Aperçu en 30 secondes : Cicada est un groupe indépendant entièrement instrumental fondé à Taipei en 2009, dirigé par la pianiste Chiang Chih-chieh (Jesy Chiang, titulaire d’un master en histoire de l’art de l’Université nationale des arts de Taipei). Sa formation à quatre comprend piano, violon, violoncelle et guitare acoustique. Depuis la sortie de son premier album Pieces chez White Wabbit Records en 2011, toutes ses œuvres publiées en seize ans sont sans voix. Les thèmes vont de l’érosion de la côte ouest (Coastland, 2013), à la côte est et au Pacifique (Light Shining Through the Sea, 2015), à l’écologie marine (White Forest, 2017), aux forêts de montagne (Hiking in the Mist, 2019), puis aux sources des rivières (Seeking the Sources of Streams, 2022, une expédition de 15 jours et 120 kilomètres dans la chaîne Centrale). En 2024, la compilation du 15e anniversaire Coastland Revisited réinterprète les thèmes côtiers ; en 2025, Gazing the Shades of White sort pour la première fois de Taïwan, suit les glaciers à travers les hémisphères Nord et Sud, puis revient à Xueshan pour chercher les traces d’anciens glaciers. Le groupe a composé la musique du film japonais A Man, a reçu le prix d’excellence pour la musique aux Japan Academy Film Prize, a effectué une tournée complète au Japon en 2024 et a partagé la scène avec le compositeur islandais Ólafur Arnalds. Sa méthode centrale : laisser la nature parler elle-même.

Le lac Cuichi, sous le sommet principal de Xueshan, est le plus haut lac alpin de Taïwan, entouré de genévriers de Yushan. Dans _Gazing the Shades of White en 2025, Cicada suit les glaciers sur plus de la moitié du globe, avant de revenir ici, sur l’un des rares vestiges glaciaires de Taïwan. Photo : Blackjack633 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (lien source en fin d’article)._
Pendant une formation de plongée à Lanyu, Chiang Chih-chieh a appris une phrase :
✦ « La seule chose que vous pouvez contrôler, c’est votre respiration. »1
Cette phrase n’a été inscrite dans aucun album de Cicada (leurs morceaux n’ont pas de paroles), mais elle est la meilleure clé pour comprendre quinze ans de création du groupe. Lorsqu’on s’enfonce sous l’eau avec un masque de plongée, tous les contrôles de surface cessent de fonctionner : impossible d’aller vite, impossible d’aller lentement, impossible de s’expliquer. On ne peut qu’être honnête avec soi-même et continuer à respirer.
Cette révélation est ensuite devenue la base philosophique de tout le travail musical de Cicada. Le groupe transforme les instruments en interprètes de la nature, sans ajouter de voix off.
📝 Note curatoriale
Dans la musique sinophone, la « nature » est généralement traitée de deux façons : lyrique (faire des vagues une métaphore du manque) ou militante (appeler à protéger l’environnement). Cicada suit une troisième voie : le documentaire sonore. La nature devient l’objet à interroger, et non un arrière-plan sur lequel projeter des émotions.
L’information sur le typhon Morakot en 2009
La première graine de l’histoire remonte à août 2009.
Du 7 au 9 août, le typhon modéré Morakot touche Taïwan et provoque la pire catastrophe cyclonique du pays depuis la Seconde Guerre mondiale. Le village de Xiaolin est enseveli, de nombreux glissements de terrain frappent les montagnes de Kaohsiung, plusieurs rivières changent de cours. Les images télévisées montrent des villages entiers emportés.
Chiang Chih-chieh voit ces informations et commence à composer.2
Ce moment est crucial. Cicada est fondé en 2009, presque en même temps que Morakot. Un groupe porte, dès sa première note, le gène de l’« enregistrement du désastre » : cela détermine pourquoi, pendant les quinze années suivantes, toutes ses œuvres ne relèveront pas d’une « nature lyrique », mais d’une « nature dont on témoigne ».
La pianiste titulaire d’un master en histoire de l’art
Le parcours de Chiang Chih-chieh diffère de celui de la plupart des musiciennes et musiciens.
Elle est titulaire d’un master en histoire de l’art de l’Université nationale des arts de Taipei, spécialité critique d’art, et ne vient pas d’un conservatoire de piano traditionnel.3 Cette formation détermine une méthode de création totalement différente de celle des musiciens classiques : elle traite la composition comme une construction narrative, et non comme une forme abstraite. Elle achève d’abord des esquisses pour piano solo, puis utilise des images abstraites, par exemple « un oiseau qui passe en volant », pour que les autres membres les traduisent en techniques instrumentales concrètes.3
Dans un entretien, elle dit que sa création est intuitive :
« Je suis très intuitive : quand je m’assois devant le piano et que le rythme rejoint l’image que j’ai en moi, le motif apparaît naturellement. »1
Décrivant le rythme de l’eau dans le morceau principal de Seeking the Sources of Streams (2022), elle explique :
« Quand vous rencontrez une pierre, la sensation est “waouh ?” ; puis vous passez à côté en coulant. »1
Cette manière de décrire est très marquée par l’histoire de l’art : traiter le son comme une image visuelle, et le rythme comme un verbe narratif. Son autre métier est éditrice. Elle mène les deux activités en parallèle depuis quinze ans : éditer des livres le jour, composer la nuit. Ce quotidien double annonce le rythme de production de Cicada : lent, stable, avec un thème pour chaque album.
La formation actuelle de Cicada compte quatre personnes : Chiang Chih-chieh (Jesy Chiang, piano, composition, direction), Hsu Kang-kai (violon), Yang Ting-chen (surnommée Peach, violoncelle ; musicienne professionnelle issue d’un cursus musical dès l’école primaire puis diplômée d’une université de musique) et Hsün Yu-Yang (surnommé Xiao Tsai, guitare acoustique).4
En quinze ans, aucun morceau n’a inclus de voix.
Des poteaux électriques qui sortent de l’eau sur la côte ouest
En 2011, White Wabbit Records publie le premier album long de Cicada, Pieces, enregistré au Lirifeng Studio sur un piano ancien, en prise multipiste simultanée.5 Le style de l’album n’est pas encore pleinement formé : la version originale porte une « saveur indie rock », et la critique le classe parfois dans le post-rock ; ce n’est qu’avec la réédition de 2020 qu’il devient une version purement néoclassique.5 Ce détail importe : Cicada a mis presque dix ans à polir son propre son.
Coastland (2013) marque le tournant.
Passant des relations personnelles aux questions territoriales, Chiang Chih-chieh choisit un sujet rarement visible dans les médias taïwanais : la dégradation de la côte ouest. Affaissement des sols, salinisation liée à l’aquaculture, montée du niveau de la mer : ces problèmes s’accumulent depuis des décennies, et les médias les mentionnent de temps à autre avant de les oublier. Cette année-là, le groupe parcourt lui-même quatre lieux précis : Fangyuan à Changhua, la zone humide de Chenglong à Kouhu dans Yunlin, Mailiao et Budai à Chiayi, descendant vers le sud le long de la limite entre terre et mer.6 En repensant à ce terrain, Chiang Chih-chieh en garde une impression très précise :
« La côte ouest a une tonalité grise ; des poteaux électriques sortent de l’eau, et il est difficile d’éprouver une joie pure. »6
« Des poteaux électriques sortent de l’eau » : l’objet est concret et visuel. Après l’affaissement des sols et la montée de la mer, les poteaux autrefois sur la terre semblent désormais plantés dans l’océan. La disparition du territoire sur la côte ouest de Taïwan, l’affaissement des zones aquacoles, la salinisation des terres agricoles : tous ces processus sont assez concrets pour être photographiés, loin d’un enjeu environnemental abstrait.
Cicada enregistre ce site avec des instruments. Pas de paroles disant « notre terre disparaît », pas de slogan appelant à « protéger la côte » : seulement un piano, un violon, un violoncelle et une guitare acoustique qui simulent le vent marin, les marées, le sel et le paysage sonore des ruines.
« Into the Ocean », sur la chaîne officielle de Cicada, extrait de _Coastland (2013), est aussi l’œuvre la plus vue du groupe. Les cordes y écrivent le processus par lequel la terre dégradée de la côte ouest finit par se déverser dans la mer._
De la côte ouest à la côte est
Coastland parcourt la côte ouest. Deux ans plus tard, en 2015, Cicada fait passer sa caméra de l’autre côté de la chaîne Centrale, vers l’autre versant de l’île : Light Shining Through the Sea porte sur la côte est de Taïwan et sur le Pacifique qui l’entoure.7
Si le mot-clé de la côte ouest est « dégradation » (affaissement des sols, poteaux électriques sortant de l’eau), celui de la côte est est « ouverture ». Chiang Chih-chieh utilise la musique pour simuler diverses formes de la mer : courants insaisissables, longues houles qui se dressent haut, vagues fragmentées près des récifs, écume qui caresse la plage dans un va-et-vient. Il s’agit toujours de la mer, mais à l’ouest elle disparaît dans des tons gris ; à l’est, la lumière descend à travers sa surface.
Cet album contient aussi une ligne facile à manquer : il marque le début du lien entre Cicada et le label japonais flau, qui choisit l’un des morceaux pour sa compilation Ocean. Dès 2015, un groupe instrumental taïwanais se fait ainsi une place dans les milieux japonais de la musique environnementale. Dix ans plus tard, Gazing the Shades of White fera réapparaître cette ligne.7
« Over Coastal Range », sur la chaîne officielle de Cicada, extrait de _Light Shining Through the Sea (2015), est l’un des singles les plus écoutés du groupe. La caméra franchit la chaîne côtière depuis l’ouest et arrive sur le Pacifique oriental._
La formation de plongée à Lanyu
Entre Coastland et White Forest en 2017, la caméra du groupe passe de la terre au fond de la mer.8 Le déclencheur de ce tournant est une formation : Chiang Chih-chieh rejoint un programme de bénévoles de la Société de conservation de la nature sauvage, apprend à plonger pour la première fois, entre dans la mer à Lanyu pour la première fois et pénètre directement un écosystème de récifs coralliens. Chacun des animaux-thèmes de _White Forest_ (dauphin blanc, dauphin, corail, tortue marine, chat urbain, oiseau de haute montagne) correspond à une scène qu’elle a vue lors d’une sortie en mer.
« La seule chose que vous pouvez contrôler, c’est votre respiration » : voilà la révélation qu’elle apprend pendant cette formation.1 Cette compréhension devient ensuite la base structurelle de toute la musique de Cicada : vous ne pouvez pas contrôler la nature ; vous ne pouvez que lui répondre avec vos instruments.
Des morceaux comme « Fly » utilisent les instruments pour simuler le rythme de la nage des dauphins, l’allongement des longues notes des baleines à bosse, les jeux d’ombre et de lumière des récifs coralliens.9 À l’époque, le conflit entre le développement de l’éolien en mer et l’habitat du dauphin blanc est au centre des débats environnementaux à Taïwan. Cicada ne participe à aucune campagne : le groupe se contente de conserver le son de cette histoire.
L’averse au lac Jiaming
En juin 2018, le groupe marche jusqu’au lac Jiaming.10 Pendant cette randonnée, il rencontre une pluie torrentielle. Cette pluie devient ensuite « A Sudden Rain », l’un des morceaux importants de Hiking in the Mist (2019).
Ce processus révèle la méthode de terrain de Cicada : l’ancrage d’une œuvre est un instant concret, et non un concept comme « la montagne » ou « la forêt ». Après cette randonnée au lac Jiaming en 2018, les membres continuent vers le sommet sud du mont Qilai et le sommet nord du mont Hehuan ; chaque marche devient le matériau d’un morceau.10
Chiang Chih-chieh décrit elle-même ce tournant avec la plus grande justesse. Elle dit franchement que sa création ressemble au tournage d’un documentaire : trouver le sujet qu’elle veut enregistrer, s’y immerger, attendre que les événements adviennent, collecter toutes les étincelles du processus. Le travail des autres membres consiste, autour du noyau de la création, à découvrir ce qui n’a pas encore été trouvé mais doit nécessairement exister.11
Ce contraste avec l’esthétique précédente de Cicada est net. Le premier Pieces (2011) relevait d’une « impression de montagne » : les membres regardaient la montagne à travers leurs propres filtres émotionnels. Avec Hiking in the Mist, ils reculent d’un pas et laissent la montagne parler. En surface, la forme d’expression change ; en profondeur, c’est la relation entre créateur et sujet qui bascule : du sujet lyrique au témoin.
_Hiking in the Mist_ est nommé aux 31e Golden Melody Awards dans la catégorie du meilleur producteur d’album instrumental.11 C’est la première reconnaissance institutionnelle officielle, au sein des Golden Melody Awards, d’un groupe entièrement instrumental, sans voix, hors des circuits idol.
« Sunlit Grassland », sur la chaîne officielle de Cicada, extrait de _Hiking in the Mist (2019), album nommé aux Golden Melody Awards. La guitare acoustique et les cordes se posent sur les pelouses alpines autour du lac Jiaming._
« Je veux la sensation d’un oiseau qui passe en volant »
Les partitions de Cicada contiennent souvent peu d’indications d’interprétation ordinaires. L’interprétation que Chiang Chih-chieh donne d’un passage peut tenir en une phrase très abstraite : « Je veux la sensation d’un oiseau qui passe en volant. » Les membres reçoivent la partition et doivent traduire eux-mêmes cette sensation en quelque chose de réellement audible sur l’archet et les cordes, ajouter des nuances, changer de technique, transformer « un oiseau » en son.11 Le guitariste Hsün Yu-Yang (Xiao Tsai) a expliqué comment il traduit une image : « Chih-chieh voulait que je devienne un petit insecte, volant çà et là dans son petit monde indépendant. J’ai alors commencé à imaginer que si j’étais une petite coccinelle, il y aurait le son des ailes, des marches et des arrêts ; j’ai essayé de regarder le monde à une échelle plus microscopique et de tisser avec la guitare un son adorable. »12
Tout le monde n’adhère pas spontanément à cette méthode. Le violoniste Hsu Kang-kai est le rationnel du groupe ; il ne supporte pas qu’il faille toujours raconter une histoire d’abord : « Je déteste qu’on parle tout le temps de fu [feeling]. Assemblez d’abord les choses, puis venez me parler de fu. À chaque fois, elle [Chiang Chih-chieh] doit absolument commencer par raconter une histoire ; si l’on part de l’histoire, c’est trop lent, trop abstrait. »13 L’une compose par images, l’autre veut assembler les sons avant de parler de sensation. Cette tension n’a pas été lissée ; elle explique au contraire pourquoi le son de Cicada est à la fois délicat et solide.
Après plus de dix ans de pratique, les quatre instruments ont développé chacun leur capacité à simuler la nature : la guitare de Cicada produit le vent, le violon le battement d’ailes d’une nuée d’oiseaux, le violoncelle l’écoulement d’un ruisseau à travers la terre.11 Ici, les instruments sont les cordes vocales de la nature.
Pour que ces sons semblent vraiment provenir d’un même site, la méthode d’enregistrement doit elle aussi changer. Cicada pourrait choisir l’enregistrement séparé, plus efficace et industriel ; le groupe insiste pourtant sur la prise simultanée, afin de « garantir que chaque musicien puisse entendre les autres dans l’instant, c’est-à-dire garantir que les profondeurs graves de la haute mer et les aigus de l’écume appartiennent au même moment ».13 Et dans un groupe sans batterie ni section rythmique, comment tenir le tempo ? La réponse consiste à rendre le rôle du métronome aux humains : les membres se guident par le regard et par des signes de tête. La condition préalable est de s’être exercé au métronome avec précision, pour pouvoir ranger la machine au moment de jouer.14
La meilleure illustration de cette méthode est une montagne. Lors de la randonnée de 2018 au lac Jiaming, trois membres rapportent trois matériaux totalement différents : Hsu Kang-kai se souvient de l’averse de l’après-midi sur le chemin du refuge, Yang Ting-chen est surtout marquée par les souris qui bondissaient dans le refuge pendant la nuit, et un autre membre retient le brouillard qui remplissait la piste forestière de moyenne altitude.15 Une même montagne, plusieurs paires d’oreilles différentes, et à la fin un album. Voilà comment Cicada raconte des histoires sans écrire une seule parole : chaque chose saisie sur le terrain est confiée à l’instrument de chacun pour être traduite.
Tanxiwan, Cuicui Valley, les sources de la Danda, Fairyland
Seeking the Sources of Streams (2022) est la manifestation la plus poussée de la méthode de terrain de Cicada.
Chiang Chih-chieh emmène les membres dans une expédition pédestre de 15 jours et 120 kilomètres, traversant quatre vallées de la chaîne Centrale : Tanxiwan → Cuicui Valley → sources de la Danda → Fairyland.12 L’objectif de cette expédition est particulier : leur destination n’est pas un sommet, mais la source d’une rivière.
Ce choix constitue en lui-même une avancée majeure dans l’esthétique de Cicada. De la côte (2013), à l’océan (2017), à la forêt de montagne (2019), puis aux sources (2022), les lieux enregistrés par le groupe deviennent de plus en plus profonds, de plus en plus cachés. Chiang Chih-chieh revient de l’expédition avec une révélation :
« La source d’un ruisseau n’est pas un lieu unique ; c’est l’ensemble des mares de la vallée et des eaux souterraines. »12
Cette compréhension se reflète précisément dans la structure musicale. Le morceau-titre de _Seeking the Sources of Streams_ dure onze minutes : il contient les variations de durée de l’eau contournant les pierres, la texture des oiseaux de la forêt, les timbres du vent entre les arbres. Il écrit le son de tout un bassin-versant, et non d’un seul point. L’album compte neuf morceaux, de une à onze minutes, présentant différentes scènes de l’expédition.12
Le groupe finance cet album par financement participatif sur FlyingV et le publie le 27 décembre 2022. Il sort en même temps un film musical tourné sur place, en montagne.16
📝 Note curatoriale
« 15 jours, 120 kilomètres, quatre vallées » : ces chiffres forment à eux seuls l’IRM de la méthode Cicada. Il s’agit d’un documentaire géographique complet, et non d’une promenade au hasard.
« Remains of Ancient Trees », sur la chaîne officielle de Cicada, extrait de _Seeking the Sources of Streams (2022), est l’un des morceaux les plus entendus du groupe ces dernières années. La pulsation de la guitare acoustique porte les traces des grands cyprès qui se dressaient autrefois dans la forêt._
_A Man_ de Kei Ishikawa
En 2022, Cicada accepte de composer la musique du film A Man (Aru otoko) du réalisateur japonais Kei Ishikawa. C’est la première invitation internationale du groupe. Le déclencheur est simple : les membres avaient vu le précédent film d’Ishikawa, Listen to the Universe, et l’avaient beaucoup aimé ; Ishikawa, lui, cherchait un son asiatique. Son indication à Cicada tient en une phrase : ce qu’il voulait le plus, c’était le son le plus Cicada possible.17
Le film raconte l’histoire d’un homme qui vit dans la vie d’un autre. La solution de Chiang Chih-chieh se cache dans les intervalles : elle décale volontairement deux notes d’une septième pour exprimer cet état où l’on est manifestement quelqu’un d’autre, tout en conservant encore quelque chose de soi.17 L’année suivante, cette manière de ne pas modifier son identité pour le cinéma reçoit une reconnaissance : lors de la 46e cérémonie des Japan Academy Film Prize, A Man remporte huit prix majeurs, dont celui du meilleur film, et Cicada obtient le prix d’excellence pour la musique.18
En réalité, la musique de film n’est pas entièrement nouvelle pour Cicada. Dès 2017, le groupe écrit la bande originale de The Last Painting, long métrage de Chen Hung-i ; Chiang Chih-chieh compose seize morceaux d’un seul élan, rejoint le projet avant la finalisation du scénario, et certains membres apparaissent même à l’écran.19 La différence avec A Man est qu’il s’agit de la première entrée transnationale de Cicada dans l’industrie cinématographique dominante. L’usage qu’en fait Kei Ishikawa est également particulier : il demande à Cicada de modifier très peu de choses pour le film et insère directement toute l’esthétique du groupe dans l’œuvre. Pour lui, cette manière de transformer la nature en son est précisément ce qu’il cherche.
En juin 2024, Cicada effectue une tournée japonaise : le Hayakawa Warehouse à Kumamoto (1er-2 juin), la salle publique Musashino à Tokyo (7 juin), Sanda dans la préfecture de Hyogo (8 juin), puis le planétarium de Tondabayashi à Osaka (9 juin).20 Cette tournée japonaise suit le succès de A Man aux Japan Academy Film Prize ; c’est aussi la troisième venue du groupe au Japon, preuve de sa position solide dans les milieux post-classiques japonais.
Qu’est-ce que l’« entre » ?
Le 19 juillet 2024, Cicada publie Coastland Revisited, une compilation choisie pour les 15 ans du groupe.21
Ce n’est pas un album entièrement nouveau. Il s’agit d’une réinterprétation de morceaux tirés d’albums existants comme Coastland (2013, côte ouest), Light Shining Through the Sea et White Forest (2017, océan). Pourquoi choisir ce geste pour les quinze ans ? La réponse vient des mots de Chiang Chih-chieh :
« Après m’être intéressée aux sources, j’ai commencé à m’intéresser à l’“entre” : entre montagne et montagne, entre montagne et eau, entre forêt et terre. »21
Cet « entre » est la phase finale de quinze ans de méthode Cicada. Le groupe a déjà enregistré des lieux concrets (côte, océan, montagne, sources) ; il veut désormais enregistrer l’intervalle entre les lieux : ces endroits qui n’ont pas de nom, c’est-à-dire le processus qui relie un lieu à un autre.
Réinterpréter des morceaux côtiers écrits onze ans plus tôt est la mise en pratique concrète de cette notion d’« entre » : qu’y a-t-il entre le groupe qui commence son travail de terrain en 2013 et celui qui, en 2024, porte quinze ans de méthode ? Cet album est la réponse.
_Gazing the Shades of White_ : la première sortie de Taïwan
Pendant quinze ans, les lieux enregistrés par Cicada étaient tous à Taïwan. En octobre 2025, cela change pour la première fois.
Gazing the Shades of White est le premier album du groupe à pousser le terrain hors des frontières, publié par le label japonais flau, le même avec lequel Light Shining Through the Sea avait noué un lien dix ans plus tôt.22 À l’automne 2024, Chiang Chih-chieh se rend elle-même en Islande et au Groenland pour visiter des sites de fonte glaciaire.23 Elle le dit directement : « Au cours des dix dernières années, nous avons continué à créer pour les montagnes et les mers de Taïwan. Cette fois, nous voulions élargir notre regard vers l’extérieur et nous relier à d’autres pays insulaires qui semblent lointains. »23
Le voyage suit les glaciers : le fjord d’Ilulissat au Groenland, où d’immenses masses de glace flottent sur la mer ; les hautes terres d’Islande, où les glaciers rencontrent les traces de lave volcanique et où des fragments de glace se dissolvent silencieusement dans le temps. Mais Chiang Chih-chieh ne veut pas seulement enregistrer le sublime. Elle explique que le véritable « motif qui m’a poussée à venir est que tous ces lieux connaissent des transformations radicales » ; elle veut utiliser la musique pour « renforcer l’intention de protéger ».23
Comment intégrer le changement climatique dans un morceau sans paroles ? Dans le titre « Gazing the Shades of White », Chiang Chih-chieh utilise une note, le « si », pour désigner la glace flottante, puis les arpèges du violon pour suivre la vitesse du changement climatique, du lent vers le pressant, jusqu’au point critique au-delà duquel il n’y a pas de retour.23 On n’entend aucune phrase disant « les glaciers fondent », mais l’accélération et l’irréversibilité sont écrites dans les cordes.
Puis la caméra revient à Taïwan.
À la fin de l’album, Chiang Chih-chieh ramène ce voyage glaciaire transhémisphérique à Xueshan. Les pierriers du cirque de Xueshan et les genévriers de Yushan près du lac Cuichi comptent parmi les rares vestiges glaciaires reconnus dans les hautes montagnes de Taïwan, issus de la dernière période glaciaire, il y a un peu plus de vingt mille ans.24 Le morceau « Junipers by the Glacier Lake » porte précisément sur ce lieu. Le sujet qui semble le moins « taïwanais » possible, les glaciers de l’Arctique, de l’Antarctique et de Nouvelle-Zélande, finit donc par atterrir dans les montagnes de Taïwan.
Aller si loin, pour revenir malgré tout à Taïwan. Depuis seize ans, Cicada n’écrit jamais « Taïwan » comme thème abstrait ; le groupe prend pour fondation les lieux qu’il a traversés corporellement. Lorsque cette fondation s’étend jusqu’à la glace en train de disparaître à l’échelle de la planète, le retour permet de voir clairement ce vestige glaciaire au sommet de Xueshan, dont la plupart des Taïwanais n’ont jamais entendu parler.
Clip officiel du morceau-titre « Gazing the Shades of White », sur la chaîne officielle de Cicada, 2025. Les images montrent les glaciers et les lignes de neige du Groenland, de l’Islande, de la Nouvelle-Zélande et de Xueshan à Taïwan.
La philosophie de témoignage de Cicada
Pour comprendre ce qui rend Cicada unique, il faut partir de la base philosophique de toute sa méthode.
La plupart des œuvres musicales traitant de la « nature » ou de l’« environnement » emploient deux modes : le lyrisme (faire des vagues une image du manque) ou le plaidoyer (utiliser les paroles pour appeler à protéger l’environnement). Cicada emprunte une troisième voie : l’enregistrement sonore. Les membres décrivent leur rôle dans le contexte naturel comme celui d’éléments : vent, baleine, arbre, eau courante.1 Le travail des instruments est de servir de cordes vocales à la nature.
Cette philosophie a des correspondances musicales concrètes : les variations de durée répondent au rythme de l’eau contournant les pierres et aux arcs de vol des oiseaux ; la densité des textures correspond aux différents écosystèmes, clairsemés dans les profondeurs marines, denses dans la forêt, rythmés dans les rivières. L’organisation de l’enregistrement de chaque album répond à ces règles.
Ces lieux sont encore là
Seize ans, une dizaine d’albums : Cicada a laissé dans la musique indépendante sinophone une pratique rare. Un groupe entièrement instrumental, sans voix, refusant les circuits idol, utilise les lieux qu’il a lui-même parcourus comme fondation de sa création musicale. Des poteaux électriques qui sortent de l’eau sur la côte ouest, à la respiration sous les récifs coralliens de Lanyu, à l’averse du lac Jiaming, aux forêts de cyprès des sources de la Danda, puis aux anciens vestiges glaciaires au sommet de Xueshan, le groupe transforme par les instruments une géographie concrète en archive sonore que l’on peut écouter encore et encore.
Cette archive vivra plus longtemps que les chansons écologistes militantes. Car elle ne dépend pas des enjeux d’une époque, ni de l’émotion collective, mais d’un fait simple : ces lieux sont encore là, attendant qu’on les traverse à nouveau et qu’on les enregistre à nouveau.
Mais avec Gazing the Shades of White, ce fait se fissure. Les côtes de Taïwan continuent de s’effondrer, les coraux continuent de blanchir, les forêts de montagne continuent de reculer ; les glaciers du Groenland et de l’Islande, eux, disparaissent des cartes à une vitesse plus grande encore. Certains lieux n’attendront peut-être pas d’être traversés une prochaine fois. Lorsque Cicada les enregistre, ce qu’il enregistre est déjà un présent en train de disparaître.
Le nom « Cicada » était depuis le début une déclaration de travail : ne nous cherchez pas avec les yeux, mais avec les oreilles.
Chronologie des œuvres : seize ans d’archives sonores
De 2011 à 2025, les albums officiels et musiques de film de Cicada. Entre parenthèses figurent les morceaux représentatifs de la chaîne officielle, directement écoutables.
- 2011 Pieces (White Wabbit Records, réédition néoclassique en 2020) — 散落的時光 Pieces, 與你告別 Farewell, 湖面的盡頭 Lake's End
- 2013 Coastland (dégradation de la côte ouest) — 匯流向海 into the Ocean, 當叢花毅然綻放 Blooms in Dark, 當羣鳥掠過天邊 Flapping Wings
- 2015 Light Shining Through the Sea (côte est et Pacifique) — 越過海岸山脈 Over Coastal Range, 浪沫撫過礫石灘 Ocean Foam, 當海潮湧向礁岩 Rolling Waves
- 2017 The Last Painting (musique d’un film taïwanais) — 自畫像 Main Theme, 黑色的眼睛 The Black Eyes
- 2017 White Forest (écologie marine) — 飛往山的另一頭 Fly, 鯨 Whale Family, 等待再一次躍出水面 Dolphins Leap
Après 2019, les lieux passent des forêts de montagne aux sources, puis jusqu’aux glaciers des hémisphères Nord et Sud :
- 2019 Hiking in the Mist (nommé aux 31e Golden Melody Awards) — 走入有霧的森林 Hiking in the Mist, 降落在金黃色草坡 Sunlit Grassland
- 2022 Seeking the Sources of Streams (expédition de 15 jours et 120 kilomètres dans la chaîne Centrale) — 棲居在溪源之上 同名曲, 巨木曾在的痕跡 Remains of Ancient Trees
- 2022 A Man / Aru otoko (réalisation de Kei Ishikawa, musique de film japonaise)
- 2024 Coastland Revisited (compilation choisie pour les 15 ans) — 回返 15 週年自選集試聽, 十五週年音樂會 雲門劇場 Live
- 2025 Gazing the Shades of White (glaciers des hémisphères Nord et Sud, publication par flau) — 凝視白色的邊界 Gazing the Shades of White, 靜靜引路 Embraced by Aoraki, 想像一塊冰的遷徙 Journey of Drifting Ice
Les albums complets, clips et captations de concerts sont disponibles sur la chaîne YouTube officielle de Cicada.25
Pour aller plus loin :
- Waa Wei — même écosystème de musique indépendante des années 2010, mais par la voix plutôt que par l’instrumental
- No Party for Cao Dong — contrepoint d’un groupe de la même période, plus extraverti et colérique
- Constant & Change — même spectre post-rock, mais par la narration vocale
- Crowd Lu — une autre trajectoire de la musique indépendante
- Musique populaire et Golden Melody Awards — contexte institutionnel de la nomination de Cicada dans la catégorie du meilleur album instrumental
- Musique indépendante taïwanaise — spectre de la musique indépendante après les années 2010
- Écosystèmes forestiers de Taïwan — paysages de Hiking in the Mist et Seeking the Sources of Streams
- Écologie marine de Taïwan — arrière-plan écologique de l’album marin de 2017
- Montagnes et culture de l’alpinisme à Taïwan — contexte de la philosophie montagnarde de Chiang Chih-chieh
Sources des images
Cet article utilise une image sous licence CC BY-SA 4.0, mise en cache dans public/article-images/people/ afin d’éviter le hotlinking vers le serveur source :
- 翠池 汪大智 05 — Photo : Blackjack633, CC BY-SA 4.0 (image principale, lac Cuichi à Xueshan)
Les vidéos intégrées dans l’article sont des clips officiels mis en ligne sur la chaîne YouTube officielle de Cicada @Cicadatw, présentés par iframe ; les droits appartiennent au groupe et aux labels, conformément aux conditions d’utilisation standard de l’intégration YouTube.
Références
- Méthode de création de Chiang Chih-chieh et révélation en plongée - IN IN TO MUSIC — Chiang Chih-chieh décrit sa méthode : « Je suis très intuitive : quand je m’assois devant le piano et que le rythme rejoint l’image que j’ai en moi » ; elle décrit le rythme de l’eau dans Seeking the Sources : « Quand vous rencontrez une pierre, la sensation est “waouh ?” ; puis vous passez à côté en coulant » ; révélation lors de la plongée à Lanyu : « La seule chose que vous pouvez contrôler, c’est votre respiration », « vous devez être honnête avec vous-même ».↩
- Fondation de Cicada et déclencheur du typhon Morakot en 2009 - entretien Filmaholic — En 2009, Chiang Chih-chieh commence à composer après avoir vu les informations sur le typhon Morakot ; Cicada est fondé en 2009 presque en même temps que Morakot ; le gène de l’« enregistrement du désastre » détermine le style des œuvres des quinze années suivantes.↩
- Formation de Chiang Chih-chieh, master en histoire de l’art de l’Université nationale des arts de Taipei - Amouter ghost — Chiang Chih-chieh est titulaire d’un master en histoire de l’art de l’Université nationale des arts de Taipei (spécialité critique d’art), sans formation de conservatoire de piano traditionnel ; elle traite la composition comme construction narrative plutôt que comme forme abstraite ; double métier : éditrice et pianiste de Cicada.↩
- Formation actuelle à quatre de Cicada - page officielle White Wabbit Records — Quatre membres actuels : Chiang Chih-chieh (piano, composition, direction), Hsu Kang-kai (violon), Yang Ting-chen (violoncelle, classe musicale en primaire puis université de musique), Hsün Yu-Yang (Xiao Tsai, guitare acoustique) ; formation stable depuis 2022.↩
- Pieces, première sortie en 2011 et réédition 2020 - VERSE, dix ans de White Wabbit — Premier album long Pieces publié en 2011 par White Wabbit, enregistré sur un piano ancien au Lirifeng Studio ; la version originale a une « saveur indie rock » et est parfois classée post-rock ; la réédition 2020 devient une version purement néoclassique.↩
- Terrain de la côte ouest pour Coastland en 2013 - HK01 — Coastland (2013) porte sur l’érosion de la côte ouest ; visites de Fangyuan à Changhua, de la zone humide de Chenglong à Kouhu dans Yunlin, de Mailiao et de Budai à Chiayi ; citation de Chiang Chih-chieh : « La côte ouest a une tonalité grise ; des poteaux électriques sortent de l’eau, et il est difficile d’éprouver une joie pure. »↩
- Light Shining Through the Sea - Cicada / Bandcamp — Sortie en 2015, thème : côte est de Taïwan et Pacifique entourant l’est ; description officielle : « simuler par la musique diverses formes de la mer, dont les courants insaisissables, les longues houles qui se dressent haut, les vagues fragmentées près des récifs et l’écume qui caresse la plage dans un va-et-vient » ; l’un des morceaux est sélectionné pour la compilation Ocean du label japonais flau, point de départ de la collaboration entre Cicada et flau. Le morceau représentatif « Over Coastal Range » dépasse 230 000 vues sur la chaîne officielle.↩
- White Forest, thème marin de 2017 - VeryMulan — White Forest sort le 23 novembre 2017 ; animaux-thèmes : dauphin blanc, corail, tortue marine, chat urbain, oiseau de haute montagne ; la participation de Chiang Chih-chieh à la formation de la Société de conservation de la nature sauvage, puis sa plongée à Lanyu, constituent la base de terrain de cet album marin.↩
- Morceau officiel « Fly » de White Forest - Cicada YouTube — Le morceau représentatif « Fly » (2017) utilise les instruments pour simuler la nage des dauphins, les longues notes des baleines à bosse et les jeux de lumière des récifs coralliens ; à l’époque, le conflit entre l’éolien en mer et l’habitat du dauphin blanc est au centre des enjeux environnementaux à Taïwan ; Cicada ne s’engage pas dans le plaidoyer et conserve seulement un enregistrement sonore.↩
- Lieu d’écriture de « A Sudden Rain » au lac Jiaming - entretien Amouter — En juin 2018, le groupe rencontre une pluie torrentielle en marchant vers le lac Jiaming, qui devient le lieu d’écriture de « A Sudden Rain » dans Hiking in the Mist (2019) ; les marches ultérieures au sommet sud du mont Qilai et au sommet nord du mont Hehuan deviennent chacune le matériau d’un morceau ; l’ancrage des œuvres est un instant concret, non un concept.↩
- Vision créative de Chiang Chih-chieh, « comme tourner un documentaire », et nomination de Hiking in the Mist aux 31e Golden Melody Awards - Filmaholic — Chiang Chih-chieh décrit sa création : « comme tourner un documentaire, trouver le sujet dont on veut parler et que l’on veut enregistrer, s’y immerger, attendre que les événements adviennent » ; le travail des membres est de « découvrir, autour du noyau de la création, ce qui n’a pas encore été trouvé mais doit nécessairement exister » ; son interprétation musicale peut être « je veux la sensation d’un oiseau qui passe en volant », ensuite concrétisée par les membres ; l’article synthétise Cicada : « la guitare produit le vent, le violon le battement d’ailes d’une nuée d’oiseaux, le violoncelle l’écoulement d’un ruisseau à travers la terre ». Hiking in the Mist (2019) est nommé aux 31e Golden Melody Awards dans la catégorie du meilleur producteur d’album instrumental. Revérification mot à mot le 2026-06-21.↩
- Expédition de 15 jours et 120 kilomètres dans quatre vallées de la chaîne Centrale pour Seeking the Sources of Streams - VERSE — En 2022, Chiang Chih-chieh emmène les membres dans une expédition pédestre de 15 jours et 120 kilomètres à travers quatre vallées de la chaîne Centrale : Tanxiwan → Cuicui Valley → sources de la Danda → Fairyland ; révélation de Chiang Chih-chieh : « La source d’un ruisseau n’est pas un lieu unique ; c’est l’ensemble des mares de la vallée et des eaux souterraines » ; les neuf morceaux, de une à onze minutes, présentent différentes scènes du voyage.↩
- Entretien de Cicada pour Light Shining Through the Sea : prise simultanée et membres du groupe - BIOS monthly — L’article note l’insistance de Cicada sur l’enregistrement simultané, pour « garantir que chaque musicien puisse entendre les autres dans l’instant, c’est-à-dire garantir que les profondeurs graves de la haute mer et les aigus de l’écume appartiennent au même moment » ; le violoniste Hsu Kang-kai déclare : « Je déteste qu’on parle tout le temps de fu. Assemblez d’abord les choses, puis venez me parler de fu. À chaque fois, elle doit absolument commencer par raconter une histoire ; si l’on part de l’histoire, c’est trop lent, trop abstrait » ; la violoncelliste Yang Ting-chen (Peach) : « On peut surmonter beaucoup de choses en respirant lentement. » Revérification mot à mot le 2026-06-21.↩
- Comment Cicada tient le tempo sans section rythmique - roomie / every little d — Cicada n’a ni batterie ni section rythmique ; le groupe « reprend au métronome le contrôle de la vitesse », les membres se guidant en concert par regards et hochements de tête pour obtenir une interaction réelle et humaine entre les quatre instruments, à condition de s’être auparavant exercés au métronome jusqu’à la précision. Vérifié le 2026-06-21.↩
- Entretien de Cicada pour Hiking in the Mist - Blow — La randonnée de 2018 au lac Jiaming rencontre une pluie torrentielle qui devient le lieu d’écriture de « A Sudden Rain » ; trois membres ramènent des matériaux différents de la même montagne : pour Hsu Kang-kai, l’averse de l’après-midi sur le chemin du refuge ; pour Yang Ting-chen, les souris qui bondissaient dans le refuge pendant la nuit ; pour le guitariste alors membre Hsieh Wei, le brouillard des pistes forestières de moyenne altitude ; Chiang Chih-chieh explique que la transformation doit saisir « une sensation corporelle ». Revérification mot à mot le 2026-06-21.↩
- Seeking the Sources of Streams, financement FlyingV et film musical - Cicada Bandcamp — Sortie le 27 décembre 2022, achevée par financement participatif sur FlyingV ; film musical homonyme tourné sur place en montagne ; mise en pratique complète de l’esthétique documentaire de Cicada.↩
- Entretien officiel de Cicada pour le film A Man - Shochiku — Kei Ishikawa choisit Cicada pour la musique de A Man (Aru otoko), première invitation internationale du groupe ; le déclencheur est que les membres avaient vu son film précédent Listen to the Universe ; indication du réalisateur : « 一番欲しいのは、Cicadaらしい音 » (« ce que je veux le plus, c’est un son qui soit vraiment Cicada ») ; pour le thème du film, « vivre la vie d’un autre », Chiang Chih-chieh décale volontairement deux notes d’une septième (« 7度ずらして ») afin d’exprimer « 他人なんだけどまだ自分が残っている » (« manifestement quelqu’un d’autre, tout en conservant encore quelque chose de soi »). Revérification mot à mot le 2026-06-21.↩
- Résultats de la 46e cérémonie des Japan Academy Film Prize - site officiel — 46e édition (2023) : le film A Man (Aru otoko) remporte plusieurs prix majeurs, dont celui du meilleur film ; Cicada pour A Man figure avec Yori Hiroshi, Takami Yu et FUKUSHIGE MARI parmi les lauréats du « prix d’excellence pour la musique » (niveau nomination, quatre noms listés) ; le « meilleur prix de musique » de cette édition est attribué à RADWIMPS / Jinnouchi Kazuma pour Suzume. Autrement dit : le film reçoit le prix du meilleur film, et la musique de Cicada reçoit le prix d’excellence pour la musique, non le meilleur prix de musique.↩
- Entretien sur la musique de film The Last Painting de Cicada - Blow — En 2017, la bande originale du long métrage de Chen Hung-i The Last Painting (film taïwanais de suspense social, sortie le 22 septembre 2017) est composée par Cicada ; Chiang Chih-chieh écrit seize morceaux, tous interprétés par les membres, rejoint le projet avant la finalisation du scénario, et certains membres apparaissent dans le film ; l’OST est publiée par A Good Day Records. C’est le travail de musique de film de Cicada avant l’entrée transnationale avec A Man de Kei Ishikawa ; morceaux officiels comme « Main Theme » sur la chaîne officielle.↩
- FLAU Cicada Japan Tour 2024 - flau officiel — Tournée japonaise de juin 2024, après le prix reçu par A Man aux Japan Academy Film Prize (flau précise qu’il s’agit de la troisième venue du groupe au Japon) : 1er-2 juin Hayakawa Warehouse à Kumamoto, 7 juin salle publique Musashino à Tokyo, 8 juin Sanda Sato no Ne Hall à Hyogo, 9 juin Subaru Hall de Tondabayashi à Osaka (planétarium). Songkick liste aussi ces dates de juin et une date à Taipei le 27 juillet. Le texte original d’avril 2026 comportait une erreur indiquant octobre-novembre ; correction le 2026-06-21 d’après la page officielle de flau.↩
- Coastland Revisited, compilation 2024 pour les 15 ans et concept d’« entre » - Cicada officiel — Coastland Revisited, compilation choisie pour les 15 ans, sort le 19 juillet 2024 (pas un album entièrement nouveau) ; réinterprétation de morceaux de Coastland, Light Shining Through the Sea et White Forest ; concept de Chiang Chih-chieh : « Après m’être intéressée aux sources, j’ai commencé à m’intéresser à l’“entre” : entre montagne et montagne, entre montagne et eau, entre forêt et terre. »↩
- Gazing the Shades of White - Cicada / flau — Sortie le 30 octobre 2025 par le label japonais flau (FLAU111), huit morceaux. La description officielle indique que l’album « suit la glace, traversant les hémisphères Nord et Sud » ; le voyage passe par le fjord d’Ilulissat au Groenland, les hautes terres d’Islande, Aoraki en Nouvelle-Zélande, puis revient à Xueshan à Taïwan pour chercher les traces laissées par d’anciens glaciers ; les titres comprennent « Embraced by Aoraki » et « Junipers by the Glacier Lake ». Écoute officielle de l’album et clip du morceau-titre, vérifiés le 2026-06-21 comme mises en ligne de la chaîne officielle.↩
- Récit de création de Gazing the Shades of White par Cicada - plateforme d’information CNA — À l’automne 2024, Chiang Chih-chieh se rend personnellement en Islande et au Groenland pour visiter les sites de fonte glaciaire ; elle déclare : « Au cours des dix dernières années, nous avons continué à créer pour les montagnes et les mers de Taïwan. Cette fois, nous voulions élargir notre regard vers l’extérieur et nous relier à d’autres pays insulaires qui semblent lointains », « le motif qui m’a poussée à venir est que tous ces lieux connaissent des transformations radicales », « renforcer l’intention de protéger » ; le morceau-titre utilise la note « si » pour désigner la glace flottante et les arpèges du violon pour symboliser la vitesse du changement climatique, du lent vers le pressant, s’approchant d’un point critique irréversible. Revérification mot à mot le 2026-06-21.↩
- Cirques de Xueshan et formes glaciaires de Taïwan - Musée national des sciences naturelles — Le cirque n° 1 de Xueshan est « le représentant de la plus grande et plus complète forme glaciaire de Taïwan » (citant Lin Chao-chi, 1957) ; pendant la dernière période glaciaire (environ 27 000 à 18 000 ans avant le présent), les hautes montagnes de Taïwan développent des glaciers de montagne et des formes glaciaires ; le lac Cuichi est un lac de cirque, entouré de la plus grande forêt pure de genévriers de Yushan à Taïwan. Les vestiges glaciaires des hautes montagnes taïwanaises ont longtemps été débattus dans le monde académique, avant que les enquêtes détaillées de Wang Xin et d’autres en 1998 ne confirment les indices d’érosion glaciaire.↩
- Chaîne YouTube officielle de Cicada @Cicadatw — Chaîne YouTube officielle de Cicada (channelId UCLDw8SU0rik3vQyW2K-m8_w), avec albums complets, clips, captations et coulisses. Toutes les vidéos intégrées en iframe et tous les liens de la chronologie des œuvres proviennent de cette chaîne officielle ; vérification individuelle comme mises en ligne officielles le 2026-06-21.↩