Huang Chen-nan : le bibliophile taïwanais qui rend l'histoire vivante
En 30 secondes
Originaire d'une famille de lettrés à Liujiao, dans le comté de Chiayi, Huang Chen-nan a appris à lire à deux ans. Adulte, il collabore avec son père pour constituer une collection de documents taïwanais, lui depuis le sud, lui depuis le nord. Depuis 2009, il anime la page « Huoshui Lai Ce Fang » où il partage sa passion pour l'histoire de Taïwan et les livres anciens. Auteur de plusieurs ouvrages, dont un guide de l'histoire de Taïwan écrit avec humour et accessibilité, il est surnommé le « Takeshi Kaneshiro des bibliophiles » — l'homme qui a transformé une discipline confidentielle en passion populaire, tout en contribuant à préserver la mémoire culturelle de Taïwan.
Mots-clés : bibliophile, histoire de Taïwan, Huoshui Lai Ce Fang, Nishikawa Mitsuru, Tsai Pei-huo, héritier du livre
Cinq minutes pour aller plus loin
Une passion transmise de père en fils
Huang Chen-nan est né entre 1980 et 1981 à Liujiao, dans le comté de Chiayi. Tout enfant, il accompagne régulièrement son père, Huang Zheyong — chercheur en littérature populaire et études sinologiques — dans les librairies de livres anciens. Le père, issu d'un milieu modeste, a pourtant consacré sa vie à la collection de livres. À l'âge adulte, Huang Chen-nan s'installe dans le nord de Taïwan pour des raisons professionnelles, et le duo père-fils met en place une organisation naturelle : le père couvre le sud, le fils prospecte le nord. Ensemble, ils constituent une collection de documents historiques et de littérature traditionnelle taïwanaise. Sa passion pour les livres a d'abord débuté avec les romans de kung-fu de Wen Ruian, avant de s'étendre à la littérature pure et aux archives historiques de Taïwan.
La naissance et l'influence de « Huoshui Lai Ce Fang »
En 2009, il crée un blog puis une page Facebook intitulée « Huoshui Lai Ce Fang » (活水來冊房) — une référence à un vers du poète Song Zhu Xi, signifiant « que l'eau vive jaillisse de la source ». Sur cette page, il partage, avec un ton décalé et plein d'humour, ses réflexions sur l'histoire de Taïwan, la culture du livre ancien et ses coups de cœur de lecture. La page compte aujourd'hui près de 90 000 abonnés. De nombreux auteurs et créateurs de contenus culturels taïwanais, comme Maya et Xie Jinyu, ont été inspirés par ses publications sur le forum PTT. Sa démarche dépasse la simple collection : il transforme ses livres en récits, rendant l'histoire sérieuse à la fois savourée et compréhensible.
Œuvres majeures et pièces de collection
Son livre phare — une histoire de Taïwan rédigée sur le ton de la conversation et de l'humour — a su séduire un large public, notamment les jeunes lecteurs. Il publie ensuite un ouvrage retraçant l'histoire familiale des collectionneurs sur trois générations (sa mère, elle, collectionne les antiquités). Sa collection se concentre notamment sur les éditions limitées et reliées à la main de Nishikawa Mitsuru datant de l'époque japonaise — comme un exemplaire du Momotarō illustré peint à la main — ainsi que sur les carnets manuscrits de l'activiste social Tsai Pei-huo. Il accorde une attention particulière à la valeur éditoriale et au contexte historique de chaque pièce.
Pour aller encore plus loin
Parcours académique et publications
Huang Chen-nan est diplômé du département d'enseignement du chinois de l'Université nationale de l'éducation de Taichung, puis titulaire d'un master en taïwanais de l'Université nationale normale de Taïwan. Il a co-édité plusieurs ouvrages de référence sur la littérature et les manuels pédagogiques traditionnels taïwanais, en collaboration avec son père et avec le professeur Wu Fuzhu. Dès l'université, il élargit sa collection via les ventes en ligne et les librairies de livres anciens de Taipei, accumulant des ouvrages qui couvrent les supports d'enseignement de l'époque Qing, les journaux de l'ère japonaise, les revues littéraires d'après-guerre, la correspondance, la poésie classique et les mangas de kung-fu des années 1960-1980.
Philosophie de la collection
Huang Chen-nan applique une règle stricte : il ne prête jamais ses livres. Cette position, née d'expériences de prêt non honorées, reflète sa conception du livre comme bien personnel, ancré dans une version et un contexte précis. Les œuvres de Nishikawa Mitsuru occupent une place d'honneur dans sa bibliothèque — il considère leur conception graphique comme unique dans l'histoire de l'édition taïwanaise. Quant aux notes manuscrites de Tsai Pei-huo, acquises ces dix dernières années, elles représentent pour lui le témoignage vivant des mouvements sociaux sous la domination japonaise. Ces objets ne sont pas de simples papiers : ils portent les trajectoires de vie de gens ordinaires et la mémoire urbaine de Taïwan.
Une mission : rendre l'histoire de Taïwan accessible
À l'ère de l'intelligence artificielle et de la surabondance d'informations, la contribution de Huang Chen-nan repose sur sa capacité à « traduire » : transformer des archives arides en récits que le grand public peut s'approprier. Il ne se contente pas de préserver — il raconte Taïwan depuis une perspective locale, dans un langage universel, sans jamais réduire son travail à une simple accumulation de données. Ses lecteurs disent souvent, après avoir lu ses livres ou parcouru sa page : « Tiens, j'ai appris quelque chose d'étrange et de merveilleux sur Taïwan. » C'est précisément l'esprit du projet Taiwan.md : des points de vue incarnés, porteurs d'une sensibilité réelle.
Réflexions sur un modèle familial
Le modèle de collection de la famille Huang — père et fils en tandem, mère collectionneuse d'antiquités — illustre la force des initiatives citoyennes dans la préservation de la culture taïwanaise. À l'heure de la numérisation massive, le principe de non-prêt de Huang Chen-nan rappelle aussi la valeur irremplaçable du livre physique, et la responsabilité qu'implique sa garde.
Pour prolonger la réflexion
Questions à explorer
- À l'ère numérique, comment la collection de livres anciens peut-elle encore toucher les jeunes générations et renouveler leur rapport à l'histoire de Taïwan ?
- Le style humoristique et populaire de Huang Chen-nan pourrait-il servir de modèle à d'autres historiens amateurs souhaitant s'adresser à un public international ?
- Si vous aviez l'occasion de tenir en main une édition limitée de Nishikawa Mitsuru, comment la « vivifieriez-vous » pour la partager avec le plus grand nombre ?
Sources
- Huang Chen-nan — Wikipédia (zh) (biographie et détails de collection)
- Page de l'ouvrage sur l'histoire de Taïwan
- Page Facebook de Huoshui Lai Ce Fang (actualités et recommandations de lecture)
- Interview de Huang Chen-nan — Creative Comic (histoire familiale des collectionneurs)
- Reportage Newtalk sur ses recommandations de lecture (ses réflexions sur la vulgarisation de l'histoire de Taïwan)