En 30 secondes : Enno Cheng est née le 19 mars 1987 à Yilan. Son père est le réalisateur taïwanais Cheng Wen-tang. En 2007, elle fait ses débuts comme actrice, scénariste et compositrice de la bande originale de Summer's Tail (Les Contes de l'été), réalisé par son père, et est nommée au 44e Golden Horse Awards dans la catégorie meilleure nouvelle actrice. En 2011, elle sort son premier album solo Neptune (海王星). Le 3 janvier 2016, elle annonce son homosexualité sur Facebook et divorce le même mois de son ex-mari Yang Ta-chien (chanteur principal du groupe Fire EX.). En 2022, elle publie son premier album entièrement en taïwanais, Mercury Retrograde (水逆). Le 1er juillet 2023, aux 34e Golden Melody Awards, elle remporte le double prix de la meilleure chanteuse taïwanaise et du meilleur album taïwanais. Lors d'une interview sur l'album, elle déclare : « J'ai décidé d'utiliser une langue que je ne maîtrise pas si bien, pour me mettre moi-même en difficulté. » — faire de la difficulté créative un vecteur d'honnêteté.
Le 1er juillet 2023, lors de la cérémonie des 34e Golden Melody Awards.
Meilleure chanteuse taïwanaise : Enno Cheng.1 Meilleure album taïwanais : Mercury Retrograde d'Enno Cheng.1
Une chanteuse de 36 ans, dont le premier album solo remonte à 2011, qui a changé trois fois de label, monté un groupe, écrit des essais, joué dans les films de son père, fait son coming-out en 2016, divorce la même année, et remporte un prix des Golden Indie Music Awards en 2019 — décroche pour la première fois un Golden Melody Award, et pas n'importe lequel : le double prix taïwanais.
Sur scène, elle déclare :
« Le taïwanais m'a appris à baisser la tête. Il m'a appris à ralentir, à réfléchir sérieusement au poids de chaque mot. »2
Cette phrase résume l'état d'esprit dans lequel elle a composé les 11 morceaux entièrement en taïwanais de Mercury Retrograde l'année précédente. Pour une enfant de Yilan qui a grandi à Taipei et dont les camarades se moquaient quand elle parlait taïwanais, écrire en taïwanais n'est pas un retour à la langue maternelle — c'est réapprendre une langue.
📝 Note du curateur : Les catégories taïwanaises des Golden Melody Awards sont rarement attribuées à une artiste venue de la mandarine. Enno Cheng fait exception — elle a obtenu la plus haute distinction du chant taïwanais avec « une langue que je ne parlais pas bien enfant ».
Une famille entre Nouvelle Vague et musique à Yilan
Enno Cheng est née le 19 mars 1987 à Yilan.3 Son père est le réalisateur Cheng Wen-tang (né en 1958 à Yilan) — membre des « Green Team » (綠色小組) en 1984, où il filme des documentaires militants, avant de se tourner vers le cinéma de fiction. Son film Dream Tribe (Tribu onirique) remporte le prix de la Semaine internationale de la critique à la Mostra de Venise et le prix du meilleur film taïwanais aux Golden Horse Awards.4
Sa mère est une musicienne expérimentée, ancienne chanteuse de restaurant, guitariste accomplie, qui a également participé à l'émission Five Lights Award (五燈獎).3
Enno Cheng est donc l'enfant d'une famille à double voie : cinéma × musique. Elle grandit sur les plateaux de son père et grandit au son de la guitare de sa mère. Mais à l'école, à Taipei, les camarades se moquent d'elle quand elle parle taïwanais — le décalage entre l'environnement linguistique familial de Yilan et le contexte scolaire de Taipei sème en elle un regret qui ne se manifestera pleinement que trente ans plus tard.5
Elle étudie la littérature chinoise à l'université Tamkang, apprend le français, puis interrompt ses études en 2007 pour se consacrer entièrement à la création.3
2007 — _Summer's Tail_ : père et fille sur le même plateau
La première œuvre d'Enno Cheng est un film de son père.
En 2007, Summer's Tail (Les Contes de l'été), réalisé par Cheng Wen-tang. Enno Cheng en est l'héroïne, tout en signant le scénario et la bande originale.6 Ce film, dont l'action se déroule à Yilan, est la première collaboration père-fille. Enno Cheng est nommée au 44e Golden Horse Awards dans la catégorie meilleure nouvelle actrice.6
En 2009, elle participe à un autre film de son père, Tears (Les Larmes), où, en plus de son rôle d'actrice, elle compose la chanson finale Sayonara (莎喲娜拉), nommée au 46e Golden Horse Awards dans la catégorie meilleure chanson originale de film.7
Sur le plateau de Tears, elle travaille avec l'acteur Tsai Chen-nan (蔡振南). Après avoir écouté Sayonara, celui-ci lui dit :
« Ta voix est faite pour le taïwanais. Les jeunes devraient vraiment écrire plus de chansons en taïwanais ! »8
Nous sommes en 2010. Elle se souvient de cette phrase douze ans plus tard — lors de la sortie de Mercury Retrograde en 2022, elle évoque spontanément cette conversation en interview.
2011-2015 : musique solo et Chocolate Tiger
En 2011, Enno Cheng sort son premier album solo, Neptune (海王星).9 Entièrement en mandarin, sa langue de création et sa langue maternelle à l'époque.
En 2012-2013, elle fonde le groupe « Chocolate Tiger » (猛虎巧克力) dont elle est la chanteuse principale, et sort l'album Night Factory (夜工廠), nommé au 26e Golden Melody Awards dans la catégorie meilleur groupe.10
Pendant ces années, elle conserve une autre identité : celle d'actrice. Elle continue à tourner pour le cinéma taïwanais, mais la musique commence à devoir son axe principal.
En décembre 2013, elle épouse Yang Ta-chien (楊大正), chanteur principal du groupe Fire EX. (滅火器).11 Le couple se fréquentait depuis près de neuf ans.
📝 Note du curateur : Entre 2011 et 2015, Enno Cheng est une créatrice exclusivement mandarine. Son passage au taïwanais intégral avec Mercury Retrograde en 2022 survient après un intervalle de 11 ans. Comprendre cet écart temporel, c'est comprendre pourquoi elle dit que le taïwanais lui a « appris à baisser la tête ».
2016-01-03 : le coming-out sur Facebook
Le 3 janvier 2016, Enno Cheng publie un texte sur Facebook. Extrait :
« Pendant ces neuf années de relation, j'ai profondément aimé l'âme de Ta-chien. Il a un merveilleux cœur et m'a toujours comprise et acceptée sans condition, et cela n'a pas changé jusqu'à aujourd'hui. Mais moi, je n'ai cessé de me débattre dans ma propre perception de moi-même. Après des mois de communication répétée, nous avons fini par accepter ensemble ce fait : "je ne peux pas aimer son corps"… C'est parce que ce que j'aime, c'est le corps d'une femme. »12
À la fin du même mois, elle divorce par consentement mutuel de Yang Ta-chien.11
Ce texte est largement repris. Elle n'accorde pas d'interview télévisée, ne tient pas de conférence de presse, ne publie pas de communiqué d'avocat en guise de suivi — juste un article sur Facebook. Le texte porte à lui seul l'intégralité du propos.
Lorsqu'un journaliste lui demande pourquoi elle a rendu cette annonce publique, elle répond :
« Je suis créatrice. Je dois présenter mon état avec honnêteté, je ne peux pas mentir… La musique, ce n'est pas comme le jeu d'actrice : celle qui est en scène est la même que celle qui est dans la salle. La création doit être honnête, sinon l'œuvre se retourne contre vous. »13
Cette logique de « création honnête » devient par la suite le principe fondateur de toutes ses décisions artistiques, y compris, six ans plus tard, le choix d'écrire en taïwanais.
2017-2019 : musique et essais
Dans les trois années qui suivent son coming-out, elle publie deux albums et un recueil d'essais.
- 2017 : deuxième album solo Pluto14
- 2017 : recueil d'essais Gàn Shàng Jùlèbù : 3D Yāo Guài Biànxíng Shí Lù (Le Club du dry humping : chronique de transformation de démons 3D)15
- 2019 : troisième album solo Dear Uranus (給天王星)16
Dear Uranus contient 10 chansons, dont trois en taïwanais. Le single Jade (玉仔的心) remporte le prix de la meilleure single de musique alternative aux 10e Golden Indie Music Awards.16 C'est sa première tentative officielle en création taïwanaise — mais pas encore un album entièrement en taïwanais, plutôt un album mandarin intégrant des morceaux en taïwanais.
Les noms de ces trois albums forment une axe solaire : Neptune → Pluto → Dear Uranus. C'est sa propre logique de nommation, un code servant de chronologie à sa création personnelle.
2022 — _Mercury Retrograde_ : la langue la plus étrangère
En 2022, elle sort son premier album entièrement en taïwanais, Mercury Retrograde (水逆). 11 morceaux. Production par Chunho, production vocale en taïwanais par Ho Hsin-sui (ciacia).17
Pourquoi le taïwanais ? Elle l'explique avec précision dans une interview conjointe avec le producteur Chunho pour Blow Street Voice :
« Je voulais montrer à tout le monde à quel point la communication est difficile pour moi, à quel point exprimer correctement ce que j'ai au fond de moi est difficile. La solution que j'ai trouvée, c'est d'utiliser une langue que je ne maîtrise pas si bien, pour me mettre moi-même en difficulté. »18
Telle est la méthodologie de Mercury Retrograde : utiliser l'étrangéité linguistique comme contrainte d'honnêteté. Si elle écrit en mandarin, sa création tombe dans les automatismes d'une maîtrise acquise depuis dix ans ; en écrivant en taïwanais, chaque mot doit être vérifié, demandé, prononcé à voix haute pour confirmation. Ralentir, baisser la tête, réfléchir sérieusement au poids de chaque mot.
Ho Hsin-sui (ciacia), la productrice vocale en taïwanais de cet album, joue le rôle de gardienne de la précision linguistique : elle corrige les paroles et la musique, s'assure de la justesse du sens taïwanais, et va jusqu'à réenregistrer des singles déjà publiés.17
Le rôle du producteur Chunho est d'un autre ordre. Collaborateur d'Enno Cheng depuis plus de 5 ans, il commence début 2020 à expérimenter l'intégration du taïwanais dans divers genres musicaux, et découvre que le techno et le gospel se prêtent particulièrement bien au taïwanais.17 Ce choix technique devient par la suite le socle musical de Mercury Retrograde : la fusion taïwanais × électronique, taïwanais × gospel, donne à cet album un son qui ne ressemble en rien à la musique taïwanais traditionnelle.
Les conseils créatifs de Chunho à Enno Cheng laissent aussi une citation verbatim :
« Je dis toujours à Enno : tu n'as pas besoin d'être aussi universelle. »17
Il l'encourage à passer d'une vision macro à l'ombre intérieure. Les paroles de Mercury Retrograde creusent davantage les failles émotionnelles personnelles que les grands drapeaux des enjeux sociaux — c'est peut-être le fruit de cette phrase de Chunho.
Les moqueries en taïwanais de l'enfance : la racine invisible de _Mercury Retrograde_
Enno Cheng n'a pas eu l'idée de Mercury Retrograde en 2022. Elle évoque spontanément ce regret d'enfance dans une interview pour La Vie :
« J'ai toujours regretté de ne pas avoir franchi la barrière linguistique pour mieux la comprendre (ma grand-mère). »19
Enfant, scolarisée à Taipei, parler taïwanais lui valait les moqueries de ses camarades, ce qui créa en elle un blocage psychologique face à l'apprentissage de cette langue. Lorsqu'elle fut adulte et voulut communiquer avec sa grand-mère, la compétence linguistique avait disparu. Ce « regret de ce qui est arrivé trop tard » se superpose au souvenir de l'encouragement de Tsai Chen-nan en 2010 à écrire en taïwanais, et Mercury Retrograde (2022) est la manière dont elle restitue ces deux matériaux accumulés pendant plus de dix ans, à travers un album entièrement en taïwanais.
📝 Note du curateur : L'album entièrement en taïwanais de 2022 n'est ni un « éveil identitaire » ni une « stratégie de marché ». C'est une chanteuse de 35 ans qui revient sur ce qui lui est arrivé à 10 ans — quand on se moquait d'elle — et qui, avec les moyens artistiques dont elle dispose aujourd'hui, reconstruit une langue qu'elle avait été forcée d'abandonner dans son enfance.
Juillet 2023 — Golden Melody 34 : double prix, chanteuse et album taïwanais
Le 1er juillet 2023, lors de la cérémonie des 34e Golden Melody Awards.
Mercury Retrograde est nommé dans 6 catégories et remporte les deux plus prestigieuses : meilleure chanteuse taïwanaise et meilleur album taïwanais.1 Entre son premier album en 2011 et ce double prix Golden Melody en 2023, il s'est écoulé 12 ans.
Son discours de réception, outre la phrase « le taïwanais m'a appris à baisser la tête » largement citée, contient un passage tout aussi important, adressé au mouvement MeToo de l'époque :
« Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes qui, récemment, ont exposé leurs blessures devant tout le monde. Merci pour votre courage. J'espère que toute cette agitation, toutes ces discussions, pourront nous apporter un environnement plus sûr et plus transparent. »20
2023 est l'année de la plus forte intensité du mouvement MeToo à Taïwan : des scandales éclatent en chaîne dans les milieux politique, académique, médiatique et du spectacle. Enno Cheng, en intégrant ce passage dans son discours lors de cette cérémonie grand public, est l'une des rares lauréates de cette édition à répondre frontalement à une question publique.
Yang Ta-chien à la fête de victoire
Après la cérémonie des 34e Golden Melody Awards, une présence inattendue apparaît à la fête de victoire d'Enno Cheng : son ex-mari Yang Ta-chien.21
Sept ans après leur divorce en 2016, Yang Ta-chien se rend personnellement pour la féliciter. Les deux échangent des « regards complices » en coulisses, et Yang Ta-chien est décrit comme « sincèrement présent ». Leur relation évolue par la suite : Yang Ta-chien devient le directeur de l'agence de management d'Enno Cheng, et les deux collaborement selon un mode « lâcher prise » (放生), ne se rencontrant qu'une fois par mois environ.21
Lors d'une autre interview, Enno Cheng a défini sa vision des relations familiales :
« Quoi qu'il arrive, nous ne nous trahirons jamais. Je ne t'abandonnerai pas sous prétexte que tu es aujourd'hui très différent de moi. »22
Cette phrase s'applique aussi bien à sa relation post-divorce avec Yang Ta-chien, qu'à sa relation créative intergénérationnelle avec son père Cheng Wen-tang, qu'à sa relation professionnelle avec l'équipe de Mercury Retrograde : sa définition de la « famille » s'est élargie, sans être conditionnée par le mariage, le lien de sang ou une relation juridique.
📝 Note du curateur : La présence de Yang Ta-chien à la fête de victoire des Golden Melody 2023 est un événement difficile à reproduire dans l'industrie de la musique sinophone. Sa condition préalable est qu'en 2016, les deux parties ont choisi de gérer cette relation publiquement sans sensibilisation, sans accusations mutuelles, sans privatisation du privé. Sept ans plus tard, c'est ce qui leur permet de se retrouver en tant qu'amis lors de la même cérémonie de l'industrie musicale.
L'influence inversée de Cheng Wen-tang
Le père d'Enno Cheng, Cheng Wen-tang, appartient à la génération du mouvement de la Nouvelle Vague taïwanaise, passant du militantisme à l'art : dans les années 1980, il filme des documentaires militants avec les Green Team, puis se tourne vers le long métrage de fiction, tout en conservant des thèmes centrés sur des enjeux sociaux lourds.4
Sa fille l'entraîne dans une direction opposée. Cheng Wen-tang déclare dans une interview ultérieure que sous l'influence d'Enno Cheng, il commence à se concentrer sur les thèmes de l'amour et de la famille : passant des « affaires de l'État » à une narration centrée sur les émotions personnelles.23
Il s'agit d'une migration artistique intergénérationnelle peu commune : le père passe du militantisme au cinéma, puis la fille entraîne le père du cinéma militant vers le cinéma familial. Dans Summer's Tail (2007), Enno Cheng est à la fois héroïne et scénariste, concrétisant ainsi par la pratique créative l'« exploration commune des thèmes par père et fille ».
La décennie de la « création honnête »
En retraçant la trajectoire d'Enno Cheng :
- 2007 : débuts comme actrice + scénario + bande originale
- 2011 : premier album solo
- 2016 : coming-out sur Facebook + divorce
- 2022 : album entièrement en taïwanais
- 2023 : double prix aux Golden Melody 34
Les sauts entre ces étapes semblent discontinus, mais une logique sous-jacente demeure inchangée : l'honnêteté.
En 2016, la logique du coming-out est « la création doit être honnête »13 ; en 2022, la logique de l'album entièrement en taïwanais est « utiliser la langue la plus étrangère pour me mettre en difficulté »18 ; en 2023, ses remerciements aux personnes qui se sont dévoilées lors du mouvement MeToo reposent sur la même logique : ne pas fuir, ne pas embellir, ne pas enrober de sucre ce qui est difficile.
Cette logique la pousse depuis seize ans du mandarin vers le taïwanais, de l'individu vers le groupe puis vers l'interdisciplinarité, de l'actrice vers la chanteuse puis vers l'écrivaine puis vers la productrice. Chaque étape est un choix de « se diriger vers la difficulté ».
« J'espère que nous aurons un environnement plus sûr et plus transparent »
L'hommage d'Enno Cheng au mouvement MeToo sur la scène des Golden Melody 2023 n'est pas un accident. C'est le prolongement de sa logique de coming-out de 2016 : si l'honnêteté créative est une exigence qu'elle s'impose à elle-même, alors utiliser sa statut d'artiste en public pour défendre un espace où davantage de gens peuvent être honnêtes en est la version socialisée.
Elle n'est pas une artiste militante. Elle ne descend pas dans la rue, n'organise pas de mouvements sociaux, ne tweete pas à chaque événement d'actualité. Mais elle utilise les quelques minutes de la scène des Golden Melody Awards pour dire ce qui devait être dit, et le laisse dans l'enregistrement officiel de la cérémonie : c'est sa forme d'engagement public.
L'enfant née en 1987 a maintenant 36 ans. Son père est un réalisateur de la Nouvelle Vague taïwanaise, sa mère une chanteuse de restaurant, son ex-mari le chanteur principal de Fire EX., et elle-même est une créatrice à quadruple identité : actrice / chanteuse / écrivaine / productrice. La phrase qu'elle prononce sur la scène des Golden Melody 2023 — « le taïwanais m'a appris à baisser la tête » — est en réalité sa méthodologie face à toutes les « choses difficiles » : pas seulement la langue, mais tout ce qui nécessite de ralentir et de réfléchir soigneusement.
Dans quelle langue, sur quel thème sera son prochain album, personne ne le sait aujourd'hui. Mais une chose est certaine : il sera écrit de la manière la plus difficile qui soit à ce moment-là, car c'est la seule éthique de travail en laquelle elle ait cru depuis seize ans.
Pour aller plus loin :
- 魏如萱 — Une autre voie de « définition de soi par la voix » chez une chanteuse taïwanaise de la même génération (voix de poupée de Waa Wei × honnêteté taïwanaise d'Enno Cheng : deux mécanismes d'auto-identification distincts)
- 阿爆 — Autre pionnière ayant remporté les principales catégories des Golden Melody Awards dans une langue non dominante (album de l'année 2020 en paiwan d'Abaw × meilleur album taïwanais 2023 d'Enno Cheng : deux moments de la relation entre langue et Golden Melody Awards)
- 陳建騏 — La défense systématique par un producteur de musique pop sinophone des « voix non standard » ; Enno Cheng utilise l'atypie linguistique, Abaw la langue non dominante, Chen Chien-chi la voix de poupée — trois « extensions des limites vocales »
- 流行音樂與金曲獎 — La signification structurelle des catégories taïwanaises des Golden Melody Awards 2023
- 台灣流行音樂 — L'évolution du spectre de la création taïwanaise, de la « résistance locale » à l'« outil contemporain »
- 台灣獨立音樂 — L'identité d'artiste indépendante d'Enno Cheng, de l'époque Lady Zero à Mercury Retrograde
- 林宥嘉 — Un cas parallèle de retrait de la position d'idole pop mandarine par un artiste de la même génération, devenu son propre producteur (Enno Cheng par la langue étrangère, Lin Youjia par le statut de producteur auto-assumé : deux voies pour « échapper à la définition »)
Références
- Liste des lauréats des 34e Golden Melody Awards — Bureau de l'industrie audiovisuelle et musicale, Ministère de la Culture — Cérémonie des 34e Golden Melody Awards du 1er juillet 2023 : Enno Cheng remporte le double prix de la meilleure chanteuse taïwanaise et du meilleur album taïwanais avec Mercury Retrograde ; 6 nominations au total.↩
- Discours de réception d'Enno Cheng aux Golden Melody 34 : « Le taïwanais m'a appris à baisser la tête » — CNA — Déclaration d'Enno Cheng sur la scène des Golden Melody 2023 : « Le taïwanais m'a appris à baisser la tête, il m'a appris à ralentir, à réfléchir sérieusement au poids de chaque mot. »↩
- Enno Cheng — Wikipédia — Née le 19 mars 1987, originaire de Yilan ; père réalisateur Cheng Wen-tang, mère musicienne expérimentée (ancienne chanteuse de restaurant, participante au Five Lights Award) ; études de littérature chinoise à l'université Tamkang, interruption en 2007 pour se consacrer à la création.↩
- Cheng Wen-tang — Wikipédia — Né en 1958 à Yilan ; membre des Green Team en 1984 pour des documentaires militants ; film Dream Tribe récompensé par le prix de la Semaine internationale de la critique à la Mostra de Venise et le prix du meilleur film taïwanais aux Golden Horse Awards.↩
- Enfance d'Enno Cheng, taïwanais et regret envers sa grand-mère — La Vie — Enfant, scolarisée à Taipei, parler taïwanais lui valait les moqueries de ses camarades, créant un blocage psychologique face à l'apprentissage de cette langue ; à l'âge adulte, la compétence linguistique ayant disparu, elle ne pouvait plus communiquer pleinement avec sa grand-mère, laissant un regret durable.↩
- Summer's Tail — Archives du 44e Golden Horse — Film de 2007 réalisé par Cheng Wen-tang, avec Enno Cheng comme héroïne, scénariste et compositrice de la bande originale ; nomination au 44e Golden Horse Awards dans la catégorie meilleure nouvelle actrice ; première collaboration père-fille, l'action se déroule à Yilan.↩
- Tears / Sayonara — Archives du 46e Golden Horse — Film de 2009 réalisé par Cheng Wen-tang, Tears, avec Enno Cheng comme actrice et compositrice de la chanson finale Sayonara ; nomination au 46e Golden Horse Awards dans la catégorie meilleure chanson originale de film.↩
- Encouragement de Tsai Chen-nan à Enno Cheng pour écrire en taïwanais — La Vie — En 2010, pendant le tournage de Tears avec Tsai Chen-nan, celui-ci dit à Enno Cheng après avoir écouté Sayonara : « Ta voix est faite pour le taïwanais. Les jeunes devraient vraiment écrire plus de chansons en taïwanais ! » Enno Cheng évoque spontanément cette conversation lors de la sortie de Mercury Retrograde en 2022.↩
- Premier album solo d'Enno Cheng, Neptune (2011) — KKBOX — Premier album solo Neptune sorti en 2011, entièrement en mandarin ; première étape d'Enno Cheng de la collaboration père-fille vers la création musicale indépendante.↩
- Groupe Chocolate Tiger — Wikipédia — Groupe dont Enno Cheng est la chanteuse principale en 2012-2013 ; sortie de Night Factory ; nomination au 26e Golden Melody Awards dans la catégorie meilleur groupe.↩
- Chronologie du mariage et du divorce d'Enno Cheng et Yang Ta-chien — Mirror Media — Enno Cheng épouse Yang Ta-chien, chanteur principal de Fire EX., en décembre 2013 ; le 3 janvier 2016, Enno Cheng publie sa déclaration de coming-out sur Facebook et divorce de Yang Ta-chien à la fin du même mois ; les deux maintiennent par la suite une relation amicale.↩
- Déclaration complète de coming-out d'Enno Cheng — ETtoday — Extrait du texte original du 3 janvier 2016 sur Facebook : « Pendant ces neuf années de relation, j'ai profondément aimé l'âme de Ta-chien. Il a un merveilleux cœur et m'a toujours comprise et acceptée sans condition… nous avons fini par accepter ensemble ce fait : "je ne peux pas aimer son corps"… C'est parce que ce que j'aime, c'est le corps d'une femme. »↩
- Enno Cheng sur l'honnêteté créative — Interview du Reporter — Enno Cheng déclare : « Je suis créatrice. Je dois présenter mon état avec honnêteté, je ne peux pas mentir… La musique, ce n'est pas comme le jeu d'actrice : celle qui est en scène est la même que celle qui est dans la salle. La création doit être honnête, sinon l'œuvre se retourne contre vous. » Cette logique de « création honnête » traverse toutes ses décisions, du coming-out de 2016 à l'album entièrement en taïwanais de 2022.↩
- Deuxième album solo d'Enno Cheng, Pluto (2017) — KKBOX — Deuxième album solo Pluto sorti en 2017 ; poursuite de la logique de nommation « axe solaire » (Neptune → Pluto → Dear Uranus).↩
- Le Club du dry humping : chronique de transformation de démons 3D — Books.com.tw — Premier recueil d'essais d'Enno Cheng, 2017 ; créé en parallèle avec l'album musical Pluto de la même année ; établissement officiel de son identité d'écrivaine.↩
- Dear Uranus (2019) + Golden Indie Music Awards — Blow Street Voice — Troisième album solo Dear Uranus (2019), 10 chansons dont trois en taïwanais ; le single Jade remporte le prix de la meilleure single de musique alternative aux 10e Golden Indie Music Awards ; répétition générale de la création taïwanaise, pas encore un album entièrement en taïwanais.↩
- Enno Cheng × Chunho : entretien sur la production de Mercury Retrograde — Blow Street Voice — Producteur Chunho collaborant avec Enno Cheng depuis plus de 5 ans ; production vocale en taïwanais par Ho Hsin-sui (ciacia), gardienne de la précision linguistique, corrigeant les paroles et réenregistrant des singles ; Chunho expérimente depuis début 2020 l'intégration du taïwanais dans le techno et le gospel.↩
- Enno Cheng sur « utiliser la langue la plus étrangère pour se mettre en difficulté » — Blow Street Voice — Enno Cheng explique la méthodologie de Mercury Retrograde entièrement en taïwanais : « Je voulais montrer à tout le monde à quel point la communication est difficile pour moi, à quel point exprimer correctement ce que j'ai au fond de moi est difficile. La solution que j'ai trouvée, c'est d'utiliser une langue que je ne maîtrise pas si bien, pour me mettre moi-même en difficulté. »↩
- Regret d'Enno Cheng envers sa grand-mère, verbatim — La Vie — Enno Cheng exprime son regret durable envers sa grand-mère : « J'ai toujours regretté de ne pas avoir franchi la barrière linguistique pour mieux la comprendre (ma grand-mère). » Ce regret, joint à l'encouragement de Tsai Chen-nan en 2010, constitue la motivation profonde de l'album entièrement en taïwanais Mercury Retrograde (2022).↩
- Discours complet d'Enno Cheng aux Golden Melody 34 en hommage à MeToo — The News Lens — Le discours de réception d'Enno Cheng aux Golden Melody 2023 inclut un hommage au mouvement MeToo : « Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes qui, récemment, ont exposé leurs blessures devant tout le monde. Merci pour votre courage. J'espère que toute cette agitation, toutes ces discussions, pourront nous apporter un environnement plus sûr et plus transparent. » En pleine période d'intensification du mouvement MeToo à Taïwan en 2023, Enno Cheng est l'une des rares lauréates de cette édition à répondre frontalement à une question publique.↩
- Yang Ta-chien présent à la fête de victoire d'Enno Cheng aux Golden Melody 34 — NOWnews — Lors de la fête de victoire suivant la cérémonie des Golden Melody 2023, l'ex-mari Yang Ta-chien se rend personnellement pour la féliciter ; les deux échangent des « regards complices », Yang Ta-chien est décrit comme « sincèrement présent » ; par la suite, Yang Ta-chien devient le directeur de l'agence de management d'Enno Cheng, les deux collaborant selon un mode « lâcher prise ».↩
- Enno Cheng sur la définition de la famille — CommonWealth Magazine — Enno Cheng définit sa vision des relations familiales : « Quoi qu'il arrive, nous ne nous trahirons jamais. Je ne t'abandonnerai pas sous prétexte que tu es aujourd'hui très différent de moi. » Ce point de vue s'applique aussi bien à sa relation post-divorce avec Yang Ta-chien, qu'à sa relation créative intergénérationnelle avec son père Cheng Wen-tang, qu'à sa relation professionnelle avec l'équipe de Mercury Retrograde.↩
- Cheng Wen-tang influencé par sa fille vers les thèmes familiaux — Interview père-fille, Mirror Media — Le réalisateur Cheng Wen-tang déclare avoir été influencé par sa fille Enno Cheng, son style créatif passant des enjeux sociaux lourds aux thèmes de l'amour et de la famille ; le point de départ de leur collaboration en 2007 avec Summer's Tail devient le tournant de la migration artistique intergénérationnelle père-fille.↩