30 secondes d’aperçu : le 8 mai 1999, le Parti démocratique progressiste (DPP) a adopté à Kaohsiung la résolution sur l'avenir de Taïwan, en formulant la phrase « Taïwan, bien qu’actuellement désigné par la Constitution comme République de Chine, n’est pas subordonné à la République populaire de Chine ». Lin Zhuoshui a ajouté les deux caractères « actuellement » devant le nom officiel, laissant les indépendantistes penser que « il pourra être changé à l’avenir », et les électeurs du centre penser que « le DPP accepte la situation actuelle ». Ce texte a ouvert la porte à la première alternance politique en 2000 et est depuis devenu le socle du discours cross‑strait pendant vingt‑sept ans, sans que personne n’ose en clarifier la portée vague.
Au printemps 1999, Guo Zhengliang reçoit la mission de rédiger un nouveau texte de position cross‑strait pour le DPP. Chen Shui‑Bian, via le secrétaire général du parti de l’époque, You Xi‑kun, veut remplacer le terme « République de Taïwan » du programme d’indépendance par « République de Chine », afin de séduire les électeurs du centre.1
Guo rédige « République de Chine ». Lin Zhuoshui reçoit le brouillon et ajoute deux caractères devant « République » : « actuellement ».
« La faction de Chen Shui‑Bian était très mécontente. »2
« Actuellement » signifie que le nom officiel pourra être modifié ultérieurement, affaiblissant ainsi la promesse faite aux électeurs du centre. Mais Lin insiste : ne pas ajouter ces deux caractères reviendrait à accepter la République de Chine comme nom permanent, ce que les indépendantistes ne pourraient jamais accepter. Il estime que le coût de maintenir la République de Chine comme drapeau est très concret : les bureaux de représentation à l’étranger risqueraient d’être fermés, « il est plus important que le pays puisse sortir. »3
Finalement, la version de Lin est adoptée. Les deux caractères apaisent les deux camps et, dans la politique taïwanaise, laissent une ambiguïté que personne n’a encore osé clarifier.
Un virage en huit ans
Le point de départ de la résolution remonte à 1991. Le 13 octobre de cette année, le DPP adopte le programme d’indépendance, prônant « l’établissement d’une République de Taïwan souveraine, indépendante et autonome ».4 Le rédacteur principal était Lin Zhuoshui. Le programme comportait une clause conditionnelle : la décision de créer un État serait soumise à un référendum populaire, mais le message central était clair : le DPP veut créer un État.
Quatre ans plus tard, le 14 septembre 1995 à Washington, le militant de longue date du mouvement démocratique, Shih Ming‑te, alors président du DPP, déclare devant un auditoire international ce qui deviendra le point de bascule : « Si le DPP gouverne, il n’aura ni besoin ni volonté d’annoncer l’indépendance de Taïwan, car Taïwan est déjà indépendant depuis un demi‑siècle. »5 Cette phrase apaise la communauté internationale, mais choque les indépendantistes du parti. Après plusieurs débats internes, elle devient le consensus du parti, semant la graine de la résolution de 1999.
L’argumentation de Shih remonte à 1980, lorsqu’il, depuis la prison, propose le concept de « l’indépendance de Taïwan à la mode de la République de Chine » : Taïwan est déjà indépendant, son nom actuel est la République de Chine. Cette logique transforme le futur « indépendance » en présent : il ne faut pas déclarer, il faut reconnaître.6
Le véritable déclencheur du virage est le vote. En mars 1996, le DPP présente le « père de l’indépendance » Peng Ming‑min à la présidentielle, obtenant 21,13 % des voix, le plus mauvais résultat national depuis la création du parti.7 L’analyste américain Shelley Rigger explique simplement : les électeurs jugent le soutien à l’indépendance trop risqué. Après la défaite, Peng quitte le parti et fonde le « Comité pour la création d’un État ». Le parti paie le prix fort : il perd son candidat à la présidence.
La réflexion post‑électorale est vive. En mai 1996, plus d’une centaine de jeunes du parti signent le « Manifeste de la nouvelle génération », rédigé par Zhou Yicheng, critiquant le slogan « indépendance » et la « culture du vide », et appelant à fonder le mouvement indépendantiste sur une identité nationale partagée par plus de 20 millions de personnes.8 Ce manifeste remet en cause la méthodologie du programme d’indépendance : la direction de création d’État n’est pas erronée, mais les slogans ne la concrétisent pas.
La pression extérieure augmente. Le 30 juin 1998, le président américain Bill Clinton visite la Chine continentale et, lors d’une conférence conjointe à Shanghai avec Jiang Zemin, annonce la « politique des trois non » : ne pas soutenir l’indépendance de Taïwan, ne pas soutenir « un Chine, un Taïwan » ou « deux Chines », et ne pas soutenir l’adhésion de Taïwan à des organisations internationales où l’État est critère d’adhésion.9 La même année, en février, le parti connaît un grand débat sur la politique envers la Chine : Hsu Hsin‑liang prône une « avancée audacieuse vers l’ouest », tandis que Qiu Yiren et le Nouveau Courant insistent sur une « consolidation progressive », aboutissant à un compromis « consolidation progressive vers l’ouest ».10 En fin d’année, l’élection municipale de Taipei voit la défaite de Chen Shui‑Bian face à Ma Ying‑jeou du Kuomintang (KMT). Malgré la victoire du DPP à Kaohsiung grâce à Hsieh Chang‑ting, la perte à Taipei secoue tout le parti : même le président très populaire Chen ne peut plus protéger la capitale, d’où la question : comment gagner l’élection présidentielle ? Un consensus émerge : la ligne doit être révisée en profondeur.
Toutes ces pressions convergent vers la même conclusion : la voie de l’indépendance est bloquée, une transformation pragmatique est indispensable.
📝 Note du curateur : l’histoire de la résolution est souvent présentée comme « la victoire des pragmatiques ». Mais ceux qui ont réellement fait pivoter la ligne étaient les mêmes qui l’avaient définie. Shih Ming‑te, qui a déclaré qu’il n’était pas nécessaire d’annoncer l’indépendance, était le prisonnier le plus longtemps incarcéré pour l’indépendance ; Lin Zhuoshui, qui a rédigé le programme d’indépendance, a ajouté deux caractères huit ans plus tard, transformant « création d’État » en « reconnaissance du statut actuel ». Ce sont ceux qui ont parcouru le plus loin qui ont conduit le virage.
Trois auteurs, une ambiguïté
Chen Zhongxin propose un compromis clé : ne pas modifier le programme d’indépendance, mais adopter simultanément une nouvelle résolution.11 Sous le pseudonyme Hang‑zhi, Chen était rédacteur en chef du magazine « Beautiful Island », l’un des premiers intellectuels à intervenir par l’écrit dans le mouvement politique. Son plan répondait précisément à la réalité interne du parti : le programme d’indépendance ne pouvait être touché, sinon il s’agirait d’une déclaration de guerre contre les « verts profonds »; mais sans sortir du cadre du programme, le DPP ne pouvait gagner l’élection présidentielle de 2000. En créant un nouveau texte qui coexiste avec l’ancien sans le contredire, il pose la première étape d’une stratégie d’ambiguïté.
Le groupe de rédaction comptait trois personnes, représentant trois forces. Guo Zhengliang était le rédacteur principal, du côté pragmatique de la campagne de Chen Shui‑Bian ; Chen Zhongxin assurait la coordination entre les courants, intellectuel issu du « Beautiful Island »; Lin Zhuoshui gardait le contrôle de la ligne de base, représentant la théorie du Nouveau Courant. Lin déclare : « Je joue le rôle d’empêcher le texte de pencher trop du côté de Chen ou de You. »12
Le 8 mai 1999, lors de la deuxième session plénière du huitième congrès national du DPP à Kaohsiung, la résolution est adoptée.13
Le passage central du texte est rédigé avec une précision extrême :
✦ « Taïwan est un État souverain et indépendant, dont le territoire s’étend uniquement sur Taiwan, Penghu, Kinmen, Matsu et leurs îles dépendantes, ainsi que sur les eaux territoriales et les zones contiguës conformes au droit international. Taïwan, bien qu’actuellement désigné par la Constitution comme République de Chine, n’est pas subordonné à la République populaire de Chine ; toute modification du statut d’indépendance doit être décidée par l’ensemble des habitants de Taïwan au moyen d’un référendum. »
L’introduction rappelle le processus de démocratisation de Taïwan, soulignant que « grâce aux luttes acharnées du DPP et du peuple, le KMT a abandonné la loi martiale et le parti unique, acceptant la réforme démocratique », ce qui a fait de Taïwan « de facto un État démocratique et indépendant ». 14 Les sept points couvrent l’ensemble du cadre de position nationale : (1) Taïwan est un État souverain et indépendant ; (2) il n’appartient pas à la RPC ; (3) il doit rejoindre les Nations Unies ; (4) il doit renoncer à la politique d’une seule Chine ; (5) le référendum doit être légiféré ; (6) un consensus extérieur doit être construit ; (7) les deux rives doivent établir un cadre de paix par le dialogue.
Le septième point est le plus subtil. Un texte affirmant que Taïwan n’appartient pas à la Chine se termine par une clause « par le dialogue complet, rechercher une compréhension mutuelle profonde et une coopération économique et commerciale, établir un cadre de paix ». Cette conclusion empêche le texte d’être une simple déclaration de confrontation et laisse une marge de manœuvre pour les échanges futurs.
Comparé au programme d’indépendance de 1991, la différence est nette. Le programme voulait « établir une République de Taïwan souveraine, indépendante et autonome », c’est‑à‑dire changer la situation. La résolution de 1999 affirme « Taïwan est un État souverain et indépendant », déclarant que le statut actuel existe déjà. Le passage du « faire » au « reconnaître » transforme le référendum : de moteur de création d’État à assurance du statu quo.
L’ambiguïté fonctionne parce que chaque camp lit ce qu’il veut voir. Les indépendantistes voient « actuellement », pensant qu’un jour le nom pourra changer, le rêve d’État persiste. Les électeurs du centre voient « désigné par la Constitution comme République de Chine », estimant que le DPP est enfin pragmatique, sans crainte d’une guerre cross‑strait. Le KMT voit « Taïwan et la RPC ne sont pas subordonnés l’un à l’autre », le qualifiant de « indépendance reconditionnée ». Pékin accepte cette lecture, qualifiant le texte de « indépendance déguisée ». 15
Chaque interprétation repose sur le texte. Aucun camp n’a totalement tort. C’est exactement ce que les rédacteurs visaient.
La porte ouverte
Le 18 mars 2000, Chen Shui‑Bian est élu président avec 39,3 % des voix, marquant la première alternance politique.16
Chen adopte une « ligne du centre nouvelle » : ambiguïté délibérée en diplomatie et défense, mise en avant de la coopération multipartite et de la lutte contre la corruption, déplaçant le débat de l’indépendance à la gouvernance. La résolution fournit une base stable à cette stratégie — la position cross‑strait du parti est clairement définie, le candidat n’a plus à répondre chaque jour à la question « Allez‑vous annoncer l’indépendance ? ».
Le rôle de la résolution dans la campagne peut se résumer ainsi : elle enlève la peur des électeurs du centre. L’équation « DPP au pouvoir = annonce d’indépendance = guerre cross‑strait » est démantelée. Puisque le DPP affirme que Taïwan est déjà indépendant, que le nom officiel est la République de Chine, et que tout changement doit passer par référendum, voter DPP revient simplement à changer de parti au pouvoir, sans affecter la trajectoire nationale.
Lors de son investiture, Chen annonce les « quatre non et aucun » : ne pas annoncer l’indépendance, ne pas changer le nom officiel, ne pas introduire la notion de deux États dans la Constitution, ne pas organiser de référendum sur l’unité/indépendance, et ne pas abolir les structures du Comité national de l’unité. 17 Ces cinq engagements s’adressent à Washington et à Pékin, constituant une garantie politique finement calibrée. Bien que cela ressemble à une concession, dans la logique de la résolution ces engagements sont la continuité logique du statu quo : si Taïwan est déjà indépendant et que tout changement nécessite un référendum, « ne pas annoncer l’indépendance » n’est qu’une description d’un événement qui n’arrivera pas. La précision du libellé était déjà prévue lors de la rédaction.
En 2001, le DPP tente d’élever officiellement le statut de la résolution afin qu’elle prime sur le programme d’indépendance.18 L’essai échoue. Le programme d’indépendance n’est ni abrogé, ni gelé, ni modifié ; il est simplement recouvert par un autre texte.
Une base que personne n’ose toucher
La résolution a vécu vingt‑sept ans, plus longtemps que tout autre discours ultérieur. Sa longévité s’explique simplement : chaque tentative de la dépasser ou de la renverser a échoué.
En septembre 2007, à la fin du second mandat de Chen Shui‑Bian, le DPP adopte la « résolution d’État normal », visant à aller plus loin : renommer le pays « Taïwan », rédiger une nouvelle constitution, et rejoindre l’ONU sous le nom « Taïwan ».19 La résolution sur l’avenir, portant le chapeau de la République de Chine, reconnaît le fait de l’indépendance ; la résolution d’État normal veut enlever ce chapeau pour atteindre une indépendance juridique. Les factions modérées du parti la qualifient d’aventure de Chen pour détourner les controverses du gouvernement. En 2008, le DPP subit une défaite écrasante ; Hsieh Chang‑ting obtient 41,55 % des voix, et la résolution d’État normal est abandonnée.
En 2014, Guo Zhengliang et plus de quarante représentants du parti signent une proposition de gel du programme d’indépendance, arguant que les présidents et candidats du DPP « ont déjà accepté la République de Chine par leurs actions », et que le programme « équivaut à s’opposer à la République de Chine, à poursuivre le changement du statu quo, et à alimenter les malentendus internationaux ». 20 La présidente Tsai Ing‑wen ordonne que le dossier soit examiné par le Comité exécutif du parti, sans suite officielle.
Impossible d’avancer, impossible de reculer. La résolution reste figée, unique position encore debout.
En février 2024, Wu Jun‑zhi, directeur des affaires chinoises du DPP, révèle lors d’une conférence en ligne le secret du parti : le programme d’indépendance « est un document historique », remplacé de fait par la résolution sur l’avenir.21 Fin 2023, le chef de campagne de Lai Ching‑te, Zhuo Rong‑tai, déclare sans ambages : « La résolution sur l’avenir de Taïwan indique clairement au monde que Taïwan est un État souverain, que son nom est la République de Chine, c’est l’attitude pragmatique unique du DPP aujourd’hui, il n’y a pas de problème de gel du programme d’indépendance. »22
Pendant ses huit années à la présidence, Tsai s’appuie sur la résolution pour développer les « quatre engagements » : maintenir la non‑subordination entre la République de Chine et la RPC, défendre la souveraineté contre toute annexation, garantir que l’avenir de la République de Chine Taïwan soit décidé par les 23 millions de Taïwanais, et soutenir le régime constitutionnel de démocratie et de liberté.23 Avant les élections de 2024, Lai Ching‑te affirme : « Chen Shui‑Bian a été élu grâce à la résolution, sans jamais annoncer l’indépendance ; Tsai n’a jamais annoncé l’indépendance ; moi non plus je n’annoncerai pas l’indépendance en tant que président. »24 Un texte de 1999 devient ainsi le socle commun cité par trois présidents du DPP.
Le programme d’indépendance n’a jamais été gelé, car le gel nécessite un vote formel, ce qui impliquerait de répondre à une question impossible : le DPP soutient‑il encore l’indépendance ? La résolution n’a jamais été officiellement remplacée, car « remplacer » serait un acte clair, signifiant que les trente années de ligne de création d’État étaient erronées. Le parti a choisi de ne rien faire, laissant l’ambiguïté fonctionner.
Après vingt‑sept ans, les trois rédacteurs ont pris des chemins différents. Guo Zhengliang a quitté le DPP en 2023, devenant commentateur politique à la télévision, surprenant ses anciens camarades.25 Lin Zhuoshui a démissionné du parlement en 2006 à la suite de l’affaire de corruption de Chen, mais est resté dans le parti, commentant la politique avec une précision textuelle, devenant le critique interne le plus sévère.26 Chen Zhongxin, après avoir quitté le poste de vice‑secrétaire du Conseil de sécurité nationale, s’est retiré discrètement de la scène politique. Les trois ont rédigé le même texte en 1999 ; vingt‑sept ans plus tard, leurs écrits restent le socle du discours cross‑strait.
- 13 oct. 1991 — Le DPP adopte le programme d’indépendance, prônant « l’établissement d’une République de Taïwan », rédigé par Lin Zhuoshui
- Sept. 1995 — Shih Ming‑te déclare à Washington « il n’est pas nécessaire et il ne sera pas annoncé que Taïwan devienne indépendant »
- Mars 1996 — Peng Ming‑min obtient 21,13 % aux élections présidentielles, intensifiant la pression pour un virage de ligne
- 8 mai 1999 — La résolution sur l’avenir de Taïwan est adoptée à Kaohsiung, « actuellement désigné par la Constitution comme République de Chine » devient le nouveau consensus
- 18 mars 2000 — Chen Shui‑Bian est élu président, première alternance politique
- Sept. 2007 — Adoption de la résolution d’État normal, tentative de pousser vers une indépendance juridique, abandonnée après la défaite de 2008
- 17 mai 2026 — Lai Ching‑te utilise la résolution pour définir « les deux sens de l’indépendance », Lin Zhuoshui commente « très approprié »
« Très approprié »
Le 17 mai 2026, dans le contexte de la pression internationale après la rencontre Biden‑Xi, Donald Trump indique ne pas vouloir que Taïwan se dirige vers l’indépendance, Pékin réaffirme la politique d’une seule Chine. Lai Ching‑te répond en réutilisant le langage de la résolution pour redéfinir « l’indépendance » : l’indépendance n’est pas l’annonce d’un nouveau statut, c’est le statu quo — Taïwan n’appartient pas à la RPC, la République de Chine et la RPC ne sont pas subordonnées l’une à l’autre. Cette logique remonte à la déclaration de Shih en 1995. Lai s’appuie sur la résolution de 1999 et les « quatre engagements » de Tsai en 2021, affirmant qu’il s’agit de la politique actuelle du gouvernement du DPP.27
Le KMT, via Jiang Wan‑an, demande : le DPP veut‑il supprimer le programme d’indépendance ? Le législateur du DPP, Shen Bo‑yang, répond : « C’est maintenant la résolution sur l’avenir de Taïwan, le futur de Taïwan sera décidé par les 23 millions de Taïwanais… n’est‑il pas juriste ? »28
Le même jour, le Bureau de la présidence publie à nouveau la formule « la République de Chine est un État souverain et démocratique ». Lin Zhuoshui écrit sur Facebook les trois mots « Très approprié. » Il explique que cela « lui a permis de respirer », estimant que le gouvernement a enfin « abandonné les erreurs depuis 2020 ».29
Vingt‑sept ans auparavant, Lin Zhuoshui avait ajouté « actuellement » devant le nom officiel. Vingt‑sept ans plus tard, il mesure toujours chaque déclaration du gouvernement à l’aune de cette précision.
Les jeunes Taïwanais de vingt ans considèrent comme un sens commun que « Taïwan est déjà indépendant ». La résolution n’apparaît pas dans leurs manuels. Ils reçoivent une conclusion déjà empaquetée, tandis que les luttes, compromis et le combat autour de deux caractères restent écrasés par vingt‑sept ans d’histoire. Ils ignorent que ce sens commun provient d’une réunion du parti à Kaohsiung en 1999, d’un texte rédigé par trois personnes autour d’une même table, et d’un simple ajout de mot : « actuellement ». Le plus grand succès de la résolution est de ne plus nécessiter d’être rappelée.
Références
Lectures complémentaires
- Démocratisation de Taïwan — Du martial law à la démocratie, le contexte plus large de la résolution.
- Élections et politique partisane à Taïwan — Comment la transformation du DPP a influencé la politique électorale.
- Affaire Beautiful Island — Le point de départ de Shih Ming‑te, comprendre le mouvement d’opposition.
- Crises du détroit et évolution des relations cross‑strait — Comment la crise de 1996 a accéléré la pragmatisation du DPP.
- Lin Zhuoshui, « Le secret de la résolution sur l’avenir de Taïwan » — Liberty Times, 14 mai 2007, Lin se souvient que Chen Shui‑Bian, via You Xi‑kun, a poussé à modifier le programme d’indépendance.↩
- Lin Zhuoshui parle du processus de rédaction — Newtalk, 11 juillet 2021, citation « ajout de « actuellement » ».↩
- Entretien de Lin Zhuoshui (idem Newtalk 2021‑07‑11) — Explication du raisonnement, mention de la possible fermeture des bureaux à l’étranger.↩
- Programme du parti pour l’indépendance de Taïwan — Adopté le 13 oct. 1991 lors du premier congrès national du DPP.↩
- Discours de Shih Ming‑te à Washington 1995 — Archive du site du DPP, voir aussi le Fonds culturel Shih Ming‑te.↩
- Shih Ming‑te, « l’indépendance à la mode de la République de Chine » — ETtoday, 15 janv. 2024, première formulation en 1980.↩
- Élection présidentielle de la République de Chine 1996 — Peng Ming‑min / Hsieh Chang‑ting, 21,13 % des voix, plus grande défaite du parti.↩
- Manifeste de la nouvelle génération du mouvement d’indépendance de Taïwan — 10 mai 1996, rédigé par Zhou Yicheng, plus de cent signataires.↩
- CRS Report 98‑837 : Taiwan – The “Three No’s” — Rapport du Congressional Research Service, 1998, voir aussi le Washington Post du 30 juin 1998.↩
- Grand débat du DPP sur la politique chinoise 1998 — Débat à l’Université de Taiwan, 13‑15 févr. 1998, Hsu Hsin‑liang « avancée audacieuse vers l’ouest » vs Nouveau Courant « consolidation progressive ».↩
- Lin Zhuoshui, « Le secret de la résolution sur l’avenir de Taïwan » — Liberté Times, 14 mai 2007, proposition de compromis de Chen Zhongxin.↩
- Entretien de Lin Zhuoshui (idem Liberté Times 2007‑05‑14) — Lin décrit son rôle pendant la rédaction.↩
- Résolution sur l’avenir de Taïwan — Adoptée le 8 mai 1999, texte complet disponible via le New Taiwan Peace Foundation.↩
- Texte complet de la résolution sur l’avenir de Taïwan – New Taiwan Peace Foundation, préface et sept points originaux.↩
- Principe d’une Chine et la question taïwanaise (Livre blanc chinois 2000) — Pékin qualifie la résolution de « indépendance déguisée ».↩
- Élection présidentielle de la République de Chine 2000 — Chen Shui‑Bian / Lu Hsiu‑lian, 39,3 % des voix, première alternance.↩
- « Quatre non et aucun » — Promesses de Chen Shui‑Bian le 20 mai 2000, cinq engagements envers Washington et Pékin.↩
- Resolution on Taiwan's Future — Adoptée le 20 oct. 2001, tentative de surclasser le programme d’indépendance.↩
- Résolution d’État normal — Adoptée le 30 sept. 2007, visait à renommer le pays « Taïwan », à rédiger une nouvelle constitution et à rejoindre l’ONU sous ce nom.↩
- Proposition de gel du programme d’indépendance — 2014, Guo Zhengliang et plus de 40 représentants signent, Tsai Ing‑wen envoie au Comité exécutif, pas de vote formel.↩
- Wu Jun‑zhi : le programme d’indépendance « est un document historique » — United Daily News, 25 févr. 2024, déclaration lors d’une conférence en ligne.↩
- Gé Lai‑yi invite Lai Ching‑te à envisager le gel du programme d’indépendance – Zhuo Rong‑tai – CNA, 1 déc. 2023, réponse de Zhuo Rong‑tai en tant que responsable de campagne.↩
- Discours de Tsai Ing‑wen « Quatre engagements » – Site officiel de la présidence, 10 oct. 2021.↩
- Lai Ching‑te parle de la résolution avant les élections 2024 – Site officiel de la présidence, avec reportage supplémentaire de CNA.↩
- Guo Zhengliang — Annonce le 19 mai 2023 son départ du DPP, devenu commentateur politique.↩
- Lin Zhuoshui — Démissionne du législature le 13 nov. 2006 suite à l’affaire de corruption de Chen Shui‑Bian.↩
- Lai Ching‑te définit les deux sens de l’indépendance – ETtoday, 17 mai 2026, discours en réponse à la pression post‑Biden‑Xi.↩
- Shen Bo‑yang répond à Jiang Wan‑an – Liberty Times, 17 mai 2026, réplique du législateur du DPP.↩
- Lin Zhuoshui commente la déclaration gouvernementale « Très approprié » – TVBS, 17 mai 2026, il estime que le gouvernement a enfin abandonné les erreurs depuis 2020.↩