Chu Ko-liang : de la scène de cabaret aux films du Nouvel An, le roi du taïwanais
Chu Ko-liang (1946–2017), de son vrai nom Hsieh Hsin-ta, a changé de nom pour Hsieh Yu-chen après son retour en 2009. Dans les années 1980, il est devenu célèbre dans tout le pays grâce aux cassettes vidéo de son cabaret, formant avec Chang Fei et Hsing Feng le trio surnommé « Chu au sud, Chang au nord, Hsing au centre ». En 1993, il a fui ses dettes et disparu pendant dix ans ; en 2009, une seule réplique — « partir étudier à l'étranger » — a fait rire tout Taïwan et scellé son retour, l'année suivante il remportait le Golden Bell Award du meilleur animateur d'émission de variétés, et ses dernières années ont été rythmées par la sortie annuelle d'un film pour le Nouvel An lunaire.
Chronologie
| Année | Événement |
|---|---|
| 1946 | 6 décembre : naissance à Zuoying, Kaohsiung1 |
| 1960 (vers 14 ans) | Quitte Zuoying pour rejoindre la « New Drama Troupe », devient disciple de Lin Sung-yen, commence par tirer les rideaux en coulisses1 |
| 1977 (31 ans) | Joue le bouffon « Chu Ko-liang » dans Liao Tianding mis en scène par Yu Chi-tung (alors sous le nom de scène Yu Tung-jung), d'où son nom de scène. Intègre le Blue Sapphire Grand Cabaret fondé par Yang Teng-kuei comme metteur en scène et scénariste, puis remplace l'animatrice titulaire Fei Chen-ling et fait ses débuts1 |
| 1988 | 8 octobre : blessé par balle derrière le Blue Sapphire Grand Cabaret1 |
| 1993 | Fuit d'importantes dettes de jeu, bref retour en 1997, quitte à nouveau le show-biz en 19991 |
| 2009 | Février : repéré par un journaliste de l'Apple Daily ; 24 avril : retour via une publicité pour le 3C de Tsann Kuen, où il dit en taïwanais : « Plus de dix ans sans vous voir, parce que je suis "parti étudier à l'étranger" » ; août : commence à animer Chu Ko-liang's Club sur FTV1 |
| 2010 | 22 octobre : remporte avec Hou Yi-chun le Golden Bell Award du meilleur animateur d'émission de variétés (45e édition) pour Chu Ko-liang's Club1 |
| 2011 | À partir de cette année, sort un film pour le Nouvel An chaque printemps : Hero of the Fried Chicken, Big Tail Luya, Dadaocheng, Great Happiness...1 |
| 2014 | 30 mai : annonce être atteint d'un cancer colorectal de stade II1 |
| 2017 | Janvier : assure la promotion de son dernier film The Big Fisherman ; 15 mai : décède à l'hôpital de l'Université nationale de Taïwan, à l'âge de 70 ans1 |
Grandir à Zuoying, entrer dans une troupe à l'adolescence
Chu Ko-liang est issu de la famille Hsieh de Wujia, à Zuoying, originaire de Hui'an, Quanzhou. Selon la synthèse de Wikipédia, son père était marchand de légumes, tenant un étal qui tournait bien grâce aux nombreuses garnisons de Zuoying ; les trois frères devaient tous aider, et Chu Ko-liang livrait les légumes à vélo dans son enfance1.
Il a révélé son talent pour la scène dès l'école primaire de Jiucheng. Son camarade de classe, devenu plus tard l'écrivain Chen Fang-ming, se souvient que Chu Ko-liang faisait des bêtises en classe ; l'enseignant voulait le punir corporellement, mais il a improvisé un numéro comique qui a fait rire toute la classe, et la punition a été oubliée1.
À 14 ans, il quitte Zuoying pour la New Drama Troupe, devient disciple de Lin Sung-yen, commence en tirant les rideaux en coulisses et suit la troupe dans ses tournées. À 17 ans, lors d'une tournée de Pingtung Checheng à Hualien Yuli, la vedette Tu Chu-tiao se blesse au pied sur un clou ; Chu Ko-liang se porte volontaire pour le remplacer, joue si bien qu'il devient dès lors scénariste et acteur professionnel1.
Le Blue Sapphire Grand Cabaret : débuts à 31 ans
À 31 ans, Yu Chi-tung (alors Yu Tung-jung) l'engage pour Liao Tianding ; il y incarne le bouffon « Chu Ko-liang », fait sensation et adopte ce nom comme nom de scène. Sur recommandation de Chang Chien et Chang Ti, il entre au Blue Sapphire Grand Cabaret fondé par Yang Teng-kuei comme metteur en scène et scénariste. Un jour, l'animatrice titulaire Fei Chen-ling est absente à la dernière minute ; il la remplace sur scène et débute officiellement1.
Son premier partenaire est Kang Hung, suivront Yu Tien, Huang Hsi-tien et d'autres. À cette époque, un spectacle de cabaret type commençait par interviewer les chanteurs, puis les faire chanter, avant de jouer ensemble une saynète ; ils se déguisaient souvent en médiums ou prêtres taoïstes pour que les chanteurs leur demandent des prédictions sur l'amour, la carrière, voire les numéros gagnants de la loterie. Les rires venaient surtout de ses improvisations sur le moment1.
Dans les années 1980, les cassettes vidéo du Chu Ko-liang Cabaret Show font fureur dans tout Taïwan. Ces cassettes circulaient aussi en copies pirates dans le sud du Fujian ; de nombreux spectateurs de Quanzhou, Zhangzhou et Xiamen ont grandi en louant ses cassettes ou ses disques laser1.
Le micro pendu au cou
Au début, pas de micro sans fil ; tenir le micro en jouant était peu pratique. Il a eu l'idée de le suspendre à son cou avec une corde, ce qui est devenu sa marque de fabrique. Même après l'arrivée des micros sans fil, il a gardé l'habitude, les mains libres pour jouer les saynètes et gestuer avec les invités1.
Il ne faisait pas de manières au travail ; dans ses premières émissions, il s'occupait de tout, traitait les acteurs comme sa famille, mangeait avec eux, disant que c'était « l'héritage du maître Lin Sung-yen ». À chaque début de tournage, il insistait pour faire des offrandes au Dieu de la Terre, au Seigneur du Sol et aux « bons frères », guidant lui-même le rituel1.
La fuite, dix ans et « partir étudier à l'étranger »
Chu Ko-liang était accro au ta-chia-lo et au liu-ho-tsai (deux loteries illégales) ; selon les médias, il aurait un jour gagné 140 millions NT$, puis tout perdu, s'endettant lourdement, et a fui en 1993. Bref retour en 1997, nouvelle disparition en 1999 : dix ans d'absence1.
Il a confié plus tard que pendant cette période, il a essuyé des refus partout, même pour un poste de gardien d'immeuble, et a un moment songé à devenir moine1.
Le 19 février 2009, un journaliste de l'Apple Daily le photographie dans un stand de o-a-tsian (omelette aux huîtres) à Chaozhou, Pingtung. Le 24 avril, Tsann Kuen 3C diffuse sa publicité : en taïwanais, il dit : « Plus de dix ans sans vous voir, parce que je suis "parti étudier à l'étranger". » Cette phrase devient le symbole de cette période1.
Le 5 juin, il se rend à Gala Television pour rencontrer Yang Teng-kuei ; les deux hommes se réconcilient publiquement, et les ponts avec le show-biz sont rétablis1.
Après le retour : Chu Ko-liang's Club et les films du Nouvel An
Sa première émission de variétés après son retour est Chu Ko-liang's Club sur FTV, dont l'audience a dépassé les 10 %. En 2010, il remporte avec Hou Yi-chun le Golden Bell Award du meilleur animateur d'émission de variétés pour ce programme1.
Selon Wikipédia, son cachet par épisode est passé de 300 000 NT$ pour Chu Ko-liang's Club sur FTV, à 700 000 NT$ pour Wan Hsiu Chu Wang sur CTV, puis 850 000 NT$ pour CTS Super Star Chu Ko-liang Show sur CTS, établissant un record pour les animateurs taïwanais1.
À partir de 2011, il sort chaque Nouvel An un film dont il tient la vedette : Hero of the Fried Chicken, Big Tail Luya, Dadaocheng, Great Happiness, Big Tail Luya 2 ; tous franchissent le cap des 100 millions NT$ de recettes, jusqu'à The Big Fisherman en 2017 (69,32 millions NT$) qui brise la série, et qui reste son dernier film1.
Les trois dernières années
Le 30 mai 2014, il annonce être atteint d'un cancer colorectal de stade II. Inquiet des effets secondaires, il ne commence pas de traitement agressif, privilégie le travail, et essaie médecine chinoise, acupuncture et remèdes populaires. En 2016, son état empire : 6 600 ml d'ascite ; le 6 septembre, opération d'urgence, les métastases ont atteint l'abdomen, le foie et les poumons1.
En janvier 2017, malgré la maladie, il assure la promotion de The Big Fisherman et enregistre une émission spéciale pour la veille du Nouvel An ; il dit tenir grâce à sa volonté : « En voyant mes proches, mes enfants, cette joie familiale, j'ai envie de continuer à vivre. » En février, il participe à la procession de Mazu du temple Fengtian de Xinpu, sa dernière apparition publique1.
Le 11 mai au matin, il appelle Yu Tien pour prendre de ses nouvelles ; la rancoeur de plusieurs années entre eux (que les médias appelaient le « complexe Yu-Liang ») se dissout. Le 15 mai à 5 h 10, il s'éteint à l'hôpital de l'Université nationale de Taïwan1.
Les adieux
Le 20 juin, les funérailles ont lieu au funérarium municipal de New Taipei. La famille consulte les blocs divinatoires ; les dieux indiquent d'utiliser le rite taoïste pour la cérémonie du septième jour et les funérailles. Après la crémation, les cendres sont inhumées au parc culturel Yongheng de Keelung. Des milliers de fans assistent à la cérémonie, le cortège fait le tour de tout le district de Banqiao1.
Ce qui reste
La majeure partie de son œuvre est en taïwanais ; il est connu au sein de la communauté hokkien, y compris chez les Minnan de Chine et d'Asie du Sud-Est1. Quant à savoir qui il a influencé et combien il a transformé le paysage des variétés, ces jugements sont faciles à exagérer ; cet article ne tranche pas pour d'autres. Ce qui est vérifiable, c'est que trois époques ont eu un public : les cassettes des années 1980, le Golden Bell de 2010, et les films du Nouvel An qui battaient des records d'affluence année après année.
En 2022, son fils aîné Hsieh Shun-fu et une équipe de startup produisent une vidéo IA « Le maître Chu et le petit moine » mêlant images réelles et synthétiques, la voix du petit moine étant doublée par sa troisième fille Hsieh Chin-ching1.