Fu Kun-chi : du « roi de Hualien » du Houshan au « chef de groupe » parlementaire, la spirale du pouvoir

Du grand opérateur boursier des années 1990 surnommé « Xiao Fu de Kaiju » à son entrée au Parlement en 2001, puis à sa prise de contrôle de Hualien en 2009, Fu Kun-chi a bâti dans le Houshan une « dynastie Fu » longue de vingt ans, difficile à ébranler même pour le pouvoir central. De son incarcération tout en conservant son mandat dans une affaire de manipulation boursière, à son faux divorce pour nommer son épouse vice-magistrate, jusqu’à son retour au Yuan législatif en 2024 comme chef du groupe parlementaire du Kuomintang et sa conduite d’une délégation en Chine, il incarne l’une des formes les plus extrêmes de résilience du pouvoir et de controverse dans la vie politique taïwanaise.

Vue d’ensemble en 30 secondes :
Fu Kun-chi est une figure légendaire et hautement controversée de la politique taïwanaise, surnommée le « roi de Hualien ». Condamné dans une affaire de manipulation boursière, il a purgé une peine de prison tout en conservant son mandat, mais il a réussi à maintenir son influence politique depuis l’établissement pénitentiaire, puis à revenir rapidement au cœur du pouvoir parlementaire après sa libération. Sa carrière politique constitue une longue expérimentation autour de « l’encerclement du centre par le local » et de « l’affrontement entre justice et politique ». Le modèle par lequel son épouse Hsu Chen-wei et lui gouvernent Hualien à tour de rôle a, lui aussi, établi un précédent singulier dans l’histoire de l’autonomie locale à Taïwan.

En 1997, alors que Fu Kun-chi était encore « Xiao Fu de Kaiju », un acteur influent du marché boursier, peu de gens auraient sans doute imaginé que ce jeune Hakka originaire de Taichung bâtirait, à l’autre extrémité de la carte, dans le Houshan, c’est-à-dire l’est montagneux de Taïwan, une forteresse politique que même le gouvernement central aurait du mal à ébranler.

Les débuts d’une dynastie du Houshan et la naissance du « roi de Hualien »

La carrière politique de Fu Kun-chi commence en 2001, lorsqu’il est élu législateur. Grâce à l’importante puissance financière accumulée dans le monde des affaires et à des capacités d’organisation hors du commun, il s’enracine rapidement à Hualien. En 2009, il est élu magistrat du comté de Hualien avec un score élevé en tant que candidat sans étiquette, ouvrant une légende de neuf ans comme « magistrat cinq étoiles ». À Hualien, son niveau de soutien reste constamment élevé. Cette influence proche d’une forme de « domination » lui vaut, de la part des observateurs extérieurs, un surnom retentissant : le « roi de Hualien ». 1

📝 Note curatoriale : dans le contexte politique taïwanais, le caractère « roi » est à la fois une reconnaissance de puissance et une métaphore de la forte monopolisation du pouvoir par les factions locales.

Gymnastique du pouvoir aux marges du droit : faux divorce et prison avec mandat conservé

Ce qui frappe le plus chez Fu Kun-chi est sa maîtrise précise des interstices de la loi et des institutions. Après son élection comme magistrat en 2009, afin de contourner la règle interdisant à un proche parent d’occuper le poste d’adjoint, il va jusqu’à organiser un « faux divorce » avec son épouse Hsu Chen-wei, puis la nomme aussitôt vice-magistrate. 2 Le tribunal de district de Hualien estime qu’il s’agit d’un faux divorce destiné à contourner la réglementation et le condamne pour faux en écriture à six mois de prison, tandis que Hsu Chen-wei est condamnée à quatre mois, les deux peines étant convertibles en amende. Cet épisode ouvre également le prélude du « gouvernement à tour de rôle » du couple Fu. 2

Plus théâtral encore : en 2020, Fu Kun-chi, déjà revenu au Parlement, voit sa condamnation confirmée dans l’affaire de manipulation des actions Kaiju et d’autres titres. Il est condamné à deux ans et dix mois de prison et doit être incarcéré. 3 Cette affaire trouve son origine dans des pratiques de manipulation boursière des années 1990 et se distingue de l’affaire Heji, autre dossier de 2018. À l’époque, il crée un cas rare de « prison avec mandat conservé » : depuis la prison, il conserve son statut et son traitement de législateur. Ce spectacle consistant à « purger sa peine tout en exerçant son mandat » devient un condensé absurde du choc entre les systèmes judiciaire et politique taïwanais. 4

Chef de groupe parlementaire : du seigneur local à l’opérateur du pouvoir central

En 2024, Fu Kun-chi revient au Yuan législatif et est élu chef du groupe parlementaire du Kuomintang. Cela marque le fait que son influence ne se limite plus au Houshan : elle pénètre officiellement le cœur du pouvoir national. Réputé pour son style de direction dur, il affiche une forte logique d’affrontement sur des dossiers majeurs tels que la réforme parlementaire et l’examen budgétaire, au point que certains médias le qualifient même de « tyran du Parlement ». 5

Ses relations avec la Chine continentale constituent également un point focal. En avril 2024, après le violent séisme de Hualien, il conduit plusieurs législateurs du Kuomintang à Pékin, où ils rencontrent des responsables du Bureau des affaires taïwanaises. 6 Cette initiative politique traversant le détroit à un moment sensible relance un vif débat sur la « participation des forces locales à la diplomatie ».

Résilience dans la controverse : sources et coût du pouvoir

La base du pouvoir de Fu Kun-chi tient à sa capacité à répondre avec précision aux besoins de terrain à Hualien. À travers de vastes chantiers d’infrastructures et un réseau dense de services locaux, il parvient à transformer les ressources gouvernementales en capital politique personnel. 7 Toutefois, ses critiques estiment que ce modèle de gouvernance fortement concentré autour de la famille Fu s’accompagne aussi de controverses liées à la gestion des relations avec les médias. La série « Fu Kun-chi aux deux visages » de The Reporter décrit ainsi sa méthode médiatique à double face, « une carotte dans une main, un bâton dans l’autre », considérée comme ayant créé à Hualien une forme de « parole unique » défavorable aux voix dissidentes. 8

Le surnom de « roi de Hualien » exprime à la fois la dépendance d’une partie des habitants de Hualien envers lui et l’inquiétude extérieure face à la transformation qualitative de la démocratie locale taïwanaise. L’histoire de Fu Kun-chi n’est pas seulement celle de l’ascension d’un homme politique ; elle est aussi un miroir complexe des politiques locales, de la justice judiciaire et du système partisan à Taïwan.

Références

  1. 雙面傅崐萁──透視花蓮王現象 - The Reporter
  2. 任妻當副手 傅崐萁假離婚判刑6月 — TVBS News : le tribunal de district de Hualien a condamné Fu Kun-chi à 6 mois de prison et Hsu Chen-wei à 4 mois pour faux en écriture, jugement pénal n° 358, année 99, tribunal de district de Hualien
  3. 傅崐萁炒作凱聚案 判刑2年10月定讞須入獄 — Central News Agency : la Cour suprême a rejeté le pourvoi le 14 mai 2020, rendant la condamnation définitive
  4. 傅崐萁炒股案定讞:為什麼當縣長被解職,當立委卻能帶職入監? — Mingrentang : reportage de United Daily News
  5. 從花蓮王到國會暴君,解析傅崐萁的權力迷思與國民黨的縱容危機! — New Congress, auteur Qin Jing ; l’expression commentative « tyran du Parlement » provient du titre de cet article
  6. 地震爭議下訪中 傅崐萁:災後重建振興是重要課題 — Central News Agency : en avril 2024, alors que les répliques se poursuivaient à Hualien, il a conduit une délégation à Pékin ; Pan Xianzhang, directeur adjoint du Bureau des affaires taïwanaises, l’a accueilli à l’aéroport et accompagné tout au long du déplacement
  7. 【傅崐萁再陷風暴】家族縱橫花蓮逾 30 年 傅崐萁爭議一次看 - Yahoo News, Mirror Weekly
  8. 五星縣長 VS 花蓮王,那個才是傅崐萁? — The Reporter, volet sur l’image de la série « Fu Kun-chi aux deux visages »
À propos de cet article Cet article a été créé par collaboration communautaire avec l'assistance de l'IA.
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