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Jolin Tsai

La reine qui n'était pas un génie — après que son professeur de danse lui a dit qu'elle « n'était pas faite pour danser », elle est devenue, vingt-cinq ans plus tard, l'artiste de variétés ayant remporté le plus de Golden Melody Awards.

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En 30 secondes : En 1998, un professeur de danse lui dit qu'elle « n'est pas faite pour danser ». Vingt-cinq ans plus tard, lors de ses concerts, elle réalise des figures aux anneaux aériens à dix mètres du sol — sans doublure. La carrière de Jolin Tsai est l'histoire d'un talent construit de toutes pièces : sans don inné, à force de traiter chaque album comme une épreuve physique. Quatre fois couronnée Meilleure chanteuse mandophone aux Golden Melody Awards, plus de 4 milliards de nouveaux dollars taïwanais en recettes de tournées cumulées, et une chanson, Womxnly, qui a ouvert le débat sur l'égalité de genre dans toute la sphère musicale sinophone.

Le 20 avril 2000, Yeh Yung-chih, élève de troisième année au collège de Gaoshu dans le comté de Pingtung, est entré aux toilettes pendant la récréation et n'en est jamais ressorti. Victime de harcèlement prolongé en raison de sa gestuelle jugée trop féminine, les circonstances exactes de sa mort demeurent controversées. Dix-huit ans plus tard, Jolin Tsai a transformé son histoire en chanson.

Cette entrée en matière semble loin du portrait d'une reine de la pop. Mais si Jolin Tsai est ce qu'elle est, c'est précisément parce que son récit n'a jamais été uniquement question de chant et de danse.

Dernière de classe dans la salle de danse

En 1998, une lycéenne de dix-sept ans originaire de Xinzhuang, prénommée Tsai Yi-ling, remporte le concours de chant New Voice Battle diffusé sur MTV Taïwan. L'année suivante, elle signe chez Universal Music sous le nom d'artiste Jolin Tsai et sort son premier album, 1019. Le disque se vend bien, mais un problème surgit rapidement : elle n'a pratiquement aucune base en danse.

Pas « une base fragile » — zéro. Incapable de toucher le sol en se penchant en avant, ses bras et jambes ne se coordonnent pas, sa motricité corporelle est au bas du classement parmi les nouvelles recrues de l'époque. Le verdict du professeur de danse est sans détour : « Elle n'est pas faite pour danser. »

La plupart des artistes dans cette situation auraient misé sur la ballade sentimentale, jouant sur leurs points forts. Jolin a fait l'inverse : elle a décidé de transformer son point le plus faible en sa marque de fabrique.

📝 Note de curateur
Les artistes de pop mondiale qui chantent et dansent — Beyoncé, Jennifer Lopez et leurs pairs — ont presque toujours reçu une formation chorégraphique dès l'enfance. Jolin a fait le chemin à rebours : d'abord chanteuse, puis apprentie danseuse en partant de zéro, jusqu'à porter son corps au niveau d'une gymnaste professionnelle. Cette trajectoire d'auto-construction « à l'envers » est extrêmement rare dans la pop internationale.

Chaque album, une épreuve physique

L'album Dancing Diva (2003) marque le tournant. Il s'écoule à plus de 300 000 exemplaires à Taïwan, et Jolin décroche pour la première fois le titre de femme la plus vendue de l'année. Mais le vrai changement ne tient pas aux chiffres — c'est l'établissement d'un modèle qui ne la quittera plus : pour chaque nouvel album, elle s'impose d'acquérir une compétence physique inédite.

Pole dance (2006, Ugly Beauty/Show). Magie (2007, J-Game). Ruban de gymnaste rythmique (2010, Myself, avec une figure professionnelle au cheval d'arçons sur scène). Anneaux aériens à dix mètres de hauteur (2018, tournée mondiale Ugly Beauty — sans doublure).

Sa propre formule résume tout : « Je ne suis pas un génie, je suis un talent d'effort. » Cette phrase est devenue le cœur de sa marque tout au long de sa carrière. En 2007, son concert au Petit Dôme de Taipei s'intitulait même directement Di才 (le talent par l'effort).

Dans un entretien accordé à Sony Music, Jolin a confié : « Avant, quand je n'atteignais pas cent sur cent, je me faisais de violents reproches — je me sentais quelqu'un qui ne méritait pas d'être mentionné. » Cette exigence frôlant l'obsession a propulsé son évolution, avant de devenir, des années plus tard, le nœud psychologique qu'elle a voulu défaire.

💡 Le saviez-vous ?
Le vrai nom de Jolin Tsai est Tsai Yi-ling (蔡宜凌). « Jolin » est son nom d'artiste. Elle a par la suite officiellement changé son nom en Tsai Yi-ling (蔡依翎), mais continue d'exercer sous le nom de scène Jolin Tsai.

L'arithmétique derrière quatre milliards de recettes

Les chiffres sont les témoins les plus honnêtes. Depuis 2007, Jolin Tsai a organisé six grandes tournées :

Tournée Années Villes Dates Spectateurs Recettes (NTD)
Myself 2010–2013 31 35 600 000 ~1,5 milliard
Play 2015–2017 23 34 ~1,5 milliard
Ugly Beauty 2019–2024 23 34 600 000 ~1,5 milliard
Pleasure 2025– En cours

Trois cycles de tournées, plus de 100 représentations au total, et des recettes cumulées dépassant 4 milliards de nouveaux dollars taïwanais. Dans la sphère musicale sinophone, ce chiffre la place aux côtés de Jay Chou et Mayday. Elle est, depuis les années 2000, la chanteuse taïwanaise aux recettes de scène les plus élevées — sans exception.

Mais derrière ces chiffres, le coût de production mérite attention. Le budget de production de l'album Ugly Beauty dépasse le milliard de nouveaux dollars taïwanais — une somme pratiquement inouïe dans l'industrie discographique sinophone. Jolin et son équipe conçoivent chaque spectacle comme un défi porté aux limites du corps humain : c'est à la fois son argument de vente et son avantage concurrentiel durable.

_Womxnly_ : une chanson qui a changé une conversation

En décembre 2018, Jolin Tsai sort son quatorzième album, Ugly Beauty, dont une chanson, Womxnly, s'inspire de l'affaire Yeh Yung-chih. Les paroles, co-écrites avec Ashin, le chanteur de Mayday, proclament : « Être humain n'est pas un crime — vous n'avez pas à vous excuser. »

C'est la première fois dans l'histoire de la pop sinophone qu'une artiste au statut de reine aborde frontalement les droits LGBTQ+ et le harcèlement scolaire.

Le 29 juin 2019, lors de la 30e cérémonie des Golden Melody Awards, Womxnly remporte le prix de la Chanson de l'année. Jolin Tsai, la voix étranglée par l'émotion, déclare depuis la scène : « Yeh Yung-chih m'a rappelé qu'en toutes circonstances, je pourrais être une minorité d'une façon ou d'une autre. C'est pourquoi je dois, avec empathie, aimer chacune des personnes qui m'entourent. Cette chanson lui est dédiée — et à toutes celles et ceux qui ont pensé n'avoir aucune chance, aucun choix. N'oubliez jamais de vous choisir vous-mêmes, de vous soutenir vous-mêmes. » (Source : Central News Agency, compte-rendu des Golden Melody Awards)

Cinq jours plus tôt, le 24 mai 2019, Taïwan était devenu le premier pays d'Asie à légaliser le mariage entre personnes du même sexe. Womxnly avait cessé d'être une simple chanson pour devenir le symbole d'une époque.

⚠️ Point de controverse
En 2023, lors de ses concerts en Chine continentale, Jolin Tsai s'est vue interdire d'interpréter Womxnly. Cette censure n'a fait que renforcer la portée symbolique du titre — les chansons interdites sont souvent celles qui touchent là où ça fait vraiment mal.

Du perfectionnisme à _Ugly Beauty_

Le concept central de cet album mérite d'être examiné au-delà des chansons elles-mêmes. Jolin Tsai raconte qu'elle a commencé à lire les travaux de Carl Jung ces années-là, découvrant qu'elle refoulait depuis longtemps sa part « imparfaite ». Dans un entretien chez Sony Music, elle confie : « Pour moi, affronter mon côté ugly, c'est apprivoiser mes émotions. Quand tu commences à y faire face, tu te libères vraiment. »

Il y a là un renversement fascinant : une artiste dont toute la carrière reposait sur la « quête incessante de la perfection » consacre un album entier à remettre en question la perfection elle-même. Du « je ne mérite pas d'être mentionnée si je n'atteins pas cent sur cent » au « ugly et beauty ne font qu'un » — ce chemin, elle l'a parcouru en près de vingt ans.

📝 Note de curateur
Si la première moitié de la carrière de Jolin Tsai peut se résumer à « prouver par le corps que le talent d'effort peut l'emporter », la seconde moitié consiste à « admettre par la musique que le perfectionnisme est lui-même une blessure ». Ces deux récits superposés forment son histoire complète.

Pâtisserie en fondant et les loisirs d'une reine d'Asie

En novembre 2016, Jolin Tsai s'envole pour le Royaume-Uni, portant une sculpture en pâte à sucre représentant Marilyn Monroe, pour participer au concours international de pâtisserie Cake International. Elle remporte la médaille d'or. Plus tôt dans l'année, elle avait décroché l'argent dans un autre concours international de pâte à sucre.

Une reine d'Asie qui va concourir en pâtisserie fondant en Angleterre — le geste dit plus que le trophée. Sa propre formule : « Je ne supporte pas d'abandonner quelque chose avant de l'avoir maîtrisé. » Cette phrase traverse vingt ans de danse, de gymnastique, de pole dance et de pâtisserie, immuable.

Quatre fois meilleure chanteuse

Le palmarès de Jolin Tsai aux Golden Melody Awards mérite sa propre rubrique. Elle a remporté quatre fois le titre de Meilleure chanteuse mandophone — un record absolu dans l'histoire des Golden Melody Awards. En comptant la Chanson de l'année et d'autres distinctions, elle est l'artiste de variétés ayant accumulé le plus de récompenses dans cette cérémonie.

Le magazine américain Billboard l'a qualifiée de « Queen of C-Pop » (reine de la pop sinophone), soulignant que dans les années 2000, Jolin Tsai et Jay Chou ont ensemble défini l'âge d'or de la musique pop taïwanaise.

« Yeh Yung-chih m'a rappelé qu'en toutes circonstances, je pourrais être une minorité d'une façon ou d'une autre. » — Jolin Tsai, Golden Melody Awards 2019

Le 30 décembre 2025, la sixième tournée mondiale de Jolin Tsai, Pleasure, a ouvert ses portes au Grand Dôme de Taipei avec trois concerts consécutifs pour fêter le passage à la nouvelle année. L'inspiration vient du peintre néerlandais Jérôme Bosch et de son triptyque Le Jardin des délices. À quarante-quatre ans, elle est encore sur scène, apprend encore de nouvelles choses, et répète encore cette vieille vérité incarnée dans son corps — « Je ne suis pas un génie, mais je peux travailler plus dur qu'un génie. »

Pourtant, au-delà des chiffres de recettes, ce qu'il faut peut-être retenir, c'est cette nuit de 2019. Quand Jolin Tsai a prononcé le nom de Yeh Yung-chih sur la scène des Golden Melody Awards, la mort d'un adolescent, une chanson de variétés et l'attitude d'une société tout entière face au genre se sont heurtés dans la même phrase. Ce n'était plus du divertissement — c'était la culture populaire poussée jusqu'à sa frontière la plus lointaine.

Références

À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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