 1992, ce fut l’âge d’or des MTV, ces salons vidéo privés en box. U2 MTV fut fondé en 198627, puis ouvrit en 1987 une succursale sur Chengdu Road, dans le quartier de Ximen. Les adolescents taïwanais eurent pour la première fois « une porte que l’on pouvait fermer même dehors » : sous la loi martiale, des lycéens entraient avec un ticket MTV à 100 TWD dans de petites cabines pour regarder des copies pirates d’Oshima, Buñuel ou Wong Kar-wai, à l’abri du regard des parents et des surveillants militaires scolaires. À la même époque, la culture des « red envelope clubs » atteignit également son apogée à Ximending : dans les années 1980, 16 à 17 clubs fonctionnaient simultanément dans le quartier28. Des vétérans waishengren venaient y écouter de vieilles chansons, se souvenir de Shanghai ou de Pékin où ils avaient grandi, et glisser des enveloppes rouges aux chanteuses descendues de scène : trente ans avant les pourboires des livestreams28.
Mais l’âge d’or commença à décliner dans les années 1990. Le capital se déplaça vers le quartier Est et le secteur planifié de Xinyi ; Ximending entra dans ce que les médias appelèrent sa « décennie sombre ». Les cinémas fermèrent les uns après les autres, le Lai Lai Department Store changea de mains dans les années 1990, le First Department Store déclina, et le Lai Lai ferma définitivement en 201326. Après la démolition du Marché Zhonghua en 1992, le « centre de gravité » de cette rue disparut.
En 1998, la municipalité de Taipei proposa le « Plan global de renouvellement et d’amélioration de l’environnement de la zone piétonne de Ximen », destiné à transformer Ximending, alors rue commerciale encombrée de véhicules, en première grande zone piétonne de Taipei4. En 1999, la nouvelle zone piétonne fut officiellement achevée. Son périmètre contrôlé couvrait Hanzhong Street, de la sortie 6 de la station MRT Ximen à Hankou Street ; la section 2 de Wuchang Street, de Zhonghua Road à Kangding Road ; et Emei Street, de Zhonghua Road à Xining South Road, soit environ 1,1 km au total4. Le 21 juillet de la même année, l’entrée nord du tronçon ferroviaire souterrain Wanban fut achevée ; les rails situés à l’ancien emplacement du Marché Zhonghua furent enfouis, et la surface devint le boulevard arboré de Zhonghua Road17. Le 24 décembre 1999, le tronçon « Hôtel de ville - Longshan Temple » de la ligne Bannan du métro de Taipei entra en service, et la station Ximen ouvrit officiellement29.
Dès lors, la structure physique de Ximending fut entièrement réorganisée : le chemin de fer disparut, Zhonghua Road devint un boulevard arboré, la zone piétonne fut délimitée, et la station de métro souterraine fit affluer les gens de toutes les directions. Le capital ne revint pas immédiatement, mais les jeunes revinrent, car les caractéristiques de la zone piétonne, « pas de voitures, pas de hiérarchie, pas de jugement », correspondaient exactement aux conditions matérielles dont les sous-cultures adolescentes taïwanaises avaient besoin.
À la fin des années 1990, la culture de rue américaine commença à prendre racine à Ximending. Friperies de vêtements japonais et américains, marques hip-hop et boutiques de skateboard s’ouvrirent les unes après les autres dans la ruelle 96 de Kunming Street30. En 2001, la boutique de streetwear Doobiest organisa le premier « Street Culture Festival », réunissant sur une scène installée dans les ruelles de Ximending les quatre éléments du hip-hop : MC, DJ, breaking et graffiti30. À la même période, le cosplay commença à se fixer les week-ends devant la Maison rouge, les skateurs se concentrèrent au Cinema Theme Park, et les salons de tatouage s’installèrent dans les ruelles : Ximending passa de rue du cinéma à carrefour de sous-cultures.
📝 Note curatoriale : Les bases matérielles de l’arrivée des sous-cultures à Ximending à la fin des années 1990 méritent analyse. Pourquoi ont-elles choisi ici, plutôt que le quartier Est ou Xinyi ? Trois conditions physiques : 1. la zone piétonne signifiait absence de voitures, densité de foule et grands espaces d’activité ; 2. les biens commerciaux de faible valeur moyenne laissés par la démolition du Marché Zhonghua maintenaient des loyers bas, relativement à Xinyi et au quartier Est ; 3. la structure serrée des ruelles offrait un refuge aux activités qui ont besoin de petits espaces et d’une moindre surveillance, comme les salons de tatouage, les séances photo de cosplay, le skateboard ou le graffiti. Les ruelles denses planifiées par les Japonais en 1896, le corridor ferroviaire laissé par l’après-guerre, puis les biens commerciaux dévalorisés des années 1990 : l’accumulation de ces trois couches historiques a permis aux sous-cultures de s’enraciner ici après 2000. L’inertie géographique d’un siècle a sédimenté le Ximending que l’on voit aujourd’hui.
Après les années 2010, la municipalité de Taipei renforça activement ce positionnement sous-culturel : depuis 2013, le « Ximen Fun Festival Cosplay Battle Ximending » se tient chaque année en septembre31 ; depuis 2007, la Maison rouge de Ximen accueille son marché créatif chaque week-end ; en 2016, les 16 ateliers du bâtiment en croix furent transformés en grand magasin de création de vie quotidienne14. Après 2020, les flux touristiques de Ximending viennent surtout de Corée, du Japon, de Hong Kong et des diasporas chinoises. En 2024, le quartier attira 2,21 millions de visiteurs en un seul mois ; le cumul annuel atteignait déjà 20,21 millions de visites en août, soit plus du double de Taipei 1015. Dans le classement des nationalités du Carrefour de Guilin, les voyageurs coréens l’emportent massivement ; ils mangent, achètent parapharmacie, prennent des photos et achètent des marques tendance à Ximending, coexistant avec les adolescents locaux de la zone piétonne32.
130 ans de jeunes sur la même rue

La zone piétonne de Ximen une nuit de Noël en décembre 2022. Photo: 迷惘的人生 (KUO TUNG YU), 2022-12-14. License via Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0).
Le 18 octobre 1908, premier jour d’ouverture du Marché de Ximen. Un adolescent minnanais local de 18 ans entre avec ses parents par la porte de la salle octogonale conçue par Jūrō Kondō et voit des commerçants japonais vendre des assaisonnements qu’il n’a jamais vus. Il ne sait pas que ce bâtiment de brique rouge restera ici pendant un siècle.
Un jour d’été 1972, Brigitte Lin, 17 ans, va récupérer avec des camarades un pantalon pattes d’éléphant commandé à Ximending. Un découvreur de talents nommé Yang Qi l’arrête dans la rue : cet après-midi-là, elle ne récupère pas son pantalon, mais décroche une audition pour Outside the Window. Le film sort le 24 août 1973, et elle devient le visage des films adaptés de Qiong Yao33.
Un soir après les cours en 1985, un groupe de lycéens se glisse en secret dans une petite cabine de U2 avec un ticket à 100 TWD pour regarder un film de la Nouvelle Vague française que leurs parents ne les auraient jamais emmenés voir. Le monde du film est complètement différent du Taïwan de la loi martiale, mais cette porte que l’on peut fermer leur fait croire que d’autres possibilités existent27.
Le 24 décembre 1999, jour de l’ouverture de la ligne Bannan du métro, les adolescents sortis de la station Ximen foulent la zone piétonne délimitée depuis moins de trois mois et découvrent que la voie ferrée de Zhonghua Road a disparu : elle est devenue un boulevard arboré. Ils ne se souviennent pas de l’apparence du Marché Zhonghua, mais ils voient une rue sans voitures, où l’on peut se tenir au milieu de la chaussée429.
Un samedi après-midi de 2024, une jeune fille de 18 ans ajuste sa jupe bouffante Lolita sous le mur de brique rouge de la place sud de la Maison rouge de Ximen. Elle ne sait pas que ce bâtiment de brique rouge fut, il y a 130 ans, un marché construit par les Japonais pour imiter Asakusa à Tokyo ; elle ne sait pas qu’en face, les 1,1 km de Zhonghua Road étaient encore, il y a 30 ans, les huit blocs du Marché Zhonghua ; elle ignore aussi que le sol qu’elle foule était, il y a 50 ans, la rue du cinéma, et il y a 20 ans, un espace de fêtes électroniques.
Elle sait seulement ceci : ici, c’est Ximen. Le week-end, elle vient y prendre des photos avec ses amis.
✦ « Le nom de Ximending vient du quartier administratif nouvellement créé lors de l’établissement de la ville de Taipei en 1922, sous la domination japonaise : Ximending »9. Un nom de quartier fixé en 1922 par l’Empire japonais reste, en 2026, le synonyme du lieu le plus familier pour tous les adolescents de Taipei de 18 ans. Les Japonais sont partis depuis 80 ans, mais les trois caractères 西門町 ne sont pas partis.
La contradiction centrale de Ximending est la suivante : ce terrain de divertissement planifié par l’Empire japonais en 1896 pour les siens est devenu, un siècle plus tard, l’espace sous-culturel le plus irremplaçable des adolescents taïwanais locaux. La formule matérielle d’origine, celle d’un « lieu de consommation de l’autre » fait de ruelles denses, de faible barrière d’accès, d’absence de jugement de classe, d’accessibilité piétonne et de proximité avec un nœud de transport, a permis par accident aux sous-cultures taïwanaises après les années 1990, cosplay, hip-hop, skateboard, tatouage, communautés LGBTQ, streetwear, de trouver ici un refuge.
Le secteur planifié de Xinyi est un quartier adulte conçu par le capital des années 2000 ; le quartier Est est un espace de classe moyenne formé par la circulation des boutiques de luxe dans les années 1990 ; Dadaocheng est un quartier historique soutenu par le commerce du thé des années 1860. Seul Ximending est le « terrain de divertissement jeune » laissé par les Japonais en 1896, et cet ADN n’a pas changé en 130 ans. Même cinq générations de jeunes ne l’effaceront pas.
La prochaine fois que vous passerez devant la salle octogonale de la Maison rouge de Ximen, arrêtez-vous 30 secondes pour regarder ce bâtiment de brique rouge. Il y a 130 ans, le sol sous vos pieds était un marché construit par les Japonais pour les leurs ; aujourd’hui, une Taïwanaise de 18 ans y prend des photos de cosplay. Le même ciel, inchangé depuis 130 ans.
Pour aller plus loin :
- Ville de Taipei : trois temporalités dans une même ville, le temple Longshan de 1738 regardant Taipei 101 de 2004 — la place de Ximending parmi les 12 districts, mise en parallèle avec les trois lignes temporelles de Bangka, Dadaocheng et Xinyi
- Culture taïwanaise de l’animation et du manga — pourquoi le cosplay se rassemble régulièrement le week-end devant la Maison rouge de Ximen, et son lien avec l’origine de Fancy Frontier en 1999
- Art de rue et culture du graffiti à Taïwan — le contexte des graffitis du mur bleu du Cinema Theme Park de Ximending et de l’émergence de la culture de rue taïwanaise après la levée de la loi martiale
- Culture des vieilles rues et quartiers commerciaux de Taïwan — Ximending comme quartier de divertissement planifié sous la domination japonaise, et ses différences structurelles avec les vieilles rues des Qing comme Lukang, Bangka et Dadaocheng
- Bangka — sibling du même batch 1 des quartiers historiques : lorsque les Japonais planifièrent Ximending en 1896, Bangka, juste à côté, était le port le plus animé du nord de Taïwan sous les Qing
- Dadaocheng — sibling du même batch 1 des quartiers historiques : rue commerciale du thé apparue après les affrontements Ding-Xia-Jiao de 1853, elle représente un autre « moment de formation de rue » que le quartier de divertissement japonais de Ximending
- Tiaotong de Zhongshan North Road — avenue arborée de l’époque japonaise aménagée en 1898 comme « route de l’envoyé impérial » vers le sanctuaire de Taïwan à Yuanshan, contemporaine de Ximending mais issue d’une expérience urbaine complètement différente
Sources des images
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- 西門紅樓八角樓.jpg — Photo: Outlookxp, 2021-08-16, CC BY-SA 4.0
- South_Plaza,\_Red_House_Theater_20130425.jpg — Photo: Asacyan, 2013-04-25, CC BY-SA 3.0
- Ximending_rainbow_crossing_201910.jpg — Photo: Volksabstimmung, 2019-09-28, CC BY-SA 2.0
- 2010-02-13_Blue_wall_with_graffiti_in_Ximending.jpg — Photo: eazytraveler, 2010-02-13, CC BY 2.0
- Christmas_lights_at_Ximending_20221214.jpg — Photo: 迷惘的人生 (KUO TUNG YU), 2022-12-14, CC BY-SA 2.0
Références
- 西門紅樓 — 維基百科 — Article sur la Maison rouge de Ximen, qui consigne les faits historiques essentiels : « date de construction : 41e année de Meiji à Taïwan sous domination japonaise (1908) », « bâtiment conçu par Jūrō Kondō », « composé d’un bâtiment octogonal et d’un bâtiment en croix », « le 18 octobre 1908, début officiel de l’exploitation », « à l’aube du 22 juillet 2000, un incendie du Marché de Ximen réduisit en cendres, en une heure et demie, le bâtiment en croix, trois mille ping et plus de deux cents stands », « le 14 mars 1949, ouverture du Théâtre Huyuan », « en 1958, la Maison rouge devint un cinéma », etc.↩
- 西門町 — 維基百科 — Article sur Ximending, qui consigne le contexte de réforme urbaine selon lequel « les Japonais décidèrent d’imiter le quartier d’Asakusa à Tokyo et d’y établir un quartier commercial et de loisirs », ainsi que la chronologie des premiers équipements de divertissement : « le théâtre Tōkyō-tei en 1895, le Taipei-za de Shinki Yokochō en 1897, le Sakae-za de Ximenwai Street en 1902, et la salle octogonale en 1908 ».↩
- 中華商場 — 維基百科 — Article sur le Marché Zhonghua, qui consigne : « à partir du 1er juillet 1960 commencèrent la démolition des constructions illégales et les travaux de construction du marché », « le 22 avril 1961, un ensemble architectural unique, de forme allongée, formant par enfilade une longue série de huit bâtiments de trois étages, fut officiellement achevé », « le long du côté est de la voie ferrée passant par Zhonghua Road, en utilisant l’espace de l’ancienne voie latérale à trois files la plus proche des rails », « les huit bâtiments commerciaux de trois étages, du nord (intersection Zhongxiao West Road) au sud (intersection Aiguo West Road), furent nommés selon les “huit vertus” : Zhong, Xiao, Ren, Ai, Xin, Yi, He et Ping », « le Marché Zhonghua comptait au total 1 644 unités », les détails de la démolition par étapes du 20 au 30 octobre 1992, ainsi que les archives de boutiques comme « Columbia Records (fondé en 1961, avec des vitrines au plafond présentant des photos de stars) », « Dim Sum World (numéro 1, fondé en 1962, guotie au porc frais, raviolis vapeur et autres pâtes du nord) » et « Vrai restaurant Beiping (fondé en 1962 par le général Zhang Ti’an) ».↩
- 西門徒步區街區發展促進會官方網站 — Le site officiel de l’Association pour le développement de la zone piétonne de Ximen indique que la zone piétonne désigne « le secteur compris entre Zhonghua Road, Kangding Road, Chengdu Road et Hankou Street » ; elle fut achevée en 1999, comprend Hanzhong Street, Wuchang Street et Emei Street, pour une longueur totale d’environ 1,1 km.↩
- 台北市前 5 大熱門景點出爐 西門町逾 2 千萬人遙遙領先 101 — Reportage de PTS News : selon les statistiques du Département de l’information et du tourisme de Taipei en août 2024, le quartier commercial de Ximending avait attiré 20 217 071 visites depuis le début de l’année jusqu’en août, avec plus de 2,21 millions en août seul, au premier rang des attractions de Taipei ; le reportage cite aussi les statistiques de Sinyi Realty selon lesquelles, en 2023, parmi les 13 boutiques de Taipei dont le loyer dépassait 10 000 TWD par ping, 8 se trouvaient à Ximen, dont une boutique de 16,8 ping sur Chengdu Road louée 300 000 TWD par mois.↩
- 臺北府城歷史 — 臺北市政府 — Le site officiel de la municipalité de Taipei cite textuellement le document historique officiel : « En 1884, la ville de Taipei fut achevée et cinq portes furent établies : porte est, porte ouest, porte sud, petite porte sud et porte nord. »↩
- 臺北府城西門 — 維基百科 — Article sur la porte Baocheng, qui consigne le sens du nom, « accomplissement des richesses », le début des travaux en 1882 et l’achèvement en 1884, sa démolition en 1904 par le gouvernement japonais, qui en fit la seule des cinq portes entièrement détruite, ainsi que la réaction des notables marchands de Bangka qui conduisit Gotō Shinpei à décider de conserver les quatre portes restantes.↩
- 西門市場(台北)— 維基百科 — Article sur le Marché de Ximen, qui consigne qu’en septembre 1896 fut « construit le Marché de Ximen (Marché de Shinkigai) », origine des nouveaux marchés de Taïwan, destiné principalement aux nécessités quotidiennes des nouveaux immigrants japonais ; les travaux du bâtiment en brique commencèrent en avril 1908 et furent achevés en novembre-décembre de la même année.↩
- 西門町命名由來 — 維基百科西門町條目 — L’article Wikipedia sur Ximending indique textuellement : « Le nom de Ximending vient du quartier administratif nouvellement créé lors de l’établissement de la ville de Taipei en 1922, sous la domination japonaise : Ximending ; son périmètre correspondait approximativement à l’actuel Ximen Li autour de Chengdu Road, délimité par Emei Street, Kangding Road, Neijiang Street et Zhonghua Road », ainsi que : « la zone aujourd’hui communément appelée Ximending est plus vaste et comprend aussi les anciens quartiers de Shinkichō, Wakatakechō, Suehirochō, Kotobukichō, Tsukijichō, Hamachō, Motomachi, etc. »↩
- 近藤十郎 — 維基百科 — Article sur l’architecte japonais Jūrō Kondō, né le 5 avril 1877 et mort le 13 mars 1946 ; après son diplôme du département d’architecture de l’Université impériale de Tokyo en 1904, il partit à Taïwan et travailla vingt ans au service de construction du gouvernement général. Ses œuvres comprennent le Marché de Ximen (Maison rouge de Ximen), l’ancien bâtiment de l’Hôpital de l’Université nationale de Taïwan, le lycée Jianguo et le bureau de poste de Keelung. Élève de Josiah Conder, comme Tatsuno Kingo, il relevait d’un style architectural britannique de la fin de la Renaissance.↩
- 西門紅樓八角樓官方頁 — La page officielle de la salle octogonale de la Maison rouge de Ximen indique que le bâtiment octogonal utilise la forme des huit trigrammes pour évoquer l’idée de « foules affluant des huit directions » comme entrée du marché ; la forme de croix constitue la caractéristique du bâtiment principal du marché. Chaque façade mesure 8 mètres, le plan est un octogone régulier, et le bâtiment construit en 1908 fut le premier marché public officiellement édifié à Taïwan.↩
- 神設計鎮煞?西門紅樓原日據墓地 八卦十字「中西合璧」— 三立新聞網 — Le reportage présente la légende populaire selon laquelle la porte principale de la salle aux huit trigrammes de la Maison rouge de Ximen aurait été orientée vers le nord-est, direction de la « porte des démons », afin de maîtriser les influences néfastes. L’historien de l’architecture Li Chien-lang souligne toutefois qu’« aucun document officiel ne montre que Jūrō Kondō ait eu une telle intention ». Les environs du Marché de Ximen étaient bien, sous les Qing, une zone peu peuplée de marais et de cimetières.↩
- 文化部國家文化資產網 西門紅樓條目 — La fiche officielle de la Base nationale du patrimoine culturel du ministère de la Culture indique que la Maison rouge de Ximen fut classée le 20 février 1997 par le ministère de l’Intérieur comme monument historique de troisième catégorie, aujourd’hui monument municipal, et qu’elle est le bâtiment de marché de troisième catégorie le mieux conservé de Taïwan.↩
- 西門紅樓 16 工房官方介紹 — La présentation officielle des 16 ateliers du bâtiment en croix de la Maison rouge de Ximen indique qu’ils furent définis le 6 janvier 2016 par le Bureau des affaires culturelles de Taipei et la Taipei Culture Foundation comme un « grand magasin de création de vie quotidienne », suivant le concept de select shop ; des marques créatives taïwanaises de qualité y furent invitées ou sélectionnées, et plus de vingt boutiques de marques créatives y opèrent depuis la réouverture.↩
- 何以「紅樓」會是同志聚集地?— pixnet — Analyse approfondie en blog de l’histoire du rassemblement LGBTQ autour de la Maison rouge de Ximen : lorsque la Maison rouge était encore un cinéma de seconde diffusion, sa proximité avec le Nouveau Parc, aujourd’hui parc de la Paix du 28 février, ainsi que ses billets peu chers et l’absence d’évacuation entre les séances, attiraient des hommes gays waishengren plus âgés ; après la rénovation de la Maison rouge en 2003, des bars gays s’installèrent et devinrent une caractéristique de la place nord de la Maison rouge.↩
- 同遊上看 20 萬人 西門紅樓商家變「同志好厝邊」— GagaTai — Reportage de GagaTai citant un patron de bar de la Maison rouge de Ximen : « La mission des commerces de la Maison rouge est de faire sortir les gays de l’intérieur vers le plein air, de soulever le couvercle des bars gays, pour qu’ils ne soient plus des lieux secrets accessibles seulement à ceux qui ont les bons contacts », et décrivant le contexte de la Pride taïwanaise, qui peut atteindre 200 000 personnes par an et a la Maison rouge de Ximen comme point de rassemblement.↩
- 臺北鐵路地下化專案 — 維基百科 — Les archives du projet d’enfouissement des chemins de fer de Taipei indiquent que le projet Wanban fut approuvé le 14 septembre 1992, que l’entrée nord fut achevée et ouverte au trafic le 21 juillet 1999, l’entrée sud le 31 octobre 2002, et que les rails de l’ancien emplacement du Marché Zhonghua furent enfouis, Zhonghua Road étant transformée en boulevard arboré à trois files.↩
- 中華商場真是離奇!吳明益《天橋上的魔術師》— OKAPI — Entretien d’OKAPI avec Wu Ming-yi, qui documente les souvenirs à la base de son enfance, lorsqu’il déménagea de Zhuzicuo à Bangka vers le Marché Zhonghua où sa famille ouvrit une boutique de chaussures dans un espace de moins de trois ping, ainsi que la manière dont le roman de 2011 Le Magicien sur la passerelle et la série phare homonyme de PTS en 2021 ont reconstruit la splendeur du Marché Zhonghua des années 1980.↩
- 美觀園日本料理店 1946 — 官方網站 — Le site officiel de Meiguanyuan indique que le restaurant fut fondé en 1946 par Zhang Liangtie ; originaire de Yuanlin sous la domination japonaise, il monta en 1934 à Bangka pour apprendre la cuisine japonaise auprès de « Yanagiya », puis fonda après-guerre en 1946 le « Restaurant Meiguan », déménagea ensuite à Ximending et prit le nom de Meiguanyuan. L’entreprise exploite aujourd’hui trois adresses : l’ancienne maison au 36 Emei Street, les deuxième et troisième au 47, et la cinquième succursale à Banqiao.↩
- 蜂大咖啡 60 年老字號 — 瑪格 圖寫生活 — Présentation historique de Fong Da Coffee, fondé en 1956 au 42 Chengdu Road : passage du commerce du miel au café tout en conservant le caractère « abeille » dans le nom, gâteaux aux noix et gâteaux abalone emblématiques, et mention comme l’un des deux cafés de Taipei expressément recommandés dans le reportage 2010 de USA Today sur les dix grandes villes mondiales du café.↩
- 阿宗麵線 1975 西門町老牌 — 貓大爺部落格 — Article de blog sur Ah-Zong Mianxian, fondé en 1975 par un ancien réalisateur du milieu du cinéma ; après l’échec de son commerce de soupe de calamar, le parrain de son épouse lui transmit une recette secrète de vermicelles au gros intestin. L’article décrit la culture de la restauration debout, les files d’attente sur Chengdu Road et à l’angle de Emei Street, et le processus qui en fit une adresse touristique internationale.↩
- 西門町電影街 — 台灣有影 — L’entrée sur la rue du cinéma de Ximending dans les archives du cinéma taïwanais indique qu’à son apogée le secteur comptait 37 cinémas, et que 6 à 10 cinémas étaient concentrés dans la section 2 de Wuchang Street, d’où son appellation de « rue du cinéma ».↩
- 樂聲影城 — 維基百科 — Le Lux Cinema ouvrit à Ximending le 2 août 1964, avec 1 680 sièges, un projecteur américain 70 mm et un système sonore stéréo six canaux de 120 watts ; c’était alors le plus grand cinéma de Taïwan.↩
- 今日百貨興衰史(1968-1997)— Jasonblog — En 1968, le bâtiment Wanqi Entertainment de Emei Street à Ximending fut achevé ; le premier sous-sol et les quatre premiers niveaux furent loués à Today Co., Ltd. pour ouvrir le Today Department Store.↩
- 萬年商業大樓 — 維基百科 — Le Wan Nian Commercial Building ouvrit officiellement le 6 octobre 1973 ; avec 2 sous-sols et 10 étages, soit 12 niveaux au total, il abritait 200 boutiques ouvertes simultanément et demeure aujourd’hui un repère célèbre de Ximending.↩
- 來來百貨 — 維基百科 — Le Lai Lai Department Store ouvrit à Ximending en 1978 ; premier grand magasin moderne de Taïwan, exploité par le groupe Cathay, il fut dans les années 1970-1980 un indicateur de mode à Ximending.↩
- U2 電影館首頁 — U2 MTV fut fondé en 1986, puis ouvrit en 1987 la succursale Chengdu sur Chengdu Road, dans le quartier commercial de Ximen ; c’était l’une des marques de cabines MTV les plus représentatives pour les adolescents taïwanais sous la loi martiale.↩
- 紅包場文化 — 西門徒步區街區發展促進會 — Le site officiel de la zone piétonne de Ximen indique que la culture des red envelope clubs apparut dans les années 1960 ; à son apogée dans les années 1980, Ximending comptait 16 à 17 clubs fonctionnant simultanément, avec environ 30 000 clients itinérants chaque jour dans toute l’île. Le public était principalement constitué de militaires et civils waishengren venus à Taïwan après la traversée du détroit, qui considéraient ces lieux comme des espaces sociaux et de divertissement pour se souvenir du passé.↩
- 西門站(臺北捷運)— 維基百科 — Le côté ligne Bannan de la station Ximen entra officiellement en service le 24 décembre 1999 avec les tronçons « Hôtel de ville - Ximen » de la ligne Nangang et « Ximen - Longshan Temple » de la ligne Banqiao ; le code de la station est BL11.↩
- 跨文化走讀 西門不營業的街頭塗鴉 — 金車文教基金會 — Contexte historique des friperies japonaises et américaines de la ruelle 96 de Kunming Street à Ximending à partir des années 1990, et de la boutique de streetwear Doobiest, qui organisa en 2001 le premier « Street Culture Festival » réunissant les quatre éléments du hip-hop.↩
- Cosplay 決戰西門町 — 臺北旅遊網 — Depuis 2013, le Bureau des affaires culturelles de Taipei organise chaque année le « Ximen Fun Festival Cosplay Battle Ximending », grand événement annuel qui invite les communautés de l’animation et du manga à se rassembler sur les places nord et sud de la Maison rouge de Ximen et dans la zone piétonne pour des spectacles et concours.↩
- 必朝聖西門町家樂福!韓國遊客「多到排出國旗」— ETtoday — Reportage décrivant la très forte densité de touristes coréens au Carrefour Guilin de Ximending ; les clients coréens dominent massivement le classement des nationalités du magasin, et les touristes coréens considèrent Carrefour comme une étape incontournable de Ximending.↩
- 宋存壽 — 維基百科 — En 1972, le réalisateur Song Cunshou adapta le roman de Qiong Yao Outside the Window ; Brigitte Lin, 17 ans, qui venait d’échouer à l’examen d’entrée à l’université, fut découverte à Ximending par le découvreur de talents Yang Qi, puis obtint après audition le rôle principal de Jiang Yanrong. Le film sortit le 24 août 1973 et devint le premier film de Brigitte Lin.↩