Chen Chien-jen : du laboratoire au sommet de l'État
Né en 1951 à Kaohsiung, Chen Chien-jen est l'une des figures les plus respectées de la santé publique mondiale. Il a exercé les fonctions de 14e vice-président de la République de Chine (2016-2020) et de 19e Premier ministre (2023-2024). Son parcours singulier — alliant une carrière académique d'exception à un engagement politique au plus haut niveau — a fait de lui l'artisan reconnu de la réponse taïwanaise aux grandes crises sanitaires, du SRAS à la COVID-19.
Une carrière scientifique de premier plan
Après avoir obtenu sa licence en zoologie à l'Université nationale de Taïwan, Chen Chien-jen part se former aux États-Unis et décroche un doctorat en épidémiologie à l'Université Johns Hopkins. De retour à Taïwan, il rejoint l'École de santé publique de l'Université nationale de Taïwan, où il se spécialise dans l'épidémiologie des maladies chroniques et l'épidémiologie environnementale. Ses travaux portent notamment sur la maladie des pieds noirs, l'intoxication à l'arsenic et les hépatites — autant de problématiques qui ont profondément marqué la santé publique taïwanaise.
Au fil de sa carrière, il signe plus de 500 publications scientifiques, dont de nombreux articles dans des revues de référence comme The Lancet et le New England Journal of Medicine. L'une de ses contributions les plus remarquables reste l'établissement du lien de causalité entre l'empoisonnement à l'arsenic et la maladie des pieds noirs dans les villages côtiers du sud-ouest de Taïwan — une découverte aux retombées mondiales dans la prévention des intoxications à l'arsenic.
Un bâtisseur de politiques de santé publique
Chen Chien-jen n'est pas seulement un chercheur de haut vol : il est aussi un architecte des politiques de santé. Entre 1999 et 2005, en tant que directeur du département des sciences biologiques au Conseil national des sciences, il imprime une forte dynamique à la recherche biomédicale taïwanaise. Lors de l'épidémie de SRAS en 2003, il siège au comité consultatif d'experts du Centre de commandement central des épidémies, contribuant de façon décisive à l'élaboration de la stratégie nationale de lutte contre le virus.
En 2005, il prend la direction de l'Institut national de recherche en santé, où il engage des réformes structurantes : constitution d'une biobanque nationale, développement de la médecine de précision. Parallèlement, il s'implique activement dans les organisations internationales — conseiller de l'OMS pour la région Pacifique occidental, administrateur de l'Association internationale d'épidémiologie — et ouvre ainsi des espaces de coopération médicale précieux pour Taïwan sur la scène mondiale.
Vice-président : la science au service de l'État
En 2016, la présidente Tsai Ing-wen invite Chen Chien-jen à rejoindre l'exécutif comme vice-président. C'est la première fois à Taïwan qu'un universitaire accède à cette fonction, signal fort en faveur d'une gouvernance fondée sur l'expertise. Durant son mandat, il supervise plusieurs chantiers stratégiques : réforme du système de soins de longue durée, essor de la médecine de précision, soutien à l'industrie biotechnologique.
Fervent défenseur de la participation de Taïwan aux instances sanitaires internationales, il s'attèle à renforcer la coopération en santé publique dans le cadre de la politique « Nouvelle direction vers le Sud », tissant des liens plus étroits avec les pays d'Asie du Sud-Est. Il veille également à faire avancer les dossiers environnementaux et alimentaires, notamment la lutte contre les particules fines PM2,5 et le renforcement des normes de sécurité sanitaire des aliments.
COVID-19 : l'expert à la manœuvre
Lorsque la COVID-19 éclate fin 2019, Chen Chien-jen est à nouveau en première ligne. En sa qualité de vice-président, il participe aux décisions stratégiques du Centre de commandement central des épidémies : contrôle aux frontières, quarantaine à domicile, distribution des masques. La maîtrise précoce de l'épidémie à Taïwan — saluée dans le monde entier — doit beaucoup à la rigueur de son analyse et à la qualité de ses recommandations.
En 2023, rappelé par la présidente Tsai Ing-wen, il prend les rênes du gouvernement en tant que Premier ministre pour piloter la phase de reconstruction post-pandémique. Il lance un budget spécial de relance et des programmes de redressement économique, illustrant sa capacité à incarner une direction politique à la hauteur de sa renommée scientifique.
Une foi qui oriente une vie de service
Chen Chien-jen est un catholique pratiquant, et sa foi traverse profondément sa conception du service public. Il a souvent exprimé le sentiment que s'engager en santé publique est pour lui une façon de vivre le commandement « aimer son prochain comme soi-même » — mettre l'expertise au service du bien commun, avec une attention particulière aux plus vulnérables.
Dans ses relations personnelles et professionnelles, il est unanimement décrit comme humble et authentique, conservant l'esprit rigoureux du chercheur même aux plus hautes fonctions. Il rappelle régulièrement que l'objectif premier, dans l'académie comme en politique, reste de contribuer au bien-être de la société.
Un modèle pour la gouvernance par l'expertise
Le parcours de Chen Chien-jen incarne une démonstration que compétence scientifique et leadership politique peuvent non seulement coexister, mais se renforcer mutuellement pour produire une meilleure gouvernance. Son exemple encourage d'autres chercheurs et spécialistes à s'engager dans la vie publique, en mettant leur savoir-faire au service de la collectivité.
Du microscope aux plus hautes instances de l'État, il n'a jamais dévié du principe de la décision fondée sur les données probantes. Sa trajectoire ne représente pas seulement une réussite individuelle : elle constitue un précédent fondateur pour Taïwan, celui d'une gouvernance qui prend au sérieux l'expertise.
Sources
- Chen Chien-jen — Bureau de la présidence — biographie officielle
- Publications scientifiques — École de santé publique, Université nationale de Taïwan — contributions académiques
- Politique de lutte contre la COVID-19 — Centers for Disease Control — archives de la réponse épidémique